Une tribune pour les luttes

Coordination des Intermittents et Précaires

Nous ne voulons pas être sauvés
Nous voulons de nouveaux droits !

Nous sommes tous des "intermittents".
« Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous. »

Article mis en ligne le mardi 18 février 2014


Nous sommes tous des "intermittents"
Par Jean-Christophe Marti

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-christophe-marti/170214/nous-sommes-tous-des-intermittents

17 février 2014 |

«  Supprimer les Annexes 8 et 10 de l’Assurance chômage indemnisant les artistes et techniciens du spectacle vivant et de l’audiovisuel  » : les Diafoirus qui prétendent soigner le malade en le purgeant à mort ont encore frappé ! N’est-ce pas parce que « l’intermittence  » a un sens économique et social beaucoup plus large, voire subversif ?

Quand je suis allé voir «  mon  » banquier pour solliciter très-humblement un prêt immobilier, j’ai été bien obligé d’en venir à mon «  statut  » professionnel : « je suis intermittent du spectacle ». Alors lui, tout sourire : «  aujourd’hui, nous sommes tous plus ou moins intermittents !  »

Il voulait dire : « aujourd’hui nous sommes tous plus ou moins précaires » — et comment lui donner tort ? Mais sa repartie faisait écho, plus profondément qu’il ne l’imaginait, à la proclamation de la Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile de France (http://www.cip-idf.org/) dont je suis partie prenante. Proclamation qui reste la nôtre depuis la lutte de 2003 : « Ce que nous défendons, nous le défendons pour tous. »

En effet, il n’a jamais été question pour nous de défendre un statut privilégié, ni de nous arc-bouter contre les remises en cause des acquis d’une corporation favorisée qui exigerait, du fait de ses services rendus à la sacro-sainte et exception-francisée « Culture », un traitement de faveur.

C’est radicalement l’inverse : notre lutte est née avec la conscience que l’intermittence est violemment attaquée par le Medef précisément parce que ses dispositifs pourraient inspirer une vision différente à la fois de l’indemnisation chômage, des droits sociaux tout au long d’un salariat intermittent, et des rapports de subordination employeurs-employés. Autrement dit servir de «  modèle  », au moins conceptuel, à une vision du travail affranchie d’un certain nombre de poncifs. Libérée, en premier lieu, de ces couplets d’intimidations moralisantes que le patronat ne sait que reproduire stupidement, adossé à l’idéologie fallacieuse du «  plein emploi » (modèle industriel, quoiqu’on en dise, le tertiaire fabriquant autant de « chaînes » et de rapports hiérarchiques impitoyables que l’usine) — idéologie relayée plus ou moins hypocritement par une partie de la gauche.

Partant du constat effroyablement banal que le trente fois glorieux plein emploi ne sera plus jamais la réalité économique partagée, la moindre des sagesses pragmatiques (ne parlons pas de générosité collective !) consisterait à bâtir un modèle de sécurisation sociale des droits de chaque salarié qui prenne en compte l’intermittence des contrats de travail, qui soit apte à redonner de vraies marges de manœuvre individuelles pour inventer son parcours en fonction des possibilités et, soyons fous, de ses propres désirs. Au lieu de quoi la « flexi-sécurité  », qui semble à certains le summum de l’audace, ne signifie rien d’autre que l’obéissance, forcée par toujours plus de répression administrative et de menaces moralisantes, à l’adaptation à un soi-disant «  marché du travail  » — un concept simpliste qui prend l’eau de toutes parts.

(...)

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=6643


Samedi 15 février 2014

Nous ne voulons pas être sauvés

Nous voulons de nouveaux droits !

Alors que le Medef ridiculise François Hollande en Amérique en déclarant que les patrons ne sont pas redevables du chèque de 30 milliards que le gouvernement leur a donné, la ministre de la culture ne veut pas se prononcer sur les mesures justes et adaptées aux intermittents, portées par l’ensemble des personnes concernées, de peur de brusquer les partenaires sociaux.
La rupture est pourtant consommée, le Medef préconise d’emblée à l’Etat de compenser la perte de droits résultant du basculement au régime général des intermittents.
L’objectif du syndicat patronal est clair : tous précaires et sans droits sociaux. Et cela au nom de l’équité !

Toute personne a droit à des conditions dignes d’existence. Aujourd’hui, seuls ceux qui bénéficient d’emplois stables et durables ont ce droit.
L’objectif du Medef est double : détruire peu à peu la stabilité de l’emploi et instaurer une flexibilité généralisée en ôtant les droits de ceux qui alternent chômage et emploi afin de disposer d’une main d’œuvre corvéable à merci en fonction des fluctuations des marchés financiers.
C’est la raison pour laquelle le Medef s’emploie depuis 20 ans à vouloir supprimer les annexes 8 et 10 du paysage de la protection sociale.

Les néolibéraux ont un projet de société bien défini qui leur permet de penser les choses sur la durée et de manière stratégique : séparer les artistes et techniciens en 2003 n’avait pas d’autre objectif que de préparer la sortie des techniciens du régime de l’intermittence. Après les attaques répétées de la cour des comptes, la mise en place de l’ANI (Accord sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi), la CGPME (un des trois syndicats d’employeurs représentés aux négociations) fait le premier cette proposition.
Le Medef va suivre son partenaire en la radicalisant d’avantage : supprimer les annexes 8 et 10.

De deux chose l’une, soit nous sommes gouvernés par des aveugles, soit les socialistes sont totalement hypnotisés par l’idéologie néolibérale [1] : « la guerre de tous contre tous ».
Nous osons encore espérer qu’il n’en soit pas ainsi.

Nous préconisons que les salariés à l’emploi discontinu ne doivent pas subir les effets d’une crise dont ils ne sont pas responsables mais devraient bénéficier d’un régime d’assurance chômage décent afin de pouvoir se projeter dans l’avenir [2].

Le Medef a ouvert le bal. Oui les contrats courts et la discontinuité ne sont pas limités aux intermittents du spectacle, l’intermittence est le quotidien des chômeurs et précaires.

Dans les réformes actuelles sur la flexibilité et l’assurance chômage le gouvernement est confronté à un choix historique : Laisser les stratégies néolibérales se déployer à grands renforts des préconisations caricaturales de l’OCDE [3] ou bien repenser un avenir autre que «  la guerre de tous contre tous  » à savoir une solidarité permettant de penser le futur sur les bases d’une société de confiance.

Conscient que le rapport de force n’est pas à l’avantage de la solidarité, on pourrait espérer à minima en prendre le chemin.
Pour cela il est indispensable de revenir à un système juste et mutualiste pour le régime des intermittents du spectacle et de s’en inspirer afin de refonder les droits sociaux de tous les salariés à l’emploi discontinu.

Parce que nous sommes nombreux :
Assemblée Générale au Théâtre du Rond Point lundi 17 février à 19 H

Notes :

[1] Voir : Le gouvernement des individus.

[2] « Je pense aussi que vous pouvez me reprocher d’avoir fait la part trop grande aux choses matérielles »...« Ce sont des faits terribles, mais regardons-les en face. Il est certain, bien que ce soit déshonorant pour nous comme nation, que par suite de quelques défauts dans notre communauté, le poète pauvre n’a pas de nos jours, et n’a pas eu depuis deux cents ans, la moindre chance de réussite... Un enfant pauvre en Angleterre n’a guère plus d’espoir que n’en avait le fils d’un esclave à Athènes de parvenir à une émancipation qui lui permette de connaître cette liberté intellectuelle qui est à l’origine des grandes œuvres. » C’est cela même. La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle ». Virginia Woolf, Une chambre à soi.

[3] Voir, Pour l’OCDE, la France doit inciter les seniors à travailler, Le Monde, ainsi que, par exemple, Retraite : à 95 ans, je n’aurai pas mes trimestres.

[1] Voir : Le gouvernement des individus.

[2] « Je pense aussi que vous pouvez me reprocher d’avoir fait la part trop grande aux choses matérielles »...« Ce sont des faits terribles, mais regardons-les en face. Il est certain, bien que ce soit déshonorant pour nous comme nation, que par suite de quelques défauts dans notre communauté, le poète pauvre n’a pas de nos jours, et n’a pas eu depuis deux cents ans, la moindre chance de réussite... Un enfant pauvre en Angleterre n’a guère plus d’espoir que n’en avait le fils d’un esclave à Athènes de parvenir à une émancipation qui lui permette de connaître cette liberté intellectuelle qui est à l’origine des grandes œuvres. » C’est cela même. La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle ». Virginia Woolf, Une chambre à soi.

[3] Voir, Pour l’OCDE, la France doit inciter les seniors à travailler, Le Monde, ainsi que, par exemple, Retraite : à 95 ans, je n’aurai pas mes trimestres.

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