Une tribune pour les luttes

Internationalistes 13

En hommage à Chris Marker

"Les statues meurent aussi", film anticolonialiste réalisé en 1953 avec Alain Resnais, interdit pendant de nombreuses années
+ " Le fond de l’air est rouge "

Article mis en ligne le mardi 31 juillet 2012

En hommage à Chris Marker décédé ce dimanche 29 juillet, l’un de ses tout premiers films "Les statues meurent aussi", film anticolonialiste réalisé en 1953 avec Alain Resnais.
Interdit pendant de nombreuses années

http://www.internationalistes13.org...



Les statues meurent aussi est un documentaire français réalisé par Chris Marker et Alain Resnais sorti en 1953. Il fut commandité par la revue Présence africaine. Un film de légende, interdit pendant dix ans.

De 1952 à 1953, Alain Resnais et Chris Marker tournent un film documentaire sur l’Art nègre dans un contexte où la décolonisation semble inéluctable. Il s’agit d’une commande. Les deux auteurs répondent à la demande du collectif "Présence africaine" patronné par Alioune Diop et animé notamment par des intellectuels comme Aimé Césaire, Price Mars, Léopold Sédar Senghor, Richard Wright ou Jean-Paul Sartre qui veut offrir à la palabre africaine un espace de discussions où se rencontrent les figures les plus marquantes du monde noir de l’après-guerre.

Alain Resnais et Chris Marker partent d’une interrogation : "Pourquoi l’art nègre se trouve t-il au musée de l’Homme alors que l’art grec ou égyptien se trouve au Louvre ?"

Le sujet des Statues meurent aussi, c’est la mise à nu des mécanismes d’oppression et d’acculturation, l’impossible dialogue culturel dans le contexte immanent de la colonisation, le développement d’un art de bazar parce que le Blanc est acheteur, l’idée qu’il n’y a pas de rupture entre la civilisation africaine et la civilisation occidentale.

En même temps que l’Art nègre gagne ses titres de gloire, ne devient-il pas une langue morte, questionne Chris Marker ? "On achète son art au Noir et on dégrade son art" poursuit-il.

La commission de contrôle refuse au film son visa du fait notamment du discours anticolonialiste explicitement véhiculé dans le documentaire. Au bout de 10 ans, une copie tronquée du film sort toutefois sur les écrans.


Le fond de l’air est rouge (Grin without a Cat) - part 1 : Les Mains Fragiles

Des extraits :

http://www.youtube.com/watch?v=8-7K...

INA
Le fond de l’air est rouge : 1ère partie : Les mains fragiles (version 1997) 3 euros
http://www.ina.fr/histoire-et-confl...

Première partie : les mains fragiles. Depuis la guerre du Vietnam jusqu’au festival d’Avignon en 1968, en passant par l’Allemagne, Cuba, Régis Debray et la mort du "Che", la Chine.

2ème partie : les mains coupées. De l’intervention russe en Tchécoslovaquie aux manifestations en Irlande, en passant par la fin de De Gaulle, le massacre de Munich, la déstalinisation, la mort de Pompidou, l’assassinat d’Allende, l’institutionnalisation de la révolution cubaine, les fêtes du Shah à Persépolis.

A la fin du film un déroulant précise : " les véritables auteurs de ce film sont les innombrables cameramen, preneurs de son, témoins et militants dont le travail s’oppose sans cesse à celui des pouvoirs, qui nous voudraient sans mémoire."


Pour plus de détail sur l’ensemble de son œuvre :

_ http://fr.wikipedia.org/wiki/Chris_...

(...)

Militantisme

Comme pour beaucoup d’artistes du XXe siècle, l’activité artistique et culturelle de Marker est inséparable d’un engagement politique à gauche. Les documentaires de voyage des années 1950 reflètent une sympathie profonde envers les tentatives d’implanter des régimes politiques socialistes dans différentes parties du monde, de Cuba à la Corée du Nord, du Chili au Vietnam. La montée de la contestation politique à la fin des années 1960 constitue pour Marker l’occasion d’approfondir cet engagement et en particulier de réfléchir à la place du cinéma dans le système de production et de distribution capitaliste, ainsi que sur son rôle idéologique. Comme Jean-Luc Godard, Marker cherche à « créer deux ou trois Vietnam au sein de l’empire Hollywood-Cinecittà-Mosfilms-Pinewood15. »

Le premier de ces efforts est la création en Belgiquenote 12, en 1967, du collectif « Société pour le Lancement des Œuvres Nouvelles » (SLONnote 13,note 14), qui devient en 1974 ISKRA (Images, Son, Kinescope, Réalisation Audiovisuelle, mais aussi "étincelle" en russe tout autant que le titre du journal dirigé par Lénine entre 1901 et 1903)16. Comme l’explique très clairement un texte du collectif de 1971, « SLON est née d’une évidence : que les structures traditionnelles du cinéma, par le rôle prédominant qu’elles attribuent à l’argent, constituent en elles-mêmes une censure plus lourde que toutes les censures. D’où SLON, qui n’est pas une entreprise, mais un outil - qui se définit par ceux qui y participent concrètement - et qui se justifie par le catalogue de ses films, des films QUI NE DEVRAIENT PAS EXISTER !17. »

Pour cette entreprise, Marker perd son statut privilégié d’auteur-réalisateur pour devenir producteur et animateur du collectif. Pendant cette période, plusieurs de ses propres films ne sont pas signés. Le premier projet de SLON est Loin du Vietnam (1967), un film collectif rassemblant les réalisateurs Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Alain Resnais, Claude Lelouch, Joris Ivens et William Klein, et dont la coordination générale et le montage sont entièrement assumés par Chris Marker.

En février-mars 1967 commence une grève dans les usines Rhodiacéta de Besançon. Les ouvriers en grève ne veulent pas seulement des augmentations de salaire. Ils veulent aussi changer le système et ils transforment leur usine occupée en lieu de culture avec une bibliothèque et des conférences. Chris Marker donne aux ouvriers les moyens de s’exprimer par le cinéma pour faire entendre leur voix hors de leur usine et de leur région. Les ouvriers forment alors le groupe Medvedkine en hommage au cinéaste soviétique Alexandre Medvedkine et réalisent par eux-mêmes des films sur leur mouvement.

SLON s’intéresse aussi à la manipulation de l’information par le pouvoir à travers l’État et les média officiels. Pour offrir un contre-poids à ces appareils idéologiques, SLON crée une série de documentaires courts de « contre-information », avec le titre générale de On vous parle de... Dans cette série, Marker et ses camarades de SLON présentent l’actualité politique au Brésil, au Chili, à Cuba ou en Tchécoslovaquie, mais du point de vue des mouvements de contestation, qui n’était pas, et de loin, celui favorisé par les médiasnote .

Le point culminant des années militantes de Marker, c’est la grande fresque politique Le Fond de l’air est rouge (1978), d’après une idée de la monteuse Valérie Mayoux, à savoir un documentaire de quatre heures (réduites depuis par l’auteur à trois heures) sur la montée et le déclin des mouvements de gauche dans le monde. Le film est conçu au départ comme un collage de fragments de matériel filmique de SLON organisé en deux parties. La première, «  Les mains fragiles  », présente les espoirs politiques de la gauche à la fin des années 1960, à travers (entre autres) les révoltes des étudiants et les résonances de la révolution cubaine en Amérique Latine, tandis que la deuxième partie, «  Les mains coupées  », décrit le backslash conservateur de droite venu juste après : l’invasion soviétique de Prague (1968), le coup d’État de Pinochet (1973), la restauration gaulliste en France... La décennie finit pour Marker dans une atmosphère politique très pessimiste qui ne sera que confirmée par la suite : dans les années 1980, avec Reagan et Thatcher, le capital retrouve la main dure qu’il lui fallait pour remettre de l’ordre, liquider l’opposition ouvrière dans les pays occidentaux et les révoltes dans le Tiers Monde, et finalement, avec ce que les historiens ont appelé la deuxième Guerre Froide, éliminer le socialisme soviétique. C’est le moment pour Marker d’abandonner le cinéma militant tel qu’il l’avait conçu et de se lancer dans de nouvelles voies.

Sans soleil (1982) est tourné avec une caméra Beaulieu au format 16 mm et muette. Sandor Krasna, crédité au générique du film comme caméraman est en réalité un personnage inventé par Chris Marker lui-même. Beaucoup regardent ce film comme le chef-d’œuvre de Marker. Dans ce film, Marker revisite son obsession de la mémoire, déjà présente dans La Jetée, et il retrouve le goût du voyage des années 1950-1960. Les noyaux géographiques du film, que Marker définit comme «  les deux pôles extrêmes de la survie », sont le Japon et les anciennes colonies portugaises du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau. Le cinéaste militant laisse place à un observateur curieux, politiquement averti, mais certainement déçu par la débâcle de la gauche globale et le destin tragique des mouvements de libération, en particulier en Afrique noire. Sans soleil mène à sa perfection[non neutre] le genre du film-essai à la Marker et le transforme en une forme réflexive guidée par ce que l’on pourrait appeler le « sujet-Marker ». Un sujet tout à la fois individuel et collectif, mais aussi cinématographique et qui organise des images et des sons fragmentaires en une unité organique par l’entremise du montage.

(...)

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1 Message

  • Le 3 août 2012 à 12:47, par

    Dans la lettre du site Cornelius Castoriadis/Agora International Website : www.agorainternational.org/fr/index.html

    Nous venons d’apprendre le décès de Chris Marker (29 juillet 1921 - 29 juillet 2012, né Christian-François Bouche-Villeneuve), poète, essayiste, critique, traducteur et cinéaste militant, créateur du film expérimental La Jetée, ainsi que des films documentaires, comme Le Joli Mai (“ce premier mois de paix depuis sept ans”, après la guerre d’Algérie) et Le Fond de l’air est rouge. Il fit de Cornelius Castoriadis et de Georges Steiner ses deux “vedettes”, comme il le confiait à Agora International, pour sa mini-série de treize épisodes, L’Héritage de la chouette (La S.E.PT., 1989 ; http://gorgomancy.net/HTML/heritage.html). L’année suivante, il eut la gentillesse de donner des conseils cinématographiques à Agora International pour son premier projet - une vidéo des actes du colloque de Cerisy autour de l’oeuvre de Castoriadis, dont on retrouve maintenant plusieurs entretiens avec les intervenants-participants dans la Vidéographie Castoriadis sur notre site : www.agorainternational.org/videogra.... ...

    www.agorainternational.org/fr/index.html


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