Une tribune pour les luttes

Travail de nuit et du dimanche : ce n’est pas une affaire de volontariat !

Par Laurent Degousée (SUD), Karl Ghazi (CGT), Eric Scherrer (SECI), Alexandre Torgomian (CFDT) pour le Comité de liaison intersyndical du commerce de Paris (Clic-p)

Article mis en ligne le lundi 7 octobre 2013

Le risque est de tendre vers une généralisation des ouvertures sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et la fin des contreparties financières pour les salariés.

Cela fait une dizaine de jours que les images déferlent de salariés, « volontaires » pour travailler de nuit ou le dimanche. Sans que les raisons de l’opposition intersyndicale au travail de nuit ou du dimanche dans le commerce ne soient toujours explicitées, le goût du sensationnel (syndicats contre salariés !) prend le pas sur le débat de fond, pourtant essentiel.

Dans la foulée, un discours violemment anti syndical fait son chemin, dont l’objet réel est la remise en cause des fondements du droit du travail français. L’ordre public social, qui garantit de la concurrence entre les salariés, fixe des normes auxquelles il ne peut être dérogé par la volonté individuelle.

C’est ce principe qui empêche que les clauses d’un contrat de travail, qui fixerait un salaire en dessous du Smic, soient opposables au salarié, même signataire de ce contrat. L’on imagine, en effet, sans peine quel serait l’état des salaires en France, si un tel volontariat était possible. Seuls les « volontaires » seraient embauchés au motif que les entreprises ne pourraient payer plus, au nom de l’emploi, dans une économie en crise.

En s’opposant au travail de nuit et du dimanche, notre intersyndicale n’entend évidemment pas s’attaquer aux salariés « volontaires » : nous pouvons parfaitement comprendre que dans nos secteurs du commerce où les salaires flirtent avec le Smic, il ne leur soit pas possible, comme leurs collègues qui ne sont pas volontaires, de boucler les fins de mois.

Et, pour créer des faits accomplis au bénéfice d’une pure logique de concurrence entre les enseignes, il est commode d’attirer les salariés par des majorations pour les heures de nuit ou du dimanche. Mais l’immense majorité des salariés du commerce sait que ces majorations n’existent que parce que le travail de nuit ou du dimanche n’est pas encore devenu la norme. Car s’il le devient, alors l’obligation de travailler restera pour tous les salariés mais… sans contreparties !

Or c’est bien à un glissement vers des ouvertures sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre que tendent les grands groupes de la distribution. Les « volontaires » ne vivent pas sur une île déserte, mais dans un secteur hautement concurrentiel, où l’ouverture de l’un entraîne l’ouverture du concurrent qui ne voudra pas perdre de parts de marché.

Surtout, une généralisation du travail de nuit et le dimanche dans les commerces ne resterait pas cantonnée à cette profession. Inéluctablement, des pans entiers de la société seraient entraînés par ses conséquences : l’ouverture des crèches ou l’intensification des transports, par exemple, suivront. L’impact écologique ne pourra non plus être négligé, ni celui sur la vie des riverains des zones commerciales qui seront constamment fréquentées.

Décidément, non, la question du travail de nuit ou du dimanche n’est pas l’affaire que des seuls volontaires, quelle que soit la commodité qu’ils y trouvent. Le travail de nuit a des conséquences néfastes pour la santé, celui du dimanche fait disparaître un jour de repos commun à une grande majorité de citoyens. Les dérogations doivent être réservées aux professions où ce travail est absolument indispensable à l’intérêt général. Quant aux syndicats de salariés, ils continueront de lutter pour défendre l’intérêt collectif… qui ne se confondra jamais avec la somme des intérêts individuels.

7 octobre 2013

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