Une tribune pour les luttes

Au fil des jours et des lectures n°150

Affaire Wikileaks / Assange

Article mis en ligne le dimanche 19 août 2012

http://comaguer.over-blog.com

18.08.2012

Julien Assange, citoyen australien créateur de Wikileaks, est poursuivi par la justice suédoise. Il a en effet été accusé par deux citoyennes suédoises d’avoir eu avec elles des rapports sexuels non protégés et la justice suédoise veut l’interroger à ce sujet avant d’éventuellement l’inculper. Mais il redoute de se rendre en Suède pour subir ces interrogatoires car il craint que la Suède ne le livre aux États-Unis (il y a des précédents) où il serait là poursuivi pour trahison en raisons de la divulgation de nombreuses dépêches diplomatiques qu’il a piraté sur les sites officiels du Département d’État. Il risquerait alors la peine de mort.

Après un long séjour au Royaume Uni, il a senti le filet se resserrer autour de lui et a trouvé refuge à l’ambassade d’Équateur à Londres le 19 Juin 2012.

Pour répondre à une demande d’extradition de la Suède, le gouvernement britannique a annoncé officiellement qu’il était prêt à investir les locaux de cette ambassade pour se saisir de lui.

Cette annonce est une provocation honteuse puisqu’elle veut dire que Cameron, prétextant qu’il ne peut qu’honorer une demande d’extradition émanant d’un pays ami, est prêt à violer délibérément la Convention de Vienne sur l’immunité diplomatique qui interdit à l’État hôte de pénétrer dans les locaux des ambassades étrangères.

La Convention de Vienne est l’accord international le plus signé qui existe. Elle n’a jamais été violée même aux pires moments de la guerre froide.
Le 16 Aout le gouvernement équatorien a accordé l’asile politique à Julien Assange. Il l’a fait après avoir d’abord proposé à la justice suédoise de venir interroger Julien Assange dans les locaux de l’ambassade, proposition refusée, après avoir ensuite demandé au gouvernement suédois de ne pas extrader Julien Assange aux États-Unis s’il se rendait en Suède pour les interrogatoires , pas de réponse.

Pour donner une idée du niveau d’hystérie atteint aux États-Unis contre Julien Assange, notons par exemple que Sarah Palin, l’ex-candidate à la Vice Présidence en 2008 appelle l’armée des États-Unis à donner l’assaut à l’ambassade d’Équateur à Londres.

Mais pour se rendre en Équateur, Julien Assange doit sortir de l’ambassade pour rejoindre un aéroport. Sera-t-il kidnappé pendant le trajet, ce qui est contraire à tous les usages diplomatiques ? Le doute n’est guère permis puisque le gouvernement britannique a réagi à la décision équatorienne en annonçant qu’il ne laisserait pas Julien Assange quitter le sol du Royaume Uni.

Quand il s’est opposé à l’extradition de Pinochet dont les crimes étaient avérés et sans commune mesure avec celui dont est simplement soupçonné Julien Assange en Suède sur la base de la plainte d’une citoyenne suédoise d’origine cubaine connue pour ses liens avec les organisations anticastristes la Grande Bretagne a fait peu de cas des demandes d’extradition du dictateur qui lui étaient adressées : deux poids deux mesures : d’un côté un dictateur fasciste installé par un coup d’état des États-Unis, de l’autre un simple citoyen qui leur déplait ! Dans les deux cas une marionnette qui exécute : la Grande-Bretagne.

Le masque olympique de fraternité et de consensus arboré par gouvernement du Royaume Uni jusqu’au 10 Aout est tombé brutalement et découvre la figure grimaçante et obscène de l’impérialisme le plus ringard.
En prenant ces positions et en se mettant au ban de la communauté des États, Cameron vient de perdre toute crédibilité dans une affaire d’une toute autre importance pour son pays, il vient tout simplement de perdre les Malouines.

En effet l’Équateur qui a longuement muri sa position et qui défend Julien Assange au nom de la liberté d’expression est en train de mobiliser derrière lui la plupart des gouvernements d’Amérique Latine à commencer par ceux de l’ALBA (Cuba, Bolivie, Nicaragua, Venezuela, Dominique, Barbade, Antigua) puis tous ceux de l’UNASUR et se prépare à saisir l’Organisation des États américains et le Conseil de Sécurité de l’ONU. Il s’agit donc d’un véritable lever de boucliers de l’Amérique Latine face au refus du gouvernement britannique de laisser Julien Assange bénéficier du droit d’asile politique qui vient de lui être reconnu par un pays souverain.

Or cette énorme gaffe diplomatique, digne d’un impérialisme vieillissant incapable de ne pas répéter les gestes de brute dont sa jeunesse a été si coutumière, gaffe dénoncée par plusieurs anciens diplomates britanniques de haut rang, intervient au moment où l’Argentine vient de déposer entre les mains de l’Office des Nations Unies compétent un dossier visant à obtenir la reconnaissance internationale de l’appartenance des Malouines aux eux territoriales argentines en vertu du principe de l’extension du plateau continental reconnu par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.

Voici l’affaire Assange soudain devenue un signe mondialement visible du crépuscule de l’impérialisme anglo-saxon que son mépris du droit international va condamner à une réprobation quasi universelle.

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