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Med’in Marseille

Marseille, trente ans après les ratonnades de 1973, peu de leçons ont été tirées

par Sarah Lehaye

Article mis en ligne le lundi 17 septembre 2012

Publié le 15 septembre 2012, mise à jour le 17 septembre 2012

1973, qui a connu les crimes racistes qui ont déferlé sur Marseille ? Qui a entendu parler de cette montée de haine que les Algériens ont dû subir ? Qui honore aujourd’hui leur mémoire comme toute journée d’hommage à laquelle ont droit les victimes de faits tragiques ? Ne pas occulter l’histoire du passé, c’est avancer sur celle du présent. Si Marseille s’affiche aujourd’hui comme la «  capitale de la culture », il y a trente ans, les journaux titraient « capitale du racisme ». En 1973, la cité phocéenne a connu l’une des pires flambées de racisme qui a pu exister dans l’histoire de France au XXe siècle. Un racisme ciblé, l’Algérien, le mot de tous les maux. _ Salah Bariki, un français d’origine algérienne arrivé en 1962 dans les bidonvilles de la cité phocéenne, a accepté de raconter sa vision et son ressenti des années 70. A cette époque, il était d’ailleurs responsable de l’Amicale des jeunes Algériens, rue Saint-Jacques dans le 6e arrondissement.


Quand le racisme répond à la crise économique

Depuis 1962 et ce durant dix années (1962-1973), les flux migratoires n’ont cessé de s’intensifier, Marseille devenant un point de passage voir d’ancrage de l’immigration. Une population immigrée constituée d’une forte communauté maghrébine et notamment algérienne, ce depuis la décolonisation. Le brassage des populations qui s’y est développé sera d’ailleurs l’un des atouts de cette ville. 1972, c’est aussi la saturation des marchés économiques qui mettra fin, dès 1973, à la croissance des Trente Glorieuses. Une crise économique qui a suscité la crainte, le trouble et le repli d’une partie de l’opinion. Une crise économique qui a trop souvent été mise sur le compte de l’immigration. Salah a évoqué ce contexte particulier : «  c’était le début de la crise économique, l’arrivée de Giscard qui voulait renvoyer les Algériens chez eux, l’Algérie qui voulait récupérer ses immigrés, au moins en parole. C’était aussi un moment de transition très difficile répondant au mythe du retour : nos parents qui étaient arrivés dans les années 60 n’étaient toujours pas rentrés au pays ». D’ailleurs, la circulaire Marcellin-Fontanet [1] tentant de limiter l’immigration a été mise en application la même année, en 1972. Depuis le début des années 70, il y a un développement du racisme qui s’est créé, notamment des nord-africains. Selon Gérard Noiriel, historien et directeur d’études à l’EHESS, ce racisme anti-algérien a surtout été alimenté «  par les nostalgiques de l’Algérie française ». Peut-on également entendre par là les membres de l’ex OAS (l’Organisation Armée Secrète) qui ont toujours gardé une main mise dans les milieux d’extrême droite ? C’est à l’été 1973 que les violences racistes vont connaître leur apogée notamment à Marseille. Le 25 août, sur la ligne de bus 72, un déséquilibré algérien, Salah Bougrine, a assassiné un traminot du nom d’Emile Gerlache. Ce fait divers allait embraser la ville et attiser la haine de l’Algérien. L’ambassade d’Algérie avait pourtant tenu à être limpide sur l’état de santé de l’homme informant qu’il était malade mental depuis 1969 mais pour l’opinion, c’est son origine et seulement cette notion qui a été retenue. L’acte d’un individu s’est propagé à toute une communauté. Pour l’historien Gérard Noiriel, ce n’était qu’un « prétexte ».

(...)

http://www.med-in-marseille.info/spip.php?article1956

1. La circulaire Marcellin-Fontanet, du 23 février 1972 (mise en application en septembre 1972), adoptera des mesures strictes pour les étrangers. Elle limitera le nombre d’entrée des Algériens sur le territoire français et mettra fin à la régularisation de tout étranger entré sur le territoire sans autorisation de travail ni attestation de logement. Des mouvements de solidarité seront alors organisés. Elle sera donc assouplie par Georges Gorse, le nouveau ministre du Travail en mai et juin 1973.

A lire : Les Dossiers Noirs du Racisme dans le Midi de la France. Editions du Seuil.

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