Une tribune pour les luttes

A.N.R.U Marseille (ARNAQUE Nationale et Résistance Urbaine)

Lettre ouverte à Mme Cécile Duflot, Ministre du logement

CLCV Picon-Busserine,CSF Busserine

Article mis en ligne le dimanche 8 juillet 2012

http://anru-marseille.net/lettre-ouverte-a-mme-duflot-040712/

Marseille, le 4 Juillet 2012,

Madame la Ministre,

Comme vous le savez, nombreux sont nos concitoyens qui, partout en France, se trouvent confrontés à des plans de rénovation urbaine, pour la plupart mis sous l’égide de l’ANRU. Nous, locataires des quartiers de Picon et Busserine, dans le 14ème arrondissement de Marseille, associations CSF et CLCV, soutenus par le centre social l’AGORA, faisons parti de celles et ceux qui, chaque jour, sont confrontés à une réalité bien différente de la propagande officielle des bailleurs sociaux et de certaines collectivités territoriales.

Nous vous écrivons aujourd’hui afin de vous solliciter un rendez vous dans les meilleurs délais possibles, au regard de l’emploi du temps de votre cabinet, afin d’étudier ensemble notre dossier et que vous nous aidiez à dénouer le conflit qui nous oppose à notre bailleur social, LOGIREM. Cette demande de rendez vous se situe dans la logique de demande d’une table ronde tripartite (pouvoirs publics / bailleur social / locataires) que nous réclamons depuis des mois, demande à laquelle l’ancien gouvernement n’avait, évidemment, pas daigné répondre positivement.

Depuis un an et demi, nous sommes face à un mur, armés de notre courage, nos convictions, nos bénévoles et les locataires qui soutiennent notre combat. Trois cents familles sont actuellement en train d’être délogées pour les besoins d’un projet de rénovation urbaine qu’elles n’ont pas choisi, pour lequel aucune concertation n’a été menée par le GIP-MRU (ex GIP-GPV) et dont nous pouvons douter des véritables raisons d’être.

A propos du dit projet, nous réclamons une véritable concertation, sujet sur lequel notre action commence à faire espérer des évolutions.

A propos du relogement des habitants, nous nous affrontons à de lourdes failles du règlement général de l’ANRU. Le principe du « reste à charge constant à superficie constante » nous montre très clairement ses limites : un grand nombre de familles délogées se retrouvent dans des appartement de même typologie, correspondant donc à une structure familiale identique, mais avec des superficies plus élevées (cela est du à l’évolution normal des normes de construction, nos cités ayant été construites dans les années 60), entraînant ainsi des hausses de loyer non désirées et difficilement supportables. Dans ce cadre, nous pouvons plus que nous interroger sur la réalité des « parcours résidentiels positifs » inscrits en principe fondateur de l’ANRU, étant donné qu‘in fine les seuls choix qu’ont les locataires sont soit de payer plus cher pour accéder à des logements neufs ou plus récents qui leurs reviendraient pourtant « de droit », soit de rester dans, pardonnez nous l’expression, des «  taudis ». C’est pourquoi nous réclamons l’application d’un principe de «  loyer constant à typologie constante » afin que soient pris en compte :

La question de la typologie plutôt que la superficie : en effet une famille qui aurait besoin de part sa structure d’un appartement de Type 5 est bien plus préoccupée par le nombre de chambres, de pièces à vivre que des 10 ou 20 m² répartis de manière aléatoire dans l’appartement.

La question du loyer plutôt que celle du reste à charge : en effet, si baisse des charges il y a grâce aux nouvelles normes de construction, nous considérons que c’est aux locataires d’en bénéficier en voyant leur reste à charge diminuer. Il est également hors de question à notre sens que les APL, prises sur les cotisations salariales, viennent compenser les profits grandissants du bailleur et le désengagement de l’Etat dans l’aide à la pierre.

Nos quartiers sont confrontés depuis longtemps à un taux d’emploi de seulement 31% – territoire du Grand St Barthélémy – (Sources : RP 2006 – Déclaratif RP 2006 – Pôle emploi/Insee – Insee 2008), un revenu médian à 9903 euros (Source : Insee – revenus fiscalisés des ménages – 2009) mais surtout à un mépris total de la part des bailleurs sociaux et des institutions politiques. Ces délogements sont sûrement la goutte d’eau de trop et désormais, nombreuses sont les familles qui refusent toute augmentation de loyer, à juste titre, et qui en conséquence refusent de quitter leurs appartements. Au vu de la situation sociale des habitants de Picon et Busserine, nous pouvons craindre des situations de sur endettement au cas où certains d’entre eux ne pourraient supporter les augmentations de loyer.

Depuis un an et demi, nous proposons une charte de relogement alternative à celle de notre bailleur, LOGIREM. Après de nombreuses actions, interpellations d’élus et de candidats, nous sommes parvenus à imposer 90% de nos revendications. Malheureusement, nous butons aujourd’hui sur le point central : l’augmentation de loyer.

Nous avons eu le plaisir de recevoir Madame Eva JOLY durant la campagne présidentielle. Accompagnée de M. ZERIBI, nous lui avons présenté notre lutte, nos revendications, lui avons fait visité le quartier. Elle s’est alors engagée à soutenir nos revendications. Nous espérons aujourd’hui que votre nomination au ministère du logement nous permettra de bénéficier d’un soutien gouvernemental, venant compléter ceux de nombreux politiques de gauche (LO, NPA, FdG, PS EELV…). Aujourd’hui encore, M. ZERIBI compte parmi nos soutiens réguliers (parmi d’autres tels que M.HOVSEPIAN, Maire de secteur, M. BESANCENOT qui est venu nous rendre visite, M.DUTTO, conseiller municipal de secteur et conseiller communautaire etc.). Avec les locataires concernés par ces délogements, nous continuons à réclamer une table ronde tripartite (pouvoirs publics / bailleur social / locataires) afin de résoudre ce conflit. Les représentants de LOGIREM admettent aujourd’hui eux mêmes qu’il s’agit de la seule solution constructive et équitable. L’intervention politique, la mise en place d’aides à la pierre pourrait permettre de sauvegarder les droits des locataires de nos quartiers. Derrière cela, une remise en cause du règlement général et de la logique de l’ANRU nous paraît nécessaire.

Nous vous joignons donc le dossier qui résume les principaux événements de notre lutte. M. LEROY, l’un des rares élus à avoir daigné nous répondre, nous avait redirigé il y a quelques mois vers M. PARANT, préfet de la région PACA, qui est resté silencieux, démissionnaire de sa mission pour « cause de période électorale ». Passées les promesses des élections législatives, nous espérons qu’il sera désormais possible d’entraîner nos élus dans l’action. Nous vous renvoyons également vers notre blog : www.anru-marseille.net

L’élection d’une nouvelle majorité politique soulève de nombreux espoirs auprès de nos concitoyens. Il s’agit aujourd’hui de ne pas les décevoir.

En vous remerciant par avance, Madame, veuillez recevoir nos salutations distinguées et sincères.

Pour la CLCV Picon-Busserine, Le Président, M. Emile ONOLFO

Pour la CSF Busserine,
Le Président, M. Sid ABADLI

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