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Actuchômage

En 2010, la pauvreté a atteint son plus haut niveau depuis 1997

+ "L’UE s’en fout, de la pauvreté." Elle pousse de manière consciente les gens vers la misère.

Article mis en ligne le vendredi 7 septembre 2012

A lire avec tous les liens :
http://www.actuchomage.org/20120907...

Vendredi, 07 Septembre 2012

L’Insee vient de le publier : le taux de pauvreté 2010 s’élève à 14,1% de la population (+0,6 point) et son seuil monétaire à 964 €/mois pour une personne seule. Ainsi, grâce à la crise, la France comptait 8,6 millions de pauvres (+440.000). A ce rythme, on peut dire sans se tromper qu’aujourd’hui, ils sont au moins 9 millions.

Dans son étude annuelle sur le niveau de vie* des Français couvrant l’année 2010, l’Insee note qu’après avoir quasiment stagné (en 2009, il n’avait progressé que de 0,4% alors qu’il avait crû de 1,7% en 2008 et de 2,1% en 2007), celui-ci a baissé de 0,5% si l’on tient compte de l’inflation. "Il faut remonter à 2004 pour enregistrer un tel recul", pointe l’Institut.

Symptôme d’une société de plus en plus inégalitaire basée sur un modèle économique aussi cruel qu’inepte, seul le niveau de vie des 5% les plus aisés est reparti à la hausse (+1,3%) après avoir stagné l’année précédente... Hormis ce détail, "pratiquement toutes les catégories de la population subissent une baisse", estime l’enquête.

En 2010, le niveau de vie médian — la moitié de la population est au-dessus, l’autre moitié en dessous — en France métropolitaine atteignait donc 19.270 euros/an, soit 1.610 euros par mois. Les 10% les plus modestes avaient un niveau de vie inférieur à 10.430 euros quand celui des 10% les plus aisés était d’au moins 36.270 euros, soit 3,5 fois plus.

440.000 pauvres supplémentaires

En 2009, l’Insee affirmait : c’est "vraiment la première année pleine où se ressentent les effets de la crise"… qui ne faisait que commencer. Celle-ci poursuivant inlassablement ses méfaits, de 8,2 millions de personnes à survivre avec moins de 954 €/mois (soit 13,5% de la population française et un ménage sur sept), nous voici, un an après, avec 440.000 pauvres de plus, soit l’équivalent d’une ville comme Toulouse !

En 2010, 8,6 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté monétaire (964 euros par mois) et la moitié d’entre elles survivait avec moins de 781 euros. L’Insee précise que le taux de pauvreté "poursuit la hausse de 2009 (+0,5 point) et atteint son plus haut niveau depuis 1997". Les jeunes et les enfants sont les plus touchés.

A ce rythme, envisager qu’en 2011 plus de 400.000 nouveaux pauvres auront rejoint le bataillon des anciens n’est pas une vue de l’esprit. De 8,6 millions, on passe alors à 9. Les paris sont ouverts : rendez-vous en septembre 2013.

Encore une conférence...

Annoncée par François Hollande en juillet dernier, une conférence de lutte contre la pauvreté et les exclusions se tiendra à Paris les 12 et 13 novembre 2012 au palais d’Iéna (siège du Conseil économique et social). Selon la ministre déléguée chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, Marie-Arlette Carlotti, "le président de la République ouvrira les travaux et le Premier ministre les conclura".

Qu’attendre d’un tel raout, sachant que la "Grande conférence nationale pour la croissance et l’emploi" des 9 et 10 juillet derniers a totalement ignoré les associations de chômeurs ? Qu’attendre des préconisations du très officiel Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE), rendues publiques ce mercredi dans un rapport et qui ont, comme dirait Frédéric Lordon, "le tranchant d’une asperge" ? Qu’attendre des bonnes volontés qui s’insurgent contre le niveau ridicule des minima sociaux en ne proposant que des revalorisations cosmétiques ?

Il est vrai que, malgré cela, le taux de pauvreté de la France restera inférieur à la moyenne européenne, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie (et même le Royaume-Uni ou l’Allemagne), soumis au tout-austéritaire, s’étant chargés de creuser l’écart. Selon le Réseau européen anti-pauvreté (EAPN), en 2010, il y avait 120 millions de pauvres dans l’UE. Pourtant, 2010 avait été déclarée "Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale"... L’EAPN est convaincu que cette soi-disant lutte est le cadet des soucis de Bruxelles dont les politiques, bien au contraire, appliquent "une décision consciente de pousser les gens à être des travailleurs pauvres ou à vivre dans la misère". Comme tous les autres, Hollandréou se soumettra. Quant aux mesures que prendra son gouvernement sur le territoire national, elles seront à l’image des happy few qui auront le droit de pénétrer dans le palais d’Iéna.

SH

* Le "niveau de vie" se calcule en divisant les revenus du ménage par le nombre de personnes qui le composent mais en tenant compte des économies d’échelle (un seul réfrigérateur…) et du fait que les enfants consomment moins que les adultes. Cette notion, qui permet de comparer des ménages de taille différente, ne doit pas être confondue avec le revenu ou le salaire.


L’UE s’en fout, de la pauvreté

Jeudi, 30 Août 2012

Le Réseau européen anti-pauvreté estime que l’UE, dont le déficit démocratique est patent, opère « une décision consciente de pousser les gens à être des travailleurs pauvres ou à vivre dans la misère ».

L’objectif de lutte contre la pauvreté reste invisible dans la Stratégie Europe 2020 et, surtout, voué à l’échec avec l’approche actuelle de sa gouvernance économique, dénonce le Réseau européen anti-pauvreté (EAPN) dans un communiqué :
Alors que commencent les débats européens sur les nouvelles priorités de l’Europe 2020 pour l’analyse annuelle de la croissance 2013, EAPN publie son analyse des Programmes nationaux de réforme (PRN) et Rapports sociaux nationaux (RSN) : “Une Union européenne à défendre : au-delà de l’austérité, vers l’investissement social et une croissance inclusive”.

Le rapport évalue les politiques de réduction de la pauvreté dans tous les domaines : macro-économique, emploi, inclusion sociale, fonds structurels et implication des parties prenantes. Le constat, atterrant, conclut à l’échec dans tous les domaines.

Malgré les promesses de la « priorité 4 » de l’Analyse de la croissance annuelle de la Commission européenne — lutter contre le chômage et les conséquences sociales de la crise —, 2 millions de personnes supplémentaires se retrouvent en situation de pauvreté depuis 2010.

L’analyse d’EAPN démontre que les politiques actuelles d’austérité affectent directement et gravement les services publics et bénéfices sociaux. Alors que la pauvreté reste invisible dans les rapports, la stratégie actuelle est celle de l’emploi à tout prix et du durcissement des politiques d’activation, alors que les emplois sont rares et les groupes exclus les derniers à y accéder. L’investissement dans des stratégies intégrées et personnalisées, promouvant l’inclusion active à un accès aux droits, aux ressources et aux services est largement absent, tout comme les fonds structurels européens censés y répondre.


« L’évaluation d’EAPN prouve que l’Union européenne se moque de la réduction de la pauvreté. Sa priorité est la réduction des déficits par l’austérité qui, surtout dans les pays "de la Troika", est une attaque explicite contre l’Etat-providence. La rhétorique de "croissance et emploi" ne fait aucune différence pour les personnes les plus touchées par la crise — parents isolés, travailleurs pauvres, handicapés, migrants, Roms, sans-abris, jeunes et enfants »,
a déclaré Sergio Aires, Président d’EAPN.

« Tout le travail fourni à développer des stratégies de lutte contre la pauvreté au travers de la MOC sociale semble tout bonnement effacé. Il semble de plus en plus qu’il s’agit là d’une décision consciente de pousser les gens à être des travailleurs pauvres… ou à vivre dans la misère. On ne voit pas comment les gens pourraient défendre une Union européenne qui offre une descente assurée vers plus de pauvreté, d’exclusion et d’inégalités à la majeure partie de sa population », a ajouté le Président.

Autre constat important : le déficit démocratique. Seuls 12 des réseaux nationaux d’EAPN déclarent avoir pu participer aux PRN, aucun de manière véritable. La participation des parlements nationaux a également été minimale, malgré le principe spécifique de partenariat (considérant 16 des Lignes directrices intégrées) et les lignes directrices de la Commission.

« La Stratégie Europe 2020 ne fera des progrès en matière de pauvreté et d’objectifs sociaux qu’avec la participation véritable des parties prenantes et parlements nationaux au niveau national. Nous sommes la meilleure garantie d’une Europe sociale. Pour l’instant, l’implication des acteurs de la société civile relève de la moquerie, à laquelle les membres d’EAPN sont de plus en plus réticents à prendre part », a conclu Fintan Farrell, Directeur d’EAPN.

Recommandations principales du rapport d’EAPN :

1. Soutenir l’Europe sociale et restaurer l’équilibre entre les objectifs économiques et sociaux.

2. Se recentrer sur l’objectif chiffré sur la pauvreté avec des stratégies intégrées, empêcher l’austérité de faire augmenter les taux de pauvreté.

3. Lancer un Pacte d’investissement social pour soutenir une croissance inclusive.

4. Faire des Fonds structurels un instrument majeur de réduction de la pauvreté.

5. Relancer Europe 2020 pour en faire un processus démocratique, participatif, social autant qu’économique.

6. Saisir l’opportunité des Rapports nationaux de réforme pour lancer une stratégie de lutte contre la pauvreté dynamique.

(Source : Réseau européen anti-pauvreté)

Voir => Les taux de pauvreté dans l’UE (chiffres de 2010)

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