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L’accaparement des terres par les fonds de pension et les institutions financières doit cesser !

GRAIN

Article mis en ligne le dimanche 8 juillet 2012

Sous la pression des prix alimentaires croissants, de la demande accrue en agrocarburants, en matériaux bruts et en bétail nourri au grain, ainsi qu’en raison de la faible profitabilité des marchés financiers en déroute ; le nombre d’entreprises, de gouvernements et d’institutions financières privées et publiques qui s’engagent dans l’accaparement massif des terres dans les pays du Sud est en forte croissance, menaçant ainsi les moyens de subsistance et la souveraineté alimentaire d’innombrables communautés.

GRAIN, le 26 juin 2012

Des millions d’hectares de terres ont été loués ou achetés au cours des dernières années, principalement pour produire des aliments ou du carburant destinés au marché international. Par conséquent, les paysans, éleveurs, pêcheurs et autres résidents ruraux sont dépossédés des moyens dont ils ont besoin pour se nourrir eux et leur communauté, que soit à la suite d’une promesse d’embauche, ou même parfois sous la menace d’un fusil. L’accaparement des terres entraîne également des changements dans l’utilisation des sols et de l’eau, qui causent alors des destructions écologiques et une augmentation des émissions liées aux changements climatiques.

Les fonds d’investissement, l’industrie agricole et les fonds souverains “investissent” de plus en plus dans les terres pour diversifier leur portefeuille de placement (dans un contexte de risque accru sur les marchés) et pour profiter des prix croissants des terres et des marchandises.[1] L’accaparement des terres est aussi financé indirectement lorsque les banques offrent des facilités de crédit aux entreprises responsables ou lorsque des fonds spéculatifs ou des sociétés de capital-investissement achètent des parts de sociétés étrangères qui contrôlent des terres.[2] Même les gouvernements sont impliqués, par l’intermédiaire des institutions financières de développement à but lucratif qu’ils contrôlent.

Il est estimé que les fonds de pension sont, à l’heure actuelle, les plus grands “investisseurs” institutionnels dans les terres cultivables à l’échelle mondiale.[3] Pourtant, l’argent qui est utilisé provient des plans d’épargne-retraite des travailleurs et travailleuses. Cela signifie donc que des salariés et des citoyens peuvent être impliqués dans des violations massives des droits de l’homme des communautés agricoles ; y compris les droits à l’alimentation, à l’accès à la terre, à l’eau et à un niveau de vie suffisant, ainsi que les droits culturels et le droit à l’autodétermination, et ce, en violation du droit international.

C’est pourquoi, les soussignées organisations de la société civile et associations notifient à ces fonds de pension et autres institutions financières publiques ou privées, ainsi qu’aux États qui sont en position de les réguler[4] les droits humains cités ci-dessus engageant ainsi les obligations extraterritoriales de ces États d’assurer, de toute urgence, que ces fonds et institutions :

- cessent toute spéculation sur les terres et tout autre investissement dommageable pour la chaîne alimentaire globale, y compris les transactions foncières et la participation financière dans l’industrie agricole, dans les cas où l’accaparement des terres ne peut pas être exclus ex ante, ainsi que les investissements dans des produits financiers complexes fondés sur des dérivés de biens alimentaires ou des terres agricoles ;

- divulguent publiquement tous les renseignements concernant le financement direct ou indirect des acquisitions de terres et autres transactions qui peuvent comporter une dimension d’accaparement des terres. Une telle divulgation doit reposer sur une analyse sérieuse de l’ensemble de la chaîne d’investissement, que les services financiers en question soit ou non officiellement affectés à l’acquisition foncière. Cela est nécessaire pour briser la culture du secret qui entoure une grande partie des ces transactions et pour permettre à toutes les parties concernées et aux groupes d’intérêt public d’entreprendre les actions nécessaires ;

- soient soumis à une évaluation préalable, obligatoire et indépendante des effets possibles des investissements et produits sur les droits/d’utilisation de la terre, les moyens d’existence, l’environnement ainsi que l’application progressive du droit à une alimentation suffisante. Ces évaluations doivent faire en sorte que les gestionnaires de fonds et autre institutions financières prouvent obligatoirement et en tout temps qu’ils n’ont aucun intérêt particulier dans des sociétés ou des opérations qui concernent l’accaparement des terres.

Notes et ensemble des signataires de l’appel ici.

Comment on accapare les terres de l’Afrique - Terraeco.net
Rien de moins qu’un nouveau « colonialisme »
Les méthode ont changé, mais la donne non. « Au cours du siècle dernier, les populations africaines ont subi une spoliation massive de leurs terres en lien avec la domination étrangère », explique Liz Alden Wily, spécialiste du droit foncier et auteur d’un rapport sur le sujet pour l’ONG Rights and Resources. Dès 1890, c’est l’établissement de colonies européennes en Afrique qui a entamé cette main mise sur les terres appartenant traditionnellement aux communautés. « Il n’y a pas de propriétaires en Afrique ! », se justifiait-on alors, constatant que le système en vigueur pour régir la propriété n’avait rien de comparable avec celui officiant en Europe (et donc qu’on pouvait le considérer comme inexistant...).
Après les deux guerres mondiales, en 1920 puis en 1945, c’est le développement, mené par les colons, des grandes plantations de café, de coton, de thé, de cultures vivrières, qui a amplifié le phénomène. A cette époque, il n’y a pas de doute : les terres communautaires ne font rien de moins qu’obstacle à la modernisation et au capitalisme, alors avalons-les ! Et entre 1970 et 1980, les gouvernements africains désormais indépendants ont eux-mêmes continué cette razzia, distribuant des terres communautaires à leurs fidèles élites. « Une des explications pour expliquer l’échec de la reconnaissance des terres coutumières est que les indépendances, majoritairement acquises dans les années 1960, n’ont pas conduit à de réelles libérations en Afrique. Les leaders d’alors sont rapidement devenus des businessmen, qui n’avaient aucune raison d’abandonner ces terres », résume la spécialiste.
Au Kenya, entre 1900 et aujourd’hui, les forêts sont ainsi passées d’une couverture d’un tiers du territoire à seulement 1,7 %, progressivement dépecées par les colonisateurs britanniques, puis les pouvoirs successifs, voire les caprices d’une ex-Première dame du pays souhaitant boire son propre « mixed tea »… Point commun avec l’accaparement des terres qui fait feu depuis les années 2000 ? Les communautés rurales perdent ces terres contre leurs volontés, et les richesses produites sur les terres monopolisées ne bénéficient pas aux populations locales mais sont réexpédiées vers les pays investisseurs.
Suite de l’article ici.

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