Une tribune pour les luttes

Vintimille / Reconductions et interdictions de territoire

Ça danse à Ponte San Luigi

No Border (Traduction depuis le communiqué italien)

Article mis en ligne le jeudi 20 août 2015

La nuit dernière à Vintimille une centaine de migrants est montée sur un train pour traverser en masse la frontière italo-française. Nombreux parmi eux nous les avions rencontrés samedi lors de l’assemblée No Borders qui s’est tenue à la gare, à cette occasion ils avaient pris la parole pour exprimer leur exaspération pour la situation insoutenable qui les concerne depuis des mois.

Comme prévu, la tentative de passage de frontière a échoué à cause des contrôles continuels effectués par la gendarmerie à Menton-Garavan, la première gare outre la frontière.Les migrants arrêtés ont spontanément décidé de défier le blocus et ont refusé de descendre du train.

Ils on alors étés traînés de force sur les camionnettes qui les ont reconduits au poste frontalier français de Ponte San Luigi, ou il on été enfermés dans des containers en attendant que la demande de reconduction sur le territoire italien soit accepté par les autorités.

Cette procédure est habituellement imposée aux migrants suspectés d’arriver d’Italie, arrêtés du coté français, à cause des contrôles systématiques effectués au faciès dans les trains, les bus, les gares et les villes. Lorsque la demande de reconduction est acceptée, les migrants sont conduits au poste frontalier coté italien et par la suite emmenés par la Croix Rouge à la gare. Ceux qui ne sont pas reconduits, ils sont alors tout simplement relâchés en France. Il s’agit là d’une pratique qui n’est accompagnée d’aucune formalité juridique, c’est pourquoi l’ASGI (Associazione per gli Studi Giuridici sull’Immigrazione) a déjà dénoncé son caractère en marge de la légalité. En effet, dans les deux cas de figure, les migrants n’ont aucune autre solution que de reprendre leur voyage, au cours du quel ils seront à nouveau arrêtés, ramenés à la frontière pour ensuite repartir et ainsi de suite.

Cette triste journée de l’absurde est bien connu par le mouvement No Border, qui a conduit assidûment des opérations de copwatching et qui essaye d’apporter un soutien en étant présent auprès des migrants enfermés dans les containers de Ponte San Luigi.

La nuit dernière encore, une vingtaine d’activistes s’est dirigée aux poste frontalier pour soutenir les migrants retenus et être témoins des faits en cours. Une fois sur place nous avons pu constater que les migrants protestaient pour les conditions peu dignes dans lesquelles ils étaient retenus et enfermés, comme du bétail, dans un espace bien trop petit pour leur nombre.

La gendarmerie française nous a immédiatement éloignés, en s’interposant entre les migrants et nous, pour empêcher tous contacts. Ainsi, de la façon la plus parlante possible, les gendarmes n’ont fait que reproposer matériellement l’espace de la frontière en nous rappelant que « Every Cop is a Border ». Nos chants et les battements, qui depuis des mois symbolisent la lutte migrante, ont établie un pont communicatif entre les migrants et nous, sous forme de jeux de réponses interposées, de chœurs, et de cris d’enthousiasme réciproques. Nous avons chanté et dansé sur une frontière qui n’a aucune raison d’être respectée, nous avons invité les passants en transit à exprimer leur solidarité contre l’injustice de l’accès inégal à la mobilité en faisant marche arrière, la plupart ont accepté.

Lorsque la gendarmerie a décidé, malgré tout, de procéder avec la déportation des migrants vers le territoire italien, les activistes No Borders ont réagis cherchant à empêcher le passage des camionnettes, ils se sont assis et couchés sur la route. A plusieurs reprises nous avons étés bousculés, poussés et insultés, et certains parmi nous ont reportés des contusions.

Alors que la police française a été entendue nommer ce genre de repoussements des « enfournées », celle italienne en récupérant les migrants dans les bureaux de frontière leur a demandé « à quel genre de race de bêtes ils appartenaient » . Après de telles dégradations, les migrants ont été chargés dans les camionnettes et ramenés à la gare de Vintimille, malgré le fait que le centre d’accueil de la Croix Rouge soit fermé de nuit, les laissant ainsi dans l’obligation de se trouver une installation précaire sur la place.
En réponse, nous avons immédiatement apporté du lait et des vivres aux migrants bloqués à la gare.

Pendant ce temps, nullement découragés par les intimidations des autorités, nous avons continué à faire de la résistance passive à la frontière, dans la tentative de bloquer le transport forcé des migrants. Alors que nous avions décidé de quitter les lieux, la police française et celle italienne rangées en mode antiémeute nous ont entourés des deux cotés de la frontière, nous forçant par la suite à les suivre à la caserne.

Les 17 activistes italiens arrêtés, outre a avoir passé la nuit à la centrale de la police, ils ont eu droit à une identification dactyloscopique et une notification de dénonce pour « invasion de terrains ou bâtiments » ; ceux qui avaient des précédents en tous genres, au total 6 personnes, ont reçu instantanément l’ordre de se rendre dans la commune de résidence dans les deux jours sous accusation d’être des « éléments dangereux pour l’ordre et la sécurité publique », de plus ils ont reçu l’interdiction de regagner Vintimille dans les 3 prochains ans, afin d’éviter de « réitérer ces infractions qui représente une source d’alarme sociale ».

Les 3 activistes français, traînés brutalement, ont d’abord été identifiés puis relâchés par la gendarmerie, pour enfin être mis au garde à vue par la police qui les a retenus au commissariat de Menton pendant douze heures. Leurs vidéos ont été supprimées et Médecins du Monde a attesté les contusions et les contractures provoqué chez l’un d’eux par les traitements rudes reçus.

Par ailleurs, nous avons appris que les membres de l’association « Au Cœur de l’Espoir » ont été arrêtés par la police pendant qu’ils se rendaient à la gare, ils ont étés accusés de violer l’ordonnance citoyenne qui interdit l’administration de nourriture aux migrants par « simple esprit de solidarité ».

Les pouvoirs publiques se rendent enfin compte de leur parfaite incompétence pour affronter le phénomène migratoire. Depuis des décennies il est géré de manière systématiquement improvisée et urgentielle, en tapant directement sur la liberté de circulation des individus. Dans ce cadre les restrictions sur les flux migratoires expriment le court circuit dans le quel les institutions se sont engouffrés : court-circuit qui se manifeste ici à Vintimille sous la forme de « Ping Pong », ainsi défini par le gendarme chargé de chasser les migrants des wagons des trains régionaux.
Nous, qui observons cet absurde match, placés entre une raquette et l’autre, nous assistons à un déploiement des mesures répressives aussi envers des réalités qui expriment de la solidarité pour les migrants sans pour autant se limiter à la dimension assistantialiste. Le gouffre entre la réalité des personnes en voyage et les mailles serrées d’un système juridique aux mesures brutales et inutiles, s’élargit.

Nous continuerons à contester ces mesures et à lutter pour l’ouverture de toutes les frontières, nous continuerons à dénoncer les déportations illégitimes des migrants et les violences auxquelles ils sont soumis, nous continuerons à supporter les personnes en voyage.

Ni les mers, ni les déserts, ni même les prisons n’arrêtent les migrants en voyage, ainsi, ni les gardes à vues, ni les sanctions administratives n’arrêteront les activistes No Border. La lutte ouverte de la nuit dernière à San Luigi représente un pas en avant dans notre combat, et c’est pour cette raison que nous faisons appel à tous ceux qui partagent nos raisons pour soutenir le presidio permanent de Vintimille et la lutte No Border partout en Europe. Être présents à Vintimille, ainsi qu’au Brennero, à Lampedusa ou à Calais, signifie contribuer à ébranler les frontières injustes de cette Forteresse Européenne, déjà en crise. Un jour, sur les frontières de cette Europe, nous danserons, en souvenir des temps arrières quand encore ils essayaient de nous repousser.
We are not Going Back !

Presidio Permanente No Border di Ventimiglia
(Traduction depuis le communiqué italien)

P.-S.

Video de la manifestation dans le train :
https://www.youtube.com/watch?v=QwFcGNf2J_8

Video de la manifestation au poste de la frontière haute :
https://www.youtube.com/watch?v=gUep5rXnxyo

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