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Unilever, un industriel qui s’adapte à la pauvreté qu’il contribue à générer

Actuchômage

Article mis en ligne le lundi 27 août 2012

Un responsable du géant anglo-néerlandais de l’agroalimentaire et des cosmétiques affirme voir la pauvreté revenir en Europe et veut adapter sa stratégie commerciale en conséquence.

« La pauvreté revient en Europe », a déclaré Jan Zijderveld au quotidien allemand Financial Times Deutschland, ajoutant : « Si un Espagnol ne dépense plus en moyenne que 17 euros quand il fait les courses, je ne vais pas lui proposer un paquet de lessive qui coûte la moitié de son budget ».

M. Zijderveld, responsable pour l’Europe d’un groupe qui chapeaute un trentaine de marques célèbres comme Dove (savon), Cajoline (adoucissant), Magnum (crème glacée), Knorr (épicerie) ou… les infusions Eléphant (Fralib : 182 emplois menacés), dit vouloir s’inspirer désormais, pour le Vieux continent, des méthodes utilisées par Unilever dans les pays asiatiques en développement, en vendant des produits meilleur marché car en plus petit conditionnement. « En Indonésie, nous vendons des échantillons individuels de shampoing pour 2 à 3 centimes pièce et pourtant, nous gagnons de l’argent », dit-il. Le Financial Times Deutschland rapporte qu’Unilever a, par exemple, commencé à vendre en Espagne de petits paquets de lessive ne permettant de faire que cinq machines : de quoi réjouir les centaines de milliers chômeurs en fin de droits qui touchent l’allocation de base (426 €/mois) et pourront, grâce à Unilever, continuer à laver leur linge...

Et M. Zijderveld de conclure : « Les marchés en Europe sont un peu les Jeux olympiques de la distribution : le plus difficile ! Celui qui s’en sort ici, y arrivera partout »...

Un cynisme inouï !

Deux remarques sur la démarche en elle-même :

1) Des dosages plus petits, ce sont des échantillons, donc des conditionnements multipliés : vous avez dit "développement durable" ? Le surremballage, c’est l’augmentation des déchets. Pas du tout écologique, tout ça !

2) De ce fait, les petits conditionnements sont, proportionnellement, toujours plus chers : au final, ce sont des économies en trompe-l’œil pour le consommateur.

Mais il est vrai que les grands industriels n’en ont rien à fiche de la préservation de notre planète. Et ces chantres de la modération salariale et de la "mondialisation heureuse" n’en ont rien à fiche non plus de l’appauvrissement de leurs consommateurs qui, au final, paient toujours le prix fort de leurs stratégies, qu’elles soient industrielles, commerciales… ou sociales.

Car Unilever, c’est aussi l’affaire Fralib où 182 emplois sont en jeu. Le Pdg d’Unilever, Paul Polman, s’est récemment permis de menacer le gouvernement français alors que, depuis deux ans, les salariés du site de Gémenos, qui fabriquent au nord de Marseille les infusions de l’Eléphant, luttent pour maintenir leur activité et leur gagne-pain, Unilever ayant décidé en septembre 2010 de fermer leur usine pour délocaliser la production en Belgique et en Pologne.

Les politiques complices ?

Une affaire interminable, ponctuée de décisions judiciaires défavorables au licencieur (absence de cause économique sérieuse, propositions de reclassement dérisoires…) et où l’ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand, serait mouillé : il serait directement intervenu dans le dossier pour favoriser la mise en place du troisième plan social présenté par Unilever.

Les salariés, qui occupent leur usine sans relâche, travaillent sur un projet de reprise d’activité alternatif sous la forme d’une SCOP, société coopérative et participative. Mais Unilever leur oppose une fin de non-recevoir, refusant, au nom du droit de propriété intellectuelle, de céder la marque Éléphant et de les faire travailler en sous-traitance. Or, sans cette marque très puissante en France, leur activité ne peut tenir la route bien longtemps.

Pour la CGT de Fralib, « Éléphant, c’est une marque française d’infusions créée en Provence il y a 120 ans dont la notoriété a été forgée par plusieurs générations de travailleurs. Par rapport à Lipton, sa marque milliardaire, c’est une goutte d’eau pour Unilever. C’est donc par idéologie capitaliste qu’Unilever refuse de la céder. Il faut maintenant que le gouvernement de gauche ait le courage politique de réquisitionner cette marque qui fait partie de notre patrimoine national ». Vendredi, les Fralib doivent rencontrer François Hollande à l’Elysée : nous verrons alors de quel côté ce soi-disant "homme de gauche" va pencher.

La CGT dénonce également les pratiques d’Unilever, « champion du détournement d’impôts. Une structure financière a été créée en Suisse pour éviter de payer des impôts en France (plusieurs dizaines de millions d’euros par an) sur les produits vendus sur le marché français, mais fabriqués en
 Pologne et en Belgique ».

Selon les dernières conclusions de l’Inspection du Travail, « la réalité du motif économique, invoqué par l’employeur pour justifier la fermeture du site de Gémenos, n’est pas établie. […] L’usine Fralib dégage, au 31 décembre 2011, un résultat net après impôts de 2.442.751 euros et présente une trésorerie de 13.833.812 euros. […] Si le résultat net est effectivement en baisse par rapport à l’année précédente, il n’en demeure pas moins que l’usine de Gémenos reste excédentaire ». Et viable.

Honte à Unilever qui compte fourguer ses échantillons polluants aux chômeurs et aux précaires ! Honte à Unilever qui ne "se prépare" pas au retour de la pauvreté en Europe, mais le prépare activement !

SH

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