Une tribune pour les luttes

Exilé pour services rendus

Témoignage

Article mis en ligne le mardi 17 septembre 2013

Afin de faire connaître le sort que l’administration française réserve aux étrangers , y compris lorsqu’ils rendent de précieux services à notre pays, je voudrais signaler le cas singulier de Moustapha N. qui doit s’exiler au Canada suite à un jugement inique. Votre journal aura je l’espère à coeur de faire connaître ces pratiques absurdes et inhumaines qui n’honorent pas la France :


EXILE POUR SERVICES RENDUS

Après presque 10 années passées en France, à étudier puis à travailler quasiment sans discontinuer, Moustapha N. a reçu le 8 mars 2013 une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Entre novembre 2006 et Juillet 2012 Moustapha N. a signé de nombreux contrats avec l’Education Nationale comme professeur de mathématiques, dans tous types d’établissements (collège, lycée général et technologique, lycée professionnel), donnant chaque fois entière satisfaction dans sa mission. Il a également été recruté par le Ministère de l’agriculture pour mener en quasi autonomie une mission de 6 mois nécessitant des compétences informatiques approfondies ainsi que des qualités de formateur pour adulte, le tout rémunéré au salaire minimum. Là aussi l’administration reconnaît et apprécie sa parfaite compétence, son engagement et son sérieux.

Malgré le manque persistant de professeurs de mathématiques en France, il a fallu pendant toutes ces années que Moustapha N. se batte et quémande de manière récurrente le droit de rester sur le territoire français auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône car il n’a pas le droit de passer les concours. Si l’Education Nationale le recrutait régulièrement, ces contrats ne constituaient pas un CDI, ne lui ouvrant ainsi pas droit à un titre de séjour plus durable.

Enfin, personne ne lui a expliqué qu’accepter de travailler au lycée français de Bamako au Mali (annonce trouvée à Pôle Emploi), établissement homologué par l’AEFE (agence pour l’enseignement du français à l’étranger) pendant 9 mois à partir de septembre 2012, s’accompagnerait d’un contrat de droit privé malien et aboutirait à cet OQTF 6 mois plus tard.

La demande de réexamen de cette décision du préfet, menée par l’avocate de Moustapha, n’a scandaleusement pas été jugée recevable (jugement en PJ). Pourtant, non seulement Moustapha n’a aucun problème d’intégration économique puisqu’il a toujours travaillé dans des secteurs où son intervention était précieuse, mais il est également parfaitement intégré socialement comme ses amis et mieux encore son amie et bientôt épouse d’origine française peuvent en témoigner. De guerre lasse, il s’exile aujourd’hui au Canada où on lui a accordé sans peine un visa.

Ce jugement, prononcé au nom du peuple français, rappelle les pires moments d’aveuglement de l’administration française qui se fourvoie en appliquant sans discernement et même arbitrairement et à contre sens des lois qui aboutissent à l’exclusion. Il s’agit du destin d’un homme que d’autres hommes confortablement installés dans leurs fauteuils et leurs emplois garantis font basculer avec la plus profonde méconnaissance et indifférence.

Ces hommes qui inquiètent sans raison valable d’autres hommes, ne devons-nous pas à notre tour les inquiéter , leur demander des comptes ?

Au-delà des lois, il y a l’interprétation de la loi et la porte ouverte à l’arbitraire comme dans ce cas.

Pour Moustapha et tous ceux qui sont broyés par ces décisions administratives aveugles, ne laissons pas faire. Interpellons nos gouvernants, mais aussi les Préfets, juges et avocats qui mettent en place avec zèle ces scénarios destructeurs !

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