Une tribune pour les luttes

Capture de Léonarda à "Lucie Aubrac"
+ Communiqué RESF du 18 octobre 2013 : RESF, un réseau de militants.

Article mis en ligne le vendredi 18 octobre 2013

Communiqué RESF – 18.10.2013

RESF, un réseau de militants

Suite aux polémiques évoquées dans la presse, le RESF désire faire la mise au point suivante

Le Réseau Education Sans Frontières n’est pas, comme son nom l’indique d’ailleurs, une association, c’est un réseau qui n’a ni président, ni adhérents. 79 associations, 25 syndicats, 103 collectifs locaux sont membres du RESF, et 13 partis politiques le soutiennent. La liste exhautive se trouve là : http://resf.info/article12.html

Sont « membres du RESF » des milliers de citoyens partout, dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les quartiers, qui soutiennent, aident et parrainent des familles et des jeunes majeurs sans papiers : Tous ceux qui se reconnaissent dans l’appel fondateur du Réseau Education Sans Frontières du 26 juin 2004 : http://resf.info/article5.html

Le RESF ne peut donc être engagé par des propos ou des actes qui iraient à l’encontre de ses valeurs fondatrices.


Comité soutien Joseph Kollie

CAPTURE DE LEONARDA DIBRANI A "LUCIE AUBRAC" (DOUBS)

Veuillez trouver ci-joint un dossier sur l’expulsion scandaleuse survenue le 9 octobre dernier dans le Haut-Doubs

Communiqué resf25 (15/10)

La préfecture, interrogée par les médias nationaux et locaux et prenant conscience de l’ampleur de l’émotion causée par ses actes, tente de justifier l’injustifiable, y compris par le mensonge le plus pathétique :

- la capture de Léonarda Dibrani "ne s’est pas faite sur le temps scolaire". Elle s’est faite sur le temps scolaire (sortie pédagogique organisée par le collège et encadrée par les enseignants)

"leur situation ne répondait pas aux critères d’admission exceptionnelle au séjour"
- "En effet, les intéressés ne remplissaient pas les critères de résidence prévus par cette circulaire."
En effet, à deux mois près, sur les cinq an/nées requises par la circulaire Valls.

- ils présentaient d’insuffisantes perspectives d’intégration sociale et économique".
De quoi s’agit-il ? Sur l’intégration des cinq enfants d’âge scolaire, le témoignage public des enseignants est éloquent.

- comble de cynisme, elle ose prétendre qu’elle répond, par cette expulsion, à la demande des associations de soutien qui verraient ainsi satisfaite .... leur demande de .regroupement de la famille !

- enfin, elle mentionne un appel de la maman à sa fille dans le bus scolaire lui demandant de la rejoindre, mais aucun témoignage ne vient confirmer l’existence de cet appel.

RESF 25



Resf25 (d’après le récit des enseignants et des élèves)

Chronique à paraitre dans Charlie Hebdo :

SCENE DE CAPTURE A "LUCIE AUBRAC"

Pontarlier, mercredi 9 octobre, 7 h. Encore ensommeillée, Léonarda Dibrani, 15 ans, monte dans le bus avec 39 camarades de 4eme et 3eme et quatre profs du collège Malraux. Ils partent visiter un lycée et les usines Peugeot à Sochaux. Une heure et demie de route.
C’est cool, les sorties. Leonarda adore la prof d’Hist-géo qui accompagne, elles se connaissent depuis 4 ans. Léonarda est en 3eme DP3. Ca veut dire que 3 heures par semaine, elle découvre des tas de métiers. Et qu’on fait plein de sorties. Léonarda habite à Levier, à une demie heure. Elle a dormi cette nuit là chez une copine pour ne pas rater la sortie. C’est parti. On sort les portables et les écouteurs et aussi les paquets de bonbons, mais en douce parce qu’il faut pas salir le bus.
En passant, la prof d’histoire-géo a souri gentiment à Léonarda. Elle sait que la nuit de la gamine a été angoissée. Léonarda est Rom du Kosovo. La veille, son papa qui était enfermé à Strasbourg a finalement été expulsé. Léonarda pense à lui. Il était désespéré à l’idée d’être expulsé et ils avaient repoussé l’expulsion deux fois.
On a pleuré dans l’appartement du CADA de Levier où Léonarda habite avec sa mère et ses cinq frères et soeurs. Sa maman a répété qu’elle ne veut pas quitter le Haut-Doubs, malgré l’expulsion de son mari. Elle est fière et heureuse du bon travail de ses enfants àl’école. Ici, ils ont un avenir. Les deux grandes, Léonarda et Maria, 17 ans, ont réussi le Diplôme d’Etude en Langue Française. Avec ça, on peut obtenir la nationalité française. Maria prépare avec enthousiasme un CAP Service à Toussaint Louverture. Et la petite dernière, Médina,1 an, est née en France.
Il y a quand même de l’espoir. Les soutiens de la famille ont expliqué que dans deux mois, seulement deux mois, toute la famille pourrait être régularisée , puisqu’elle résidera en France depuis 5 ans révolus. Deux mois c’est peu.
Le bus avance sur la rocade à quatre voies, quand le portable de Léonarda sonne. Un monsieur se présente : c’est Albert Jeannin, le maire de Levier ! Mais pourquoi le maire l’appelle-t-il ?!
Il demande d’un ton neutre à parler à un accompagnateur. Léonarda va passer son téléphone à la prof. Elle devine que quelque chose de grave se passe quand elle voit le visage de la prof devenir blême. Elle l’entend répondre fermement que non, elle n’arrêtera pas le bus, que sa mission est de d’emmener en sortie scolaire tous ses élèves.
Puis Léonarda comprend qu’un autre interlocuteur parle à la prof. Le visage de celle-ci se crispe encore davantage. Elle dit : "mais vous ne pouvez pas me demander de faire ça, c’est totalement inhumain !".
Les profs se parlent maintenant entre eux à voix basse, Léonarda entend "PAF", "ordre d’arrêter le bus sur le champ". On voit qu’ils sont complètement affolés. Finalement, ils vont parler au chauffeur.
Bientôt le bus s’engage sur un parking. A l’entrée, Léonarda lit : "Collège Lucie Aubrac". C’est le dernier collège qu’elle voit, Léonarda. La prof d’Hist-géo, émue aux larmes, la serre dans ses bras et tente de la réconforter. En sanglotant, Léonarda dit au revoir comme elle peut à ses copines sidérées.
Une voiture de police arrive et l’embarque.

Mercredi 9 octobre, madame Dibrani et tous ses enfants ont été expulsés au Kosovo.
Le même jour, les enseignants du collège Malraux et du Lycée Toussaint Louverture ont protesté et exigé le retour de leurs élèves.
Le même jour, Manuel Valls a démenti vigoureusement toute baisse du nombre des expulsions.

Resf25 (d’après le récit des enseignants et des élèves)


http://www.politis.fr/Leonarda-15-ans-expulsee-lors-d,24043.html

http://franche-comte.france3.fr/2013/10/14/leonarda-15-ans-arretee-et-expulsee-pendant-une-sortie-scolaire-338405.html

http://blogs.mediapart.fr/blog/resf/141013/leonarda-15-ans-arretee-et-expulsee-pendant-une-sortie-scolaire

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/10/15/01016-20131015ARTFIG00434-une-jeune-rom-arretee-et-expulsee-lors-d-une-sortie-scolaire.php

http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/benbassa-regrette-ps-ait-yeux-riv-s-fn-amorce-droitisation-437921

http://www.bfmtv.com/societe/une-jeune-kosovare-arretee-expulsee-pendant-une-sortie-scolaire-623950.html

http://inagist.com/all/390097798072246272/

http://www.bfmtv.com/societe/une-jeune-kosovare-arretee-expulsee-pendant-une-sortie-scolaire-623950.h

http://www.europe1.fr/France/Une-ado-arretee-et-expulsee-durant-une-sortie-scolaire-1674683/


UNE MERE ET SES 6 ENFANTS EXPULSES AU KOSOVO LEONARDA, 15 ANS, ARRÊTEE DEVANT LE COLLEGE LUCIE AUBRAC

14 octobre 2013 | Par RESF - Mediapart.fr

Mme Dibrani et ses 6 enfants ont été expulsés mercredi 9 octobre au matin vers le Kosovo. Ils habitaient un appartement à Levier (Doubs) qu’ils occupaient dans le cadre de la prise en charge des demandeurs d’asile du DLHD .

M. Dibrani était depuis fin août retenu au centre de rétention de Strasbourg. Assigné à résidence, il a été arrêté à Mulhouse. Son expulsion programmée 2 fois a été repoussée jusqu’à mardi 8 octobre au matin.

Après cette expulsion, le mardi soir Mme Dibrani a réaffirmé son vœu de rester en France pour l’avenir de ses enfants malgré l’angoisse qu’elle ressentait à l’idée d’être seule avec sa famille. Les enfants qui ont entre 5 et 17 ans étaient scolarisés depuis plus de 3 ans, ils étaient en France depuis presque 5 ans (4 ans et 10 mois), autrement dit, dans deux mois, ils entraient de plein droit dans le cadre dela circulaire Vallset pouvaient être régularisés. Le mardi soir avant l’expulsion la mère était perdue, les enfants attendaient et Hasan, l’avant dernier âgé de 5 ans, recopiait des lettres apprises à l’école agenouillé au-dessus d’un carton.

La plus petite Médina est âgée d’un an, elle est née en France. Tous les enfants parlent parfaitement le français. Maria et Leonarda ont obtenu le DELF diplôme de français niveau B1 demandé par la préfecture pour obtenir la nationalité française. Après ses années de collège, Maria a fait cette année sa rentrée au lycée Toussaint Louverture en première année de CAP service. Son professeur de français souligne sa volonté et son enthousiasme. Dans le petit sac de sport qu’elle a pris le matin de l’expulsion, elle a emporté son costume de travail.

Leonarda, scolarisée en 3ème DP3 (option découverte professionnelle) au collège André Malraux, n’était pas chez elle ce matin là. Les professeurs de la classe avaient organisé une sortie à Sochaux sur toute la journée avec un départ à 7h00. Pour être à l’heure, elle ne pouvait pas prendre le bus de son domicile. Elle a donc dormi chez une amie à Pontarlier. Les policiers ont été renseignés sur l’endroit où elle se trouvait. Le maire de Levier a appelé Léonarda et a demandé à parler à un professeur présent dans le bus, elle a transmis son téléphone à Madame Giacoma, professeur d’histoire-géographie-éducation civique au collège Malraux.

Mme Giacoma : « je n’ai pas compris tout de suite ce qui se passait, j’ai cru que c’était la mère de Léonarda qui voulait être rassurée et en fait, c’était le maire de Levier, commune de résidence de Léonarda, qui m’a précisé qu’il savait que nous nous rendions à Sochaux et il me demandait expressément de faire arrêter le bus. Dans un premier temps j’ai refusé en précisant que ma mission était d’aller à Sochaux avec tous les élèves inscrits pour cette sortie pédagogique (visite de lycées + visite de l’usine Peugeot). Le maire de Levier, Albert Jeannin, m’a alors passé au téléphone un agent de la PAF qui était dans son bureau : son langage était plus ferme et plus directif, il m’a dit que nous n’avions pas le choix que nous devions impérativement faire stopper le bus là où nous étions car il voulait récupérer une de nos élèves en situation irrégulière : Léonarda Dibrani cette dernière devait retrouver sa famille pour être expulsée avec sa maman et ses frères et soeurs ! Je lui ai dit qu’il ne pouvait pas me demander une telle chose car je trouvais ça totalement inhumain ... il m’a intimé l’ordre de faire arrêter le bus immédiatement à l’endroit exact où nous nous trouvions, le bus était alors sur une rocade très passante, un tel arrêt aurait été dangereux ! Prise au piège avec 40 élèves, j’ai demandé à ma collègue d’aller voir le chauffeur et nous avons décidé d’arrêter le bus sur le parking d’un autre collège (Lucie Aubrac de Doubs). J’ai demandé à Léonarda de dire au revoir à ses copines, puis je suis descendue du bus avec elle, nous sommes allées dans l’enceinte du collège à l’abri des regards et je lui ai expliqué la situation, elle a beaucoup pleuré, je l’ai prise dans mes bras pour la réconforter et lui expliquer qu’elle allait traverser des moments difficiles, qu’il lui faudrait beaucoup de courage... Une voiture de police est arrivée, deux policiers en uniforme sont sortis. Je leur ai dit que la façon de procéder à l’interpellation d’une jeune fille dans le cadre des activités scolaires est totalement inhumaine et qu’ils auraient pu procéder différemment, il m’ont répondu qu’ils n’avaient pas le choix, qu’elle devait retrouver sa famille...Je leur ai encore demandé pour rester un peu avec Léoanarda et lui dire au revoir (je l’a connais depuis 4 ans et l’émotion était très forte). Puis j’ai demandé aux policiers de laisser s’éloigner le bus pour que les élèves ne voient pas Léonarda monter dans la voiture de police, elle ne voulait pas être humiliée devant ses amis ! Mes collègues ont ensuite expliqué la situation à certains élèves qui croyaient que Léonarda avait volé ou commis un délit. Les élèves et les professeurs ont été extrêmement choqués et j’ai du parler à nouveau de ce qui s’était passé le lendemain pour ne pas inquiéter les élèves et les parents. »

Lorsque la famille est partie, nous avons essayé de joindre par mail la préfecture fermée le mercredi matin. Mais la famille a été emmenée directement à l’aéroport pour prendre un avion à 13h00 le même jour. Nous avons eu au téléphone les deux filles Maria et Leonarda jusqu’au départ de l’avion.

Nous, professeurs du collège André Malraux et du lycée Toussaint Louverture, sommes profondément choqués par les méthodes utilisées pour renvoyer des enfants issus de la minorité rom vers des pays qu’ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue.

Nous, professeurs du collège André Malraux et du lycée Toussaint Louverture, sommes choqués de voir comment les efforts d’intégration fournis par ces enfants à l’école sont réduits à néant par des politiques aveugles et inhumaines.

Nous demandons le retour immédiat des enfants en France pour leur sécurité.

Enseignants du collège André Malraux et du lycée Toussaint Louverture

Le récit qui précède est celui d’enseignants des enfants.

Le constat est amer. D’abord parce qu’une expulsion, quelle qu’elle soit, est une violence. Le pays où vous espériez faire (refaire) votre vie ne veut pas de vous, vous exclut, vous repousse physiquement. Cet ostracisme est insupportable pour des adultes. Il est dévastateur pour des enfants. Il faut regretter que des responsables de gauche, disant défendre certaines valeurs, pour certains d’entre eux prétendant se souvenir de leur passé d’immigré, fassent mine de l’ignorer pour booster leur carrière.

On a honte pour tous ceux qui, de près ou de loin, maire, fonctionnaires de la PAF, préfet, membres du cabinet, imbéciles ou salauds, ont collaboré à cette arrestation. Ont-ils remarqué quela jeune Léonardaa été interpellée sur le parking du collège Lucie Aubrac ? Aubrac ? Connais pas ?

Il faut dire, en prime, que cette malheureuse famille paye, comme d’autres, la lâcheté politique des ministres de l’Intérieur successifs, de Nicolas Sarkozy à Manuel Valls en passant par Hortefeux, Besson et Guéant. En effet, la saine incompréhension des élèves, des enseignants, des parents ont, de fait, pratiquement interdit l’expulsion des élèves depuis des années. Impossible de mettre dans un avion à destination de Bamako ou d’Alger une famille avec deux ou trois enfants sans provoquer la révolte des passagers.

Ne restent plus dès lors que les familles qui peuvent être montées dans les avions privés du ministère des expulsions et envoyées vers les pays qui acceptent de recevoir ces avions : les pays de l’union européenne astreints à accueillir les « Dublin II »…. Et le Kosovo, état croupion, que les ministres de l’Intérieur, Valls comme Guéant et Besson, obligent à admettre ses avions prison, transportant une femme et ses six enfants, sur son sol. La honte.

MR

URL source : http://blogs.mediapart.fr/blog/resf/141013/une-mere-et-ses-6-enfants-expulses-au-kosovo-leonarda-15-ans-arretee-devant-le-college-lucie-aubrac

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1 Message

  • Le 22 octobre 2013 à 20:52, par

    Najlae, lycéenne expulsée en 2010 : "C’est un traumatisme"

    Avec les photos et vidéos :
    http://www.francetvinfo.fr/societe/roms/expulsion-de-leonarda/najlae-lyceenne-expulsee-en-2010-c-est-un-traumatisme_439154.html

    Comme pour Leonarda, le sort de cette jeune Marocaine avait mobilisé l’opinion et les médias. Trois ans après son retour en France, Najlae raconte la "peur" puis le "soulagement" qu’elle a ressentis.

    Par Christophe Rauzy

    Najlae garde un regard méfiant sur les journalistes. Depuis son retour en France ultramédiatisé, en mars 2010, trois semaines après avoir été expulsée, l’ancienne lycéenne sans papiers n’aime plus beaucoup les micros. A ses côtés, deux membres du Réseau éducation sans frontières (RESF) sont là pour la rassurer. Mais c’est surtout le sort de la jeune Leonarda, l’adolescente kosovare de 15 ans expulsée le 9 octobre, qui l’a convaincue de sortir du silence.

    "Ça doit être dur pour elle, Leonarda n’a que 15 ans, souligne Najlae. Moi, j’en avais 18, je savais que je risquais l’expulsion. Même si je ne m’attendais absolument pas à la façon dont ça s’est passé." Son histoire, racontée dans Le Monde, n’est pas celle de Leonarda, mais le mouvement de contestation que son interpellation avait provoqué est proche.

    Le 20 février 2010, Najlae, le visage tuméfié, se rend à la gendarmerie de Château-Renard (Loiret). Elle veut y déposer plainte contre son frère, chez qui elle vit, et qu’elle accuse de violences. "Je ne me suis pas méfiée. On m’a même donné un rendez-vous pour recueillir ma plainte dans l’après-midi." Un rendez-vous au cours duquel elle est placée en garde à vue. Car Najlae est sous le coup d’une obligation de quitter le territoire. Elle est expulsée vers le Maroc douze heures plus tard.

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