Une tribune pour les luttes

Rebellyon

Les Temps Modernes se poursuivent chez Amazon

UL CNT Villefranche-Beaujolais

Article mis en ligne le samedi 23 février 2013

Publié le 22 février

Beaucoup d’entre nous ont commandé à un moment donné par internet sur le site Amazon.fr : vente en ligne de livres, DVD, jeux vidéo, CD, lecteurs MP3, ordinateurs ...
Une fois notre commande passée que se passe-t-il de l’autre côté de l’ordinateur ?

UL CNT Villefranche-Beaujolais

Dans les entre­pôts de récep­tion de com­man­des anglais et amé­ri­cains d’Amazon, les sala­riés sont soumis à un permis à un point : une absence -même jus­ti­fiée par un cer­ti­fi­cat médi­cal !-, le manque de rapi­dité au tra­vail ou l’infrac­tion à une règle de sécu­rité ajou­tent des points. Une minute de retard vaut 0,5 point de péna­lité, une heure vaut un point et une jour­née d’absence 1,5 point. _ Au bout de 6 points vous êtes virés.
Pour effa­cer des points, Amazon pro­pose un sys­tème de primes sur objec­tif : comme embal­ler un cer­tain nombre de colis en un temps donné, par exem­ple. La devise chez Amazon est « Allez aussi vite qu’il est humai­ne­ment pos­si­ble ».

Le tra­vail ordi­naire consiste à trou­ver, dans un entre­pôt de plu­sieurs dizai­nes de mil­liers de mètres carrés, répar­tis sur plu­sieurs étages, tout objet figu­rant sur des listes, puis à les scan­ner, à les mettre dans un sac plas­ti­que et à les placer sur le convoyeur. Il faut donc faire atten­tion aux doigts, aux che­villes et au convoyeur. Il faut donc aller de la sec­tion jaune, allée H34, bac 22, niveau D à la sec­tion bleue, allée T79, bac 3, niveau A. Le scan­ner indi­que dans quelle divi­sion se trouve l’objet à trou­ver. Il pré­cise également en com­bien de secondes vous devez accom­plir votre tâche. Les manu­ten­tion­nai­res par­cou­rent en moyenne 20 kilo­mè­tres par jour. On vous demande de récu­pé­rer jusqu’à 1600 pro­duits par jour.

On vous engueule si vous vous trom­pez dans la com­mande. Tout le monde court dans tous les sens pour répon­dre aux objec­tifs impo­sés par l’entre­prise. Si vous ne les attei­gnez pas, vous devez ren­contrer un sala­rié, qui vous répri­mande. Il ne faut sur­tout pas dire qu’on ne peut pas attein­dre les objec­tifs.

Enfin Amazon, accorde géné­reu­se­ment 23 minu­tes à ses sala­riés pour la pause déjeu­ner. Concrètement, cela signi­fie qu’il faut passer les détec­teurs de métaux car ici la confiance règne (les agents de sécu­rité peu­vent fouiller les sala­riés et vider leurs casiers, les ves­tiai­res sont placés sous vidéo­sur­veillance), manger, poten­tiel­le­ment aller aux toi­let­tes et faire la queue pour poin­ter. 23 minu­tes sur 7 heures de tra­vail pas­sées der­rière un convoyeur ou bien à grim­per des esca­liers. Chez Amazon on fait les 3x8 et on tra­vaille le week-end, dans les entre­pôts.

En Allemagne, la chaîne de télé­vi­sion ARD a consa­cré un docu­men­taire sur les cen­tres de dis­tri­bu­tion Amazon (5000 employés), il relate que la firme a confié l’enca­dre­ment des cui­si­nes et des cham­bres des tra­vailleurs au ser­vice de sécu­rité HESS Security (un nom vrai­sem­bla­ble­ment choisi en hom­mage à Rudolf Hess). Ces néo nazis sont vêtus d’uni­for­mes noirs coif­fés à la mili­taire ; ces matons se four­ni­raient chez Thor Steinar, une marque de vête­ments conno­tée extrême droite, qu’Amazon a banni de son site dès 2009. Ces gar­diens sont char­gés de moti­ver la main d’œuvre, sur­tout d’ori­gine étrangère, à l’aide d’inti­mi­da­tions en tout genre.

Qui tra­vaille chez Amazon ? Avant tout et sur­tout des inté­ri­mai­res. A Saran, près d’Orléans, il y a en temps normal 400 sala­riés mais le nombre peut être porté à près de 2000 sala­riés entre autre à l’appro­che de Noël. Vu les condi­tions de tra­vail, ça tourne sévère. Plusieurs mil­liers de per­son­nes ne pas­sent que quel­que jours dans ces entre­pôts.
L’ouver­ture d’un troi­sième hangar en Bourgogne a permis à Arnaud Montebourg minis­tre du redres­se­ment pro­duc­tif (cela ne s’invente pas) et bour­gui­gnon de sur­croît de clai­ron­ner haut et fort la créa­tion de 1000 emplois sup­plé­men­tai­res ! Par les temps qui cou­rent c’est Byzance ! Face aux indus­tries sinis­trées, bas salai­res, chan­tage à l’emploi, licen­cie­ments : ne nous y trom­pons pas, ces réa­li­tés odieu­ses sont bel et bien issues de la même poli­ti­que en faveur du Capital.

On le voit par­tout : PSA, Renault, Arcelor, Fralib et toutes les autres entre­pri­ses qui n’ont de cesse de vanter les logi­ques de marché et de com­pé­ti­ti­vité, ou encore le récent accord sur la com­pé­ti­ti­vité signé le 09 jan­vier par les syn­di­cats vendus CFDT, CFTC et CGC aux côtés du MEDEF.

Il est néces­saire de se mobi­li­ser mas­si­ve­ment pour mettre en échec la casse du Code du Travail et la dégra­da­tion de la condi­tion du monde du tra­vail. En délais­sant les inté­rêts des clas­ses popu­lai­res, le gou­ver­ne­ment fait sciem­ment le jeu du patro­nat. Les tra­vailleurs et tra­vailleu­ses du public et du privé ont les mêmes inté­rêts, leurs luttes doi­vent donc être com­mu­nes en défen­dant un projet de société prio­ri­sant l’humain et ses réels besoins plutôt qu’une société basée sur la consom­ma­tion.

Pour la CNT, il n’est d’autre choix que de mener la lutte par la grève et l’action directe des premiers concerné-e-s.

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