Une tribune pour les luttes

Observatoire du nucléaire

Une guerre au Mali et de l’uranium au Niger :
des islamistes très utiles au pouvoir français

Stéphane Lhomme | Directeur de l’Observatoire du nucléaire
+ Communiqué du lundi 7 janvier 2013 : Avion "offert" par Areva au Président du Niger
+ Investig’action Dossier Mali 2012 : la voix des sans-voix
+ Michel Collon : La France au Mali : repérer les médiamensonges

Article mis en ligne le samedi 19 janvier 2013


19 janvier 2013

Michel Collon : La France au Mali : repérer les médiamensonges

En guerre contre le terrorisme, vraiment ?
Pourquoi les médias ne parlent-ils pas des ressources naturelles convoitées, des multinationales françaises qui se construisent des fortunes dans cette région, de la misère dont elles sont responsables ? Pourquoi nous cache-t-on les véritables cibles : Mali, Niger, Algérie et l’Afrique en général ? Et le Qatar, allié de Paris, qui arme les islamistes maliens, qu’est-ce que cela cache ? Ou bien part-on en guerre pour des intérêts économiques et stratégiques soigneusement cachés ?

Voir les vidéos
1. http://www.youtube.com/watch?featur...
2. http://www.youtube.com/watch?featur...

Michel Collon à la télé :
Sur le Mali : guerre contre le terrorisme ou guerre stratégique ?

Mardi 22 janvier, 23h, Ce soir ou jamais (Frédéric Taddéï), France 3

http://www.michelcollon.info/Michel...


Une guerre au Mali et de l’uranium au Niger : des islamistes très utiles au pouvoir français

par Stéphane Lhomme, Directeur de l’Observatoire du nucléaire

http://observ.nucleaire.free.fr/

Mardi 15 janvier 2013

Le 11 janvier 2013, l’armée française est intervenue au Mali à la suite de mouvements, vers Bamako, de groupes armés islamistes. Depuis des mois, ces derniers tiennent tout le nord du Mali et se seraient enhardis au point, nous dit-on, de vouloir occuper l’ensemble du pays.

Personne ne niera que ces groupes soient composés d’horribles individus qui, sous prétexte de convictions «  religieuses », battent toute personne dont le comportement ne leur plaît pas, coupent les mains des voleurs (réels ou supposés), exécutent – en particulier des femmes – pour des broutilles ou même pour rien.

Pour autant, de la même façon qu’au moment de l’intervention militaire contre Kadhafi en Libye, il est insupportable de se retrouver sommé de soutenir une intervention militaire déployée par ceux qui sont largement responsables de la gravité de la situation.

Qui croira qu’il s’agit de sécuriser la région ?

Qui plus est, qui peut vraiment croire qu’il s’agit d’une opération «  pour la démocratie au Mali » ? Cela fait des décennies qu’elle est bafouée dans ce pays par des régimes corrompus. largement soutenus par la France. Alors, pourquoi cette subite urgence «  démocratique » ?

De même, qui croira qu’il s’agit de «  sécuriser la région » ? En réalité, il s’agit de sécuriser l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium : ce dernier est en effet extrait dans les mines du nord du Niger, zone désertique seulement séparée du Mali. par une ligne sur les cartes géographiques.

A ce propos, on soulignera l’extrême perversité des ex-puissances coloniales qui ont jadis tracé des frontières absurdes, faisant fi de l’implantation des populations, et créant des pays aux contours bien curieux : le Niger et le Mali sont tous les deux en forme de sablier, une partie sud-ouest contenant la capitale, totalement excentrée et éloignée d’une immense partie nord-est, principalement désertique.

Salariés d’Areva enlevés

C’est ainsi que, pendant 40 ans, Areva (auparavant la Cogéma) a pu s’accaparer en toute tranquillité l’uranium nigérien dans ces mines situées à 500 kilomètres de la capitale et du fragile «  pouvoir » politique nigérien.

Ces dernières années, des groupes armés se sont organisés dans cette région : des Touaregs, dépités d’être méprisés, déplacés, spoliés. Et des groupes plus ou moins islamistes, certains issus des anciens GIA qui ont semé la terreur en Algérie, d’autres contrôlés par Kadhafi, et autonomisés suite à la disparition de ce dernier.

Des salariés d’Areva, cadres dans les sociétés d’extraction de l’uranium, ont été enlevés en septembre 2010 au Niger, transférés au Mali et retenus depuis. Puis, le 7 janvier 2011, deux jeunes français ont à leur tour été enlevés au Niger.

L’Observatoire du nucléaire a été une des rares voix à dénoncer l’opération militaire immédiatement lancée par les autorités françaises. Ces dernières avaient en effet, de toute évidence, décidé de châtier coûte que coûte les preneurs d’otages, quitte à ce que cela se termine dramatiquement pour les deux jeunes otages. qui ont effectivement été tués dans l’opération.

Ces deux jeunes ne travaillaient pas pour l’extraction de l’uranium mais, c’est évident, l’idée était de décourager d’éventuelles prochaines actions contre des salariés d’Areva.

En intervenant, la France reprend la main

Depuis, les mouvements Touaregs laïques et progressistes ont été marginalisés, en particulier par la montée en force du groupe salafiste Ansar Dine. Puissant et lourdement armé, ce dernier s’est allié à Al Qaeda au Maghreb Islamique (Aqmi), faisant courir un risque de plus en plus évident pour les activités françaises d’extraction de l’uranium au nord du Niger.

La France a soutenu avec la plus grande constance les gouvernements corrompus qui se sont succédé au Mali, aboutissant à un délitement total de l’Etat. C’est probablement cet effondrement qui a amené les groupes islamistes à s’enhardir et à avancer vers Bamako.

De même, la France a maintenu depuis 40 ans le pouvoir du Niger dans un état de faiblesse et de dépendance par rapport à l’ancienne puissance coloniale et son entreprise d’extraction de l’uranium, la Cogéma devenue Areva. Alors que les dirigeants nigériens essaient tant bien que mal de contrôler ce que fait Areva, la France reprend totalement la main avec son intervention militaire.

Les récents mouvements des groupes islamistes n’ont effectivement fait que précipiter l’intervention militaire française qui était en préparation. Il s’agit indéniablement un coup de force néocolonial, même si les formes ont été mises avec un opportun appel à l’aide du Président par intérim du Mali, dont la légitimité est nulle puisqu’il est en place suite à un coup d’Etat qui a eu lieu 22 mars 2012.


Le prétexte de la démocratie, un classique

Précisons à nouveau que nous n’accordons pas le moindre crédit aux dangereux fondamentalistes qui sont aussi des trafiquants de drogue et d’armes et n’hésitent pas à blesser et tuer.

Par contre, nous refusons la fable de l’intervention militaire «  pour la démocratie ». Ce prétexte a déjà beaucoup servi, en particulier lorsque les USA ont voulu mettre la main sur des réserves pétrolières, et le voilà encore de mise parce que la France veut assurer l’approvisionnement en uranium de ses réacteurs nucléaires. Notons d’ailleurs que, à 27 000 euros l’heure de vol d’un Rafale, le tarif réel du courant d’origine nucléaire est encore plus lourd que ce que l’on pouvait craindre...

En conclusion, il est une nouvelle fois démontré que l’atome, et la raison d’Etat qui l’entoure, ne nuit pas seulement à l’environnement et aux êtres vivants mais aussi à la démocratie.


Areva a assigné l’Observatoire du nucléaire (Stéphane Lhomme, auteur de cette tribune, en est le directeur) devant le tribunal de grande instance de Paris, le 1er février 2013, pour propos « diffamatoires ». L’ONG avait accusé en décembre Areva de « manœuvre de corruption » au Niger afin de « perpétuer sa mainmise sur les réserves d’uranium » du pays.


Observatoire du nucléaire - Communiqué du lundi 7 janvier 2013

Avion "offert" par Areva au Président du Niger
Le gouvernement français doit dire la vérité

Attaqué en justice par Areva, et menacé de disparition, l’Observatoire
du nucléaire exige la vérité de la part de l’Etat français, et écrit pour
cela à l’Élysée, à Matignon, et au ministre EELV du Développement

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hollande-issoufou

"Vous prendrez l’avion mon cher ?"
Un des premiers actes du Président Hollande a été de recevoir
à l’Elysée, le 11 juin 2012, le Président du Niger, M. Issoufou.


Le 1er février 2013, sous prétexte de "diffamation", Areva attaque en justice l’Observatoire du nucléaire. Ce dernier, par communiqué du 11 décembre 2012, a en effet accusé Areva de corruption pour avoir fait un curieux "don" de 17 milliards de Francs CFA (environ 26 millions d’euros) au budget d’un Etat supposé souverain, le Niger.

Qui plus est, divers éléments montrent que ce don était pré-affecté à l’achat d’un nouvel avion pour le Président du Niger, M. Issoufou, qui est par ailleurs ancien directeur… d’une filiale d’Areva (une société d’exploitation de l’uranium).

Interrogé par l’AFP (dépêche du 12 décembre 2012), le président du groupe parlementaire du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNSD, au pouvoir), M. Zakari Oumarou, reconnaît que "Areva a accordé au Niger une aide budgétaire de 17 milliards FCFA"

Bien qu’il ait ajouté qu’il s’agissait d’une "aide sans conditions et non ciblée", il est clair que, en tentant de désamorcer la polémique, M. Oumarou a de fait reconnu l’existence du versement d’Areva au budget du Niger !

Par ailleurs, l’opposition parlementaire à l’Assemblée nationale du Niger, regroupée dans l’Alliance pour la réconciliation nationale, avait déjà donné des éléments précis dès le 3 décembre 2012 (*).

Pourtant, toujours selon l’AFP, Areva nie avoir effectué ce versement et, se prétendant diffamée, veut obtenir la disparition de l’Observatoire du nucléaire en demandant à la justice de le condamner à payer de lourdes sommes.

L’Observatoire du nucléaire a donc absolument besoin que soit attestée la réalité du versement de 17 milliards de Francs CFA par Areva au budget du Niger. Areva étant une société d’Etat, l’Observatoire du nucléaire exige que la vérité soit dite par les représentants de l’Etat, à savoir le Président de la République, le Premier ministre et le ministre du Développement.

L’absence de réponse de leur part reviendrait lâchement à laisser Areva, par le mensonge et la dissimulation, faire disparaître une association qui agit pour faire connaître la vérité sur les activités de l’industrie nucléaire.

(*) Extrait du Communiqué du 3 décembre 2012 de l’Alliance pour la réconciliation nationale : "Par lettre N 1938/MF/CAB du 29 novembre 2012, le Ministre des Finances a saisi directement la Commission des Finances et du Budget de l’Assemblée Nationale, à l’effet de modifier le projet de loi de finances 2013", précisant qu’il s’agissait d’ "une aide budgétaire de 17 054 882 000 FCFA de la société AREVA dont dix milliards de FCFA sont affectés à l’acquisition d’un avion présidentiel"

— -

Lundi 7 janvier 2013

Observatoire du nucléaire
12 rue des Pommiers
33490 Saint-Macaire

à M. le Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Par communiqué du 11 décembre 2012, l’Observatoire du nucléaire a dénoncé une bien curieuse "aide financière" versée par la société nucléaire Areva au budget du Niger, somme pré-affectée à l’achat d’un avion pour le Président Issoufou (par ailleurs ancien directeur d’une filiale d’Areva).

En réaction, Areva va tenter de faire disparaître l’Observatoire du nucléaire en l’attaquant en justice, le 1er février 2013 au Tribunal de grande instance de Paris, sous prétexte de "diffamation" et en niant avoir effectué un tel versement.

Areva étant une société d’Etat, nous vous demandons instamment de bien vouloir confirmer la réalité de ce versement d’Areva au budget du Niger.

Pour mémoire, l’opposition parlementaire du Niger, regroupée dans l’Alliance pour la réconciliation nationale, a fait savoir que, par lettre N 1938/MF/CAB du 29 novembre 2012, le Ministre des Finances du Niger a fait modifier le projet de loi de finances 2013 afin d’y faire figurer la dite "aide budgétaire" de 17 milliards de FCFA (environ 26 millions d’euros) attribuée par Areva.

Nous considérons que, par l’intermédiaire d’Areva (anciennement la Cogéma), la France s’octroie depuis des décennies l’uranium du Niger à un prix ridiculement bas, tout en causant de graves dommages à l’environnement et en nuisant aux populations locales. Il serait donc parfaitement légitime que le Niger taxe fortement Areva. Par contre, il n’est pas acceptable de voir Areva attribuer une somme au Niger comme un généreux donateur venant au secours d’un déshérité.

Mais cette prétendue "aide" de la part d’Areva n’est pas seulement indécente, elle relève aussi d’une évidente manœuvre de corruption (probablement juridique, assurément morale) en direction du Président du Niger, M. Issoufou. Il est évident qu’Areva attend des contreparties à la suite de ce "cadeau" dont personne ne peut croire un seul instant qu’il soit désintéressé.

Areva est une société qui appartient à l’Etat français. Ce dernier, par votre voix, doit donc dire immédiatement toute la vérité sur ce versement d’Areva et son éventuelle "justification".

Dans l’attente de votre réponse urgente, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, à notre attachement à la préservation de l’environnement et à la Démocratie.

Pour l’Observatoire du nucléaire
Stéphane Lhomme, Directeur.

(...)

http://observ.nucleaire.free.fr/com...


http://www.michelcollon.info/

Dossier Mali : la voix des sans-voix

L’intervention militaire française a dramatiquement replongé le Mali au-devant de l’actualité. Pour mieux saisir les enjeux du conflit, nous vous proposons ce dossier paru l’année dernière, quelques temps après le coup d’Etat du capitaine Sanogo. Prochainement sur Investig’Action, une vidéo de Michel Collon et d’autres infos sur la crise actuelle.

L’HISTOIRE CACHEE
Les leaders maliens qui dérangent, la France les élimine - Modibo Keïta

LES INTERETS
La voix des sans-voix - Eric Pauporté, Luk Mertens, Michel Collon

Le Mali, une terre riche, un Etat endetté... - Interview d’Eric Pauporté par Michel Collon, Mouâd Salhi et Fatma Kassoul

Ruée vers l’or au Mali. Qui accourt ? - Interview d’Eric Pauporté par Investig’Action

QUI DESTABILISE ET POURQUOI ?
Le Mali dans l’oeil du cyclone - Odile Tobner

Gros appétits pour le Sahel - Comaguer

Le Mali dans la tourmente - Tahirou Bah

Un pays pris dans un jeu d’échec - Firoze Manji

DU COTE DU PEUPLE
Les voix de la résistance - Oumar Mariko et Victor Sy

Le Capitaine Sanogo condamne la "démocratie de coquille vide" du président déchu- Boukarou Daou et Salim Togola

VIDEO
« Les puissants passent, nous, restons ! » - Chants de femmes maliennes recueillis par Eric Pauporté

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