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26 août 1942 : la rafle des israélites étrangers à Pertuis et dans le Pays d’Aigues et les déportations à Auschwitz

Michèle Bitton

Article mis en ligne le dimanche 26 août 2012

Il y a 70 ans, le 26 août 1942, la Gendarmerie nationale sous les ordres de René Bousquet, Secrétaire général de la Police, menait la plus grande rafle des israélites étrangers perpétrée en zone non occupée. Cette rafle s’inscrivait dans un ensemble d’opérations désignées comme des « mesures de regroupement » visant les israélites (ou juifs) allemands, autrichiens, tchèques, polonais, estoniens, lithuaniens, lettons, dantzicois, sarrois, soviétiques et réfugiés russes, entrés en France postérieurement au 1er janvier 1936, date qui sera repoussée jusqu’en 1933. L’objectif de ces mesures était d’arrêter ces personnes en tous lieux où elles se trouvaient puis de les regrouper dans différents centres avant de les transférer en zone occupée pour les livrer aux autorités allemandes dans le cadre de la « solution finale » mise en place par les Nazis pour l’anéantissement des juifs d’Europe.

Près de 10 000 israélites étrangers en provenance de la zone non occupée furent ainsi livrés aux Allemands par les gendarmes français et déportés dans les camps nazis. Ceux arrêtés dans la région de Marseille, région incluant le département de Vaucluse, furent regroupés au camp des Milles (Bouches- du-Rhône - photo ci-dessus) avant d’être transférés à celui de Drancy (Seine) et de là déportés vers le camp d’extermination d’Auschwitz en Pologne où ils furent pour la plupart immédiatement assassinés dans les chambres à gaz.

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Archive Préfecture de Marseille -24 août 1942

Les principales instructions concernant le regroupement de certaines catégories d’israélites étrangers sont communiquées aux Préfets régionaux les 5 et 15 août 1942. Jusqu’aux jours précédents la rafle, chaque Préfecture concernée a dressé et corrigé les listes des israélites visés par ces instructions. Celle de la Préfecture de Vaucluse datée du 24 août compte 110 personnes. Avant la rafle, la première étape pour l’application de ces mesures a été l’affectation des hommes âgés de 18 à 45 ans dans des GTE (Groupement de travailleurs étrangers). Dans le Vaucluse, le 20 août, le Chef du Groupe départemental de travailleurs étrangers adresse au Préfet une liste de vingt-deux travailleurs étrangers israélites avec leurs affectations. Le 24 août, il lui fait parvenir une liste de quatorze familles laissées par les israélites en zone libre : neuf de ces familles étaient domiciliées dans le Pays d’Aigues (à
Ansouis, à Mérindol et à Villelaure) et huit d’entre elles seront recherchées le 26 août. La veille de la rafle, le 25 août dans la soirée, deux travailleurs étrangers détachés d’un GTE et employés dans une entreprise agricole à Beaumont-de-Pertuis sont également recherchés.

Le 26 août, trois brigades de gendarmerie du Pays d’Aigues sont à l’œuvre : celles de Pertuis, de Cadenet et de Lauris. Neuf gendarmes de ces brigades, assistés dans deux opérations par des gendarmes de la brigade de La Bastide-des-Jourdans, sont chargés de la rafle et dressent le jour même quatorze procès-verbaux à l’encontre d’israélites, en constatant soit leur arrestation (certains parlent de « ramassage »), soit leur « non ramassage », soit leurs
recherches infructueuses. En comptant le procès-verbal de renseignements préalable à la rafle, quinze opérations de gendarmerie constatées par des procès-verbaux ont été menées dans le Pays d’Aigues les 25 et 26 août à l’encontre d’israélites étrangers en vertu de « la note 1074 du Préfet de Vaucluse en date du 24 août 1942 », note parfois qualifiée de secrète. Ces
procès-verbaux ont été dressés dans cinq localités : Beaumont-de-Pertuis, Pertuis, La Tour-d’Aigues, Ansouis, Villelaure et Mérindol.

Quinze personnes, dont six enfants, furent arrêtées et immédiatement dirigées vers le camp des Milles. Avec elles, au moins une vingtaine d’autres israélites domiciliés dans le Pays d’Aigues, principalement des hommes affectés à des GTE, furent aussi regroupés au camp des Milles ou y étaient déjà internés avant le 26 août. Quelques personnes furent libérées ou s’évadèrent au cours de transferts, mais la majorité fut déportée.

Au total, vingt-neuf déportations d’israélites étrangers domiciliés dans le Pays
d’Aigues eurent lieu entre le 12 août et le 6 novembre 1942 du camp de Drancy à destination d’Auschwitz, la plupart par le convoi n°29 du 7 septembre 1942. Un seul des déportés, un homme âgé de 40 ans en 1942, revint des camps en 1945 ; les vingt-huit autres - quinze hommes, sept femmes et les six enfants - ne sont jamais revenus. Le Mémorial de la Shoah à Paris a mis en ligne une base de données nominative permettant connaître le numéro de
convoi et la date de déportation de l’ensemble des déportés juifs de France. L’interrogation de cette base nous a permis de préciser ces informations pour les juifs du Pays d’Aigues déportés en 1942.

La suite et l’ensemble des notes et des liens vers les documents d’archives ici.

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