Une tribune pour les luttes

Communiqué du Collectif Solidarité avec les Rroms Marseille- DOSTA !

Si naufrage il y a…

"Non, il n’y a pas de naufrage de la réquisition citoyenne. Au contraire, c’est une victoire, que l’on doit revendiquer haut et fort..."

Article mis en ligne le lundi 8 avril 2013

Marseille, le 7 avril 2013

Nous avons pu lire successivement deux articles aux titres racoleurs : «  Le naufrage de la réquisition citoyenne à Marseille », un article de Marsactu du 6 février 2013, et dans l’Humanité du 25 mars 2013 : «  Roms, naufrage d’une réquisition ». Ces titres sonnent cruellement à l’heure où nous recevons le référé du jugement du 28 mars 2013 du tribunal d’instance ordonnant l’expulsion des habitants assignés du 91 bd Plombières à Marseille.

Ces titres sous-entendent que la réquisition citoyenne du 91 bd Plombières (ex-gendarmerie Cardot) à Marseille est un échec. A partir de quels faits, de quelle analyse les auteurs de ces lignes tirent-ils ce bilan si définitif ? Quelles paroles ont été recueillies ? On y cherchera en vain la parole vivante des Roms, habitants de ce lieu.

Cette réquisition a, en premier lieu, permis à des personnes qui vivaient dans la rue – dans des conditions d’extrême précarité – d’avoir un vrai toit pour l’hiver ... elle a favorisé la scolarisation de nombreux enfants... elle a amené ses résidents à se retrouver chaque semaine dans des assemblées où les questions du vivre ensemble, les problèmes de voisinage et de l’insertion dans le quartier, sont soulevés, débattus et où sont prises les décisions communes*.

Peut-on parler de naufrage ?

Cette réquisition a été menée collectivement par des citoyens, des militants et bénévoles d’associations ou d’organisations politiques qui ne supportaient plus de voir des hommes, des femmes, des enfants, sans toit, traqués par la police, livrés au froid et aux intempéries.

En urgence, ces familles avaient été accueillies à la paroisse de la Belle de Mai, par le Père Paul, le 28 octobre par un soir de grand froid. Ils ont vécu pendant quinze jours dans une extrème promiscuité sans qu’aucune solution n’ait été proposée malgré les sonnettes d’alarmes tirées et les interpellations aux élus locaux et nationaux.

Le choix d’un bâtiment vide appartenant à l’Etat pour être réquisitionné a été décidé par le Collectif de Solidarité de Marseille – en accord avec les Rroms – comme la seule solution réaliste immédiate et comme un acte politique afin d’adresser aux pouvoirs publics un message fort pour que cette réquisition soit légalisée.

Cette décision a été très rapidement soutenue par Emmaus qui a interpellé plus particulièrement Cécile Duflot suite à son annonce concernant les réquisitions que devrait faire l’État pour loger les personnes sans-abris.

Depuis bientôt 6 mois, ce bâtiment réquisitionné offre enfin un toit à plus de cent personnes.

Peut-on parler de naufrage ?

Si naufrage il y a, c’est celui des Institutions, et en premier lieu celui de l’État.

Un État qui malgré les changements de majorité gouvernementale poursuit et amplifie une politique de harcèlements et de violences et ce malgré les promesses faites aux associations avec lesquelles il travaille. Les procédés ne varient pas – expulsions, OQTF (obligations de quitter le territoire français), assignations aux tribunaux, diagnostics des familles pour mieux choisir celles qui seront « élues » pendant que la majorité des Roms continuera à être pourchassée, harcelée – et l’objectif reste le même : inciter les Roms à quitter le territoire. Valls persiste et signe dans une récente déclaration : « Les Roms ont vocation à rester en Roumanie, à y retourner ».

Naufrage des mairies et des collectivités territoriales, qui laissent à dessein des milliers de personnes se perdre et vivoter sur des trottoirs, sous des ponts, au milieu des immondices, en proie à tous les dangers.

Naufrage des politiques de tous bords (à part quelques personnalités courageuses) que la population Rom gêne ou, pire, sert dans leurs espoirs partisans et électoraux. N’oublions pas que la campagne des municipales se profile à l’horizon !

Naufrage d’une politique économique et sociale puisqu’aucune proposition pérenne n’est faite aux familles et que leur situation va de mal en pis, comme tant d’autres familles vivant sur notre sol, connaissant le chômage et l’habitat précaire. Au nom de la crise, on justifie la discriminations envers les Roms les cantonnant à leur fonction de boucs émissaires pour finalement dresser les pauvres contre les plus pauvres encore.

Si naufrage il y a, c’est bien celui de la majorité des médias, qui n’hésitent pas à enfoncer le clou de la pensée officielle et offrent une image tronquée de la réalité, sans profondeur, qui incite à se retourner contre plus pauvre que soi. Des médias qui n’hésitent pas à faire leur un langage employé par l’État parlant de campements illégaux et non de bidonville, omettant même de rappeler le droit au logement pour tous.

Si naufrage il y a, c’est bien celui de notre société, au mieux indifférente, au pire haineuse et raciste, qui laisse des hommes, des femmes et des enfants dormir sur un trottoir, sous un pont d’autoroute, au coin d’une rue, et n’espère qu’une chose, que cette misère, là, elle se déplace ailleurs, afin qu’on ne la voit plus.

Non, il n’y a pas de naufrage de la réquisition citoyenne. Au contraire, c’est une victoire, que l’on doit revendiquer haut et fort, à Marseille et partout où des lieux de vie sont et seront ouverts avec et par les "sans" : sans-abri ou mal-logés, sans-papiers, sans-emploi.

* En pièce jointe et en réponse à l’article de Marsactu (www.marsactu.fr/societe/le-naufrage...), un communiqué du Comité de Coordination du 91 bd Plombières qui rend compte du travail sans relâche des militants, des sympathisants et des bénévoles qui accompagnent cette réquisition depuis le premier jour.


Communiqué du Comité de Coordination du 91 bd Plombières en réponse à l’article de Marsactu

Un naufrage ? Oui, mais celui des institutions !
Qui nous mènent en bâteau ...

Le comité de coordination du 91 bd Plombières a été profondément heurté par la teneur de l’article
de Marsactu « Le naufrage de la réquisition citoyenne à Marseille », paru le 6 février 2013 sur son
site, car cet article rapporte une vision destructrice et démobilisatrice. Les Roms n’ont plus qu’à se
volatiliser puisqu’il n’y a pas de solution alternative ! De plus, cette vision omet les nombreuses
actions positives effectuées par le Comité de coordination, qui s’est formé dès le début de la
réquisition, et qui réunit les membres des commissions et les représentants des familles choisis par
les résidents.

Pour mémoire, la ministre Cécile Duflot avait elle-même, en octobre 2012, lancé « un appel à ses
collègues pour que tous les biens de l’État vacants aujourd’hui puissent être mis à disposition
 ».
C’est dans cet esprit que le 12 novembre 2012, près de 200 personnes, organisations et citoyenNEs,
se sont rendues au 91 bd Plombières pour une réquisition citoyenne.

Depuis les premiers jours sur le lieu, des commissions ont été créées en lien étroit avec les familles
pour un travail régulier, chacune selon ses missions – commissions santé, scolarisation,
préscolarisation, médiation avec le quartier, entretien et sécurisation des lieux, vestiaire... –, et cela
effectivement sans les moyens qu’ont les grosses structures mandatées officiellement «  pour
s’occuper des Roms ».

Ces actions citoyennes et militantes, véritable « travail social » auprès et avec les Roms, ont été
réalisées au prix de grandes difficultés et rendues possibles avec l’aide logistique et financière
d’Emmaüs : installation de l’eau et des groupes électrogènes, travail concret pour mettre le bâtiment
aux normes demandées par la Préfecture, ramassage des bennes et des poubelles, scolarisation
des enfants – premier pas incontournable vers l’intégration –, combat en cours pour la gratuité des
repas à la cantine, vigilance « santé » et lien avec Médecin du Monde (vaccination, hôpitaux...),
accompagnement des familles pour leur autonomie auprès des organismes d’aides sociale et
médicale, activités pré et extrascolaires, bibliothèque de rue le samedi après-midi, cours de français
(FLE) donnés aux adolescents et adultes, réunions hebdomadaires avec les résidents,... et enfin le
travail incessant de médiation avec le quartier qui a permis de nombreux retours positifs et généreux
(la visite journalière d’un boulanger qui apporte du pain, des habitants qui amènent des vêtements,
les visites des voisins lors des fêtes ouvertes de la fin de l’année...).

N’oublions pas que le but de cette réquisition n’était pas de faire la gestion du lieu mais d’interpeller
politiquement les différents ministères pour permettre l’accès aux droits de ces citoyens.

Oui, les résidents sont plus nombreux que lors du premier jour de la réquisition : l’article utilise
l’argument fantasmatique de l’«  appel d’air » avec des «  cars qui font le lien entre la Roumanie et
Marseille tous les week-ends
 » : n’est-il pas contradictoire que le seul exemple cité, celui de Roméo,
porte sur l’arrivée de sa fille de deux ans et du reste de sa famille ? Les résidents du premier jour
n’ont-ils pas à cœur de faire venir auprès d’eux leur famille comme n’importe lequel d’entre nous le
voudrait dans leur situation ?

Plus loin, nous lisons qu’il s’agirait de «  diviser le groupe en trois » ou au contraire de « ne pas
séparer les gens
 » : mais c’est bien dans la perspective de la réquisition que de trouver trois lieux
pour trois groupes comme le demandent les résidentEs, car ces personnes ont évidemment des
souhaits.

Non, la réquisition citoyenne ne trouve pas aujourd’hui ses limites. C’est plutôt la réponse de
l’État et des pouvoirs publics qui les repoussent indéfiniment.

Un avenir existe pour ces familles, ces citoyenNEs européenNEs sans droits reconnus, il se construit
jour après jour sur ce lieu.

Marseille, le 19 février 2013

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