Une tribune pour les luttes

Les dernières nouvelles d’Egypte

Egypte. Un coup d’Etat dans la révolution Par Jacques Chastaing
+ "Méfiez-vous de l’armée" : et si on arrêtait de prendre les Égyptiens pour des imbéciles ? par Julien Salingue

Article mis en ligne le mercredi 10 juillet 2013

CommuniquÉ des ONGs Égyptien sur le massacre d’hier

Mardi, 9 Juillet, 2013

"Avant de glisser le pays dans un cycle sans fin de la violence ,il faut l’ouverture des enquêtes neutre avec la participation des ONGs des droits de l’homme indépendantes "

Les ONGs soussignés déplorent un sévère et profond regret de l’usage excessif de la force par l’armée et les forces de sécurité, qui ont visé les manifestants des partisans du président isolé Mohamed Morsi devant l’enceinte de la Garde républicaine au Caire, ce qui est fini par la mort d’au moins 51 personnes et De plus de 400 blesses , selon Les données officielles du ministère de la Santé.

Les ONGs soulignent que face aux manifestations les forces de l’ordre doivent se conformer aux normes internationales, même si les manifestations expérimentés de violence ou d’utilisation d’armes à feu. les normes internationales ne permettent pas à utiliser la force meurtrière excessive ni garantis pour les tireurs de l’armée et de la police de cibler et d’ assassiner les manifestants, les ONGs soussignés soulignent que l’usage de la force doit être dans les limites conjurer le risque de l’usage des armes par les manifestants, même dans le cas de la tentative d’attaquer le siège de la Garde républicaine , que les forces armées a déclaré dans son communiqué.

les ONGs mettent l’accent sur la responsabilité des forces de sécurité et l’armée pour assurer la protection de tous les manifestants qu’ils soient des partisans du président isolés ou de ses adversaires.

Dans le même temps, les ONGs des droits humains déplore vivement les appels des Freres Musulmans et ses partisans a l’incitation à la violence et l’assassinat contre leurs adversaires et l’incitation à s’engager dans des affrontements qui complique davantage la scène politique en ce moment, on condamne également toutes les formes de violence exercées par certains secteurs des Frères musulmans et les factions de l’islam politique,
à la fois dans le quartier de Manial et la Maspero au Caire, ou la région de Sidi Gaber, Alexandrie.

Les ONGs également condamnent les violations qui ont visé les Frères musulmans et ses partisans à la fois à Sidi Bishr, Zagazig, ou dans certains autres endroits ou l’incitation à leur encontre par certains médias.

Et les ONG soussignées soulignent la nécessité de découvrir la vérité dans les circonstances de ces affrontements qui ont eu lieu hier à l’aube, et la responsabilité de toutes les parties concernées. Et soulignent qu’il faut mener des enquêtes indépendantes et impartiales dans ce massacre ce qui nécessite l’implication des organisations indépendantes des droits de l’homme, et la nécessité de l’annonce des résultats de ces enquêtes dès son achèvement, en tenant compte que l’appareil judiciaire égyptien a souffert d’implication dans la politique , à la fois dans l’ère Moubarak, et le Conseil suprême des forces armées , et que les pratiques des Frères musulmans et le président isolé sur l’année écoulée, a infligé la plus lourde atteinte à la crédibilité du système judiciaire égyptien et les autorités d’enquête, et a fait de la polarisation politiques et idéologique au sien du System judiciaires .

la comité d’enquête doit être former des personnages judiciaire professionnel et neutre et qui a le respect de toutes les parties, et de ne pas diabolisé dans son rapport aucun parties, les ONGs demandent aux diverses parties, y compris les Frères musulmans et ses partisans,de soutenir cette exigence .
Et appellent à nouveau pour arrêter toutes les formes d’incitation à la violence et l’assassinats et compromettre la paix civile, et averti que la poursuite de l’incitation à la violence et le sang a des conséquences fatale sur le lancement du processus politique inclusif qui peut mener l’ Egypte a atteindre les objectifs de la révolution.

"قبل أن تنزلق البلاد إلى دائرة عنف لا تنتهي يتعين إجراء تحقيقات محايدة بمشاركة منظمات حقوق الإنسان المستقلة"

الثلاثاء 9 يوليو 2013
تعرب المنظمات الحقوقية الموقعة أدناه عن استنكارها الشديد، وأسفها العميق، للاستخدام المفرط للقوة من جانب قوات الجيش والأمن، والذي استهدف المعتصمين من أنصار الرئيس المعزول محمد مرسي أمام دار الحرس الجمهوري، واقترن بمقتل ما لا يقل عن 51 شخصًا، وإصابة أكثر من 400 شخص حسب البيانات الرسمية لوزارة الصحة.

وتؤكد المنظمات على أن مواجهة التظاهرات يجب ان تلتزم بالمعايير الدولية، حتى إن شهدت تلك التظاهرات استخداما للعنف او للاسلحة النارية. ولا تسمح هذه المعايير باستخدام القوة المميتة بصورة مفرطة ولا تسوغ للقناصة من ضباط الجيش والشرطة استهداف القتل العمدي لأعداد كبيرة من المعتصمين، وتشدد على أن استخدام القوة ينبغي أن يكون في الحدود التي تدرأ خطر استخدام السلاح من جانب المسلحين حتى في حالة محاولة اقتحام دار الحرس الجمهوري، كما قال بيان القوات المسلحة.

وتشدد المنظمات على مسئولية قوات الأمن والجيش في تأمين الحماية لكافة المتظاهرين والمعتصمين، سواء كانوا من أنصار الرئيس المعزول أو من خصومه.

وفي الوقت ذاته، فإن المنظمات الحقوقية تستهجن بشدة استمرار جماعة الإخوان المسلمين ومناصريها على التحريض على العنف والقتل بحق خصومها والتحريض على الدخول في مصادمات واسعة النطاق تزيد من تعقيد المشهد السياسي الراهن، كما تدين المنظمات كافة أشكال العنف الذي مارسته بعض القطاعات بجماعة الإخوان المسلمين وفصائل الإسلام السياسي، سواء في حي المنيل ومنطقة ماسبيرو بمحافظة القاهرة، أو بمنطقة سيدي جابر بالإسكندرية.

وادانت المنظمات ايضا تلك الانتهاكات التي استهدفت جماعة الإخوان المسلمين ومناصريها سواء في سيدي بشر او الزقازيق او في بعض الاماكن الاخرى أو التحريض ضدهم من قبل بعض وسائل الإعلام.

وتؤكد المنظمات الحقوقية الموقعة أدناه على ضرورة كشف الحقيقة في ملابسات المصادمات التي وقعت فجر أمس، ومحاسبة كافة الأطراف الضالعة فيها. وتشدد المنظمات على أن إجراء تحقيقات مستقلة ونزيهة في هذه المجزرة يستوجب إشراك منظمات حقوق الإنسان المستقلة، ووجوب إعلان نتائج تلك التحقيقات فور الانتهاء منها، آخذًا في الاعتبار ما تعرض له القضاء المصري من الزج به في خصومات سياسية سواء في عهد مبارك أو المجلس الأعلى للقوات المسلحة، كما أن ممارسات جماعة الإخوان المسلمين والرئيس المعزول على مدى العام المنصرم، قد ألحقت أفدح الأضرار بمصداقية القضاء المصري، وسلطات التحقيق، وشقت صفوف الجماعة القضائية وجعلتها نهبًا للاستقطاب والانقسام السياسي والأيديولوجي.

ويتعين أن يكون تشكيل هذه اللجنة من الشخصيات القضائية والحقوقية المشهود لها بالمهنية والحيادية، حتى تكتسب احترام كافة الأطراف، وأن لا يتم التجريح في تقريرها، وتدعو المنظمات مختلف الأطراف، بما في ذلك جماعة الإخوان المسلمين ومناصريها، لدعم هذا المطلب والترحيب به. وتدعو المنظمات الحقوقية مجددًا إلى وقف كافة أشكال التحريض على العنف والقتل وتقويض السلم الأهلي، وتحذر من أن استمرار التحريض على العنف واستباحة الدماء يقود عمليًا إلى استحالة إعادة اطلاق عملية سياسية شاملة تقود مصر إلى تحقيق أهداف ثورتها.

المنظمات الموقعة

Les organisations soussignées

1. Institut du Caire pour les Etudes des Droits de l’Homme.
2. Association des Droits de l’Homme pour l’assistance aux prisonniers.
3. Le Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’homme.
4. Fondation pour la liberté de pensée et d’expression.
5. Fondation d’assistance juridique aux femmes égyptiennes.
6. L’Initiative égyptienne pour les droits personnels.
7. Land Center for Human Rights.
8. Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux.
9. Institut Andalus pour la tolérance et la lutte contre la violence.
10. Habi Centre pour les droits de l’environnement
11. Centre de support et les moyens appropriés de communication pour le développement.
12. Hisham Mubarak Law Center .
13. Egyptiens contre la discrimination religieuse.
14. Organisation arabe pour la réforme pénale.
15. Nazra pour les études féministes


9 juillet 2013

Egypte : "Ils tiraient, ils avançaient, ils tiraient, ils avançaient"

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/07/08/egypte-ils-tiraient-ils-avancaient-ils-tiraient-ils-avancaient_3444471_3212.html

8 juillet 2013

Plusieurs centaines de partisans des Frères musulmans se sont rassemblés lundi matin devant la siège de la Garde républicaine au Caire, où le président déchu Mohammed Morsi est détenu depuis sa destitution, le 3 juillet.
Dénonçant une attaque, l’armée a ouvert le feu sur la foule, faisant, selon un responsable du ministère de la santé, au moins 40 morts et plus de 320 blessés.
Les Frères musulmans ont alors appelé à un "soulèvement contre ceux qui sont en train d’essayer de lui voler sa révolution avec des chars".


07.07.2013


Mobilisation massive en Egypte, toujours sans premier ministre

Des dizaines de milliers d’opposants à Mohamed Morsi étaient rassemblés dimanche 7 juillet en Egypte, notamment sur la place Tahrir au Caire, dans une démonstration de force destinée à prouver que l’ex-président islamiste a été renversé par une révolution populaire et non un coup d’Etat.

Alors que des avions de chasse rasaient les toits de la capitale, lâchant derrière eux une fumée aux couleurs du drapeau national, la place Tahrir était noire de monde pour une mobilisation se voulant pacifique, après des heurts d’une rare violence vendredi entre pro et anti-Morsi. De leur côté, les islamistes continuaient à mobiliser leurs troupes pour maintenir la pression sur l’armée, qui détient M. Morsi depuis sa destitution, et dénoncer l’"Etat policier" qu’elle a instauré, selon eux.

De difficiles tractations se poursuivent en vue de la nomination d’un premier ministre, le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, pressenti, ne faisant pas consensus.

Vendredi, au moins 37 personnes ont été tuées et plus de 1 400 autres blessées à travers le pays, notamment en marge de rassemblements de dizaines de milliers de sympathisants des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi.
Dimanche, l’ambiance était bon enfant à Tahrir recouverte d’une nuée de drapeaux, dont l’un, géant, proclamait "Dégage" à l’adresse de M. Morsi, tandis que des pancartes affirmaient, en anglais, "l’Egypte a connu une révolution, pas un coup d’Etat".

Non loin de là, Yasser, ingénieur, a affirmé que la destitution de M. Morsi n’était pas "contre la démocratie car 30 millions de personnes sont descendues dans la rue pour exprimer leur colère". Comme lui, des dizaines de milliers d’Egyptiens étaient mobilisés dimanche dans de nombreuses villes du pays pour "achever (la révolution) du 30 juin", date à laquelle avaient débuté les manifestations d’une ampleur inédite qui ont conduit l’armée à déposer M. Morsi.

Ses partisans étaient quant à eux massés par milliers près de l’université du Caire, dans le quartier de Guizeh, devant une mosquée du faubourg de Nasr City, ainsi que devant la Garde républicaine, où quatre des leurs sont morts vendredi lors d’échanges de tirs avec des soldats. "Les militaires ont volé la légitimité et mon vote.


http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/p/mefiez-vous-de-larmee-et-si-on-arretait.html

"Méfiez-vous de l’armée" : et si on arrêtait de prendre les Égyptiens pour des imbéciles ?

Julien Salingue

Publié le 4 juillet 2013.

Depuis hier soir, la formule est reprise en boucle dans nombre de médias et sur les réseaux sociaux : « l’armée égyptienne a renversé Mohammad Morsi ». Cette assertion semble à première vue incontestable, du moins si l’on se concentre sur les événements du 3 juillet au soir et sur leur dimension strictement institutionnelle. À ceux qui affirment que les récents événements se résument à un coup d’État de l’armée, d’autres rétorquent que nous assistons à nouvelle étape de la révolution égyptienne. À l’examen, la réalité se situe à mi-chemin de ces deux positions.

Coup d’État vs révolution ?

En effet, si la destitution du Président égyptien a été formellement organisée (et annoncée) par l’armée, et non par des structures autonomes issues du mouvement de révolte qui agite l’Égypte depuis 30 mois, elle ne se serait jamais produite sans les manifestations historiques du 30 juin et des jours qui ont suivi. C’est parce que les Égyptiens se sont mobilisés par millions que Mohammad Morsi a été contraint au départ, pas parce que l’armée égyptienne aurait soudainement décidé de le renverser. La focalisation sur le volet institutionnel des événements conduit nombre d’observateurs à occulter le rôle moteur de la mobilisation populaire dans la chute du Président égyptien.

L’hypermédiatisation du « coup d’État  » fait en effet écho à la sous-médiatisation, pour ne pas dire la non-médiatisation des mobilisations qui secouent l’Égypte de manière ininterrompue depuis la chute d’Hosni Moubarak en février 2011. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : durant les 5 premiers mois de l’année 2013, ce sont ainsi pas moins de 5.544 manifestations qui ont eu lieu en Égypte, très majoritairement sur des questions économiques et sociales [1]. Le succès de la campagne «  Tamarod » (« Rébellion »), elle aussi centrée sur ces questions (et non sur la dénonciation d’une quelconque «  islamisation de la société égyptienne  ») [2], participe de cette dynamique de contestation de la politique des Frères Musulmans.

Ces derniers se sont en effet avérés incapables de répondre aux exigences de la population égyptienne, qui avaient conduit cette dernière à se révolter massivement contre la dictature d’Hosni Moubarak en 2011. Élu démocratiquement en juin 2012, Mohammad Morsi, qui se présentait comme le candidat de la révolution, a échoué à satisfaire les demandes des Égyptiens, notamment dans le domaine économique et social, avec au contraire une dégradation des conditions de vie de la population. S’il ne s’agit pas de sous-estimer le fait que les caciques de l’ancien régime ont tout fait pour empêcher les Frères Musulmans de gouverner, force est de constater que ces derniers ont très rapidement perdu leur légitimité populaire en raison de leurs propres choix politiques et économiques.

La chape de plomb qui a été soulevée en janvier 2011 n’est pas retombée. Le renversement d’Hosni Moubarak a convaincu des milliers d’Égyptiens qu’ils n’étaient pas condamnés à subir la politique de leurs dirigeants et qu’ils pouvaient, au contraire, leur demander des comptes et, si besoin, se mobiliser pour les chasser. C’est ce qui s’est produit ces derniers jours, à la plus grande surprise de nombre d’observateurs qui, aveuglés par une lecture «  religieuse  » de la politique des Frères Musulmans et de l’hostilité à leur égard, n’ont pas mesuré l’ampleur et la nature de la lame de fond qui a, de nouveau, emporté un pouvoir considéré comme illégitime par une forte majorité d’Égyptiens. Et d’aucuns d’être surpris de constater qu’un président élu peut être perçu comme illégitime, y compris par ses propres électeurs, lorsqu’il trahit le mandat qui lui a été confié.

L’intervention de l’armée

L’intervention des militaires doit évidemment être considérée avec lucidité, et il ne s’agit pas de sous-estimer la tentation autoritaire qui existe chez nombre de responsables de l’état-major, qui ne sont devenus hostiles à la dictature d’Hosni Moubarak que lorsque celui-ci était condamné par l’ampleur du soulèvement de 2011. Mais cette intervention, présentée un peu hâtivement par certains commentateurs comme une « revanche  » des militaires sur les Frères Musulmans, doit être comprise avant tout comme la rupture d’une entente tacite (bien que conflictuelle) entre deux forces, l’armée et les Frères, qui s’étaient fixé pour tâche de ramener l’ordre dans un pays touché par un bouillonnement révolutionnaire continu depuis la chute de Moubarak.

Or, le Président Morsi et son gouvernement ont été incapables de mettre au pas la contestation durant ces derniers mois, approfondissant une situation d’instabilité politique et surtout économique qui ne sied guère à l’armée qui contrôle, rappelons-le, plus d’un tiers des richesses égyptiennes. L’armée a considéré que les Frères Musulmans avaient fait la démonstration de leur incapacité à stabiliser le pays, et qu’elle devait donc s’employer elle-même à restaurer le calme et à mettre un coup d’arrêt à un processus révolutionnaire qui pourrait lui faire perdre une part significative de son influence politique et économique.

Telle est en effet la faiblesse des lectures trop enthousiastes qui voient dans l’intervention de l’armée une nouvelle étape de la révolution, alors que l’objectif de l’état-major est précisément d’y mettre un terme. Le paradoxe n’est pas des moindres : les événements de ces derniers jours sont l’expression simultanée de l’existence d’une dynamique populaire et révolutionnaire et de rapports de forces politiques très défavorables pour les révolutionnaires. Ces derniers n’ont pas réussi jusqu’à aujourd’hui à se doter de structures suffisamment unifiées, fortes et légitimes pour jouer le rôle que l’état-major joue aujourd’hui, laissant dès lors l’initiative à une force sociale qui est essentiellement préoccupée par le retour à la normale et non par la satisfaction des revendications de la révolution.

Une nouvelle période d’instabilité s’ouvre donc, déjà marquée par la volonté de l’armée de dissuader quiconque de s’opposer à sa «  feuille de route  », avec des décisions arbitraires comme la fermeture des locaux d’al-Jazeera ou l’arrestation de dirigeants des Frères Musulmans. Les militaires ont pour l’instant su exploiter une situation de paralysie politique, marquée par les errements des Frères et par les faiblesses structurelles de l’opposition. Mais la révolution n’a pas été défaite ou confisquée. Nombreux sont ceux toutefois qui, en France et ailleurs, considèrent avec condescendance, voire mépris, les scènes de liesse populaire qui ont accompagné les déclarations de l’état-major et le déploiement des tanks dans les rues du Caire, et expliquent doctement aux Égyptiens qu’ils sont en train d’enterrer leur révolution. Le paternalisme de ces attitudes a évidemment de quoi choquer, mais c’est sur la double erreur d’analyse qui sous-tend ces attitudes que je souhaite insister en conclusion.

La révolution continue ?

La première de ces erreurs est la sous-estimation du rôle central du peuple égyptien dans la chute de Morsi, lié au rejet massif de la politique des Frères musulmans, dont la défaite hier soir a été considérée par des millions d’Égyptiens comme leur victoire. Ce que les gens ont célébré hier dans les rues égyptiennes, c’est la défaite d’un Président qui n’a satisfait aucune des revendications de la révolution, contrairement à ce qu’il avait promis, et non une prise du pouvoir par les militaires. Ces derniers en ont d’ailleurs conscience, qui ont immédiatement annoncé qu’ils n’entendaient jouer aucun rôle politique durable et qui ont pris le soin de s’entourer, lors de la conférence de presse annonçant la destitution de Morsi, de représentants des partis politiques et des institutions religieuses du pays.

La seconde erreur est liée à la première, et résulte en réalité d’une vision infantilisante de la population égyptienne [3], qui a conduit divers commentateurs à affirmer ces derniers jours que les Égyptiens étaient en train d’apprendre la démocratie alors qu’ils étaient précisément en train de faire la démonstration qu’ils en avaient beaucoup mieux compris les ressorts que la plupart des donneurs de leçons occidentaux. Qu’y a-t-il en effet de plus authentiquement démocratique que la remise en question pacifique (pétition et manifestations), par le peuple qui l’a élu, d’un Président qui trahit le mandat qui lui a été confié et qui mène une politique opposée aux revendications d’une révolution qui l’a, indirectement, porté au pouvoir ?

À l’heure actuelle, une évidente confusion règne, et l’on peut comprendre que les scènes de fraternisation entre les manifestants et l’armée, voire la police, surprennent et inquiètent. Mais non, les Égyptiens ne sont pas des imbéciles ! Tous ceux qui insistent aujourd’hui sur le rôle de l’armée durant la dictature et sur les exactions qu’elle a commises avant et après la chute de Moubarak ont raison de le faire. Mais est-il utile de leur rappeler que les Égyptiens, qui en ont été les premières victimes, sont au courant de ces éléments, et en savent même probablement beaucoup plus que les spécialistes auto-proclamés ? Visiblement, oui.

Il ne s’agit évidemment de sous-estimer les aspects contradictoires de l’intervention de l’armée et de faire preuve d’un optimisme béat après la chute du Président. Mais souvenons-nous qu’il y a un an, lors de la victoire de Mohammad Morsi, certains affirmaient déjà que la révolution était morte et que les Égyptiens s’étaient fait « voler leur victoire » par les Frères Musulmans. Ils viennent de prouver au monde entier que ce n’était pas le cas, et qu’ils demeuraient vigilants, ne baissant pas la garde face aux éléments contre-révolutionnaires. Depuis 30 mois, la population égyptienne a en réalité fait la démonstration qu’elle n’entendait pas laisser qui que ce soit, civil ou militaire, lui confisquer sa révolution. Et rien n’indique, bien au contraire, que cette dynamique populaire soit brisée.

Note

[1] Sur les mobilisations sociales en Égypte, voir sur ce même blog.
[2] En témoignent les termes de l’appel Tamarod : «  Nous vous rejetons car la sécurité n’a pas été rétablie, car les plus pauvres sont toujours ignorés, car nous sommes toujours en train de mendier des prêts à l’extérieur, car aucune justice n’a été rendue pour les martyrs, car notre dignité et celle de notre pays n’ont pas été restaurées, car l’économie s’est effondrée et repose sur la mendicité, car l’Égypte continue de marcher dans les pas des États-Unis ».
[3] Ce même travers se retrouve chez ceux qui expliquent que les Égyptiens sont en réalité des instruments entre les mains de diverses puissances régionales.


4 juillet - 2013

Publié par Alencontre
A lire avec les photos et leurs commentaires ;
http://alencontre.org/moyenorient/egypte/egypte-un-coup-detat-dans-la-revolution-2.htmlle

Egypte. Un coup d’Etat dans la révolution

Par Jacques Chastaing

Selon le quotidien Libération, en date du 3 juillet 2013, le général Abdel Fattah al-Sissi, n’est pas sortit de nulle part lorsqu’il a été nommé par Morsi à la tête de l’armée en août 2012. Selon Marwan Chahine, Al Sissi : « Agé de 58 ans, ce Cairote, diplômé de l’académie militaire égyptienne en 1977, fait partie de cette génération d’officiers qui n’a pas participé aux guerres de 1967 et 1973 contre Israël. Après des début dans l’infanterie, il a été tour à tour attaché militaire à l’ambassade d’Egypte en Arabie saoudite, commandant en chef de la zone nord d’Alexandrie et, enfin, directeur du renseignement militaire. Au cours de sa carrière, il a fait plusieurs années d’études en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Et le journal de gauche Tahrir croit qu’il entretient des relations diplomatiques et militaires privilégiées avec l’allié américain. »

Le processus de soulèvement populaire et les revendications sociales et politiques marquent la dynamique de fond de conjoncture politique, au sens le plus stricte du terme. Toutefois, le manque d’un pôle politique de référence, qui ferait écho à la dynamique rénovatrice et bouleversante de la société, laisse une place, à ne pas sous-estimée, aux initiatives politiques des militaires et de leurs alliés de circonstance. Ce qui s’est produit sous la forme de ce coup d’Etat, avec ses aspects propres qui se révéleront dans les semaines à venir. (Rédacton A l’Encontre).

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4.-Egypte, 3 juillet, 20 h 15 : coup d’État dans la révolution

C’est assurément un coup d’Etat militaire qui est en cours, mais un coup d’Etat dans la révolution.
Le but de ce coup d’Etat, en renversant Morsi, n’est pas d’affronter la révolution, de la briser mais plutôt de la contenir, de la freiner, de l’empêcher d’aller jusqu’au bout de ce qu’elle porte.
L’armée avait déjà fait la même chose en février 2011, lorsqu’elle avait lâché Moubarak au moment où il y avait eu des appels à la grève générale et que tout montrait qu’ils commençaient à être suivis. En lâchant l’accessoire, Moubarak, l’armée préservait l’essentiel, la propriété des possédants. Elle recommence aujourd’hui la même chose.
La contestation permanente ne cesse pas en Egypte depuis plus de deux ans, qui s’amplifie depuis décembre 2012 et qui est quasi non stop depuis cette date, avec une extension considérable des conflits sociaux, puisque des records historiques mondiaux de grèves et de protestations sociales marquent l’Egypte depuis le début de l’année.

Or ces mouvement sociaux ont trouvé une cristallisation politique extraordinaire au travers la campagne Tamarod (Rébellion) qui arrivait non seulement à obtenir 22 millions de signatures contre Morsi, mais a mobilisé des millions et des millions d’Egyptiens dans les rues pour exiger la chute de Morsi.

Il n’était pas difficile de comprendre que si la rue faisait tomber Morsi, c’était la porte ouverte à un déferlement de revendications sociales et économiques qui allaient s’attaquer aux riches, aux possédants, à la propriété et donc aussi à l’armée puisque c’est le plus grand des propriétaires en Egypte, aussi bien dans le domaine industriel qu’agricole ou commercial. Il lui fallait éviter cela.
Évidemment elle aurait pu s’en prendre directement au mouvement social et faire front avec les Frères Musulmans et accessoirement le FSN contre la révolution en marche. Le problème pour elle c’est qu’elle ne le pouvait pas.
Elle avait déjà tenté un coup d’Etat contre la révolution en juin 2012, fait quelques pas dans ce sens, mais avait finalement reculé, devant la mobilisation populaire, quelle avait d’autant plus craint à l’époque, qu’après et malgré deux ans de répression féroce (plus de 11’000 condamnations de militants par des tribunaux militaires, des tortures, une répression féroce) le mouvement social était plus vivant que jamais, n’avait pas peur. Et cela alors – et surtout – que ses propres soldats paraissaient moins sûrs que jamais. Il y avait eu des révoltes à la base de l’armée et de la police, on avait vu des officiers manifester avec les révolutionnaires. La direction de l’armée avait alors craint que son appareil militaire ne se dissolve dans cette épreuve. C’est pour ça qu’ils avaient finalement confié le pouvoir aux Frères Musulmans qui paraissaient les seuls à avoir un appareil (2 millions d’adhérents) et une idéologie influente, la religion, pour endiguer cette révolution qui ne cessait pas.
Or là, en juin 2013, elle se trouvait dans une situation encore pire.

Les Frères Musulmans ont perdu toute leur influence, l’intoxication religieuse ne marche plus – ou moins – et le mouvement révolutionnaire était bien plus fort qu’en janvier 2011, infiniment plus nombreux dans les manifestations, sur un fond de luttes sociales bien plus importantes qu’en janvier 2011 et beaucoup plus expérimenté, avec de nombreux militants qu’il n’avait pas en 2011. S’opposer au mouvement aurait voulu dire perdre probablement l’armée qui se serait disloquée, seul rempart entre la révolution et la propriété. Car le FSN ne pèse d’aucun poids réel même s’il a fait preuve de bonne volonté contre la révolution plusieurs fois. L’armée a donc préféré ne pas affronter la révolution, mais tenté d’en détourner le cours, momentanément.

Bien sûr, on peut se demander pourquoi le mouvement révolutionnaire a accepté cette collaboration momentanée de l’armée à leur cause, alors qu’ils sont très nombreux à savoir qu’on ne peut pas faire confiance à l’armée pour l’avoir connue, à travers ses prisons, ses tortures et ses mille violences ? Tout simplement parce que si le mouvement est très fort, leur conscience l’est un peu moins, même si elle grandit. Non pas qu’ils ne sachent pas quel peut-être le danger d’un coup d’Etat militaire à ce moment, mais parce qu’ils ne savent tout simplement pas bien encore ce qu’ils veulent et quoi faire, quels objectifs avoir.

Il est significatif que ce soient des démocrates, révolutionnaires certes, mais démocrates surtout, qui ne jurent donc que par les bulletins de vote et la démocratie bourgeoise représentative, qui se soient trouvés à la tête de ce mouvement avec le seul objectif d’organiser de nouvelles élections présidentielles, mais qui ne veulent en aucun cas se faire les représentants des revendications sociales des plus pauvres, même pas de leur antilibéralisme et encore moins de leur anticapitalisme. La faiblesse du mouvement était donc ses chefs ou plus exactement, sa conscience, ce qu’il a en tête qui fait qu’il ait accepté (ou pas pu disposer ?) d’avoir de tels « chefs » [dans le sens où Rosa Luxemburg utilisait le terme chefs].

Dans cette situation, on verra donc l’armée tenter de reprendre des positions, grignoter à nouveau les libertés, réprimer, comme elle l’avait fait après la chute de Moubarak, mais elle aura beaucoup plus de mal pour le faire qu’il y a deux ans, parce que le mouvement est infiniment plus fort et plus expérimenté, et averti de ce qu’est l’armée. Et que cette dernière n’aura plus à ses côtés son ami/rival qu’est la confrérie des Frères Musulmans pour tromper les gens.

Enfin la situation sociale est lamentable, l’économie à deux doigts de s’effondrer et c’est pour cela que la majeure partie des gens étaient dans la rue. Or l’armée n’a pas de réponse et est en plus un grand propriétaire ultra riche, bref la cible de beaucoup des luttes sociales. Et ce n’est pas le FSN – s’il est admis au gouvernement – qui pourra tromper longtemps les pauvres, n’ayant jamais eu une grande autorité auprès de la population et surtout des plus pauvres.

L’avenir est à la révolution, en perspective. Et pas qu’en Egypte comme on le voit avec la Turquie, le Brésil… Or c’est peut-être de la convergence de ces mouvements, de leurs encouragements réciproques, qu’ils pourront s’enrichir de ce qu’il y a de meilleur dans chacun d’eux, pour finalement avoir une conscience claire de ce qu’ils veulent, des objectifs qui font de la prochaine révolution une révolution clairement sociale et pas seulemnet démocratique.

Il y a un nombre considérable de gens place Tahrir et Ittahidiya, mais aussi devant le palais Qubba et devant le siège de la garde présidentielle. Et ça arrive toujours d eplus en plus. Y aura-t-il plus de monde que les jours précédents ? C’est bien possible.


3.- Egypte, 3 juillet, 15 h 30 : une heure avant la fin de l’ultimatum militaire

La place Tahrir est aux trois quart pleine, la foule continue à grandir, les gens chantent « ne soyez pas inquiets, il va partir ». Ils sont un peu moins à Ittihadiya, palais Qubba et devant le siège de la Garde Présidentielle mais la foule grandit peu à peu. Des manifestations parties de différents endroits s’approchent. Les gens semblent plus tendus qu’hier et seulement raisonnablement optimistes.
Mahmoud Badr, principal membre de l’exécutif de Tamarod appelle les Egyptiens à prendre les rues et bloquer le siège de la Garde Présidentielle, ce qui, selon lui, est une forme d’ordre donné à l’armée pour aller dans les rues et protéger les manifestants. Il demande à la garde présidentielle d’arrêter Morsi ? Selon lui il s’agit d’un coup d’Etat populaire et non un coup d’Etat militaire. Bref, si je comprends bien, un peu comme De Gaulle en 1958 ?
Déclaration du parti : « Nous sommes le peuple d’Egypte »(?) : « La démocratie n’est pas simplement des élections ».
Il faut retenir, d’une part, qu’il y a eu environ 30 à 40% des adultes d’Egypte dans la rue pendant 3 jours ( et peut-être plus ?) ce qui est un événement historique mondial et, d’autre part, que c’est la première fois de l’histoire de l’humanité ( si je ne me trompe pas) qu’une une révolution populaire chasse un pouvoir islamiste. Je ne sais pas quelles vont en être les conséquences pour la période. Mais elles seront sûrement très importantes.

L’armée dément avoir reçu El Baradei seul, elle l’a reçu, pour le FSN, avec un représentant des Frères Musulmans ,deTamarod, des salafistes de Al Nour, du Grand Sheikh d’Al-Azhar et le Pape Tawadros de Coptes. Les Frères Musulmans auraient refusé. Tamarod avait refusé, puis dit oui, puis refusé, puis y est allé.
L’armée a fait évacuer le personnel de la télé d’Etat à Maspéro ; laissant seulement les techniciens nécessaires
Un représentant de Morsi déclare que si ce dernier meurt ce sera pour défendre la démocratie.
Le Front pour la défense des protestataires d’Egypte a compté 48 morts dans les affrontements du 2 juillet à Beyn Saryat, Faisel, Helwan, Kitkat au Caire
Une manifestation d’anti Morsi est partie en direction du bâtiment de la Garde Présidentielle où on pense qu’il est caché. Mais déjà pas mal de manifestants là-bas où les gens scandent : « Le peuple et l’armée, une seule main ».


2.- Egypte, 3 juillet, 14 h 00 : l’armée se positionne.

Fin de l’ultimatum militaire dans 2 h 30.

Le FSN et Tamarod pressent l’armée d’intervenir. El Baradei supplie l’armée de sauver le peuple égyptien du fou Morsi. Après ça, ou avant, il a été reçu (la rumeur dit avec le porte- parole de Tamarod) avec le sheikh d’Al Azhar et le pape des coptes par Al-Sissi, l’homme fort de l’armée. Pour El Baradei qui lèche aussi bien le C… des militaires, ça vaut bien une place de premier ministre,non ?
Tamarod appelle les Egyptiens à occuper les rues en réponse au discours de Morsi, mais propose aussi le président de la Haute Cour constitutionnelle comme président par intérim, un nouveau gouvernement technocratique, une nouvelle constitution, et de nouvelles élections. Pas trace de pouvoir populaire. Il est vrai que c’était dans leur projet initial, mais pas dans celui des hommes et des femmes qui se sont saisis de leur initiative. La révolution continue.
Le gouvernorat d’Al Monofiya déclare la désobéissance civile pour protester contre le discours de Morsi. Après les affrontements de la nuit à Giza, les « comités populaires » (qui est-ce ?) organisent des barrages routiers à Giza et fouillent les voitures, cherchant des Frères Musulmans.
Des anti-Morsi, près de l’Université du Caire (où il y a eu 16 morts cette nuit du fait des violences des Frères Musulmans), armés de bâtons, arrêtent les bus d’islamistes (ceux qui sont venus d’ailleurs aux manifs pro Morsi en bus ?), les font descendre et mettent le feu aux bus. Une camionnette a été arrêtée suspectée de transporter des Frères Musulmans, ils ont été sortis et battus.
Devant le palais Ittihadiya et les rues Al-Ahram et Al-Marghany le nombre de tentes grandit et les entrées de ces rues barrées. Des membres de « Comités populaires » surveillent les entrées vers le lieu principal de manifestation

Des militaires se massent à Nasr City (là où les Frères Musulmans tenaient leur principal rassemblement pro Morsi). Des hélicoptères dans le ciel. La police près de Tahrir. Il y a une ambiance de panique dans les ures du Caire au fur et à mesure que l’armée avance.
Des chants de pro Morsi, assez nombreux, en marche vers Rabaa : « nous allons être des martyrs par millions ». Autre manifestation pro Morsi près de l’Université du Caire.

La Jamaa al-Islamya dément avoir demandé des élections anticipées. (En fait, il semble y avoir maintenant deux Jamaa al-Islamiya) Elle défend toujours la légitimité électorale de Morsi et la légitimité de la démocratie représentative des bulletins de vote.


1.- Egypte : 3 juillet, 2013 : 12 H : la traque de Morsi commence

Fêtes massives à nouveau toute la nuit. Les stars égyptiennes en étaient, Hussein Fahmi, Ahmed Helmi, Mona Zaki, Karim Abdel Aziz, Angham, Khaled Saleh, Khaled Al Sa. Quand Morsi faisait son discours, la foule rassemblée au palais Itthidiya criait : « dégage »,« dégage » !
L’humoriste égyptien Bassem Youssef a dit du dernier speech de Morsi que c’était un discours à la Néron : au moins 22 morts après son discours où il a implicitement poussé ses partisans à la guerre civile et à tuer les opposants à son régime au nom de la Sharia. L’armée pourra intervenir en argumentant qu’elle vient pour sauver les gens et en gagnant la guerre de la sympathie publique. Déclaration du CSFA (Conseil supérieur des forces armées) cette nuit : nous allons donner notre sang pour libérer l’Egypte de ses terroristes.

Mais il est loin d’être dit que les gens laissent l’armée utiliser cela pour asseoir sa dictature. Les employés des bureaux gouvernementaux sont en grève et les bloquent. La machine de l’Etat s’enraye. Il y a des appels de dirigeants de Tamarod (Rébellion) sur internet pour aller à 16 h devant les bâtiments de la Garde présidentielle à Salah Salem pour que ce soit le peuple lui-même qui arrête Morsi.

Des tentes commencent à se monter. Une question d’un manifestant : « Est-ce que l’armée allemande a arrêté Hitler avant la seconde guerre mondiale ? » Un graffiti sur le mur du palais présidentiel : « La légitimité de vos urnes électorales est annulée par les cercueils de nos martyrs ». L’armée en a beaucoup sur la conscience…
Les sièges du PJL ( Parti de la Justice et de la Liberté – Frères Musulmans) ont été brûlés à Ismaïliya et à Banha. Mohamed Al-Beltagy, le secrétaire général du Parti de la Justice et de la Liberté a déclaré qu’était venu le temps des martyrs.
A la cité du 6 octobre au Caire, cette nuit du 2 au 3 juillet, après que les islamistes aient tiré sur les manifestants anti-Morsi et que ces derniers aient riposté, avec des affrontements violents et des tirs toute la nuit (les gens dans les immeubles autour n’ont pas dormi), les islamistes se sont réfugiés dans la mosquée Hosari en en faisant un bunker

Selon le Ministère de la santé, pour cette nuit : 23 morts et 600 blessés
Le Koweit demande à ses ressortissants de quitter l’Egypte
Des gens ont remarqué la déclaration de Tariq Ramadan (petit fils du fondateur des Frères Musulmans) : « la situation est explosive. Morsi devrait démissionner et négocier une large alliance nationale de transition, et éviter un bain de sang. »
Un des leaders des Frères Musulmans le Sheikh Mohammed Abdullah vient d’être arrêté par la police. Les avoirs des leaders des Frères Musulmans seraient gelés, eux-mêmes seraient assignés à résidence. Les véhicules de l’armée commencent à prendre position ici ou là. Treize ministres ont démissionné.

Le dirigeant de la Jamaa al Islamiya, Tarek Zomor, principal soutien de Morsi, appelle lui aussi à des élections présidentielles anticipées. Après ou avant avoir encore massacré quelques personnes ? Le bateau sombre, les rats quittent le navire

Ci-dessous, les impressions des journalistes du « Progrès égyptien », quotidien égyptien en langue française, assez réac. Un peu comme des impressions de journalistes du Figaro…

« A l’heure de toutes les incertitudes

Mercredi , 3 juillet 2013

La nuit tomba sur les manifestants dans les rues, qui, à partir d’une grande liesse, sont sortis par millions pour exprimer leur grande joie après le dernier communiqué de l’Armée, qui accorda 48 heures d’ultimatum à la présidence pour satisfaire les revendications du peuple… A l’heure de toutes les incertitudes, la question reste ouverte, notamment après les points presse diffusés par la présidence et par le Front salafiste et qui laissent entendre que le communiqué de l’Armée « contenait des signes pouvant causer la confusion ». Joies, craintes, incertitudes et confusion… toutes sont mêlées. En revenant des places et des différents lieux où se rassemblaient les manifestants anti-Morsi, on sentait un feu flamber de nos yeux. Non.. pas ce feu qui brûle, disons plutôt la lumière. Des lueurs indescriptibles nous croisaient partout. Nous avons vu tant de visages, tant de sourires, tant de regards et tant de couleurs !! Les « brouhahas » des appels, résonnent encore dans nos oreilles. Quel nom peut-on donner à ce spectacle fort impressionnant et touchant ? Une liesse ? Une explosion de joie… ? En regardant ce peuple, nous nous rendons compte que quelque chose de profondément radical l’a transformé à jamais. En tentant de sonder les réactions, après le communiqué des Forces Armées, ces gens n’avaient pas de réserve face à notre curiosité. C’est bizarre comment le peuple s’éveille si vite de sa torpeur et de sa confusion… Images impressionnantes ! Et témoignages de Tahrir, Ittihadiya, Défense et Alexandrie.

Par Névine Ahmed, Dalia Hamam et Chaïmaa Abdel-Illah »


Mobilisations historiques en Égypte : la révolution continue Julien Salingue

http://www.contretemps.eu/intervent...

Le 30 juin a été une journée de mobilisation historique en Égypte. Selon les medias égyptiens, ce ne sont pas moins de 17 millions de personnes qui ont manifesté pour demander la destitution du Président Mohammad Morsi. Ces manifestations s’inscrivent dans la foulée d’une campagne baptisée «  Tamarod  » (« rébellion »), dont les initiateurs affirment avoir récolté 22 millions de signatures demandant le départ de Mohammad Morsi et l’organisation de nouvelles élections.

Si les manifestations et la campagne Tamarod se focalisent sur la personne de Mohammad Morsi, on comprend leur succès en mesurant à quel point l’Égypte post-Moubarak n’a pas cessé de lutter, quand bien même la plupart de ces mobilisations étaient moins visibles que les manifestations de masse du 30 juin. Le type de mobilisations de ces derniers mois et les mots d’ordre des manifestations du 30 juin, qui ne se résumaient pas au départ de Morsi mais qui incluaient également des revendications de justice sociale, confirment que les causes profondes du soulèvement de 2011 sont toujours bien présentes.

Grèves historiques

Selon un récent rapport publié par l’International Development Center (IDC), 5.544 manifestations ont eu lieu en Égypte durant les cinq premiers mois de l’année 2013. Les chiffres des mois de mars, avril et mai (respectivement 1.354, 1.462 et 1.300 manifestations) font de l’Égypte, selon l’IDC, le pays qui enregistre le plus de mobilisations au monde. Nouvel indicateur, s’il en était besoin, du caractère inachevé (et toujours en cours) du processus révolutionnaire égyptien.

Les deux tiers de ces manifestations concernent des questions économiques et sociales, qu’il s’agisse de protestations contre l’augmentation du coût de la vie, les coupures d’électricité ou la mauvaise qualité des services sociaux, ou des nombreuses grèves et manifestations de salariés du public et du privé, qui revendiquent notamment des augmentations de salaires, de meilleures conditions de travail, le départ de patrons, d’administrateurs autoritaires et/ou proches de l’ancien régime.

Ces grèves et manifestations, peu relayées par la presse internationale, montrent que l’Égypte post-Moubarak est loin d’être rentrée dans le rang, et que la chape de plomb soulevée en janvier 2011 n’est pas retombée. L’année 2013 s’annonce déjà comme une année record en termes de mobilisations : les 3.400 mobilisations autour de questions économiques et sociales enregistrées en 2012 sont déjà dépassées, qui constituaient déjà un plus haut historique.

Les grèves sont souvent massives et contribuent très largement à paralyser l’appareil de production égyptien, contraignant les autorités et les représentants du secteur privé à réagir, parfois par la force, souvent par la négociation. Elles ont lieu dans l’ensemble des grandes villes d’Égypte, au premier rang desquelles Le Caire et Alexandrie, mais également Suez, Port-Saïd, Mansourah ou al-Mahallah al-Koubra, qui abritent des dizaines de milliers d’emplois dans le secteur industriel.

On pourra ainsi citer, à titre d’exemple, la mobilisation historique des dockers du Port de Sokhna, sur le Canal de Suez, en février dernier. 1.200 salariés ont complètement cessé le travail durant 16 jours, occupant le port et paralysant totalement les entrées et sortie de marchandises. Ils revendiquaient notamment l’obtention de réels contrats de travail, la fin de la période d’essai de 3 mois au cours de laquelle ils pouvaient être licenciés sans motif, ou encore des indemnités pour les salariés blessés au travail. Ils ont en grande partie obtenu gain de cause, suite à une médiation gouvernementale, avec des pertes estimés à 192 millions de livres égyptiennes (plus de 20 millions d’euros).

Autre exemple significatif, la grève des conducteurs de train de l’Egypt National Railway (ENR), menée en avril dernier pour obtenir notamment des augmentations de salaires et des congés payés. Cette grève, massive et menée à l’échelle nationale pour la première fois depuis 1986, a duré deux jours et s’est achevée dans la confusion, avec des promesses faites par les autorités après avoir tenté de contraindre les conducteurs à travailler en les enrôlant de force dans l’armée, déclenchant un véritable tollé du côté des syndicats.

« Le gouvernement ne peut plus contrôler les travailleurs

Comme sous le régime de Moubarak, le gouvernement s’implique directement dans la résolution des conflits sociaux, y compris dans le secteur privé, leur donnant immédiatement une coloration politique. Mais l’intégration des dirigeants syndicaux à l’appareil d’État via le syndicat officiel, l’Egyptian Trade Unions Federation (ETUF), héritage du Nassérisme, a fait long feu, avec la constitution de plus de 1.000 syndicats indépendants au cours des deux dernières années, regroupés notamment dans l’Egyptian Federation of Independent Trade Unions (EFITU) et l’Egyptian Democratic Labor Conference (EDLC), qui revendiquent plus de 2 millions de membres.

Pour Mohammad Abdeen, cadre de l’EFITU au Caire, interviewé lors de la grève des dockers de Sokhna, « la capacité du gouvernement à contrôler les travailleurs s’est terminée avec [la chute de] Moubarak. Cela n’existe plus. Vous ne pouvez plus les contrôler ». Les conflits au sein de l’ETUF se multiplient, le nouveau pouvoir tentant d’y asseoir son contrôle, et de plus en plus de voix se font entendre au sein du « syndicat d’État  ». Elles revendiquent une prise d’autonomie vis-à-vis des autorités, a fortiori après la « déclaration constitutionnelle » de novembre dernier élargissant considérablement les pouvoirs du Président Morsi, largement contestée par le mouvement syndical avant d’être retirée.

L’extrême politisation des questions économiques et sociales, produit du mode de gestion néo-patrimonial et étatisé du capitalisme égyptien, s’était déjà vérifiée en 2011, avec le rôle décisif des grèves et des manifestations ouvrières dans la chute de Moubarak. Le régime en avait d’ailleurs largement conscience, et avait tenté de se sauver en annonçant le 7 février (soit quatre jours avant le départ de Moubarak) une augmentation de 15% des salaires et pensions des salariés du secteur public [1]. La place occupée par les syndicats indépendants et par les divers collectifs de travailleurs dans les mobilisations de la fin de l’année 2012 contre l’extension des pouvoirs de Mohammad Morsi (comme à al-Mahallah al-Koubra) montrent que la dimension économique et sociale du processus révolutionnaire égyptien demeure essentielle. Le régime ne s’y est pas trompé, tentant par divers moyens de réprimer les mobilisations sociales et leurs dirigeants.

La campagne Tamarod s’inscrit dans la continuité de ces mobilisations sociales : l’appel qui a été signé par des millions d’Égyptiens ne fait en effet absolument pas référence à des questions religieuses et ne dénonce aucunement, contrairement à ce que laissent entendre les médias occidentaux, une quelconque «  islamisation de la société égyptienne  ». Le texte affirme ce qui suit : « Nous vous rejetons car la sécurité n’a pas été rétablie, car les plus pauvres sont toujours ignorés, car nous sommes toujours en train de mendier des prêts à l’extérieur, car aucune justice n’a été rendue pour les martyrs, car notre dignité et celle de notre pays n’ont pas été restaurées, car l’économie s’est effondrée et repose sur la mendicité, car l’Égypte continue de marcher dans les pas des États-Unis ».

On comprend dès lors pourquoi l’armée égyptienne, qui avait l’an passé accepté de partager une partie du pouvoir avec les Frères Musulmans malgré des conflits récurrents, se positionne aujourd’hui clairement en opposition à Mohammad Morsi. Le Président et son gouvernement ont été incapables de mettre au pas la contestation durant ces derniers mois, approfondissant une situation d’instabilité politique et surtout économique qui ne sied guère à l’armée qui contrôle, rappelons-le, plus d’un tiers des richesses égyptiennes. L’armée considère que les Frères Musulmans ont fait la démonstration qu’ils étaient incapables de stabiliser le pays, et qu’elle doit donc s’employer elle-même à restaurer le calme et à mettre un coup d’arrêt à un processus révolutionnaire qui pourrait lui faire perdre une part significative de son influence politique et économique.

Un processus révolutionnaire qui se poursuit

En Égypte, comme en Tunisie, la situation est donc loin d’être stabilisée. L’accession au pouvoir de courants politiques qui adhèrent aux thèses néolibérales et privilégient les rapprochements avec les États-Unis, dont ils partagent notamment les options économiques, n’a pas fait reculer les mobilisations, bien au contraire. Et c’est précisément parce que ces courants sont incapables de répondre aux enjeux de la crise socio-économique qui a généré les soulèvements que leur légitimité est, à peine plus d’un an après leur accession au pouvoir, déjà érodée. Produits d’une crise qu’ils ne peuvent résoudre, les « nouveaux régimes  » sont confrontés à des luttes sociales d’ampleur qui témoignent d’un bouillonnement typique de processus révolutionnaires loin d’être achevés malgré leur absence de continuité visible.

Les processus révolutionnaires posent en effet la question de la temporalité du changement, et invitent à se débarrasser de toute conception graduelle, ou linéaire, du temps politique. «  On ne saurait se représenter la révolution elle-même sous forme d’un acte unique : la révolution sera une succession rapide d’explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases d’accalmie plus ou moins profondes  » [1]. La révolution ne peut se résumer à un «  grand soir  », au cours duquel l’ancien s’écroulerait soudain et le nouveau le remplacerait : elle est un processus qui s’inscrit dans la durée, au sein duquel se succèdent, parfois de manière très rapprochée, le flux et le reflux, les avancées et les reculs, le calme et la tempête. « Les révolutions ont leur propre tempo, scandé d’accélérations et de ralentissements. Elles ont aussi leur géométrie propre, où la ligne droite se brise dans les bifurcations et les tournants brusques »[2].

Si nul ne peut pronostiquer les développements à venir en Égypte et, plus généralement, dans le monde arabe, force est de constater, et la journée du 30 juin l’a confirmé, que nous n’en sommes qu’au début d’un long processus dont les causes sont profondes et dont les problématiques ne peuvent être résolues par un simple changement d’élite au pouvoir. L’irruption sur la scène politique de millions de jeunes, de femmes, de travailleurs, qui refusent la fatalité et se pensent comme les premiers sujets de leur histoire, a représenté un saut qualitatif majeur. Comme le résume Maha Abdelrahman, de l’Université de Cambridge, citée par Gilbert Achcar dans la conclusion de son récent ouvrage consacré au soulèvement arabe [3] : « Sans mesure pour résoudre leurs injustices vécues, leurs revendications longtemps ignorées et leurs conditions de vie en détérioration permanente, il est difficile d’imaginer comment ces millions pourraient être convaincus de revenir chez eux et d’abandonner leur lutte pour la justice, tant politique qu’économique ».

Le 2 juillet 2013.

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1. Lénine, Que Faire ? V°, c)
2. Daniel Bensaïd, «  Les sauts ! Les sauts ! Les sauts ! Lénine et la politique  », in Daniel Bensaïd, La politique comme art stratégique, Paris, Syllepse, 2011.
3. Gilbert Achcar, Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Sindbad Actes Sud, février 2013.


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Egypte, 2 juillet, 23 h : Good morning Revolution

Foules anti Morsi immenses partout. Les trois places où étaient appelé les égyptiens par Tamarod sont archi pleines. C’est toujours la fête. Feux d’artifice et immenses lettres lumineuses sur des immeubles place Tahrir avec écrit "Dégage" ou d’autres choses comme l’alliance de la croix et du croissant. Musique, chants, danses, les égyptiens sont heureux. Le pouvoir, pour le moment, c’est eux, ni l’armée ni les Frères Musulmans. Et c’est un monde heureux, de respect des autres, de fraternité et de solidarité où la ségrégation entre les sexes et les religions, les âges et les milieux, n’existe plus.

Je me demande s’il n’y a pas encore plus de monde dans les rues que les jours précédents, surtout en province et en particulier dans les petites villes . Les choses ont beaucoup changé en deux ans à la campagne, en particulier en Haute Egypte, la plus attardée politiquement, et là où il y a eu certainement le plus de transformations. Beaucoup ont été souvent aux manifestations à Tahrir et sont revenus avec cette expérience. Aujourd’hui, ils animent celles des provinces jusque dans les villages.

Ces manifestations ne sont pas indépendantes de la contestation économique. A la grande usine textile de Mahalla, il y aurait eu la semaine dernière plus de 200 débrayages. Et regardez ci-dessous la manif à Mahalla ce soir, la plus grande ville industrielle d’Egypte, 500 000 mille habitants, une véritable marée humaine, une immense manifestation ouvrière.

Il y a plus d’affrontements violents que hier mais toujours en marge des grandes manifestations. Il y en a eu dans les quartiers du Caire, à Imbaba, Dokki, Kit et Kat, Ben El Sarayat, université du Caire, 6 octobre, à Giza, à Minya où les affrontements auraient été les plus violents…

Il faut dire que les télés islamistes multiplient par cent ou plus les chiffres de participation à leurs manifs, ainsi à Rabbaa, où il y a eu une manif de 10 à 40’000 personnes, cela donne à la télé une manif de 4 millions. Ils donnent les noms et les adresses de leurs ennemis comme s’ils les désignaient à la mort. Les Frères Musulmans tiennent un langage de haine et de guerre civile, tout le contraire de ce qu’on voit dans les manifs anti Morsi. Ils ont déclaré la guerre. Les manifestants islamistes sont armés de pistolets mitrailleurs, revolvers, sabres et couteaux et n’hésitent pas à tirer dans le tas.

Quand ils sont attaqués, les anti Morsi ripostent comme près de l’université du Caire, où ils ripostent à l’arme automatique.

(...)

Jacques Chastaing


Egypte, 1er juillet, 22 h : Explications et récit

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Explications

Avec l’affaiblissement progressif du pouvoir des frères Musulmans sur fond de records historiques de grèves et protestations depuis des mois, puis les manifestations massives du 30 juin contre Morsi et enfin l’ultimatum de ses organisateurs pour que Morsi dégage qui arrivait à échéance mardi 2 juillet à 17 h , faute de quoi, ils appeleraient à une grève générale illimitée et un mouvement de désobéissance civile jusqu’à la chute du régime, l’armée, pour voler au peuple la deuxième révolution qui venait, a décidé de réitérer son coup de janvier 2011, lorsque devant la menace d’une grève générale, elle avait décidé de laisser tomber Moubarak.

Mais il y a plusieurs différences importantes entre aujourd’hui et il y a deux ans.
D’une part Morsi avait été élu et la rue vient de démettre un président élu. Ce qui est quelque chose qui ne s’oublie pas. Moubarak était un dictateur classique avec des élections bidons. Morsi était aussi un dictateur, les élections qui l’ont mené au pouvoir étaient truquées mais beaucoup de gens avaient eu le sentiment de participer à une véritable élection démocratique, en tous cas en comparaison avec ce qui se faisait auparavant. Renverser un président élu par la rue, car même si c’est l’armée qui met la dernière main, c’est le mouvement populaire qui a fait l’essentiel, c’est légitimer la révolution conte les élections. C’est dire : si vos élus ne tiennent pas leurs promesses, vous n’êtes pas obligés d’attendre les prochaines élections, vous pouvez les renverser avant. C’est vous le vrai pouvoir, le peuple, la rue, la révolution. C’est pour ça que les USA sont gênés d’abandonner un président élu. Ils légitimeraient ainsi tout ça. Donc aussi pour ailleurs : partout dans le monde vous pouvez renverser ceux que vous avez élu et qui vous trompent. Ca fait du monde. Et si on pense à la Turquie, le Brésil, la Tunisie, la Bulgarie, le Chili, la Bosnie, la Grèce, l’Espagne, l’Italie et tellement d’autres, ça risque de ne pas tomber dans les oreilles de sourds.

Mais il y autre chose. Contrairement à il y a deux ans, s’il est possible qu’encore bien des égyptiens se fassent des illusions sur l’armée, notamment tous les primo- manifestants qu’on a vu hier, il y en a bien d’autres, des centaines de milliers, qui ont souffert dans leur chair et fait consciemment l’expérience répressive du régime militaire en se battant contre le gouvernement du CSFA au moins d’octobre 2011 à juin 2012. Ils sont férocement hostiles à l’armée et s’en méfient comme de la peste. La marge de manœuvre de l’armée est donc infiniment rétrécie, mise sous la surveillance des meilleurs militants de la révolution. Si l’armée prend le pouvoir, à chaque faux pas, elle sera la cible de leurs critiques et attaques. Et les soldats tous comme les policiers sont beaucoup moins sûrs pour les généraux qu’il y a deux ans. Il est fort probable que s’il leur faut à nouveau réprimer un peuple qui lutte, ils pourraient ne plus l’accepter. Et il n’y aura plus la religion pour aider le sabre. En tous cas, beaucoup moins.Or le prochain gouvernement, provisoire ou pas, militaire ou pas, devra faire face aux multiples luttes économiques, qui ont parsemé les premiers mois de 2013 et qui continueront, voire probablement s’amplifieront. Car si on renverse un gouvernement, beaucoup se diront probablement c’est pour qu’il change quelque chose ; la faim n’a pas de patience et la situation économique se détériore très rapidement.
S’il y a un pouvoir militaire, ce risque bien d’être un colosse aux pieds d’argile et si l’armée s’écroule après le "goupillon", il n’y a plus rien pour protéger les possédants et leurs propriétés.

C’est pourquoi, indépendamment de leurs calculs, ce serait important que dès aujourd’hui, les gens se saisissent de la rue, des places et demain dès 17 H des palais présidentiels, des gouvernorats, des municipalités... chassent les frères mais aussi les Felloul, avant l’armée, avant la fin de l’ultimatum de l’armée, pour le "pain, la justice sociale et la liberté". Tout pas fait dans ce sens, sera la meilleure défense contre l’armée... Sans oublier les effets en retour que la deuxième insurrection égyptienne pourra avoir à partir des pays arabes et ailleurs.

Jacques Chastaing

On chante et danse partout, dans les rues, le métro, les bus, sur les balcons...La TV d’Etat, aux mains des militaires, ne cesse de passer des messages et images anti Morsi. Hier c’était pour Morsi. Beaucoup de femmes dans les rues, heureuses d’être débarrassées de la tutelle islamiste


Egypte, l’armée et le peuple unis ?

par Alain Gresh

http://blog.mondediplo.net/2013-07-03-Egypte-l-armee-et-le-peuple-unis

mercredi 3 juillet 2013,

Le 1er juillet, à l’issue de manifestations gigantesques dans les rues égyptiennes, l’armée a publié un communiqué affirmant «  son soutien aux demandes du peuple » et donnant «  à tout le monde  » quarante-huit heures, délai de la « dernière chance [pour] assumer leurs responsabilités en ce moment historique  ». Si ces demandes ne sont pas satisfaites, poursuit-elle, «  ce sera aux forces armées d’annoncer une feuille de route, et des mesures supervisées par elles en coopération avec toutes les forces patriotiques et sincères [...] sans exclure aucun parti  ».

Bien que cette dernière partie de la phrase — «  sans exclure aucun parti » — vise à rassurer les Frères musulmans, qui craignent le retour à l’ordre ancien et l’emprisonnement, leur direction a rejeté cet ultimatum et le président lui-même a affirmé qu’il resterait à son poste. Et il semble peu probable que le président Mohammed Morsi puisse survivre à cette épreuve. Même le porte-parole du parti salafiste Nour (25 % des voix aux élections législatives), Nader Bakkar, expliquait à son demi million d’abonnés sur Twitter que le calife Othman, troisième successeur du Prophète, avait préféré renoncer à la vie plutôt que de faire couler le sang des fidèles.

Avec le retour probable de l’armée sur le devant de la scène, c’est la principale avancée du président Morsi durant son court règne qui est remise en cause. C’est lui en effet qui, en août 2012, avait renvoyé le Conseil supérieur des forces armées (CSFA) dont la gestion du pays pendant un an et demi s’était révélée catastrophique (lire « Egypte, une nouvelle étape ? http://blog.mondediplo.net/2012-08-... »).

Il n’est pas inutile de rappeler que :

- le CSFA porte une responsabilité majeure dans la transition chaotique qui a suivi le départ de Hosni Moubarak ;

- durant la révolution et la période où elle a exercé le pouvoir, l’armée a réprimé, arrêté, fait disparaitre, torturé des centaines de personnes, comme l’a confirmé un rapport publié par le quotidien britannique The Guardian (lire « Vers une intervention de l’armée en Egypte ? ») ;

- l’armée a tiré sur les manifestants qui protestaient contre les attaques visant les coptes. Ce massacre s’est produit devant le siège de la télévision (Maspéro) en octobre 2011 (lire « Egypte : sanglante répression contre les coptes »).

Que, dans ces conditions, le mouvement Tamarod, à l’origine de la campagne de signatures pour démettre Morsi, proclame : « L’armée s’est rangée aux côtés du peuple  », a de quoi inquiéter. D’autant que l’opposition a repris cette idée. Ils ont la mémoire courte.

Pourtant, si l’armée peut revendiquer son retour aux affaires, c’est que Morsi a échoué. Et cet échec est éclatant dans tous les domaines, qu’il s’agisse de l’édification d’un Etat de droit ou du développement économique et social.

Il est important de comprendre les raisons de cet échec. Morsi n’a pas été capable de rassurer un pays divisé, ni de ceux qu’inquiétaient un parti discipliné, souvent sectaire et à tendances hégémoniques. Morsi a été le président des Frères, pas celui des Egyptiens. Il a d’autre part fait preuve d’une incompétence qui a surpris bien des observateurs qui pensaient que les Frères disposaient de cadres pour gérer l’appareil d’Etat. En revanche, on ne peut vraiment parler d’islamisation de l’Etat constate sur son excellent site The Arabist, Issandr El Amrani (« Morsi’s Year », 27 juin). C’est d’ailleurs un des reproches principaux des partis salafistes.

Mais si Morsi porte les responsabilités de son échec, on ne peut oublier certaines données :

- L’essentiel de l’appareil étatique échappe à la présidence. Je ne parle même pas de l’armée, mais aussi de la police qui n’a pas pu – ou pas voulu – protéger les sièges des Frères musulmans attaqués durant ces derniers mois. Quant au ministère de l’intérieur, il a publié le 30 juin un communiqué gonflant le chiffre des participants aux manifestations !

- Qu’il ait été sincère ou non, Morsi a tenté des gestes d’ouverture en direction de l’opposition, gestes qu’elle a systématiquement rejetés. Comme le note Esam El-Amin sur Counterpunch (« The Rule of Democracy or the Rule of the Mob. Egypt’s Fateful Day », 26 juin) :

« Morsi a appelé tous les leaders de l’opposition, en particulier au sein du Front de salut national (FSN) qui comprend la plupart des membres de l’opposition laïque, à participer à dix réunions différentes, avec peu de succès. En ce qui concerne les nominations, le conseiller politique de Morsi, Bakinam El-Sharqawi, déclarait récemment qu’à chaque fois que le président avait demandé aux groupes laïques des candidats pour occuper les postes les plus élevés au sein du gouvernement, y compris des postes de ministres et de gouverneurs, ils avaient refusé. »

Il a été d’autre page la victime d’un paysage médiatique profondément bouleversé depuis la révolution. Dans un autre billet du 30 juin intitulé « The delegitimization of Mohamed Morsi », The Arabist notait aussi l’entreprise de dénigrement du président — associée, il faut le dire, à une campagne anti-palestinienne, le Hamas étant accusé d’avoir fourni des lance-pierres aux Frères en janvier 2011 !

«  Même en tenant compte de ses piètres résultats, l’une des caractéristiques de la vie politique de l’année écoulée est d’avoir été une machine implacable de diabolisation médiatique et de délégitimation de l’administration Morsi, bien au-delà des erreurs dont Morsi est lui-même responsable. Quiconque regarde CBC, ONTV, al-Qahira wal-Nas et d’autres stations satellites, ou lit des journaux hystériques comme al-Destour, al-Watan ou al-Tahrir (et de plus en plus al-Masri al-Youm), est abreuvé par une propagande anti-Morsi permanente. Certaines de ces attaques étaient méritées, mais, même de la part d’un journaliste respecté comme Ibrahim Eissa (un des principaux adversaires du président Hosni Moubarak), le discours contre Morsi était hors de contrôle.  »

On est loin de l’image avancée par Reporters sans frontière peignant les Frères en prédateurs de la presse – même si certains journalistes ont pu être poursuivis. Jamais la liberté d’expression n’a été aussi large en Egypte.

Ce qui est inquiétant, note Esam El-Amin, c’est que l’opposition, obnubilée par son hostilité aux Frères, a redonné une légitimité aux membres de l’ancien régime présents dans l’appareil d’Etat, dans la police, dans les instances judiciaires, à tous les niveaux :

«  Dans la bataille idéologique entre anciens partenaires révolutionnaires, les fouloul [ci-devants, partisans de l’ancien régime] ont été capables de se réinventer et de devenir des acteurs majeurs aux côtés des groupes laïques contre les Frères et les islamistes. Récemment, M. El Baradei s’est déclaré prêt à accueillir dans son parti tous les éléments du Parti national démocratique de Moubarak, tandis que Sabbahi affirmait que la bataille contre les fouloul était maintenant secondaire, le conflit principal étant désormais avec les Frères et leurs alliés islamistes.  »

Le fait que des millions de personnes soient descendues dans la rue ces derniers jours est la preuve que le peuple en Egypte n’est pas prêt à rentrer chez lui tant que ses revendications de justice sociale et de liberté n’auront pas été satisfaites. Ces manifestants ont affirmé que la révolution n’est pas terminée. C’est une réalité que les gouvernants de demain, quels qu’ils soient, devront prendre en compte.


http://www.internationalistes13.org...

Egypte, 1er juillet, 01 h :

La BBC a confirmé ce que disait CNN, 33 millions de manifestants le 30 juin en Egypte, déclarant que c’est la plus grande manifestation de l’histoire de l’humanité : il y aurait donc eu 3 fois plus de manifestants que d’habitants en Tunisie, presqu’autant que d’espagnols... Le chiffre de 33 millions est contesté ( Reuters dit 14 millions) mais la grande majorité s’accorde pour dire que c’est la plus grande manifestation. Et bien qu’il soit passé minuit, la foule ne cesse de grandir.... même si d’autres repartent chez eux. Le mythe que les vieux veulent la stabilité s’effondre, beaucoup de manifestants âgés. Tout le monde se demande s’il va aller au travail demain (1er juillet). Le Front du 30 juin, appelle à des sit-in non seulement à Tahrir et Itthidiya ( palais présidentiel d’Héliopolis) mais aussi au Sénat et du palais El-Quba ainsi qu’à la désobéissance civile à partir de demain jusqu’à ce que Morsi dégage. Les dirigeants de la campagne Tamarod ( rébellion) ont donné un ultimatum : il s’en va avant mardi 2 juillet 17 H 00 où alors Tamarod appelle à la désobéissance civile générale.


Egypte, 30 juin, 23 h :

Des médias égyptiens ainsi que de source militaire, on estime (selon le journal Shorouk) qu’il y a eu aujourd’hui, à cette heure, 17 millions de manifestants anti Morsi dans les rues des villes et villages d’Egypte. CNN annonce 33 millions d’égyptiens dans les rues. D’autres disent 9 millions,... Quoi qu’il en soit, c’est probablement la plus grande manifestation que le monde ait connu dans son histoire. C’est l’hiver islamiste, comme disaient les journalistes... !

4 sénateurs des Frères Musulmans ont fui l’Egypte pour aller se réfugier à Londres avec leurs familles. 60 000 à 80 000 personnes auraient fui l’Egypte en avion durant les 48 dernières heures. Des hélicoptères militaires jettent des drapeaux égyptiens sur la foule place Tahrir, ce qui est interprété par les manifestants comme un soutien de l’armée. La plupart des manifestants dénonce essentiellement le manque de travail, les coupures d’électricité et d’eau et le rationnement de l’essence. Les applaudissements place Tahrir à l’annonce que le siège central des Frères Musulmans brûle à Moqqatam ressemble à ce qui s’était passé le 28 janvier 2011 quand la foule a appris que le siège du NDP de Moubarak brûlait. Après le Front du 30 juin, le FSN déclare qu’une progression de la protestation serait une grève générale illimitée sans qu’on comprenne s’il y appelle ou pas mais appelle à rester sur les places et dans les rues jusqu’à ce que le régime renonce

Jacques C.


Voir photos :

http://www.internationalistes13.org/article-ce-soir-30-juin-21h-au-caire-118815772.html

Ce soir 30 juin. 21h au Caire

Egypte 30 juin, 21 H :

Les gens descendent au pied de leur immeuble et manifestent, restent là, discutent, scandent des slogans. Joie immense lorsque place Tahrir, la foule apprend que le siège central des Frères Musulmans est en train de brûler. Le gouverneur Des Frères Musulmans de Gharbiya assiégé dans son immeuble de gouvernorat a fui par une porte de derrière, les manifestants lui donnent une heure pour fuir la région du gouvernorat. Devant le palais présidentiel au Caire (héliopolis) des manifestants quittent la manif et rentrent chez eux, mais de plus nombreux encore continuent à affluer. C’est un immense jour de fête en Egypte, les gens sourient, chantent, s’embrassent, on tire des feux d’artifice...

Le Front du 30 juin, appelle les manifestants à rester sur les places et à commencer une grève générale illimitée ( dimanche est un jour travaillé en Egypte, les présents sont donc pour la plupart en grève). 250 bateaux de pèche à Damiette manifestent dans l’eau contre Morsi, pareil à Luxor ou des centaines de bateaux chargés de monde descendent le Nil contre Morsi.

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