Une tribune pour les luttes

Agone, firme capitaliste ou collectif éditorial et militant en crise ?

+ Agone, l’envers d’un décor

Article mis en ligne le jeudi 19 septembre 2013

Communiqué de presse

Appel à rassemblement devant le 20 rue des Héros, 13001 Marseille,
vendredi 20 septembre 2013 dès 8h00 et toute la matinée.

L’AG de l’Association Agone Editeur doit avoir lieu à Marseille, au 20 rue
des Héros, le vendredi 20 septembre 2013.

Cette AG est illégale : une majorité de membres n’y a pas été convoquée.

Pour une édition militante au service de la pensée critique et des luttes !
Pour une édition comme bien commun.

Exigeons la convocation de tous les membres de l’association !

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Dossier de presse

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Le Musee de l’Europe & de l’Afrique et Editions Agone Canal historique
vous invitent à une conference de presse
qui aura lieu
le jeudi 19 septembre a 11h00
à Mille Babords (dans le cadre de la permanence d’article 13)
61, rue Consolat
13001 Marseille

Suite au départ de 5 salaries sur 6 de l’association Agone Editeur entre fin 2012 et début 2013 ; suite au départ de deux nouvelles salariées fin août 2013 ; plusieurs membres historiques de l’association Agone Editeur ont officiellement demandé à être convoqués à l’AG 2013 de cette association loi 1901. Ces lettres recommandées sont restées sans réponse.

Selon certaines indiscrétions, cette AG doit avoir lieu le 20 septembre 2013.

Cette Assemblée générale est illégale puisque le bureau refuse de convoquer les membres. Il s’agit d’une violation caractérisee de la loi de 1901 reconnue "a portée constitutionnelle" et donc des droits fondamentaux. Nous nous mettons sous le haut-patronage de feu Howard Zinn et de la lutte pour les libertés publiques.

Nous vous invitons à cette conférence de presse afin de faire le point sur la situation.

Un dossier de presse sera remis à cette occasion.

http://marseille2008.no-vox.org

https://enoga.wordpress.com


https://enoga.wordpress.com/

Ce blog est proposé par d’anciens salarié-e-s, collaborateurs et collaboratrices des éditions Agone qui revendiquent une adéquation entre les idées contenues dans les livres et la façon dont ils sont faits : une organisation du travail relativement horizontale, qui favorise l’autonomie et l’émancipation de chacun-e, des projets définis collectivement, un refus des pratiques autoritaires. La mise en pratique de ces idées est en effet tout aussi importante que leur diffusion.
Enoga s’intéresse également à d’autres expériences collectives de travail.


Editions Agone :

Editions Agone
BP 70072, F-13192 Marseille cedex 20
20 rue des Héros, Marseille 1er
Tél-Fax 04 91 64 38 07
Email Bureau agone chez agone.org
Site http://www.agone.org

Depuis le samedi 20 juillet 2013, vous éditez sur
http://www.millebabords.org/spip.php?article24104
Un courrier des lecteurs paru chez Alternative libertaire :
"Stratégies patronales aux éditions Agone"
http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5421

Il nous semble que vous pourriez aussi donner à lire notre réponse
"Agone, firme capitaliste ou collectif éditorial et militant en crise ?"
Egalement en ligne chez Alternative libertaire
http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5424

Merci de votre attention

Agone, firme capitaliste ou collectif éditorial et militant en crise ?

Dans sa rubrique « Courrier des lecteurs », Alternative libertaire a publié en juillet 2013 un témoignage émanant de deux ex-salariés d’Agone, Gilles et Raphaël, qui parlent de méthodes « patronales », « managériales » et de « stratégies d’externalisation  ». Il n’est jamais agréable de voir d’anciens amis s’éloigner avec aigreur. Et c’est pire de les voir affirmer publiquement que le projet dans lequel ils se sont tant investis est devenu à leurs yeux le contraire de ce qu’il était quelques mois plus tôt. Par respect pour le travail réalisé, cette réponse ne veut donner qu’un autre point de vue sur ce qui s’est passé chez Agone en 2012.

Le numéro 50 de la revue Agone qui sert de point de départ à ce courrier des lecteurs traite des stratégies patronales d’entreprises comme Peugeot, EDF et Carrefour, où les syndicalistes sont soumis à des pratiques de répression et de domestication constituant les versions violentes ou douces d’entorses au droit du travail et brisant des vies. Le collectif d’éditeurs que Raphaël lui-même décrivait comme si plaisant s’est-il subitement transformé en une firme capitaliste [1] ? La personnalité de son directeur éditorial, Thierry Discepolo, bien connu d’une partie du monde militant, s’est-elle soudain métamorphosée ? Nous ne voyons pas les choses ainsi.

C’est un fait, cinq employés ont quitté les éditions Agone entre octobre 2012 et janvier 2013. Chacun d’entre eux a choisi les conditions de son départ, dont une prime allant de 7.000 à 10.000 euros (selon l’ancienneté, de six à neuf ans). Le président de l’association Agone s’est contenté de les avaliser. Tous ces départs font suite à une crise importante. Personne ne le nie. Mais cette situation mérite d’être analysée comme crise politique d’un projet éditorial engagé, sur fond de bouleversement des mondes du livre.

Ces départs ne sont pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Ils font suite à plusieurs mois de désaccords, à l’issue desquels le directeur éditorial propose, en juin 2012, de se retirer au profit d’une direction éditoriale collégiale composée des autres salariés. Cette proposition est refusée et provoque les deux premiers départs. Une assemblée générale des salariés et des directeurs de collection est convoquée en septembre, au cours de laquelle le directeur éditorial réitère sa proposition de se retirer au profit des salariés insatisfaits. Elle est de nouveau refusée. Le directeur éditorial propose alors une réduction des tâches logistiques et une refonte du site Internet. Ce projet est validé à la majorité – puis soutenu par le bureau de l’association, dont une augmentation des salaires de 20 %. Une semaine plus tard, trois autres salariés, dont Gilles et Raphaël, annoncent leur départ.

De l’assemblée générale de septembre 2012, aucune solution unitaire aux désaccords n’avait pu émerger. Les divergences portaient sur l’organisation collective du travail et la réponse à des enjeux contemporains ou anciens de l’édition : quels usages réserver aux formats numériques du livre ? Jusqu’à quel point développer la vente en ligne ? Comment faire cohabiter ces pratiques avec la librairie ?

Ces divergences portaient aussi sur les relations avec le monde intellectuel ou académique. Car Agone n’est pas un producteur de biens seulement matériels. Sa matière première reste des textes, qui ont, hélas, des origines sociales souvent prévisibles : petite et grande bourgeoisies intellectuelles, milieux militants, sphère académique, plus rarement mondes ouvriers. Ce constat doit être tiré jusqu’au bout : le métier d’éditeur suppose une connexion avec ces groupes sociaux pour accéder à la matière première dont sont faits les livres.

Pour satisfaire l’idéal d’un collectif éditorial engagé, ce travail de collecte (de direction de collection), mais aussi sur les textes mêmes (préface, traduction, appareil de notes, annexes, etc.), doit être autant que possible partagé entre tous les employés d’une maison d’édition.

Ignorant ces questions, la plupart des maisons ont adopté une organisation hiérarchique des tâches qui reproduit les coupures intellectuel/manuel, «  grand penseur »/ »petites mains  ». Cette situation produit une division entre ceux qui «  trouvent les livres  » (gravitant dans les milieux intellectuels, notamment parisiens) et « ceux qui les font devenir objets » ; entre ceux qui travaillent sur les textes et « agencent les livres entre eux  » pour former une ligne éditoriale et ceux qui les mettent en forme et en circulation. Ce qui n’est pas gênant pour Fayard ou Flammarion pose en revanche un vrai problème à une maison d’édition où la manière de faire des livres est aussi importante que leur contenu.

Chez Agone, l’organisation collective du travail repose sur un principe d’égalité de salaire. De plus, une large part du travail de collecte et de travail sur les textes est répartie entre les salariés assurant les différents métiers que rassemble une maison d’édition. Mais cela ne suffit pas. Il a été et reste très difficile d’y instaurer une division du travail totalement égalitaire. C’est là un des points de la crise que nous avons traversée. Peut-on se contenter, à long terme, d’un directeur éditorial qui assure l’essentiel des relations entre la maison d’édition et ses interlocuteurs extérieurs (auteurs, traducteurs, confrères, libraires, diffuseur-distributeur, administrations) ? Comment gérer l’asymétrie d’informations, de visibilité sociale et les effets de personnalisation que ceci produit inévitablement au sein d’un collectif ?

La leçon politique qu’il y a à tirer de cette situation ne nous semble pas devoir être trouvée dans un parallèle déplacé avec des logiques managériales. (Ainsi l’« externalisation  » évoquée n’est-elle que la délégation à la librairie Envie de Lire, à Ivry-sur-Seine, des commandes en ligne du site Agone.org ; et il n’a jamais été question de « réduction de la masse salariale  ».) S’il faut tirer une leçon de cette crise, c’est la nécessité de réfléchir à l’essoufflement du modèle vocationnel, qui est au centre du projet d’Agone : répondre aux difficultés pour les membres d’un collectif de s’accorder sur un projet autogestionnaire dans la durée, qui plus est face au bouleversement actuel des mondes de l’édition. La question demeure de réussir à articuler les impératifs de la diffusion de biens symboliques avec les réalités matérielles par lesquelles passe inévitablement un projet qui veut tenir ensemble ces ambitions.

Denis Becquet, Thierry Discepolo, Alain Guenoche, Sylvain Laurens, Joëlle Metzger, Julian Mischi, Philippe Olivera, Étienne Penissat, Jean-Jacques Rosat, Jacques Vialle – membres du bureau ou collaborateur des éditions Agone en 2012 et 2013.

[1] Raphaël (éditions Agone) : «  Il vaut mieux prendre son temps », Article XI, juillet 2010.

publie 1er août 2013 par Commission Journal (mensuel)


Sommaire intégral d’AL (été 2013)
Dossier spécial Histoire : la Black Revolution aux Etats-Unis

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5422

Edito
- Le silence des pantoufles

Pleins feux
- Antifascisme : notre irréversible colère
- Portrait : Clément Méric et ses combats

Rentrée sociale
- Retraites : La contre-réforme de trop
- Chômage-précarité : Bataille en vue à l’automne

Luttes
- Chômage : Des marches pour mobiliser
- Saint-Denis : les vendredis de la colère continuent
- Saint-Gobain : Patronat à l’offensive, débandade des syndicats
- usine La Ronde des fraîcheurs : La lutte, c’est pas du gâteau
- PSA : Victoires et amertume
- Ecologie : Nantes, capitale "verte" de la rupture
- Gard : Quand les saisonniers se révoltent

Autogestion
- Bilan de la 2e Foire à l’autogestion de Montreuil

Le Dico anticapitaliste : Qu’est-ce que le salaire social ?

Dossier spécial histoire : la Black Revolution aux États-Unis
- Edito : La Black Revolution et ses apports
- Aux racines du racisme : De l’esclavage au ghetto
- Mouvement ouvrier : Noirs ou Blancs, toujours prolétaires
- Malcolm X : une vie en noir et blanc
- Malcolm X : construire un pouvoir noir
- Les Black Panthers au-delà du mythe
- Le Black Feminism : à la croisée des oppressions
- DRUM : Les Noirs en lutte sur le lieu de travail
- Mouvements noirs réformistes : Les écueils des stratégies bourgeoises
- Harana Paré (historien) : "C’est la révolte qui a fait exister les Noirs d’Amérique"
- Une Black Revolution reste à faire

Antipatriarcat
- Angers : D’égal à égales, 3e édition

La Chronique du travail aliéné : Virginie, comptable

Social
- Cinéma : loin du clap de fin !
- Auto-organisation : une Union nationale des sans-papiers
- université : Bâtiments dangereux à Paris-VII

International
- Turquie : Résistanbul (message d’une occupante du Gezi Park
- Brésil : le consensus vole en éclats
- Egypte : Lutte des classes contre lutte des places
- Accord transatlantique : Un naufrage social et écologique

Histoire
- 1983 : Thomas Sankara, le Che Guevara africain ?
- nécrologie : Pierre Morain, "pas français, ouvrier"

Culture
- Courrier des lecteurs : Stratégies patronales aux éditions Agone
- Lire : Théo Rival, Syndicalistes et libertaires. Une histoire de l’UTCL (1974-1991)
- Lire : Collectif, De l’autogestion
- Lire : Collectif, L’autogestion en pratiques
- Les Classiques de la subversion : V pour Vendetta

A Contre Courant
- Entre fanfaronnade et crainte

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19 Messages

  • Le 15 août 2013 à 19:09, par un ancien salarié

    Je ne vois aucun-e salarié-e, ancien-ne ou actuel-le, parmi les signataires hormis le patron ! Pourtant avec le turn-over que connait la maison d’édition, on aurait pu imaginer qu’ils essayent d’en contacter. À moins qu’aucun-e salarié-e ayant travaillé aux éditions Agone ne se reconnaisse dans ce texte...

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    • Le 16 août 2013 à 11:42, par Raphael

      Merci pour ce texte assez drôle, signé par deux personnes que je ne connais même pas !
      Raphael

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      • Le 1er septembre 2013 à 12:03, par un cynique

        La version d’Alternative libertaire a un peu changé ! La phrase "Chacun d’entre eux a choisi les conditions de son départ, dont une prime allant de 7.000 à 10.000 euros (selon l’ancienneté, de six à neuf ans)", a été remplacée par "Chacun d’entre eux a choisi les conditions de son départ, et des primes conséquentes ont été attribuées."
        En effet, le montant des primes de ruptures conventionnelles, pour les quatre personnes qui n’ont pas voulu démissionner, ne correspondait pas à ceux annoncés ! Et les primes "conséquentes" sont déterminées par la loi, pas par la générosité du patron !
        Une autres réécriture sympa a eu lieu sur le site d’Agone, après la parution de l’article "Stratégies patronales aux éditions Agone" : le mot autogestion a été supprimé de la présentation de la structure.
        A suivre !

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  • Le 16 août 2013 à 12:36, par Agone Canal historique

    De quoi Agone est-il le nom ?

    Une interview de l’ancien rédacteur en chef de la Revue Agone par Domi de la radio La Locale :

    http://lalocale.ckdevelop.org/media/media.php?id=661

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  • Le 16 août 2013 à 15:47, par samuel

    conclusion :

    « Nous sommes fort aises d’apprendre que les auteur-e-s [ou patron-e-s] souhaitent réfléchir à l’ « essoufflement du modèle vocationnel ». A lire la liste de leurs noms [et de leurs fonctions], il semblerait qu’ils et elles aient déjà trouvé la solution. Quant au « bouleversement actuel des mondes de l’édition », ce n’est certainement rien d’autre qu’un voile recouvrant une volonté de dépassement de la dite fracture numérique. Et pour ce qui est de l’articulation entre la « diffusion de biens symboliques » et les « réalités matérielles », nous avons vu plus haut de quoi il en retournait. Mesdames et messieurs les auteur-e-s [patron-e-s], merci de votre clarté, nous avons compris votre message.

    Revenons donc pour finir à une phrase du début du texte que nous n’avions pas encore commentée : « Le collectif d’éditeurs que Raphaël lui-même décrivait comme si plaisant s’est-il subitement transformé en une firme capitaliste [1] ? La personnalité de son directeur éditorial, Thierry Discepolo, bien connu d’une partie du monde militant, s’est-elle soudain métamorphosée ? » D’après ce que nous venons de lire plus haut, il semble que nous puissions répondre par l’affirmative à ces deux questions. Par le même procédé, voilà que nous disposons également de la réponse à la question que nous pose le titre : Agone, firme capitaliste ou ... ?

    Nous tâcherons de ne pas oublier, en conclusion, ce mot de Georges Orwell (1984) :
    « Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes les deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. Oublier tout ce qu’il est nécessaire d’oublier, puis le rappeler à sa mémoire quand on en a besoin, pour l’oublier plus rapidement encore. »

    Julie David [salarié-e intermittente ?]

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  • Le 17 août 2013 à 12:12, par Raphael

    Les membres du bureau et collaborateurs d’Agone, qui si j’ai bien compris venaient quelquefois par an au mieux à Agone, font référence à un entretien de Raphaël sur le site d’Article XI en mars 2010. Voici le post-scriptum qui y figure aussi :

    Raphaël (ex-Agone) : Post Scriptum, trois ans plus tard

    Cet entretien réalisé en mars 2010, qui montre l’extrême motivation et passion qui m’animait (nous animait), contenait aussi beaucoup de naïveté et d’idéalisme. Les choses ont bien changé, et peu de temps après la parution de cet entretien, il n’était déjà plus guère possible de prendre son temps aux éditions Agone !

    Une certaine réussite ou reconnaissance a peut-être fait tourner des têtes, décomplexé des ambitions bien différentes de celles du projet défendu par les salariés et collaborateurs passés (faire d’Agone un outil au service des luttes).
    La cohésion entre les idées que nous véhiculions et notre pratique quotidienne s’est peu à peu effritée jusqu’à en devenir l’opposée. Un autoritarisme de plus en plus affirmé (pour ne pas parler d’agressivité) s’est imposé. Pour le directeur éditorial, les cinq autres salariés, après qu’ils se soient opposés à certains de ses projets et surtout à certaines de ses façon de procéder, sont visiblement devenus un ennemi à évincer. Cela avait déjà été le cas plusieurs fois dans le passé avec d’autre salariés, alors isolés, taxés de fous ou de déséquilibrés.

    Face au narcissisme et aux pratiques patronales du directeur éditorial (brièvement décrites dans l’article « Stratégies patronales aux éditions Agone » http://www.alternativelibertaire.or...) les directeurs de collection et le bureau de l’association Agone (au rôle purement symbolique) ont préféré faire l’autruche ou le soutenir, par exemple au motif qu’on ne fait pas de bonnes omelettes sans casser des œufs, ou encore que ceux qui n’ont pas la force de résister à la violence du directeur éditorial doivent s’en aller. Sélection naturelle oblige.

    Au final, nous sommes cinq salariés, passionnés par notre travail mais écœurés, a être partis entre fin 2012 et début 2013. Non sans avoir commis des erreurs, certes, mais fiers du travail accompli ensemble, avec les auteurs, les traducteurs, les libraires et de nombreux autres relais. Avec aussi plus d’expérience sur la nécessité de s’opposer quotidiennement à l’autoritarisme et au harcèlement moral à l’intérieur d’une structure, d’autant plus lorsque elle défend l’émancipation des travailleurs !

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  • Le 17 août 2013 à 13:24, par


    Crise d’Agone.. ou crise du mythe autogestionnaire ?

    publié par Yves, le samedi 17 août 2013

    http://www.mondialisme.org/spip.php?article1966

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    • Le 18 août 2013 à 00:03, par Une ancienne salariée

      « Proposer des œuvres capables de structurer des résistances à la pensée dominante »

      Ces dernières années, les éditions Agone se sont toujours positionnées comme une maison d’édition qui mettait en pratique les idées défendues dans ses livres. Le maître-mot est résistance : résistance intellectuelle, résistance à l’autorité, résistance aux préjugés de classe. Cette résistance a été piétinée quand les arguments de la direction (autant appeler les choses par leur nom, même dans une entreprise égalitaire) ont été : « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi », ou « si vous n’êtes pas d’accord avec moi, c’est que vous n’avez pas compris » et la dernière, posément énoncée devant de bons intellectuels aussi bien sociologues que philosophes – ceux-là même qui continuent à utiliser la belle bannière Agone – : il est impossible de ne pas être d’accord avec le directeur éditorial puisqu’il nous livre le fruit de réflexions et analyses qu’il est le seul à pouvoir exprimer ainsi puisqu’il passe tant de temps à lire et à analyser le monde tel qu’il est, et avec tous ces travers. Les salariés n’ont donc qu’à s’en remettre à son jugement éclairé et à ne plus exprimer de contestation.
      Et là, tout a été clair. Pour cinq salariés, Agone n’était plus. Sans plus aucun moyen de s’exprimer, ni même de réfléchir, ces salariés ont tiré leur révérence. La pensée dominante aura eu raison encore une fois des résistances.

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    • Le 18 août 2013 à 11:03, par Cé

      Le mot autogestion a été supprimé dans la présentation d’Agone sur leur site !

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      • Le 18 août 2013 à 11:24, par un ex-agone

        Le texte de présentation a effectivement été changé quelques jours après la publication du texte "Stratégies patronales aux éditions Agone" ; texte à l’origine du débat actuel !
        Proposition de petit jeu estival : trouver les différences entre le nouveau texte de présentation et l’ancien.
        Est-ce que les salarié-e-s et collaborateurs/trices des éditions Agone ont été consulté-e-s auparavant ou le changement est-il le seul fait du Dice (directeur inique du commerce éditorial) ?

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    • Le 18 août 2013 à 13:34, par samuel

      J’ai lu le papier d’Yves Coleman. Il semble nécessaire pour les ex-salariés d’Agone ayant mis à nu le patron et ses "collaborateurs" de reprendre l’outil de travail qu’ils ont contribué à bâtir dans le leurre d’une autogestion possible. Enfin si la crise de la maison d’édition associative Agone peut ouvrir les yeux au plus grand nombre sur le fonctionnement des associations culturelles... c’est tant mieux. Quelques perles à entendre sur la radio La locale où Benoît revient sur le naufrage de la galère Agone (il y est question entre autres de Mermet, Chomsky, Orwell, Rosat, Bouveresse, etc.) et c’est très amusant !

      http://lalocale.ckdevelop.org/media/media.php?id=661

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    • Le 18 août 2013 à 14:59, par un ex-agone

      Une critique pertinente par Aude V. d’un bout du texte de Yves par ici : http://seenthis.net/people/intempestive

      Pratiquer des prix vrai­ment à la portée des prolét­aires (ce qui n’a jamais été le cas d’Agone) donc accep­ter de ne pas vivre de son tra­vail pour la maison d’édition, par conséquent avoir un autre boulot pour la finan­cer.

      Je lis les bouquins d’Agone en bibli municipale ou libertaire, je suis contente de leur matérialité, que ce ne soient ni des textes en ligne (illisibles à partir de 10, 15.000 signes) ni des brochures photocopiées moches, et que les gens payés à les faire ne passent pas le plus clair de leur temps à l’Éducation nationale ou dans des structures capitalistes (puisque tout échange de pognon nous ferait entrer dans la sphère capitaliste) ou (mieux !) à mendier à la CAF pendant que leurs ami-e-s s’achètent des baraques. J’ai fait ça pendant des années (à prix libre, soit un désastre, soit une prescription doucement hypocrite) mais c’est bien aussi d’être une grande personne avec un (ou plusieurs) métier(s), pas des ados qui font leur crise...

      Désaccord total sur :
      – l’utopie techno de la lecture en ligne de textes longs et de raisonnements suivis ;
      – l’impossibilité d’échanger biens et services et de produire ensemble d’une manière qui constitue en elle-même une déprise du capitalisme ;
      – l’attitude qui consiste à dire aux autres quoi faire parce qu’on refuse une variété de stratégies (faut être une armée, pas question de patrouilles indépendantes !) ;
      – le dénigrement de celle d’Agone qui permet entre autres à des bouquins comme ça d’être accessible dans des lieux inclusifs et pas que chez les convaincu-e-s.

      Le modèle, c’est on se coupe les mains en attendant le grand soir où elles repousseront. Si c’est pas un pari pascalien, ça !

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    • Le 18 août 2013 à 19:55, par Agone Canal Historique

      Cet article est fort intéressant, mais il comporte un biais. C’est un point de vue de traducteur, et c’est le point de vue qu’il faut avoir pour survivre comme traducteur : toute croyance en l’éditeur ou le collectif éditorial est à proscrire, car ce serait baisser la garde face à des commerçants, puisqu’ils sont les intermédiaires avec le marché, et se condamner à se faire dévaliser au coin d’un bois par empathie mal placée. Par contre, l’éditeur (opérant sur un marché, donc commercial) ne peut se passer de "la vocation". Sans vocation, pas de travail de ce type. On ne peut pas "ne pas croire" sinon on ne peut pas travailler (et on est donc très vulnérable aux manipulateurs de cette croyance : la règle serait de se faire au moins bien payer un travail "impayable"). Il n’y a que la foi qui produise de la valeur en ce bas monde (qui tombe évidemment dans la poche des manipulateurs des biens de sacré, mais soulève aussi des montagnes : les livres sans marché tant qu’ils existent physiquement attendent leur public, comme les prophètes que j’ai observé longuement dans le Parc de jeevanjee à Nairobi qui devant une audience petite ou pas d’audience du tout, répètent inlassables... Un jour le contexte social change et soudain on les entend.)

      Comme peut-être tout d’un coup, dans le contexte qui nous occupe, ce poème d’Aragon.

      J’en ai tant vu qui s’en allèrent
      Ils ne demandaient que du feu
      Ils se contentaient de si peu
      Ils avaient si peu de colère

      J’entends leurs pas j’entends leurs voix
      Qui disent des choses banales
      Comme on en lit sur le journal
      Comme on en dit le soir chez soi

      Ce qu’on fait de vous hommes femmes
      O pierre tendre tôt usée
      Et vos apparences brisées
      Vous regarder m’arrache l’âme

      Les choses vont comme elles vont
      De temps en temps la terre tremble
      Le malheur au malheur ressemble
      Il est profond profond profond

      Vous voudriez au ciel bleu croire
      Je le connais ce sentiment
      J’y crois aussi moi par moments
      Comme l’alouette au miroir

      J’y crois parfois je vous l’avoue
      A n’en pas croire mes oreilles
      Ah je suis bien votre pareil
      Ah je suis bien pareil à vous

      A vous comme les grains de sable
      Comme le sang toujours versé
      Comme les doigts toujours blessés
      Ah je suis bien votre semblable

      J’aurais tant voulu vous aider
      Vous qui semblez autres moi-même
      Mais les mots qu’au vent noir je sème
      Qui sait si vous les entendez

      Tout se perd et rien ne vous touche
      Ni mes paroles ni mes mains
      Et vous passez votre chemin
      Sans savoir que ce que dit ma bouche

      Votre enfer est pourtant le mien
      Nous vivons sous le même règne
      Et lorsque vous saignez je saigne
      Et je meurs dans vos mêmes liens

      Quelle heure est-il quel temps fait-il
      J’aurais tant aimé cependant
      Gagner pour vous pour moi perdant
      Avoir été peut-être utile

      C’est un rêve modeste et fou
      Il aurait mieux valu le taire
      Vous me mettrez avec en terre
      Comme une étoile au fond d’un trou

      (Aragon)

      Merci à Yves Coleman en tous cas de ce texte, car dans la logique du traducteur et de l’auteur qui doit envoyer au diable l’éditeur pour pouvoir s’en sortir, c’est déjà un grand geste de solidarité.

      Benoît EUGENE

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  • Le 18 août 2013 à 13:09, par Agone Canal Historique

    Je publie ici la lettre que j’ai adressée à Alternative Libertaire qui m’informe ce jour avoir décidé de ne pas la publier :

    À la rédaction d’Alternative Libertaire,

    ancien rédacteur en chef de la Revue Agone, j’ai pris connaissance du texte de Gilles
    et Raphaël et de la « réponse » d’un certain nombre de membres de l’association
    Agone éditeur, parus dans vos colonnes. Comme vous en conviendrez sans doute avec moi, l’objectivité ne consiste pas à accorder une minute aux victimes et une minute aux bourreaux. Entrer dans le détail des faits prendrait ici trop de place, je tiens cependant brièvement à dénoncer et démontrer la mauvaise foi des signataires de cette « réponse ».

    Parmi les signataires, on ne trouve plus qu’un salarié : Thierry Discepolo. Par ailleurs
    un certain nombre d’entre-eux, Rosat, Laurens, Metzger, Mischi et Pénissat ne vivent
    pas à Marseille et à l’exception d’Olivera, aucun ne fréquente le bureau durant les
    horaires de travail. Ils ne font donc qu’accréditer la version des faits d’Olivera et de
    Discepolo, puisque ces faits, ils n’ont pu les observer.

    Par ailleurs, ils écrivent notamment :

    La personnalité de son directeur éditorial, Thierry Discepolo, bien connu d’une
    partie du monde militant, s’est-elle soudain métamorphosée ? Nous ne voyons pas les choses ainsi.

    Il se trouve qu’avant de cesser tout travail éditorial pour le compte de l’association
    (tout en en restant légalement membre même si on me refuse de siéger aux AG), il y a de cela trois ans, j’ai rencontré MM. Becquet et Guénoche, membres du bureau, pour dénoncer le népotisme de plus en plus grave de Discepolo et les risques qu’il faisait courir aux travailleurs et à l’association. Je cite ici un email que Guénoche m’a alors envoyé qui prouve qu’il est exact que la personnalité de Thierry Discepolo n’a pas changé :

    Benoit,
    Nous avons passé une agréable soirée, au cours de laquelle tu voulais nous avertir de l’autorité (abusive selon toi) du "directeur éditorial" et de son dirigisme peu démocratique à tes yeux. Nous t’avons répondu "on le sait et on s’en fout" parce que sans lui (et quelques autres) la revue et les éditions Agone n’existeraient pas. Nous avons aussi ajouté "on n’y peut rien", car nous n’avons aucun pouvoir de décision, et c’est très bien comme ça.

    Je pourrais évidemment commenter et démonter la mauvaise foi de leur texte ligne à
    ligne. Mais cet exemple me paraît suffisamment parlant (pour plus d’information, j’ai
    développé ma version et mon interprétation des faits dans une émission de la radio La Locale : <http://lalocale.ckdevelop.org/media/media.php?id=661> )

    Soutien à l’équipage du Vaisseau Agone tombé aux mains de l’ennemi, dérivant sur
    les canaux de sauvetage de la rupture conventionnelle !

    Honte à jamais aux profs et aux universitaires sans œuvre qui, financés par le
    contribuable, s’acharnent sur les travailleurs !

    Benoît EUGENE
    Éditions Agone, canal historique

    <[blog.europa-museum.org-> blog.europa-museum.org]>

    PS : cerise sur le gâteau (de droite), un extrait d’un email récent de Becquet

    A chaque fois que je crois qu’on va pouvoir discuter, confronter nos
    points de vues, tu me réponds par ton paternalisme ridicule, tes
    insultes gratuites, et des phrases d’une telle pauvreté ... ("être de
    gauche c’est soutenir les travailleurs. il n’existe pas d’autre
    définition") où jamais je ne peux trouver l’ombre d’un argument.

    "Etre de gauche c’est soutenir les travailleurs. il n’existe pas d’autre
    définition", "phrase pauvre" ! Effectivement écrite par un pauvre parlant à un riche, qui a donc des idées de droite dissimulées derrière un catalogue de gauche !

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  • Le 2 septembre 2013 à 11:05, par Revue Agone Canal Historique

    Le 18 novembre 2011, Thierry Discepolo, directeur éditorial des éditions Agone, présentait son livre "La Trahison des éditeurs" (tous sauf un !) à Avignon. Il s’en prit nommément à Frederic Lordon, traité de "danseur de claquettes" pour avoir publié au Seuil et à Hervé Kempf pour avoir publié chez le même éditeur. A cette époque l’équipe éditoriale historique d’Agone avait déjà été presque intégralement décimée. Un an plus tard, ce serait le tour des salariés dont les récits, prenant place dans une structure associative détruite par la logique commerciale, concordent avec celui d’Hervé Kempf comptant la disparition de la dernière niche de liberté dans une structure capitaliste... (note éditoriale de Revue Agone Canal Historique)

    Extraits del’article d’Hervé Kempf sur le site de Reporterre

    Je vis le directeur par intérim, Alain Frachon, le 5 décembre. Discussion intéressante, mais qui n’aboutit à rien : le fond du problème était nié. Dans une lettre qu’il m’écrivit le 17 décembre, il exprima le point de vue officiel de la direction : « Ce ne sont pas tes compétences qui sont en question, mais un problème d’image : nous tenons à ce que l’approche du journal reste aussi impavide que possible, tout particulièrement dans les pages Planète ».

    A quoi je répondis : « Impavide, nous dit le dictionnaire, signifie ’qui n’éprouve ni ne manifeste aucune crainte, aucune peur’. De quoi le journal pourrait-il avoir peur ? En quoi mon travail de journaliste et de révélateur d’aspects dérangeants du dossier Notre Dame des Landes pourrait-il empêcher le journal de ne pas avoir peur ? »

    Une réponse possible à cette question est que Le Monde avait peur de déplaire aux promoteurs du projet d’aéroport.

    Je ne détaille pas les mois suivants, qui ont été pénibles. On voulait me transformer en coupable. Les événements prirent une telle tournure que le délégué du personnel me conseilla de consulter le médecin du travail, qui m’orienta vers une psychologue. J’allais bien, heureusement, même si le choc était rude. Je découvris alors que plusieurs de mes collègues étaient en dépression nerveuse, qu’une mission sur les risques psycho-sociaux était menée dans l’honorable journal, qu’une plainte pour harcèlement moral était engagée par une collègue.

    En mars, une nouvelle directrice du Monde fut désignée par les actionnaires. Une de ses premières réformes fut de rétrograder le service Planète, pourtant bien peu remuant, en un pôle subordonné au service International. Le journal lançait une formule marquée par un cahier consacré à l’Economie et aux entreprises, signe de la ligne nouvelle, qui visait la clientèle des "responsables" et CSP +++.

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  • Le 3 septembre 2013 à 14:51, par Michel

    Allez, d’accord, pas capitaliste : alter-capitaliste (histoire de rendre hommage à Fred Cotton, un pilier parfois un peu chancelant, mais un pilier, à qui Agone doit beaucoup ; car Agone doit beaucoup à un tas d’humains un peu chancelants, et non pas seulement au mâle dominant à la rigidité auto-proverbiale), puisque en effet il y avait égalité salariale. (Toutefois, quand le vampire en chef se débrouille toujours pour que ce soient les autres qui partent, plus ou moins exsangues, c’est bien lui qui finira par se retrouver seul le cul sur les fruits du travail collectif. Comment dit-on, déjà, quand on réussit à obtenir des petits poissons qu’ils bossent comme des dingues avant de partir rincés, en laissant à d’autres l’essentiel du capital primitivement accumulé ? Le terme m’échappe, mais en tout cas ça n’est pas « collectif militant ».)
    Depuis bien longtemps le capital économique était la seule chose à peu près équitablement partagée. Oh ! il y avait bien des décisions collectives, mais quand ça lui importait vraiment l’entrepreneur « bien connu d’une partie du monde militant » se débrouillait, toujours et par tous les moyens (en douce, en force, par le fait accompli, au culot, à l’intimidation, à l’œil qui mouille et la lèvre qui tremble…), pour arriver à ses fins.

    Les brillants sociologues ont rencontré l’équipe lors de deux ou trois réunions, et ils y ont vu sans doute quelque chose comme une start-up à l’américaine : c’est mal rasé, déconnant, ça n’hésite pas à brocarder le patron et à l’appeler « patron ». Cette consistante enquête de terrain leur suffit aujourd’hui pour cosigner une défense du côté du manche toute pleine de vent. On se demande si leur prochain livre sur Peugeot sera écrit par Calvet plutôt que par Corouge.
    Puis, quand vint le temps du départ collectif – une première fâcheuse : jusque-là les cadavres tombaient à l’unité, sans faire trop de vagues –, les bons vieux contremaîtres à l’ancienne se déclarèrent blessés par tant d’aigreur chez ceux qui furent de si gentils ouvriers, tandis que le président entonnait l’air du libre poulailler. Alors on résolut de ne voir dans le départ de 83 % des salariés (laissons de côté les collaborateurs fantômes dont la disparition, n’ayant coûté aucune indemnité, ne requiert pas l’aval présidentiel) que « différends » et « projets professionnels » autres. Rien de bien grave, rien de bien violent.
    Sans doute les brillants sociologues qui lisent la réalité dans les lignes de la main du boss n’ont-ils jamais vu une femme battue embrasser tendrement son macho. Peut-être les brillants sociologues dir’ col’ n’ont-ils aucune idée du mélange d’hébétude, d’enthousiasme douché, de honte et d’humiliation ravalée qui peut retarder l’explosion. Peut-être les brillants sociologues fonctionnaires ne savent-ils pas combien il est difficile de quitter un endroit où l’on s’est tant investi, qu’on a construit de ses mains (et je pèse mes mots, putain de nom de Dieu !), combien ça compte dans la balance, tout comme compte le fait qu’on n’a pas envie de canarder ce qui fut une belle aventure, d’offrir aux tenants de l’ordre social le spectacle d’une bérézina autogérée.
    Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’il n’y a là plus rien à défendre, que si on n’a pas su empêcher la grande gueule rassembleuse des débuts – qu’on défendit contre vents et marées, dont on supporta des défauts à la mesure de ses qualités, et dont personne ne rechigna jamais à reconnaître ce qu’il lui devait (mais il aurait fallu lui devoir tout, et lui rien aux autres) – de devenir un tyran, eh bien il faut l’admettre et se barrer, et puis en retenir la leçon et l’enseigner aux prochains tendres inadaptés prêts à se faire lessiver par les prochains patrons d’extrême gauche. Si les derniers partis (qui étaient aussi les derniers arrivés) ont mis plus longtemps à le voir, ou à l’accepter comme irrémédiable, le gonflement du chef du chef avait pourtant commencé depuis quelques culs de lune ; il a fini par vraiment prendre toute la place. Mais les brillants sociologues bourdieusiens n’ont apparemment guère idée des mécanismes de la domination. (À moins qu’il n’en aient une trop bonne idée.)

    Quant au laborieux travail de collecte de matière première, n’exagérons pas la lourdeur de la glèbe du 5e arrondissement parisien : Agone est désormais assez installé pour que la nécessaire (?) part de capital symbolique académico-dominant tombe, non pas toute seule, mais enfin sans trop de mal. Ainsi on aurait pu consacrer le maximum de temps et d’efforts à ce qui aurait dû rester notre raison d’être : aller voir en bas si on y était.
    Or le père fondateur passait de plus en plus de temps par en haut – un sacrifice, à l’en croire, que cette douloureuse mais indispensable « connexion » –, sans pourtant que ses missions d’altitude n’eussent été programmées collectivement, ni même que leur contenu fût bien clair pour les soutiers de Marseille, bien placés pour savoir que le dirlo n’assurait nullement seul « l’essentiel des relations entre la maison d’édition et ses interlocuteurs extérieurs ».
    Le moyen était devenu la fin, et l’émouvante reconnaissance des joyeux débuts, ces lecteurs fauchés qui après l’incendie du stock envoyèrent cinq ou dix euros, laissa place à la frétillante vanité de voir Revues.org choisir un livre de Bouveresse pour une démonstration de numériquologie. Le temps était venu de passer à autre chose, d’aller se précariser ailleurs que sur ce Pequod.

    Michel, canal encre rouge

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    • Le 9 septembre 2013 à 23:55, par Enoga

      Enoga : Agone, l’envers d’un décor enoga.wordpress.com
      Ce blog est proposé par d’anciens salarié-e-s, collaborateurs et collaboratrices des éditions Agone qui revendiquent une adéquation entre les idées contenues dans les livres et la façon dont ils sont faits : une organisation du travail relativement horizontale, qui favorise l’autonomie et l’émancipation de chacun-e, des projets définis collectivement, un refus des pratiques autoritaires. La mise en pratique de ces idées est en effet tout aussi importante que leur diffusion.
      Enoga s’intéresse également à d’autres expériences collectives de travail.

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  • Le 11 septembre 2013 à 13:34, par Bendy Glu

    Et sur le site de Marseille 2008, Capitale européenne du logement :

    De la gentrification de Marseille et Bruxelles à celle des éditions Agone.

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