Une tribune pour les luttes

Communiqué de l’Union Syndicale des Médecins de Centres de Santé

Le crépuscule de la mutualité française

Article mis en ligne le jeudi 21 mars 2013

La mutualité française vient de rendre public un « Guide de bonnes pratiques » pour accompagner les centres de santé. Une mission de l’IGAS sur les centres de santé est en cours. Ses conclusions sont attendues d’ici l’été. La ministre a annoncé qu’elle prendrait des mesures pour consolider les centres de santé. A l’heure où les patients attendent un renouveau de la médecine de proximité, l’initiative de la mutualité aurait pu être bienvenue.

A la lecture du guide de la mutualité, la première impression est un sentiment de déception. Nombre des mesures organisationnelles préconisées sont bien connues des gestionnaires de centres de santé, elles sont déjà mises en pratique, elles ne suffisent pas à assurer l’équilibre des centres qui pratiquent une médecine de qualité.

Plus ennuyeux, s’agissant d’un organisme qui se prévaut de vouloir jouer un certain rôle dans le système de soins, c’est son ignorance des enjeux actuels. La mutualité n’a pas de vision alternative au paiement à l’acte, désormais archaïque et inadapté aux parcours de soins des patients.

« D’abord ne pas nuire », telle est la devise de la médecine, « d’abord faire rentrer du pognon » telle est la préconisation de la mutualité. On ne saurait comprendre autrement les chiffres d’activité affichés. Quatre consultations de médecine générale réalisées par heure, en moyenne à l’année, c’est une médecine hâtive, qui ne peut pas prendre le temps de ne pas prescrire. Examens complémentaires faciles, recours aux « spécialistes » quasi systématiques, ordonnances irréfléchies, telles sont les conséquences de cette médecine productiviste. Les patients sont-ils encore prêts à tolérer les actes inutiles, les dépistages aventureux et la sécurité incertaine ? Les médecins sont-ils prêts à accepter durablement ces conditions qui les mettent en conflit avec les valeurs qui fondent leur profession ?

Mépris pour les patients, mais aussi mépris pour les professionnels, voilà ce qu’on ressent à la lecture de ce guide. La mutualité théorise ici ses pratiques faites d’injonctions paradoxales et de licenciements des récalcitrants, comme la situation des centres de santé des Bouches du Rhône l’a récemment montré.

Les ressources de la sécurité sociale sont précieuses. L’Union Syndicale des médecins de centres de santé, membre du Collège de la Médecine Générale, s’engage en faveur d’une optimisation des soins et des ressources. On n’en est que plus stupéfait de constater qu’un assureur complémentaire, la mutualité française, préconise une densification des actes dans ses établissements, au détriment des finances de l’assurance maladie obligatoire qui devrait les payer sans sourciller.

Paris, le 20 mars 2013

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