Une tribune pour les luttes

Oral du Bac sous un crucifix au Havre

+ Lettre ouverte à M. Vincent Peillon par Observatoire de la Laïcité Scolaire de Seine-Maritime

Article mis en ligne le mercredi 18 juillet 2012

Emancipation

18 Juillet 2012

Oral du Bac sous un crucifix au Havre

C’est la mésaventure qu’ont eu à affronter une professeure de mathématiques du Lycée public Jeanne d’Arc de Rouen et les candidats à l’oral de rattrapage le lundi 9 juillet dans les locaus du Lycée privé Saint-Joseph du Havre. Voici le témoignage de la professeure concernée suivie de sa lettre au Recteur du 12 juillet.

Catherine DUMONT

Professeure de Mathématiques

Lycée public Jeanne d’Arc, Rouen

Bonjour,

J’ai été convoquée cette année au lycée privé confessionnel Saint-Joseph du Havre pour faire passer le bac.

J’ai écrit, le 30 mai 2012, une lettre à Madame le Recteur de l’Académie de Rouen, pour lui demander de me convoquer dans un établissement public (cf. fichier "1ère lettre Recteur").

Je n’ai reçu aucune réponse écrite de sa part et c’est seulement en téléphonant au service des examens que j’ai appris que ma demande avait été refusée.

Je me suis rendue au lycée Saint-Joseph le jeudi 5 juillet pour la délibération du 1er groupe : je n’ai vu aucun signe religieux, ni dans la salle de délibération, ni dans les couloirs que j’ai parcourus.

Cela n’a pas été le cas le lundi 9 juillet pour les oraux du 2nd groupe : dans la salle où j’interrogeais, un crucifix était accroché au-dessus du tableau.

J’ai demandé qu’il soit enlevé ou qu’on m’attribue une autre salle : le Chef d’établissement a refusé.

J’ai alors contacté la Division des Examens et Concours de l’Académie ainsi que mon syndicat, le SNES, qui est intervenu plusieurs fois dans la matinée auprès du Rectorat.

En début d’après-midi, j’ai appris que les services du Rectorat avaient décidé de ne pas demander au chef d’établissement de me changer de salle.

J’ai fini par enlever moi-même le crucifix pour terminer les oraux.

J’ai adressé, jeudi 12 juillet, un nouveau courrier à Madame le Recteur (cf. fichier "2ème lettre Recteur"), dans lequel vous trouverez le récit détaillé de ma journée du 9 juillet (conversations avec le Chef d’établissement, réactions du Rectorat…).

Me fondant sur la réponse de Luc Chatel à une question d’un sénateur sur le Respect du principe de laïcité lors de l’organisation des examens (en pièce jointe également), je demande dans ce courrier que le lycée Saint-Joseph ne soit plus centre d’examen à l’avenir (tout en maintenant mon souhait que les examens soient organisés uniquement dans des établissements publics).

Comme indiqué dans ma 2ème lettre au Recteur, j’ai transmis tous ces éléments à Vincent PEILLON en lui demandant de prendre des dispositions pour que de tels manquements à la laïcité ne puissent plus se reproduire.

En espérant pouvoir compter sur votre soutien, je vous adresse mes salutations syndicalistes et laïques.

Catherine DUMONT

http://blogs.mediapart.fr/blog/eman...


Emancipation

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Lettre ouverte à M. Vincent Peillon

11 Juillet 2012

Au mépris de la loi de 1905 portant sur la séparation des églises et de l’État, c’est au nom des «  voies nouvelles de la contribution de l’enseignement catholique à l’oeuvre d’intérêt général que constituent la formation et l’éducation des enfants » que M. Eric de Labarre, secrétaire général de l’enseignement catholique, a annoncé, sans démenti de votre part, juste avant le début de la concertation sur la refondation de l’école ouverte le 5 juillet, que l’enseignement privé bénéficierait de 70 postes en primaire à la rentrée, d’un contingent d’assistants d’éducation sur les 1500 prévus ainsi que des aménagements pour permettre aux stagiaires du second degré privé de se former.

Voilà des annonces faites après que vous ayez rencontré à 4 reprises les représentants de l’enseignement catholique qui s’octroie en passant la représentativité de tout l’enseignement privé.

Il faut rappeler que, depuis le milieu des années 80, la règle tacite de répartition des moyens créés ou supprimés (80 pour le public, 20 pour le privé) n’a été respectée que dans les configurations de créations de postes. Le privé, qui scolarise 18% des élèves (et non 20%), a bénéficié d’un traitement de faveur ces 5 dernières années : sur les 80 000 suppressions de postes dans l’Education Nationale, il n’a été concerné que pour 6700 retraits, soit environ 8,4% et non 16 000 (20%) soient 9700 fermetures de plus imputées au public portant sa « part » de suppressions à 91,6% !

Faut-il rappeler que M.Eric de Labarre estimait début 2012 «  impossible » et « non pertinent » de rétablir 60 000 postes, allant jusqu’à affirmer « qu’on peut probablement continuer à en supprimer » (La Croix du 23.01.12) ? Comment comprendre dès lors la revendication d’attribution de 5100 postes sur les 60 000 par le secrétaire général de l’enseignement catholique ? Est-ce à dire que des suppressions de postes dans les ministères jugés non prioritaires, puisque le nombre global de fonctionnaires n’augmentera pas, serviraient à satisfaire l’attribution de 5100 postes dans l’enseignement privé sous contrat ? Nous pourrions le croire selon vos propos début juin au congrès de l’UNAPEL (Union Nationales des Parents de l’Ecole Libre), indiquant que le privé aurait sa part «  en proportion des postes détruits ».

La Loi de 1905 en son article 2, rappelons-le, ne reconnaît aucun culte. Quant à la Loi Debré de 1959, elle, en son article 4, ne connaît que des établissements privés. En totale contradiction avec ces Lois, les annonces de M. de Labarre, le 5 juillet, indiquent que des négociations sont menées avec l’enseignement privé confessionnel et des moyens accordés globalement au même enseignement.

M.de Labarre annonce donc aussi le 5 juillet qu’il sera présent à la Sorbonne pour la «  grande concertation ». Ainsi, un réseau privé, catholique, participera-t-il à un processus de définition et de refondation de l’Education Nationale alors que son statut contractuel ne lui confère pas ce droit. Dans son Manifeste de l’école catholique au service de la Nation publié début 2012, on peut lire page 3 :

« C’est pourquoi l’enseignement catholique, fidèle à la vision chrétienne de l’Homme transmise par l’Évangile, attache une importance si grande à former des jeunes ouverts sur le monde, enracinés dans une culture et une histoire qui ouvrent, dans un dialogue entre foi et raison, à l’accueil de Dieu dans la vie de chaque homme. » Cette profession de foi vous semblerait-elle conforme à une nécessaire refondation du système éducatif d’une République laïque ? Ce manifeste promeut par ailleurs avec zèle toutes les «  réformes » dans un cadre de baisse des moyens que nous avons combattues ces dernières années.

Plus que jamais, dans cette période où le communautarisme empiète sur le vivre ensemble - et l’entre-soi social du réseau d’enseignement confessionnel n’est-il pas un communautarisme ? - nous affirmons que seule l’Ecole Publique peut et doit être le lieu qui garantit l’égalité et la justice sociale, offrant aux jeunes une formation et des savoirs affranchis de tout dogme. C’est pourquoi nous vous demandons de conforter une école publique de proximité, sur tout le territoire, pour toutes et tous, gratuite, laïque en adoptant et en recherchant les moyens budgétaires, réglementaires, législatifs qui n’accordent les fonds publics qu’à la seule école publique.

Observatoire de la Laïcité Scolaire de Seine-Maritime (CREAL76 –Comité de Réflexion et d’Action Laïque-, DDEN-Délégués Départementaux de l’Education Nationale-union de Seine-Maritime, FCPE 76, ICEM 76-pédagogie Freinet, Snuipp-FSU 76, Snuep-FSU 76, SUD-Education 76 et des élus municipaux, régionaux.)

Contacts :

Observatoirelaicite76 chez laposte.net

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1 Message

  • Le 19 juillet 2012 à 13:19, par

    Acquittement du juge Tosti

    Les laïques du monde entier connaissent le nom du juge italien Luigi Tosti. Ce dernier a refusé de siéger, en tant juge, dans une salle ornée d’un crucifix. En effet, la justice doit être égale pour tous, sans distinction d’opinion, de religion ou d’absence de religion.

    Il avait été condamné à 7 mois de prison et 1 an d’interdiction professionnelle par le Tribunal d’Aquila, pendant que le Conseil supérieur de la magistrature l’avait suspendu de traitement (novembre 2005)

    Le combat a été long.
    Le jugement en Cour d’Appel d’Aquila du 5 juillet 2012 acquittant le juge Luigi Tosti est une victoire pour tous les laïques, tous les républicains, tous les démocrates, en Italie et dans le monde.

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