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Communiqués de SUrvie et du Mouvement de la paix

Hollande couronné à l’Unesco : la Françafrique célèbre la paix en répandant la guerre.
Vendre des armes, faire la guerre… et se faire reconnaître acteur de paix

François Hollande recevra mercredi le Prix Félix Houphouët-Boigny attribué par l’UNESCO pour la recherche de la paix.

Article mis en ligne le mercredi 5 juin 2013

François Hollande recevra mercredi le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. A travers ce prix de l’UNESCO, c’est un triple hommage qui est rendu par la Françafrique à son parrain feu- le président kleptocrate ivoirien, à la guerre comme résolution des conflits, et aux dictateurs «  amis de la France  » qui entoureront le Président français.

Pour l’association Survie, la remise de ce prix au Président français est révoltante à plusieurs titres. En premier lieu, l’intitulé de ce prix, décerné chaque année par l’UNESCO, et l’hommage ainsi rendu à Houphouët-Boigny apparaissent tout à fait scandaleux si l’on se réfère au rôle joué par cet ancien président ivoirien dans le sabotage des projets indépendantistes et souverainistes en Afrique, la multiplication des conflits, la longévité des dictatures et dans le pillage des ressources de son propre pays, dirigé d’une main de fer pendant 30 ans.

En second lieu, la remise de ce prix au Président français, dans le contexte que connaissent le Mali et le Sahel sonne comme un étrange hommage à la guerre. Le Président français est en effet le chef militaire d’une opération massive, mobilisant un véritable arsenal offensif, lancée sans véritable mandat international, au bilan humain (victimes, prisonniers) à ce jour inconnu et dont les répercussions dans la sous-région (Niger, Algérie) et au-delà (Cameroun, Nigeria, Libye, Tchad) s’avèrent fort préoccupantes. Est-il possible à ce stade d’imaginer que cette guerre au Mali, instrumentalisée en « guerre contre le terrorisme  » pour dissimuler des ambitions de puissance de la France en Afrique soit porteuse de valeurs de paix et de stabilité susceptibles d’être célébrées à l’UNESCO ?

Enfin, au moment de recevoir ce prix, François Hollande sera entouré de nombreuses personnalités africaines contestables, parmi lesquelles l’ancien président ivoirien Konan Bédié, chantre de l’ivoirité et le sénégalais Abdou Diouf, ex-garant de l’influence française au Sénégal et désormais dans tout l’espace francophone. Il sera surtout entouré par plusieurs chefs d’Etat en exercice dont la politique est marquée par la violence : Blaise Compaoré, dictateur du Burkina Faso, indirectement impliqué dans les conflits les plus sanglants d’Afrique de l’Ouest ; Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, imposé par les armes françaises ; Mohamed Ould Abdel Aziz, président putschiste de la Mauritanie ; Idriss Déby Itno, dictateur du Tchad, qui voit là une nouvelle marque de reconnaissance suite à son intervention au Mali aux côtés des forces françaises, malgré la nature de plus en plus répressive de son régime [1] .

Devant ces chefs d’Etat «  amis  », François Hollande doit prononcer un discours annoncé comme «  important  » qui s’apparentera à un tour de chauffe, en prévision du Sommet sur la sécurité qui se tiendra à Paris en décembre. Le premier sommet « France-Afrique  » d’un Président français qui a pris ses aises dans le décorum de la Françafrique.

Survie demande à l’UNESCO, de supprimer le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, dont l’appellation est une insulte aux démocrates et pacifistes africains, et à François Hollande, peu digne de recevoir une décoration vu son passif en matière de politique africaine depuis son élection [2], de décliner ce prix.[1]

http://survie.org/francafrique/article/makaila-et-les-autres-victimes-d-4469 [2]

http://survie.org/francafrique/article/francafrique-un-engagement-non-4468

Association Survie 107, Boulevard de Magenta 75010 Paris
Tél : 01 44 61 03 25 Fax : 01 44 61 03 20


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Vendre des armes, faire la guerre… et se faire reconnaître acteur de paix

Le président François Hollande a été honoré ce jour du Prix Houphouët Boigny pour la recherche de la paix par l’Unesco.

Le 21 février dernier, le jury présidé par Mário SOARES a attribué ce prix au président français pour « sa haute contribution à la paix et à la stabilité en Afrique ». Nul doute que l’engagement de l’armée française au Mali en janvier dernier a été déterminant.

De plus, on ne peut qu’être dubitatif de constater qu’une part du montant des 150.000 dollars liés à cette distinction, soit remise à l’association Solidarité Défense (émanation du ministère de la Défense) même si l’autre part, et nous nous en réjouissons, serait remis à des associations de femmes en faveur de la paix et de la réhabilitation des zones de conflit.

Si la présence militaire de la France au Mali est effectivement liée à l’obtention de ce prix, on ne peut qu’être choqué de constater que la guerre soit reconnue comme une contribution significative à la promotion et à la recherche de la paix. En effet, c’est faire abstraction de tous les aspects historico-géostratégiques du Sahel et de l’Afrique qui ont présidé au choix d’intervention armée de la France ; c’est faire fi de notre statut de marchand d’armes ; c’est surtout une forme de reniement de la culture de paix par laquelle il serait « acceptable » que la guerre soit une solution pour la résolution d’un conflit.

L’histoire saura nous rappeler qu’une fois encore, c’était une erreur.

Le Mouvement de la Paix

Saint-Ouen, le 5 juin 2013

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