Une tribune pour les luttes

Internationalistes 13

Communiqué des associations de l’immigration

à l’occasion du voyage officiel en France de Monsieur Moncef Marzouki, Président de la république tunisienne

Article mis en ligne le vendredi 20 juillet 2012

Une délégation maghrébine de dix associations des luttes démocratiques et des droits de l’Homme en France a été reçue le mercredi 11 Juillet 2012 par le Président de la république tunisienne, Monsieur Moncef Marzouki, à l’occasion de son voyage officiel en France.

La délégation lui a fait part de ses quatre préoccupations majeures actuelles.

La première concerne les immigréEs âgéEs « chibanis et chibanias » plus particulièrement. Ces personnes sont de fait « assignées à résidence », avec des pensions de retraite de misère, aggravée par des contrôles discriminatoires dont elles font l’objet. Le pire, une clause des conventions bilatérales de la sécurité sociale entre les États des pays d’origine et l’ État Français, entérine le contrôle qui subordonne l’ouverture et le maintien des droits aux allocations non contributives que stipule le droit français, dès lors que les immigréEs retraitéEs passent plus de six mois hors de France.

Le second point concerne le lien entre immigration, développement et démocratie ; il est nécessaire de dissocier les politiques de gestion des flux migratoires de la question du développement. Les accords appelés de « gestion concertée » signés entre la France et certains États des pays d’origine instrumentalisent l’aide publique au développement pour servir les intérêts de la France et de l’Union Européenne, notamment par l’expulsion des sans papiers.
Les associations ont également insisté sur la nécessité d’intégrer dans le processus de l’égalité des droits pour tous, y compris, les étrangers avec ou sans papiers dans les pays du Maghreb, dans le cadre des cinq principes annoncés par le président tunisien : liberté de circulation, liberté d’installation, liberté de travail, droit de vote aux élections locales, droit à la propriété.

Enfin la délégation a attiré l’attention du Président de la République sur la situation inhumaine des jeunes Tunisiens dits de Lampedusa. Nous avons clairement sollicité son attention pour qu’il veille à trouver une solution la plus adéquate à leur souffrance.

Par ailleurs, les associations ont sollicité du Président de la république l’implication de l’Etat tunisien dans la prise en charge conséquente du Forum Social Mondial de 2013 en Tunisie.

La même délégation a été ensuite reçue par le secrétaire d’Etat aux migrations et aux tunisienNEs à l’étranger, Monsieur Houcine Jaziri, sur les mêmes enjeux. A l’issue de cette rencontre, deux séminaires ont été proposés en Tunisie, l’un sur les conventions bilatérales, et l’autre sur immigration, développement et démocratie.

Les associations de l’immigration ont accueilli avec soulagement, l’écho qui a été fait à leurs attentes par le Président de la République et le secrétaire d’Etat aux migrations, en termes de perspectives pratiques vis-à-vis de leurs homologues français et européens.

Nous, associations démocratiques de l’immigration, appelons avec insistance, le Forum Social Mondial et l’ensemble de ses composantes à être vigilants, pour mettre devant leurs responsabilités les Etats qui font semblant d’ignorer les revendications de l’immigration. La coresponsabilité des Etats du Nord et du Sud est évidente dans l’exploitation des populations immigrées et de leurs droits depuis des décennies.
Monastir, 12 Juillet 2012

Les associations signataires : Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) ; Association des Marocains en France (AMF) ; Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) ; Association des Démocrates Tunisiens de France (ADTF) ; Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM) ; Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) ; Collectif Justice et Dignité pour les Chibanis ; Elghorba ; Immigration Développement Démocratie (IDD) ; Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT).

Retour en haut de la page

1 Message

  • Le 20 juillet 2012 à 08:04, par

    Sur les 30,8 milliards de dinars de la dette tunisienne (environ 15 milliards d’euros), plus de la moitié serait imputable à l’ancien régime. "Il est hors de question que le peuple tunisien hérite, sans conditions, de cette dette dont le remboursement représente chaque année, six fois le budget de la santé, trois fois celui de l’éducation, et six fois celui du développement régional"s’indigne Jihen Chandoul, juriste, et porte-parole d’ACET, (Auditons les créances envers la Tunisie) , fondée par des Franco-Tunisiens dès février 2011.
    "Cet endettement n’a pas amélioré les conditions de vie de la population et la fortune accumulée par le clan Ben Ali en vingt-trois ans de pouvoir démontre que d’importants détournements ont été effectués avec la complicité de certains créanciers"

    La France est le premier pays créancier de la Tunisie.

    Fin juin, M. Marzouki a refusé de signer un accord passé avec le Fonds monétaire international (FMI), arguant, dans un communiqué, la nécessité, "de mener un audit des dettes pour vérifier si ces dernières sont légalement à la charge de l’Etat tunisien ou de l’ancien régime..."

    L’exemple de l’Equateur, dont le président Rafael Correa, un économiste de gauche élu en 2006, avait lancé un vaste audit après les dictatures militaires, nourrit aussi la démarche tunisienne. En 2008, l’Equateur était parvenu à démontrer l’illégitimité de certaines dettes et avait récupéré 7 milliards de dollars réaffectés dans des projets sociaux et environnementaux.

Retour en haut de la page

Thèmes liés à l'article

Communiqués c'est aussi ...

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 4225