Une tribune pour les luttes

Christine, combats en détention et répression… énième épisode

Des nouvelles de Christine : bref compte-rendu du procès du 5 mars 2014 au TGI de Melun par l’Envolée.

Comment on peut se retrouver durablement en prison pour "refus de pucer", LOPPSI ... et mauvaise tête...}
Prochain procès devant la cour d’appel de Lyon le 14 avril à 13h30,

Article mis en ligne le dimanche 9 mars 2014

Après une lettre collective pour la ré-ouverture de « la salle convivialité » au centre de détention pour femmes de Réau

Publié le 8 mars 2014 par l’envolée
http://lenvolee.net/apres-une-lettre-collective-pour-la-re-ouverture-de-la-salle-convivialite-au-centre-de-detention-pour-femmes-de-reau/

Christine, combats en détention et répression… énième épisode

Depuis son incarcération en novembre 2012, Christine proteste régulièrement contre l’arbitraire de la pénitentiaire et pour l’application des droits (théoriques !) des prisonniers et prisonnières. Ce qui lui vaut un enchaînement de conflits avec les surveillants et l’AP, de CRI (compte-rendus d’incidents), placements au mitard et au quartier d’isolement, transferts disciplinaires, et quelques procès… Tout ceci durcit et rallonge sa peine.

L’Envolée et divers sites internet relaient ce qu’elle relate dans ses lettres*. Dès son arrivée au centre de détention de Réau, mi-octobre 2013, elle a refusé de prendre la carte de circulation nécessaire aux passages des multiples sas de sécurité en détention, ce qui lui a valu d’être directement placée en régime « portes fermées  ». Le 5 mars, elle est passée en procès au TGI de Melun, accusée d’avoir mordu un surveillant au cours d’une prise de bec pour la réouverture de la « salle de convivialité » (voir lettre et compte-rendu ci-dessous).

Elle re-passera bientôt devant le tribunal de Lyon, qui l’avait condamnée en février 2013 à trois mois de prison ferme pour 7 délits, dont : «  refus de prélèvement ADN », « outrage et rebellion », « évasion  » de garde à vue… Le parquet, souhaitant une peine plus lourde, avait fait appel. L’audience aura lieu à la cour d’appel de Lyon le 14 avril à 13h30, et la présence d’un public solidaire sera la bienvenue.

Christine a été transférée à nouveau fin janvier 2014, elle est à l’heure actuelle au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes.
Son adresse : Christine Ribailly écrou 7993,CPF de Rennes, 18 bis rue de Châtillon, 35031 RENNES Cedex

Bref compte-rendu du procès du 5 mars au TGI de Melun :

Christine était accusée d’avoir mordu le surveillant Ha-o-kwi. Quelques personnes étaient venues la soutenir. Le procureur et les parties civiles réclamaient la peine plancher de un an pour récidive, et un dédommagement de 500 euros pour le doigt du surveillant, insistant sur la nécessité de punir sévèrement cette détenue récalcitrante qui selon eux menaçaient la détention. Son avocat, Benoît David, de l’association Ban Public (voir http://prison.eu.org/), a tout d’abord plaidé la relaxe pour divers vices de procédures. Il a aussi insisté sur le fait que Christine ait été tabassée suite à la prise de bec avec Ha-O-kwi, qui curieusement n’a porté plainte que trois semaines plus tard… quand les images de vidéo-surveillance n’étaient plus visionnables !

Christine a terminé en parlant de la prison : « Je n’ai jamais avoué à ma grand mère que j’étais en prison, elle n’arrêtait pas de demander quand je viendrais la voir. Elle est morte avant que je sorte de prison. Voilà ce que c’est la prison. Je me demande en quoi cela protège votre société ? »

Christine et son avocat ont eu la « bonne » surprise de ne la voir condamnée « que » à un mois de prison supplémentaire et 200 euros d’amende. Une peine qui reste lourde, même si on s’attendait à pire, connaissant les habitudes de la justice dans ce genre d’affaires. A suivre…

*Une des épisodes précédents est relaté ici : http://rebellyon.info/?Delibere-d-Arras-et-d-autres et une autre lettre de Réau est lisible ici : http://rebellyon.info/?Resistance-a-la-taule-de-Reau-un


Résistance à la taule de Réau, un maton porte plainte contre Christine

http://rebellyon.info/?Resistance-a-la-taule-de-Reau-un

Jeudi 27 février 2014

Mi-octobre 2013, Christine se fait incarcérer au Centre de Détention de Réau en banlieue parisienne (voirici sur les événements précédents). Dès son arrivée, elle refuse de prendre la carte de circulation nécessaire aux passages des multiples sas de sécurité au sein de la taule. Elle est alors maintenue en «  régime de portes fermées  ». Pour les détenues placées sous ce régime, une seule pièce, la «  salle de convivialité  », permet de passer des moments ensemble. Début décembre, l’Administration Pénitentiaire (AP) décide de fermer cette salle sans donner de motif à cette décision.

Immédiatement, Christine demande des expli­ca­tions. L’AP n’appré­cie pas trop cette inso­lence et lui colle au total 21 jours de mitard en fai­sant tomber des Comptes Rendus d’Incidents gardés sous le coude.
Au mitard, elle conti­nue de pro­tes­ter, mais cette fois-ci pour obte­nir un poste radio (obli­ga­toire au mitard depuis la loi péni­ten­tiaire de 2009). à sa sortie du mitard, elle rédige avec ses co-déte­nues un cour­rier des­tiné à l’AP, reven­di­quant la ré-ouver­ture de la « salle de convi­via­lité » ainsi qu’une ouver­ture excep­tion­nelle de cette même salle le 1er jan­vier pour pren­dre ensem­ble le repas de midi.

L’AP tarde à répon­dre, et le 31 décem­bre le chef de déten­tion Ha-o-kwie convo­que Christine pour lui rendre, à elle seule, la réponse néga­tive. Elle pro­teste et refuse de devoir annon­cer elle-même cette réponse à ses co-déte­nues. Ha-o-kwie insi­nue alors que c’est elle la meneuse et qu’elle aurait mani­pulé ses co-déte­nues pour rédi­ger la lettre de reven­di­ca­tions. Elle fait un pas de défiance en avant. Là, trois autres matons restés à proxi­mité l’agrip­pent par les bras pen­dant qu’Ha-o-kwie la menace en agi­tant son index sous le nez de Christine. Pour stop­per cette humi­lia­tion, elle lui pince le doigt avec les dents. Menottée, les matons la col­lent au sol pen­dant qu’Ha-o-kwie lui envoie des coups de poing au visage.

Suite à cette alter­ca­tion, Christine prend 30 jours de mitard. Ne vou­lant pas rater l’occa­sion de se faire un trei­zième mois, Ha-o-kwie porte plainte pour vio­lence. Le der­nier jour de mitard (le 28/01/14), Christine est placée en garde à vue et pré­sen­tée au TGI de Melun pour être jugée sur cette plainte. Elle refuse cette com­pa­ru­tion immé­diate et reçoit une convo­ca­tion en cor­rec­tion­nelle pour le 5 mars à 13h30 au même TGI de Melun. Dès le len­de­main matin, elle est trans­fé­rée pour raison dis­ci­pli­naire au Centre Pénitentiaire de Rennes.

En 14 mois de déten­tion, il s’agit de son sixième trans­fert dis­ci­pli­naire et donc de sa sep­tième taule. En 14 mois elle aura passés 205 jours au mitard et 70 jours en quar­tiers d’iso­le­ment. Après avoir écopé de 6 mois fermes et plu­sieurs cen­tai­nes d’euros à verser à dif­fé­rents matons de Bapaume déci­dés par le Tribunal d’Arras, c’est main­te­nant le Tribunal de Melun qui veut venir en rajou­ter une couche.

N’appré­ciant pas les réfrac­tai­res, l’Administration Pénitentiaire, avec l’appui de la Justice, joue la carte de l’achar­ne­ment pour tenter de détruire Christine. Même si nos marges de manœu­vre sont étroites, ne lais­sons pas Christine seule face à la machine à broyer.
Soyons nombreux mercredi 5 mars 2014 dès 12h30 devant le Tribunal de Melun (2, avenue du Général-Leclerc).

D’ici là et après, pour lui écrire, voici sa nou­velle adresse à Rennes : Christine RIBAILLY, écrou 7993, CP-CD de Rennes, 18 bis rue de Châtillon, 35000 RENNES

Suite au procès du 13 février 2013 à Lyon, le par­quet avait jugé la peine (3 mois fermes) trop clé­mente et avait donc fait appel. La date de cette nou­velle audience est tombée. Ce sera le lundi 14 avril 2014 à 13h30 à la Cour d’Appel de Lyon.

D’autres infos à ce propos sui­vront bien­tôt. Voir ici à propos dece procès en pre­mière ins­tance

Ci-des­sous, deux let­tres Christine sur les der­niers événements :

CD de Réau, mercredi 11 décembre 2013

Depuis mer­credi der­nier, je suis de nou­veau au mitard. Avec l’AP, chas­sez le natu­rel il revient au galop ! L’ « équilibre des nui­san­ces » dont je par­lais dans ma lettre pré­cé­dente [12 novem­bre] a été rompu par un offi­cier qui rem­place celui du CDF pen­dant ses congés, et qui a pré­féré jouer les gros bras plutôt que de se ren­sei­gner sur la rela­tion qu’on avait mise en place.

Au pré­toire (où, comme à Joux, il n’y avait pas d’avocat car c’était hors des jours habi­tuels), j’ai vu qu’il avait sale­ment chargé le CRI, inven­tant (mais là non plus ce n’est pas ori­gi­nal) que j’avais essayé de le mordre. J’ai pris 18 jours jusqu’au 21 décem­bre, mais là il reste encore des CRI en sus­pens. Pourtant, depuis le 25 novem­bre, et ma demande de pro­lon­ga­tion de par­loirs pour voir mes parents le WE du 21 et 22 décem­bre, j’avais repris ma carte de cir­cu­la­tion et il n’y avait plus eu de rap­port.

Au mitard ici, on a la douche dedans. D’ailleurs, elle déclen­che l’alarme incen­die avec la buée quand elle est bien chaude ! Par contre, malgré la loi de 2009, la péni­ten­tiaire ne four­nit pas de radio au pré­texte que les ondes FM ne pas­sent pas les murs de cette foutue taule. Heureusement, mes voi­si­nes bas­ques m’ont dégoté un petit tran­sis­tor avec lequel je chope «  France Bleue » en ondes cour­tes. Quand mon corps fait antenne près de la fenê­tre (posi­tion assez spor­tive), je chope même « France Musique  » en FM.

À propos de musi­que clas­si­que, il y a eu un concert avec les cui­vres de l’orches­tre de Chambre de Paris le 15 novem­bre au gym­nase. Pour la pre­mière fois à Réau, les gars du CD1 et CD2 et nous du CDF avons pu y aller en même temps. Quand nous sommes arri­vées, avec près d’1/2h de retard, une tren­taine de gars étaient assis sur leurs chai­ses grou­pés au fond du gym­nase. Nous, on était une quin­zaine de filles. Toutes se sont assi­ses sur les chai­ses grou­pées. Entre les gars et nous, il y avait un « no mans land » de 4m de large. Moi, bien-sûr, puisqu’on ne nous avait pas donné d’ordre, je suis allée m’asseoir sur une chaise libre de l’autre côté. Les filles, qui avaient inté­gré la norme avant même qu’elle soit for­mu­lée, me regar­daient effa­rées.

Les gars avec qui j’essayais péni­ble­ment d’enga­ger la conver­sa­tion me regar­daient aussi comme un extra­ter­res­tre. Ça a quand même duré 2 bonnes minu­tes. Puis un maton est venu me dire de chan­ger de côté. «  Pourquoi ? » « Là c’est les hommes » « Et alors ? » »Vous ne vous mélan­gez pas » . Alors je me suis levée en lan­çant à la can­to­nade « Désolée les mecs, il paraît que je vais choper des mala­dies si je reste à côté de vous !  ». Ça n’a fait rire per­sonne mais le maton n’a rien dit. Quand j’ai pris ma place parmi les femmes, il s’est assis au milieu de la travée.

Puis le concert a com­mencé. Il était de bonne qua­lité et les musi­ciens pre­naient le temps entre les mor­ceaux de nous les situer dans leur contexte his­to­ri­que, de nous pré­sen­ter leurs ins­tru­ments. Après un bonne heure, le chef d’orches­tre a dit « Mesdames, mes­sieurs, nous vous remer­cions pour la qua­lité de votre écoute  » et les maton­nes ont dit « Mesdames, on y va  ». Alors je me suis levée et j’ai dit aux musi­ciens «  Messieurs, j’espère ne pas me trom­per en disant que c’est nous qui vous remer­cions pour ce beau concert. D’enten­dre comme ça des musi­ques qu’on connais­sait dehors c’est pres­que comme rece­voir du cour­rier. Quand je suis venue, je dois dire c’était sur­tout pour sortir de cel­lule et croi­ser nos voi­sins, mais là, en plus, on a eu un concert de grande qua­lité. Merci.  ». Je crois que ça les a émus, alors j’ai conti­nué « Messieurs, si vous voulez conti­nuer à nous faire plai­sir, s’il-vous-plaît, offrez-nous une valse qu’on puisse invi­ter nos voi­sins  ». Là, l’orches­tre, pris au dépourvu, inter­roge la nom­breuse maton­ne­rie du regard, qui s’inter­roge entre elle sans un mot, mais avec une lueur de pani­que amusée. Devant cette absence de refus, ils enta­ment aus­si­tôt une valse. Je fran­chis alors l’espace de « sécu­rité  » et invite le pre­mier gars en face. Il refuse en secouant la tête. Je tend la main vers un voisin qui bre­douille un «  Je sais pas danser ». Je regarde alors l’ensem­ble de ces 30 gars et tous font un signe de refus. Dépitée, je retourne chez les filles et leur demande à voix basse : « Mais pour­quoi vous en pro­fi­tez pas ?  ». La réponse : « Faut pas brus­quer les bleus, c’est déjà une belle vic­toire. Et puis on sait pas danser ».

Devant cette déconfi­ture, le mor­ceau s’achève assez vite. On ne demande pas de bis. Mais au moment de partir, les quel­ques filles qui avaient un com­pa­gnon de l’autre côté vont lui faire une bise fur­tive, de quel­ques secondes. Puis on part toutes sage­ment, sans un mot.

Moi, j’ai été stu­pé­faite que per­sonne ne pense à sortir de la norme. Je n’ai rien fait de contraire au règle­ment ou la loi, mais j’ai choqué tout le monde. Au bout de quel­ques années de taule, homme ou femme chacun(e) a inté­gré des limi­ta­tions dans l’espace et dans la rela­tion à l’autre. J’ai du mal à rire quand j’entends parler de culture comme élément de re-socia­li­sa­tion … C’est déses­pé­rant.

Pour la petite his­toire, la direc­trice a demandé après au matons du CDF de me coller un CRI pour un geste d’impa­tience, ni dan­ge­reux pour qui que ce soit, ni abî­mant du maté­riel de l’AP, ni insul­tant ou vul­gaire que j’avais eu à l’attente (1h quand même !) dans le sas avant l’entrée au gym­nase. J’ai pris 3 jours de mitard pour avoir fait des trac­tions sur une grille, 20 jours après les faits...

CD de Rennes, jeudi 6 février 2014

Au Centre de Détention Femmes de Réau, les filles qui n’ont plus le droit au «  régime de res­pon­sa­bi­lité  »[1 ] (donc que l’AP main­tient en irres­pon­sa­bi­lité avec la com­pli­cité de l’UCSA) ont quand même la pos­si­bi­lité de faire les deux pre­miè­res heures de pro­me­nade de l’après-midi au chaud. Ils appel­lent ça « la salle de convi­via­lité  » et on peut y avoir accès à quel­ques jeux de société.

Le 2 décem­bre, j’y étais juste avec Kaoutar (qui car­tonne au scrab­ble !). Dans le cou­loir on a entendu du gra­buge car une fille vou­lait y venir alors que la maton­ne­rie le lui refu­sait (depuis, selon son sou­hait, elle a été trans­fé­rée, elle devrait même être dehors à l’heure qu’il est).

Le 3 décem­bre, on n’a pas eu accès à cette salle car elle sert aussi de ves­tiaire quand il y a des arri­van­tes. Et le 4 au matin, une affi­che la décla­rait fermée, sans expli­ca­tion et sur ordre de la direc­tion.

J’ai demandé aux sur­veillan­tes puis aux gradés pour­quoi, aucun n’a voulu me répon­dre, tant il était évident que c’était juste une crise d’auto­rité injus­ti­fiée. Je suis alors allée deman­der à l’offi­cier, dans son bureau. Il a encore forcé la dose sur l’auto­ri­ta­risme et le mépris, m’envoyant, grâce à un CRI men­son­ger, au mitard pour 18 jours. Au pré­toire du 6, la direc­trice a dit qu’elle ré-ouvri­rait la salle «  dans une semaine  ».

Mais quand je suis sortie du QD le 21 décem­bre, la salle était tou­jours fermée, sans plus de raison. On en a parlé en salle de muscu avec les filles du RDC et on a décidé de deman­der la ré-ouver­ture mais aussi une ouver­ture excep­tion­nelle le 1er jan­vier à midi « pour com­men­cer l’année sous le signe de la bonne cama­ra­de­rie  », selon les termes de notre cour­rier signé par 11 d’entre nous (sur 13 au rez-de-chaus­sée !). Les chefs ont eu cette lettre col­lec­tive le 24 au soir. Le ven­dredi 27, on n’avait tou­jours pas de réponse. J’ai insisté auprès des chefs qui m’ont refusé une audience mais ont pris 5 filles à part pour leur dire « Ne suivez pas Ribailly dans ses conne­ries. On peut très bien vous mettre un CRI car les péti­tions sont inter­di­tes. C’est nous, et nous seuls, qui déci­dons si la salle sera ré-ouverte et quand  ». Elles sont ren­trées à fond dans la menace et m’ont dit qu’elles feraient rien qui ris­que­rait de déplaire à la pénit’. Moi, j’ai chopé la direc­trice dans le cou­loir dès que j’ai pu, c’est à dire le lundi 30. Elle m’a dit, une fois qu’elle a com­pris que je lui col­le­rai aux bas­ques jusqu’à avoir une réponse, que la salle serait ré-ouverte le lundi 6 (c’est à dire à la fin des vacan­ces sco­lai­res, quand les acti­vi­tés repren­drons, logi­que,...) et qu’ils allaient déci­der en équipe pour l’ouver­ture de mer­credi, qu’on en serait infor­mées le len­de­main en fin d’AM.

Donc le mardi 31, à 15h, juste à la sortie du gym­nase, je suis appe­lée au bureau des chefs. Il y avait 2 bri­cards, Ho-a-Kwie et Borde, une nou­velle. Il m’a dit : «  Je t’ai appelé pour te donner la réponse pour la salle demain ». J’étais convain­cue que c’était refusé et j’ai dit : «  pour­quoi juste moi ? On est 11 à l’avoir signé cette lettre, il y a une semaine !  » Il a essayé d’expli­quer que j’étais la seule à avoir mis une affi­che (c’est vrai et ça m’a valu un CRI de plus, à mettre sur la pile), à avoir alpa­gué la dirlo, donc que j’étais la porte-parole. J’ai refusé ce terme et il m’a dit qu’il pré­vien­drait cha­cune des filles indi­vi­duel­le­ment. Après, ils m’ont passé des docu­ments admi­nis­tra­tifs, en partie péri­més que j’ai bâclé, et je suis partie. Une dizaine de minu­tes plus tard, j’étais de retour, un peu calmée et j’ai demandé un imprimé pour répon­dre aux papiers que j’avais jetés. Et (et c’est juste à ce moment-là que j’ai eu tort car je savais qu’ Ha-o-kwie est un sale men­teur), avant de partir, je me suis retour­née vers lui :
Tu pré­viens les filles une par une, hein ? Parce que depuis 10 min, tu n’as rien fait, alors que la moitié sont à la biblio où tu pour­rais nous parler à toutes en même temps.
- Je fais ce que je veux !
- Non, foutu psy­cho­pa­the, tu ne fais pas ce que tu veux ! Tu as pris un enga­ge­ment, tu le tiens ! Si t’as un pro­blème avec la «  toute puis­sance  », vas donc voir le psy­chia­tre que vous m’avez balancé dans les pattes alors que je récla­mais la radio au mitard !
- Tu t’en vas de ce bureau !
- Et pour­quoi ? Pour te lais­ser le temps de rédi­ger un CRI pour l’affi­che, alors que tu dois nous répon­dre ?
- J’ai dis que je te répon­drais. Je le ferai si je veux, c’est ça la liberté d’expres­sion !
- Sale men­teur ! Vous passez votre temps à ça : mentir et mena­cer. Comme quand vous avez dit aux filles de se méfier de moi...
- On sait bien que c’est toi qui a écrit cette lettre. Et il n’y a que toi qui fait chier...
- Quoi ? J’ai pas écrit cette lettre ! Je l’ai rédi­gée, c’est tout ! On est 11 à l’avoir signée !
- Ouais, t’as même fait signer les filles qui savent pas écrire !
Qu’est ce que tu dis là ? C’est vous qui mena­cez les filles, pas moi ! Y a des filles qui t’ont dit qu’elles avaient signé alors qu’elles ne vou­laient pas manger ensem­ble, peut être ?
- On m’a dit que tu leur fai­sais peur...

Là, ça a été trop ! J’ai fait un pas en avant, bien vif, dans sa direc­tion, mais sans le tou­cher. Borde et deux maton­nes qui s’étaient appro­chées à cause du bruit de l’engueu­lade, m’ont saisie par le bras, lui a bondi de son siège, effrayé. Je n’ai pas bougé, j’ai juste ricané : « C’est toi qu’a peur, mina­ble men­teur !  ». Alors qu’elles étaient trois à me tenir sans que je me débatte, il a pointé son index sur moi pour me mena­cer : «  c’est une agres­sion sur per­sonne ! Tu vas manger !  ». Je l’ai laissé déli­rer trente secondes puis, lassée, j’ai fait mine de le lui happer le doigt. Je sais que je n’ai pas serré les dents, mais il est aussi douillet que lâche et l’alarme a été lancée. Ils m’ont foutue au sol et menot­tée dans le dos pen­dant que ce salaud m’envoyait des coups de poing au visage.

Au mitard, ils m’ont arra­ché mon survêt’ (avec lacet) et m’ont lais­sée à poil et menot­tée pen­dant près d’une heure. Je n’ai eu l’ensem­ble de mes affai­res que 36h plus tard. Je n’ai vu le toubib que 72h après, c’est à dire après le pré­toire qui a eu lieu le 2 jan­vier.

Le pré­toire a été dégueu­lasse. Il y avait un vice de pro­cé­dure énorme (je n’ai pas eu le dos­sier 24h avant ) mais mon commis d’office était mina­ble. Il n’y avait pas non plus les images de la caméra qui donne sur le bureau des chefs et qui devaient mon­trer les coups de poing au visage (confir­més par le cer­ti­fi­cat médi­cal, 3 jours après). Il n’y a même pas le Compte Rendu Professionnel (CRP) d’une matonne qui dit que j’ai crié au chi­nois «  c’est toi qui a peur !  » et qu’elles me tenaient quand je l’ai « mordu  », mais la dirlo n’en a pas tenu compte. Il n’y avait aucun cer­ti­fi­cat médi­cal cons­ta­tant cette «  grave bles­sure » que je lui avais infligé. Bref, sans ori­gi­na­lité, j’ai pris 30 jours avec une pro­messe de dépôt de plainte et de trans­fert dis­ci­pli­naire à la clef.

Le len­de­main, le mitard étant très proche de la cour du RDC, les filles m’ont saluée et m’ont dit qu’on leur avait pro­posé à 11h d’aller à la salle de convi­via­lité. À sept, elles ont par­tagé le sac que j’avais pré­paré pour ça (soda, gâteaux, bon­bons, sau­cis­son). Elles n’y sont pas res­tées à midi parce que c’est inter­dit d’y fumer. Depuis, je ne les ai pas ré-enten­dues dans la cour mais l’aumô­nière m’a dit qu’elles me saluaient bien.
Une autre bonne nou­velle : mer­credi, bien sûr, quand j’ai pu aller en pro­me­nade, j’ai dit : « je ren­tre­rai quand il y aura un tran­sis­tor ». Ils sont venus, comme d’habi­tude, avec cas­ques et bou­cliers. Jeudi, ils m’ont lais­sée en pro­me­nade de 11h à 14h30 ! Mais quand je suis ren­trée en cel­lule, en plus de la gamelle froide, il y avait un petit poste de radio FM. On ne capte que Radio Autoroute, ce qui n’a rien d’exal­tant, mais c’est quand même une vic­toire. Ma voi­sine de QD qui était là depuis 12 jours, a eu aussi le sien. Elle n’a pas com­pris l’ironie quand j’ai lancé « El pueblo unido jamás será ven­cido  » en guise de chant de vic­toire. [...]

Les 30 jours sont passés, len­te­ment bien sûr, mais sans trop de provo, à part le refus de cour­rier interne, commun à tout le CPSF (Centre Pénitencier Sud Francilien), de leur part. J’avais la radio et j’ai eu un par­loir de 2h30 avec ma mère. J’appré­ciais les visi­tes des aumô­niè­res ou autre pour le break, pour voir des gens sans uni­forme. J’atten­dais aussi la GAV. Elle n’a eu lieu que le 28, à la toute fin. Contrairement aux gen­dar­mes de Bapaume, les flics de Moissy on été bien cons durant la GAV, sin­geant la para­noïa des matons, même après 2 heures d’audi­tion. J’ai appris, quand j’ai pu lire le dos­sier avec l’avocat de la com­pa­ru­tion immé­diate, que ce pauvre maton vio­lenté, qui a récu­péré 1 jour d’ITT (alors qu’il était au boulot le len­de­main), n’a été dépo­ser plainte au comico de Moissy Cramayel que le 22. Au tri­bu­nal, à 20h30, j’ai refusé d’être jugée sans un avocat cor­rect et avec plein de pièces man­quan­tes (notam­ment le témoi­gnage de la matonne du 31 décem­bre, mon cer­ti­fi­cat médi­cal du 3 jan­vier et les images de la caméra de la cour­sive). Bref, je repasse le 5 mars à 13h30 au TGI de Melun et Ha-o-Kwi sera partie civile (pour avoir un 13e mois).

Le len­de­main, j’étais, après 30 jours de QD, trans­fé­rée à Rennes. Là, je suis au quar­tier arri­vante du CD. L’archi­tec­ture ici est très dif­fé­rente des pri­sons Bouygues. Il y a moins de camé­ras et pas de sas. Les matons ne sont pas cachés dans leurs aqua­riums à déclen­cher des portes à dis­tance. Donc ils sont moins para­nos, donc ils sont moins dan­ge­reux, donc ça va mieux. Bon, je ne me fais quand même pas d’illu­sion, j’attends de voir où se niche leur per­ver­sité... en pro­fi­tant de l’herbe dans la cour de pro­me­nade et en retour­nant au sport.


Voir historique :
http://www.millebabords.org/spip.php?article22338
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