Une tribune pour les luttes

Reporters sans frontières

Scandale Prism : un collaborateur de Glenn Greenwald arbitrairement interpellé à Heathrow

Article mis en ligne le mardi 20 août 2013

Avec les liens : http://fr.rsf.org/royaume-uni-scandale-prism-un-collaborateur-de-19-08-2013,45061.html

Publié le lundi 19 août 2013.

Reporters sans frontières est profondément indignée par l’interpellation par les autorités britanniques de David Miranda, mari et collaborateur de Glenn Greenwald,
blogueur qui a analysé et publié les révélations d’Edward Snowden sur les pratiques de surveillance de la NSA. Interpellé le 18 août 2013 à l’aéroport de Heathrow, David Miranda a été relâché au terme de neuf heures d’interrogatoire sous le régime du Terrorism Act. Tout son matériel électronique lui a été confisqué, y compris son téléphone portable et son ordinateur.

Assimiler journalisme et terrorisme est une pratique bien connue des Etats répressifs à travers le monde. En s’y livrant à leur tour, les autorités britanniques franchissent une ligne rouge. Nous sommes très préoccupés par cette dérive inacceptable au regard des obligations de Londres en matière de liberté de l’information et de protection des sources. Par cet acte arbitraire, les autorités britanniques ne font que souligner à quel point les révélations de Snowden et Greenwald sont légitimes et nécessaires”, a déclaré Reporters sans frontières.

Julian Assange confiné dans les locaux de l’ambassade équatorienne à Londres, Edward Snowden bloqué plusieurs semaines dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou, la documentariste Laura Poitras confrontée à des entraves répétées dans ses déplacements qui affectent son activité professionnelle... La multiplication de ces atteintes à la liberté de mouvement souligne l’urgence de protéger les lanceurs d’alerte et les journalistes qui publient leurs révélations.”

David Miranda, ressortissant brésilien de 28 ans, était en transit pour Rio de Janeiro à l’aéroport de Heathrow (Londres) dans la matinée du 18 août 2013, lorsqu’il a été interpellé et retenu sans avocat durant neuf heures, soit la durée de garde à vue maximale autorisée par l’article 7 du Terrorism Act. Aucun lien entre M. Miranda et une quelconque activité terroriste n’a pourtant été établi ni même signifié à ce dernier, comme l’explique Glenn Greenwald sur son blog : “[les policiers britanniques] n’avaient de toute évidence aucun soupçon quant à l’appartenance de David à une organisation terroriste ou à une éventuelle implication dans un acte de terrorisme. Ils ont passé leur temps à l’interroger sur les enquêtes conduites par Laura Poitras, le Guardian et moi-même sur la NSA.”

Derrière le prétexte fallacieux d’une activité terroriste inexistante, les autorités britanniques ont cherché à déstabiliser Glenn Greenwald et Laura Poitras, une documentariste ayant également travaillé avec Edward Snowden, et que David Miranda était venu rencontrer à Berlin. Il est aussi probable que les révélations du Guardian sur les pratiques de surveillance du GCHQ, l’équivalent britannique de la NSA, soient l’une des raisons de cette interpellation. Au-delà, l’interrogatoire auquel a été soumis David Miranda a tout d’un message d’intimidation adressé à l’ensemble des journalistes travaillant sur les pratiques de surveillance des services britanniques et américains.

Glenn Greenwald, qui estime que les autorités britanniques “ont totalement détourné leur propre loi anti-terroriste”, a pour sa part exprimé sa détermination à poursuivre ses révélations : “Si les gouvernements américain et britannique pensent que ce genre de tactique nous dissuadera de continuer à travailler sans concessions sur ce que ces documents révèlent, ils se trompent largement. Bien au contraire, cela aura l’effet inverse : nous motiver encore davantage.”

— -

BAROMÈTRE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE 2013
http://fr.rsf.org/


NSA : le "Guardian" raconte les pressions subies en Grande-Bretagne

http://www.lemonde.fr/technologies/...

Le Monde.fr avec AFP | 20.08.2013

Au lendemain de l’arrestation du compagnon de Glenn Greenwald, le journaliste du Guardian qui a contribué à révéler l’étendue du système de surveillance opéré par les services de la NSA, le quotidien britannique a décidé de contre-attaquer.

Le gouvernement britannique a forcé le "Guardian" à détruire des dossiers sur Prism

Dans un article publié lundi 19 août, son rédacteur en chef, Alan Rusbridger, révèle comment Londres a forcé le Guardian à détruire des informations fournies par l’ancien consultant de la NSA, Edward Snowden, allant jusqu’à le menacer d’une procédure judiciaire s’il ne coopérait pas.

Alan Rusbridger explique avoir été contacté "par un très haut responsable du gouvernement affirmant qu’il représentait l’opinion du premier ministre". Il a eu ensuite deux rencontres avec ce responsable qui "a demandé le retour ou la destruction de tout le matériel sur lequel nous étions en train de travailler". Le journal était alors en plein milieu de la publication des révélations sur les programmes de surveillance de masse menés par la NSA et par son homologue britannique, la GCHQ. M. Rusbridger affirme que les autorités lui ont simplement dit :
"Vous vous êtes bien amusés. Maintenant nous voulons que vous nous rendiez le machin."
"Il y a eu ensuite plusieurs rencontres avec des gens moins en vue de Whitehall, le quartier qui abrite les bureaux du premier ministre. La demande était la même : rendez le matériel Snowden ou détruisez-le... Vous avez eu votre débat. Vous n’avez pas besoin d’écrire davantage sur le sujet.
"

Alan Rusbridger affirme que le gouvernement a menacé d’entamer une procédure judiciaire pour tenter de récupérer les documents secrets, si le journal ne les détruisait pas lui-même.
"Et alors s’est produit l’un des moments les plus bizarres dans la longue histoire du Guardian. Deux experts en sécurité de la GCHQ ont surveillé la destruction des disques durs dans les sous-sols du Guardian, pour être bien sûrs qu’il ne restait plus rien dans ces petits morceaux de métal tordus qui puisse constituer un quelconque intérêt à être passé à des agents chinois."

Le "Guardian" continuera de travailler depuis "New York et ailleurs"

Pour Rusbridger, la destruction forcée des disques durs qui contenaient l’information – qui ont tous été copiés au préalable – montre "le peu de compréhension du gouvernement sur l’ère du digital".

Selon son chef, le Guardian "continuera à analyser, malgré toute la patience requise et la complexité du dossier, les documents mis à disposition par Edward Snowden". Mais il ne le fera plus en Grande-Bretagne, mais depuis ses bureaux "à New York et ailleurs". "De la même manière, la saisie de l’ordinateur portable, des téléphones, des disques durs et de l’appareil photo de David Miranda n’auront aucun effet sur le travail de Glenn Greenwald", ajoute enfin M. Rusbridger.

(...)

"Faire une enquête, et plus largement vivre, en 2013 laisse trop de traces. Les collègues qui ont critiqué Snowden ou qui estiment que les journalistes devraient faire confiance à l’Etat pour savoir ce qui est le mieux pour le pays auront sûrement un réveil difficile. Avant que cela n’arrive, les journalistes savent au moins qu’il faut désormais éviter les salles d’attente de l’aéroport d’Heathrow."

(...)

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