Une tribune pour les luttes

Appel de deux jeunes paysans à tout ce qui a un nom dans le ’mouvement social’

Article mis en ligne le lundi 29 octobre 2012

Diffusez le plus largement possible (listes, sites, personnalités...)

le message ci-dessous est un message individuel, de deux jeunes paysans de la confédération paysanne (Morbihan et Var).

Si on réfléchit à ce qui se passe à Notre Dame des Landes depuis une semaine, il y a un fait vraiment inquiétant : le silence du « mouvement social français ».

Depuis mardi matin, plus de 500 gardes mobiles ont envahi la campagne tranquille du Nord de Nantes, ils ont chassé les gens de leur habitat, détruit des maisons et enlevées les pierres une par une pour s’assurer qu’elles ne seraient pas rebâties. Depuis six jours, environ 200 personnes dorment chaque nuit sur des barricades, respirent des gazs lacrymo, organisent le ravitaillement des copains en première ligne, tout cela dans une non-violence exemplaire (sinon, il n’y aurait pas cet assourdissant silence médiatique !). Depuis quelques jours, des gros ballots de vêtements, de bottes, de chaussettes, de piles, de pommes, de pâtes, de légumes, de café, de jus de fruits, de barres de céréales, affluent dans le hangar qui sert de QG à la résistance, témoignant que si peu de gens osent s’aventurer dans le «  territoire en guerre » qu’est devenu ce beau bocage, il existe une véritable indignation dans la population.

Et enfin bon, des raisons de s’indigner il y en a tout de même : il n’a rien d’autres à faire ce gouvernement que de mobiliser des centaines de flics pendant des semaines pour chasser des gens de leur maison alors qu’il semble qu’il y ait une crise du logement dans ce pays, rien de plus urgent comme dépense que de construire un aéroport pour en remplacer un autre loin d’être saturé alors qu’on nous dit que la priorité c’est de réduire les déficits, rien de plus important que de développer le trafic aérien alors qu’il paraît qu’il y a un truc qui s’appelle le changement climatique ???

Alors pourquoi ce silence ?
- Soit, ce qui est une possibilité réelle, le mouvement social est bien mal en point, tué par la « crise », asphixié par l’arrivée de la gauche au gouvernement,
- Soit ce combat n’est pas celui du mouvement social, car ceux qui luttent pied à pied à Notre Dame des Landes ne sont pas très présentables, un peu trop boueux, avec en prime des têtes un peu trop jeunes et que donc certainement ils sont violents, donc peu fréquentables,
- Soit encore vous ne savez pas quoi faire.
Si c’est cette dernière option qui prime, quelques idées :

La résistance à Notre Dame des Landes est incroyable. Il est incroyable que quelques centaines de personnes sans moyen financier, sans soutien logistique aucun à part celui de quelques habitants et paysans des alentours, logeant dans des abris de fortune, sans eau, sans électricité, aux vêtements détrempés, aient résisté une semaine derrière des barricades de bric et de broc face à une véritable armée. Ils sont encore là et ne vont pas lâcher, même si il leur faudra probablement se replier à un moment ou à un autre.

Il ne manque pas de courage ni de détermination à Notre Dame des Landes.
Il manque de la légitimité.

Et cela, vous, vous qui savez écrire, qui avez les arguments en tête, qui êtes reconnus socialement comme des gens «  sérieux », qui avez de l’audience auprès des militants de vos organisations, qui connaissez des journalistes, qui êtes en contact avec des politiques, vous qui êtes respectés, vous pouvez le donner à la lutte de Notre Dame des Landes : de la légitimité.

Ce sont des choses que vous savez faire : écrire aux pages débat des journaux, organiser des conférences de presse, passer des coups de fil à droite à gauche, signer des tribunes collectives, intervenir lors de conférences, convaincre des gens connus d’aller à Notre Dame des Landes, ne serait-ce qu’une demi-heure, pour qu’ils puissent dire leur indignation devant les médias, puisque ces médias n’ont rien à faire de l’indignation des gens ordinaires.

Vous savez faire cela et c’est vraiment le moment de le faire maintenant.

Cette lutte est exemplaire et c’est aujourd’hui à chacun-e d’entre vous de permettre au mouvement social dans son ensemble de faire preuve d’une solidarité exemplaire.

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5 Messages

  • Le 25 octobre 2012 à 16:16, par mille babords

    Reçu par mail le 24 octobre 2012

    Voici une tribune (énervée) publiée sur mon blog sur Médiapart (accessible aux non-abonnés) dénonçant l’occupation policière et militaire pour garantir que les intérêts de la multinationale Vinci soient préservés, le tout pour un aéroport inutile et absurde tout droit sorti d’un imaginaire issu du siècle passé.

    http://blogs.mediapart.fr/blog/maxi...

    (NB : entamée la semaine dernière, la rédaction de ce texte n’a été achevée qu’hier pour diverses raisons - c’est aussi un petit message de solidarité avec toutes celles et ceux qui luttent pied à pied sur le terrain)

    Maxime COMBES

    Ayraultport de Notre Dame des Landes, scorie d’un imaginaire du siècle passé
    24 octobre 2012 Par Maxime Combes

    Expropriations. Délogements et destructions de maisons. Occupation policière et militaire. Gazages et arrestations. Le tout pour que la multinationale Vinci construise un aéroport inutile et absurde tout droit sorti d’un imaginaire issu du siècle passé. No pasaran.

    C’est avec un acharnement policier et militaire digne d’un régime de droite autoritaire que le gouvernement de François Hollande tente d’imposer un projet d’aéroport dont l’absurdité et l’inutilité ne sont plus à démontrer. Plus de 1 000 gendarmes et CRS ont été déployés pour expulser violemment quelques dizaines de personnes, détruire quelques maisons occupées, saccageant bocage et zones humides. Faire place nette pour que les bulldozers et pelleteuses en charge des premiers travaux puissent entrer en action. Un gouvernement de gauche où, faut-il le rappeler, siègent des ministres écologistes, vient de prouver qu’il n’hésitait pas à exproprier, déloger, détruire, gazer et arrêter tout ce qui bloque les intérêts économiques et financiers d’une multinationale privée. Financer, au nom de l’intérêt général, une opération quasi militaire – les images parlent d’elle-même – aurait été condamné publiquement avec force et fermeté si Nicolas Sarkozy et ses ministres en avaient été les initiateurs. Une fois au gouvernement, la gauche socialiste et écologiste organise la répression aveugle, la soutient et la cautionne ou, au mieux, se mure dans le silence.

    François Mitterrand avait mis fin à l’extension du camp militaire du Larzac. François Hollande occupe militairement Notre Dame des Landes. Du temps du Larzac, la droite en appelait à l’intérêt majeur de la France et de son armée. Du temps de François Hollande, ce sont des forces armées qui sont mobilisées pour le compte d’une multinationale privée. François Hollande avait promis la concertation et le dialogue. Ce sont les lacrymos et les tirs de flash-ball qui pleuvent sur les opposants à l’aéroport. Vinci n’a pas besoin de milices privées, les forces de police de l’Etat assurent la défense de ses intérêts. En toute impunité. C’est au nom des intérêts de ces multinationales et de leurs projets dévastateurs que les luttes de résistance, (dis)qualifiées de violentes et illégales par une subtile inversion rhétorique, sont réprimées. C’est le stade ultime de la capture des pouvoirs publics par le secteur privé. Les multinationales n’ont même plus besoin de violer les droits des populations, corrompre et acheter les récalcitrants, commettre des exactions et crimes en tout genre, détruire les écosystèmes et la nature, etc. Les pouvoirs publics s’en chargent. En respectant les lois (du plus fort). Au nom de l’intérêt général.

    En juillet 2011, nous avions écrit que ce projet d’aéroport allait devenir « un conflit politique national que nul ne pourrait plus ignorer, un de ces conflits emblématiques qui polarise l’espace politique ». Nous y sommes. Ce projet d’aéroport conçu du temps du Concorde cristallise l’opposition radicale (et irréconciliable ?) entre un imaginaire du siècle passé et une imagination tournée vers l’avenir. D’un côté, il y a ceux qui « aménagent les territoires » à coup de « grands travaux » décidés dans les couloirs des ministères et au profit du secteur privé ; ceux qui tracent des autoroutes, des lignes à grande vitesse et des aéroports sur des cartes IGN ; ceux qui veulent « redresser » l’industrie du pays en « réduisant le coût du travail et de l’énergie » ; ceux pour qui le nucléaire, les gaz et pétrole de schiste, les mines constituent l’avenir de la France. La nature ? A quelques ajustements institutionnels près, ce n’est qu’un capital naturel qu’il s’agit de gérer et faire fructifier le plus efficacement possible. François Hollande n’avait-il pas dit que « sans croissance, pas de perspective écologique, parce que c’est la condition, l’écologie, pour avoir davantage de croissance ». N’ayez crainte, la relance de l’activité par les grands projets apportera bonheur et épanouissement individuels. D’ici là, battez-vous sur le marché de l’emploi, soyez compétitifs et vous serez heureux. Un jour.

    Face à cette indécrottable idéologie productiviste et croissantiste, face à cet imaginaire tout droit venu du siècle passé et incapable de penser le caractère fini de la planète, préférant toujours la compétition à la coopération, des gens inventent, expérimentent, proposent, innovent. C’est le cas des participant de la ZAD à Notre-Dame des Landes, installés pour construire autre chose qu’un monde de compétition et de prédation. De là où ils sont. C’est le cas de toutes celles et ceux qui se mobilisent contre ce projet d’aéroport imbécile. A travers leur mobilisation, leur travail, leurs engagements associatifs, leur temps libre, leurs choix de vie, ils expérimentent des voies alternatives, pour vivre bien, vivre dignement, vivre autrement. Agroécologie, AMAP, circuits courts, relocalisation d’activités économiques et sociales, monnaies locales, expérimentations et transitions énergétiques, habitats groupés et écologiques, préservation des semences paysannes, les innovations collectives fleurissent un peu partout. Partout les mêmes justifications. Expérimenter pour inventer le monde de demain. Contribuer à résoudre les crises écologiques et sociales actuelles. Reprendre des marges d’autonomie sur le système actuel. S’émanciper et construire ensemble. Etc.

    Encourager ces processus d’innovation sociale, décupler la force transformatrice de cette imagination collective, délivrer les moyens matériels et humains nécessaires à cette expérimentation citoyenne, ce devrait être le fil à plomb d’un gouvernement désireux d’opérer une véritable transition écologique et sociale. François Hollande, cautionné et encouragé par tous ceux qui se taisent, a préféré la matraque et le bétonnage à l’ancienne. C’est une déclaration de guerre. Personne ne l’oubliera. A nous de faire en sorte que Notre-Dame des Landes devienne le tombeau d’un projet et d’un imaginaire tout droit venus du siècle passé, et le terreau de l’alternative.

    Maxime Combes, membre de l’Aitec et d’Attac, engagé dans le cadre du projet Echo des Alternatives(www.alter-echos.org)

    Twitter : MaximeCo

  • Le 27 octobre 2012 à 14:52, par Jacqueline

    Voir, ci-dessous, le communiqué du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

    Le 25 octobre 2012.Le M’PEP condamne la violence policière à l’aéroport Notre Dame des Landes

  • Le 31 octobre 2012 à 02:26, par radtransf

    « 

    Si on réfléchit à ce qui se passe à Notre Dame des Landes depuis une semaine, il y a un fait vraiment inquiétant : le silence du « mouvement social français ».

     »

    Vous rigolez ? En ce moment le mouvement social français n’a pas le temps de s’occuper de ces petits problèmes mineurs. Il se focalise sur l’important voire l’essentiel, à savoir la suppression du premier chiffre du numéro de la sécurité sociale.
    Ça c’est important, pas la construction d’une aéroport inutile et la répression ultraviolente de ses opposants.

  • Le 1er novembre 2012 à 09:09, par ophicleide

    La violance de l’état reste la mème,sans èspoir que cela change...Election piège à con à ecrit il y a quelques mois Henri Aleg !
    Mais bien sur continuons le combat car cela serait pire si nous bessions les bras.Courage camarade.

  • Le 21 novembre 2012 à 19:03, par VAUBAN Christiane

    Je relève l’expression de"campagne tranquille" parce que je déplore que notre campagne française soit "envahie" puis "détruite" par des projets dits "nationaux" ou "régionaux" favorisant la prolifération de constructions (telles que celui prévu sur le site de Notre Dame ou ) lotissements pour satisfaire la demande de "bobos" qui supportent de moins en moins les atouts de la campagne qu’ils appellent "nuisances" (odeur du lisier, du fumier, routes rendues glissantes au moment des récoltes de betteraves ou autres...)
    Désormais, il faut travailler dans le tertiaire ! Dans un bureau ! Une agence !Mais être agriculteur, quelle galère !!!!
    Je soutiens tous les jeunes agriculteurs qui souhaitent garder ou obtenir des terres.
    Christiane VAUBAN - BOESCHEPE - 0328494451/0615204198

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