Une tribune pour les luttes

Voyageurs malgré eux

Témoignage d’une famille de "privés d’emploi"

Article mis en ligne le samedi 13 octobre 2012


Voyageurs malgré eux

9 octobre 2012

http://www.depechestsiganes.fr/?p=4...

Vivant faute de mieux dans un camping-car, la famille Magister a été soumise malgré elle au statut spécial des gens du voyage de 2009 à 2012. Difficultés pour faire valoir ses droits aux aides sociales, obligation de faire viser les carnets tous les trois mois à la gendarmerie, difficultés pour stationner, pour voter… Chronique d’une perte de citoyenneté…

Ouvrier en Lorraine, Jean-Marie Magister n’imaginait pas ce que pouvait être la vie de gens du voyage, jusqu’à ce qu’il perde son emploi en 2008. Aujourd’hui encore, bien qu’il ait noué des relations de sympathie avec des voyageurs, il n’apprécie guère d’avoir été traité pendant quatre ans comme un citoyen de seconde zone. « A cause du titre de circulation, je n’avais plus le droit de voter pendant trois ans. Même mon fils, qui avait alors 16 ans, devait aller pointer tous les trois mois à la gendarmerie comme un vulgaire repris de justice. Au moment où nous en aurions eu le plus besoin, il a été très difficile d’obtenir de la mairie les secours d’urgence », déplore Jean-Marie Magister. En mai dernier, ayant retrouvé un statut de droit commun par ses propres moyens grâce à un emploi et à un logement, il a déposé plainte pour violation des droits de l’homme (http://www.depechestsiganes.fr/?p=3300).

Solitude du voyageur face aux difficultés

Pour la famille Magister, tout débuta par la perte de l’emploi ; ouvrier dans l’industrie, le père de famille n’avait guère d’espoir d’en retrouver en Lorraine, région sinistrée par les délocalisations d’entreprises. « Nous avions un camping-car, nous pensions que ce serait une solution provisoire et pratique pour chercher du travail, mais nous n’avions pas pensé aux problèmes administratifs que posait le fait d’avoir un toit mais pas d’adresse », remarque Jean-Marie Magister. En effet, le père de famille savait que dans la pire des situations, les SDF trouvaient domiciliation et aide auprès des centres sociaux d’action sociale (CCAS). « Citoyen sans problèmes, j’avais toujours eu de bons rapports avec les agents des mairies où j’ai habité. Je n’imaginais pas qu’un jour on me prendrait pour un « gens du voyage » et que le dialogue deviendrait impossible », ajoute le père de famille.

Carnet de circulation à défaut de logement DALO

Après deux ans de recherches marqués par des emplois à temps partiel insuffisants pour se fixer dans une ville, la famille se trouve en grande difficulté dans le camping de Gruissan dans l’Aude. Ayant demandé l’aide du CCAS, il se la voit d’abord refuser «  faute d’attaches dans la commune ». Néanmoins, après de difficiles démarches auprès de la mairie, il obtient une domiciliation de droit commun auprès du CCAS, qui permet la scolarisation du fils mineur. Mais tout bascule, le 12 mai 2009, avec une demande adressée à la commission de médiation de la loi DALO. Mais n’ayant pas de ressources, dans l’attente de la décision de la commission DALO prévue fin juillet, la famille ne peut plus régler les tarifs du camping municipal, et se voit refuser ses demandes de délai. «  C’est grâce à la médiation de l’adjudant de gendarmerie que j’ai obtenu de rester jusqu’à la décision de la commission », témoigne le père de famille. Durant cette période, ses relations avec la mairie se sont envenimées, au point que Jean-Marie Magister envisageait ouvertement de déposer plainte pour violation de son courrier ouvert par le CCAS et contre un adjoint au maire pour des propos qu’il estimait diffamatoires. Bien que reconnu prioritaire par la commission DALO, la famille ne se voit offrir aucune proposition dans les logements sociaux de la commune. Pour débloquer la situation, la préfecture lui impose le 3 août 2009 des carnets de circulation et l’invite à loger sur l’aire d’accueil des gens du voyage la plus proche implantée à Narbonne. « Je découvre alors avec horreur que je perds pour trois ans mon droit de vote et que nous sommes tous les trois obligés d’aller faire viser nos titres à la gendarmerie tous les trois mois, alors que nous ne sommes pas des bandits », dénonce le père de famille. En dépit de toutes ses difficultés, l’épouse trouve du travail et le fils un apprentissage. Grâce à ses ressources, ils parviennent à trouver par leurs propres moyens un logement dans le secteur privé à Narbonne. Mais les années d’humiliation et de grandes difficultés passent mal. « Auparavant, j’étais comme beaucoup de monde, j’avais peur et je dédaignais les gens du voyage. Je ne suis pas l’un d’entre eux. Mais dans les pires moments, ce sont des Voyageurs pratiquant les grands passages qui nous ont soutenus », témoigne Jean-Marie Magister. Sa situation stabilisée, revenu dans un statut de droit commun, le Voyageur malgré lui a le 12 mai 2012 déposé plainte « pour violation des droits de l’homme », avec le soutien de l’Union française des associations tsiganes (UFAT). « Nous pousserons la procédure jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme, car la décision du Conseil constitutionnel n’a pas totalement abrogé le statut discriminatoire des gens du voyage », précise Henri Braun, l’avocat de l’association.

Plainte pour violation des droits de l’homme : http://www.depechestsiganes.fr/?p=3300

A quoi servent les titres de circulation : http://www.depechestsiganes.fr/?p=41

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