Une tribune pour les luttes

Récit de l’occupation du radar du "Carthage"

Article mis en ligne le mardi 7 août 2012

Par les occupants, 7 août 2012

Le samedi 4 aôut, les flics avaient prévenus les retenus d’une expulsion
collective vers la Tunisie, par bateau. Des personnes extérieures au centre décident de s’opposer à cette expulsion. Jusqu’au dernier moment, les infos provenant du centre n’indiquent aucun départ. Puis, rapidement, un retenu est emmené. Deux autres, en provenance de Nîmes, sont déjà à bord.

Une banderole “NON AUX EXPULSIONS ” est déployée, visible par les passagers du bateau.

Une dizaine de personnes pénètrent dans le port en grimpant un grillage
et montent à bord du “Carthage”, un bateau appartenant à la compagnie
Tunisienne CTN. Ils se trouvent donc en territoire tunisien , ce qui implique
la présence de flics tunisiens et des difficultés pour l’intervention des
flics français. Dès qu’ils arrivent à l’entrée du bateau, ils se précipitent en courant à l’avant de la cale, empruntent un escalier et arrivent sur le pont le plus haut du bateau. Là, ils occupent la tourelle où se trouvent les radars, les empêchant ainsi de tourner : le bateau est immobilisé.

Ils refusent de descendre de la tourelle tant que les sans-papiers ne seront
pas débarqués du bateau. Le capitaine peut prendre cette décison.
S’ensuit un dialogue de sourds avec une partie de l’équipage. Le capitaine
ne vient pas, plusieurs membres de l’équipage disent être le capitaine. Des
flics tunisiens en civil sont présents. Quatre keufs Français montent à bord,
ils viennent au pied du radar, ils ne peuvent rien faire et prennent note des
revendications des occupants.

Le temps passe, les passagers sont hostiles aux occupants, les insultes
fusent. Il y a bien quelques personnes qui font des signes de solidarité, de plus en plus discrètement, mais ils ne sont pas nombreux. Alors que le représentant
de la compagnie CTN s’engage à faire redescendre un sans-papier. Des
passagers complètement hystériques montent jusqu’au radar. Un premier
occupant est saisi par les pieds, il est roué de coups jusqu’à la cabine
de pilotage. Sept autres descendent sous les coups, les filles subissent des
attouchements.

Deux personnes grimpent sur une échelle et se trouvent sur le
point culminant du bateau, elles descendent quelques instants plus tard.
Tous les occupants se retrouvent dans le poste de pilotage, le capitaine est
présent, il refuse de débarquer les sans-papiers prisonniers dans les
cellules de la cale. Il menace de partir, les amarres sont détachées. Les occupants n’ont plus le choix que de descendre escortés par l’équipage. Tout le
long de la sortie, les coups, morsures, attouchements, pleuvent.
Les keufs français s’emparent des occupants à la sortie du bateau. Un flic
tunisien particulièrement violent et vicieux se prend un bon coup de pied
dans les couilles, c’est la moindre des choses. Un des occupants esquive les
keufs et saute à l’eau, ce qui retarde le bateau une demie-heure de plus.
Les pompiers, arrivés en zodiac, le sortiront de l’eau en état d’hypothermie
et le conduiront à l’hôpital d’où il sortira tout de suite.

Un simple contrôle d’identité orale pour les neufs autres et ils seront
reconduits par la Police Aux Frontières à la sortie du port. Les autorités ont préféré ne pas engager de poursuites, certainement afin de ne pas ébruiter
la situation dans le centre de rétention du Canet. L’expulsion n’a pas pu être évitée cette fois-ci.

Le déchaînement de haine de certains passagers est à l’image de la guerre
de tous contre tous que nous subissons au quotidien. En ces temps de crise,
les pauvres s’entretuent au bénéfice de l’état et des patrons, les
identitarismes pullulent, alors qu’il est plus que temps de se montrer solidaire !

Même si nous savons que ce n’est pas en évitant une expulsion qu’on abattra
les murs et les frontières, cette action a permis de sortir de la résignation
et des beaux discours, et de tisser des liens de solidarité active avec les
retenus. Elle a reçu un bon acceuil à l’intérieur du centre.

La solidarité peut s’exprimer aussi au-delà des mots. Il est possible de
soutenir de manière offensive.

Avec ou sans papiers, nous vivons tous dans le même monde.

Nous ne nous battons pas seulement pour la fermeture des centre de rétention et la régularisation de tous les sans-papiers mais surtout contre le
monde qui les produit.

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