Une tribune pour les luttes

17 juin 2014

Les antinucléaires devant la base de la force de frappe nucléaire d’Istres pour combattre le crime

Coordination antinucléaire Sud-Est

Article mis en ligne le mercredi 18 juin 2014

C’est en présence - non-programmée par les officiels - des antinucléaires que le scénario d’exercice de sécurité nucléaire (Airnuc 2014) du 17 juin vient de se dérouler sur la Base militaire BA125 d’Istres (Bouches du Rhône) qui abrite plusieurs dizaines de missiles atomiques. Un exercice qui, une fois de plus comme sur les autres sites nucléaires dit "civils", a démontré qu’en cas d’accident : seule la fuite est la réponse adaptée et rationnelle pour tenter de survivre. Militaire ou civil le nucléaire a été mis en accusation, dénoncé, combattu par le CAN84 aux portes mêmes de l’un des principaux sites de la Force de frappe nucléaire française.

Le service de communication des armées et les officiers supérieurs ont perfectionné depuis cinquante ans leurs techniques de communication. On joue autant que faire se peu "ami-ami" ou "soyons fous mon amour". Nul n’est dupe mais cela à l’avantage de désamorcer un affrontement frontal du plus mauvais effet devant la presse conviée aux réjouissances.

Tout faire pour que cela n’arrive pas... mais comme l’a énoncé le Président de l’ASN : on ne peu pas exclure l’accident nucléaire ". C’est par ces propos que le Colonel Jean-Luc Moritz, Commandant de la Base aérienne nucléaire d’Istres, a conclu l’entretien qu’il avait proposé aux antinucléaires au coeur même de la base atomique quelques minutes avant le début de l’exercice. Une première ! alors qu’à l’extérieur des militants du Collectif Antinucléaire de Vaucluse/Coordination antinucléaire du sud-est brandissaient drapeaux et banderole "arrêt immédiat du nucléaire, pas dans 10 ans pas dans 20ans, ici, partout et maintenant", et distribuaient aux civils et militaires de la base leurs tracts " Istres : 15 fois la bombe atomique d’Hiroshima à votre porte".

L’illustration d’une impossible sécurisation de la menace nucléaire

Plus qu’un exercice de crise nucléaire sur le site militaire de la démesure, l’opération s’est plutôt apparentée à un vaudeville. Si dans l’enceinte on menait la manoeuvre selon des scénarios convenus puisque quasi-identiques aux précédents tout en "jouant le jeu" sous l’oeil des caméras, de l’autre côté des grillages et barbelés, dans le domaine public, on jouait aussi une autre mise en scène avec pompiers et ambulances sous l’oeil des photographes et rédacteurs. Sauf que la pièce de théâtre n’était pas la même et que les spectateurs manquaient.

En effet, chacun dans son domaine prenait des postures, transmettait des informations, simulait avec sérieux des gestes : d’assistance aux contaminés, mais sans aucune personne en situation réelle présente ; de transport de blessés mais hors présence, là aussi, de personnage fussent des mannequins ; de blocages de route mais sans empêchement des automobilistes ; d’alerte de la population mais sans porte-voix dans les campagnes alentours ou en centre-ville : aussi inutile que de sucer une glace sur la banquise ; d’enfilage de tenues de sécurité... identiques à celles que l’on retrouve au rayon du magasin de bricolage du coin ; de confinement des enfants d’une école jouxtant la base nucléaire avec comme seule protection du papier-scoth aux fenêtres, ceux de l’école d’un peu plus loin n’ayant pas eu droit eux au papier-collant. Bref un magnifique scénario sur ... le papier.

Si les journalistes présents, équipés par les autorités d’un masque en papier de peintre en bâtiment, ne pouvaient être dupes, les gendarmes de l’intérieur équipés, eux aussi, des mêmes masques se devaient de courir de tous côtés. Et de faire du bruit avec d’autres intervenants : des sirènes d’ambulance, des annonces dans les portes-voix, des grilles métalliques qui s’ouvrent et se ferment en couinant. Il faut dire à la décharge des uns et des autres qu’à partir du moment ou les autorités estiment la zone menacée à 2km seulement autour de la base, et la zone de contamination radioactive encore plus réduite, que personne ne peut y croire. Chacun sait qu’à Tchernobyl c’est un nuage radioactif qui s’est développé sur plus de 1200km et Fukushima 400km dans les premiers jours et tout l’hémisphère nord aujourd’hui. Alors dans le coin d’Istres où le mistral souffle abondamment...

Les antinucléaires aux côtés de la population

Dans la matinée, les antinucléaires ont alterné présence devant la base aérienne nucléaire et action d’information en centre-ville sur le marché. Un constat : la plupart des habitants ont avoué ne pas être du tout au courant de cet exercice. Ce n’est pas faute pour les autorités et la presse d’avoir tenté d’informer les gens du coin dans les jours précédents mais, sans doute, ici comme ailleurs, les personnes lisent de moins en moins les journaux et s’intéressent de moins en moins à ce que dit la parole officielle. D’autant que beaucoup ne croient pas à ce genre de manoeuvres.

Discussions aussi avec les gendarmes et là, en aparté, beaucoup de propos plutôt sidérants. Pas tant pour les militants du CAN84 que pour ceux et celles qui ne voient pas le pays crier de l’intérieur. " Bien sûr que nous sommes d’accord avec vous, le nucléaire est une saloperie", un propos qui fait écho à d’autres entendus dans la bouche d’autres gendarmes et personnels de "sécurité" devant les centrales nucléaires lors des actions des mois précédents. " Moi, je ne suis pas certain que je répondrais aux ordres d’aller au casse-pipe en cas d’accident nucléaire. Je crois que j’irais vite fait chercher ma femme et mes enfants et que je partirais le plus loin possible". On les comprends : la radioactivité n’est pas un jouet que l’on peut jeter de-ci de-là. C’est elle qui domine et mène la danse. Macabre.

La population cherche aussi à comprendre. pourquoi on continue dans cette voie ? Et sans le nucléaire comment faire ? Et en quoi nucléaire civil et nucléaire militaire sont finalement la même chose recouvert de vocables distinctifs mais dont la source mortelle et criminelle est la même. Le tract des antinucléaires l’explicite : " le nucléaire civil est le string du nucléaire militaire". Au dos de celui, le tableau de Picasso : "Guerica". Plus qu’un symbole : une réalité.

Source : [>http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2014/06/17/Les-antinucl%C3%A9aires-devant-la-base-militaire-nucl%C3%A9airis%C3%A9e-d-Istres]

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