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RSA : une pitoyable revalorisation

+ La haine du pauvre est bien vivace !

Article mis en ligne le jeudi 13 décembre 2012


RSA : une pitoyable revalorisation

11 décembre 2012

A lire avec les liens :
http://www.actuchomage.org/20121211...

Jean-Marc Ayrault devrait annoncer tout à l’heure une hausse du RSA de 10% sur cinq ans, dont 2% dès 2013. Ainsi compte-t-il lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale : à moindre frais.

La conférence nationale de "lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale" se poursuit ce mardi 11 décembre. Elle s’achèvera cet après-midi par un discours du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui tracera les grandes lignes d’un plan visant à endiguer la pauvreté...

Annoncée en juillet par François Hollande, cette conférence réunit plusieurs ministres et de nombreuses associations qui ont planché, en amont, sur sept thématiques : l’accès à l’emploi, l’accès aux minima sociaux, l’enfance, le surendettement, le logement, la santé, et la gouvernance des politiques de solidarité. Face à l’évolution récente de la pauvreté, il va sans dire que les attentes sont très élevées.

Nos amis du MNCP (Mouvement national des Chômeurs & Précaires), après avoir été auditionnés sur l’accès aux droits, ont été invités à participer aux tables-rondes sur l’emploi et la gouvernance. Déçus par la faiblesse des propositions, leurs collectifs manifestaient hier dans vingt villes de France et à Paris, place d’Iéna devant le Cese où se tient la conférence.


43% du seuil de pauvreté

L’une des mesures phares de ce plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté sera la revalorisation du RSA-socle (ex-RMI), une demande forte des associations qui dénoncent depuis longtemps le décrochage de ce revenu.

En effet, le RSA est revalorisé tous les ans au rythme de l’inflation, beaucoup plus lentement que le Smic et les salaires en général. A sa création en 1989, le RMI correspondait à 50% du salaire minimum.

Le RSA-socle s’élève aujourd’hui à 475 euros pour un célibataire sans enfant (418 euros une fois déduit le "forfait logement" de la CAF, véritable racket consistant à amputer le RSA de 95% des allocataires => lire en commentaire) et à 598 euros pour un couple (712 avant le forfait). Hors "forfait logement", le montant du RSA représente la moitié du seuil de pauvreté monétaire — 964 euros en 2010 pour une personne seule — contre 80% il y a dix ans. Une fois le "forfait logement" déduit, on tombe à 43%.

Endiguer la pauvreté, vraiment ?

Pour corriger cette dégradation, le Premier ministre devrait annoncer aujourd’hui une hausse de 2% en 2013 [1] en plus de la revalorisation automatique liée à l’inflation. Cette revalorisation se poursuivra les prochaines années pour atteindre 10% sur cinq ans, et coûtera 1 milliard d’euros aux finances publiques en rythme annuel.

Sauf que 2% d’augmentation pour une personne seule équivaut à 9,50 € de plus par mois (hors "forfait logement"). Même si ce "coup de pouce" s’ajoute à la revalorisation automatique annuelle liée à l’inflation — 1,7% l’année dernière, soit 8 € de plus par mois (hors "forfait logement", j’insiste) ; cette année, on tend vers 1,75% —, ce n’est pas avec ça qu’on endigue la pauvreté [2] !

Pourquoi ne pas avoir appliqué cette augmentation d’un coup ? 47,50 € par mois tout de suite, ça avait de la gueule ! De quoi soutenir la consommation des ménages. Mais non : c’est une question de gros sous et, comme à chaque fois, il y en a plus pour les riches que pour les miséreux qui subiront eux aussi — et durement — la hausse de la TVA (entre autres) pour financer le "crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi" de 20 milliards accordé sans contreparties aux entreprises.

Non-recours au RSA : 5,3 milliards de non-dépenses

Quelque deux millions de foyers bénéficient du RSA, dont 1,39 million du RSA-socle, selon les derniers chiffres de la Caisse nationale d’allocations familiales. Mais 33% des personnes éligibles au RSA-socle ne le demandent pas. Concernant le RSA-activité, qui offre un complément de revenus aux "travailleurs pauvres", le gouvernement annonce une réforme pour le premier semestre 2013 car il est jugé trop complexe à obtenir : ainsi, 68% des personnes éligibles ne le demandent pas non plus.

Au total, l’estimation de la non-dépense engendrée par le non-recours au RSA s’élève à 5,3 milliards d’euros par an. A comparer avec le coût de cette pitoyable revalorisation sur cinq ans : 1 milliard...

Non revalorisation de la prime de Noël

Bien qu’elle soit reconduite et son financement pérennisé, son montant restera inchangé. Là aussi, on se moque du monde puisque le montant de cette prime est le même depuis 14 ans alors que les prix ont flambé. Mais cette "prime aux fainéants" scandalise déjà monsieur et madame Michu : on comprend que le gouvernement ne souhaite pas les froisser davantage.

Tandis que des multinationales planchent sur le potentiel marché de la pauvreté (vendre à des miséreux de plus en plus nombreux, c’est aussi un business), le gouvernement ferait bien de ne pas perdre de vue que nos 9 millions de pauvres et 3 millions de Smicards participent eux aussi à la demande intérieure, donc à l’activité du pays. Lorsqu’on parle de "lutte contre l’exclusion", négliger leur rôle est non seulement un non-sens économique, mais une faute morale.

SH

[1] Dernière minute : Les 2% promis dès 2013 ne s’appliqueront pas avant septembre !

[2] Dernière minute : Le coût total de ce plan d’ici 2017 ne dépassera pas 2,5 milliards. La montagne a accouché d’une souris !

La conférence n’est même pas terminée (il est 14h) qu’on en connaît déjà les conclusions, qui fleurissent sur les principaux sites d’information. Comme pour la "grande conférence sociale" de juillet, les décisions étaient prises à l’avance ; à croire qu’à chaque fois les participants ne sont là que pour amuser la galerie !

Nous attendons la réaction du MNCP, qui doit l’avoir en travers de la gorge.


La haine du pauvre est bien vivace

Avec tous les liens http://www.actuchomage.org/20121211...

11 décembre 2012

Aujourd’hui, à l’occasion des mesurettes « socialistes » contre la pauvreté, la fRance profonde s’en est donné à cœur joie sur internet.

Partout, en commentaires d’articles des principaux sites d’information survolant le contenu du pitoyable "plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté" de Jean-Marc Ayrault, on trouvait des réactions pleines d’ignorance, de bêtise et de haine.

(...)

Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt

A ces gens qui ne s’offusquent ni des scandaleuses rémunérations des patrons du CAC 40 (que la crise n’a nullement affectés mais qui ont mis plus d’un salarié au chômage), ni du coût du bouclier fiscal (qui a privé nos finances publiques de près de 4 milliards d’euros depuis sa création et bénéficié à une poignée de nantis), ni du coût des niches fiscales et sociales (50 milliards accordés chaque année en pure perte, essentiellement aux mieux lotis), ni de l’assistanat de la France d’en haut ;

A tous ces abrutis qui, malgré l’explosion du chômage, s’imaginent qu’il y a encore assez d’emplois pour tout le monde en France ;

A tous ces méprisants qui ne savent pas ce que c’est que de vivre avec 400 € par mois, ni même avec un Smic ;

A tous ces sado-masochistes bourreaux-victimes qui voudraient voir revenir l’esclavage et ne se rendent même pas compte que les droits dont ils voudraient priver certains leur seront un jour supprimés pour eux-mêmes ;

A tous ces imbus qui se croient "méritants", donc au-dessus de la mêlée, et considèrent autrui comme de la merde ;

A tous ces psychopathes qui adorent s’en prendre aux plus faibles et oublient que les chômeurs ou les allocataires du RSA sont des êtres humains comme eux ;

Nous leur souhaitons, pour 2013, de perdre leur emploi, d’en chercher un vainement, puis de se retrouver dans la mouise ou à la rue afin qu’ils comprennent enfin (peut-être ?) ce que nous — les millions de victimes de la crise de ce système ultralibéral failli, qu’ils insultent avec tant d’ardeur, bien au chaud derrière leur clavier — avons perdu et supportons.

HONTE À EUX !
Honte à ceux — médiacrates/éditocrates en première ligne, notamment à la télévision — qui distillent inlassablement le mensonge et la division.
Et honte aux gouvernements, de "gauche" comme de droite, tous complices de la finance et d’un patronat rapace, qui ont sciemment laissé le chômage, la précarité et la pauvreté s’installer partout.

On sait à quoi tout cela mène : quand on désigne des boucs-émissaires, la barbarie n’est jamais loin.

SH

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