Une tribune pour les luttes

Éloge du métissage en général, et psychanalytique en particulier

Article mis en ligne le jeudi 25 mai 2017

Note de Bazar, rédacteur sur le site Mille Bâbords : A l’occasion de la sinistre énième boucherie (dont il faut rappeler qu’elle constitue malheureusement le quotidien de nombreux pays), il m’a semblé intéressant de prendre un peu de hauteur et de republier ici cette excellente analyse parue il y a un an sur le blog Le moine bleu.

http://lemoinebleu.blogspot.fr/2016/07/eloge-du-metissage-en-general-et.html

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(Géza Roheim, Blanc, Juif, Nous)


Au regard de l’actualité sanglante récente, de cette dizaine de massacres ou tentatives de massacre de masse survenus ces derniers jours en Europe occidentale, il devient sans doute difficile à tout observateur « gauchiste » un tant soit peu honnête – et lucide – d’esquiver la vérité politique fondamentale suivante : la psychanalyse constitue désormais la dernière ligne de défense substantielle d’un certain principe épistémologique (apanage ancien du communisme dialectique d’origine hégélienne) imposant l’étude critique de la totalité individuelle humaine comme seul accès possible à la compréhension du monde.

Le fait qu’en quelques semaines, une poignée de soi-disant « soldats du Califat » eussent d’abord massacré cinquante homosexuels à Orlando, quatre-vingt-quatre piétons à Nice, puis se soient vus, presque aussitôt, imités en Allemagne par d’autres massacreurs « psychotiques » (soucieux, à leur tour, d’égaler « l’authenticité », c’est-à-dire l’efficacité homicide des djihadistes « authentiques » opérant dans la zone irako-syrienne), ce fait, à lui seul, ruine précisément par avance toute possibilité de dichotomie grossière entre « djihadicité authentique » et simple « passage à l’acte psychotique ». Et quoique, ces temps-ci, pour des raisons conjoncturelles diverses, MM. Valls-Cazeneuve et Mme Merkel s’échinent systématiquement à favoriser a priori – boucherie après boucherie – l’un de ces types d’explications au détriment exclusif de l’autre, leur ineptie unilatérale commune, cependant, ne peut que sauter aux yeux de l’univers. « S’agit-il d’un attentat islamiste ? » se demandent, anxieux, les imbéciles internationaux ? « Ou plutôt d’un pétage de plombs purement individuel ? » se redressent-ils dans un réflexe salubre (et de dignité), cherchant alors dans la foule l’avis du premier psychologue disponible.

C’est là que ce bon vieux Freud (celui de L’Avenir d’une illusion) se rappelle opportunément à notre souvenir critique, lui qui assimile, sans plus d’égards (y’a plus de respect, aussi, faut dire, c’est ça, le problème !) la religion elle-même – en son intégrité insoupçonnable, dans ses très respectables exigences morales et disciplinaires de base – à une vulgaire « névrose obsessionnelle »…Voilà aussi, de manière générale, que nous revient en mémoire la résistance théorique décisive d’une certaine « anthropologie psychanalytique » refusant, au début du vingtième siècle (déjà !), de céder sous les coups de boutoir de « l’anthropologie différentialiste » – sur la question, en particulier, d’un universel du tabou : ce lot irrésistiblement commun de structuration ontogénétique, que révèle l’étude approfondie des mythes et de la culture humaine. Nous pensons et rendons, ici, hommage, en premier lieu, à Géza Roheim, disciple de Freud et Ferenczi, accessoirement embarqué, avec ce dernier, dans l’aventure de la révolution prolétarienne hongroise de 1919.

Que le meurtre du « Père » par « les fils de la horde » ait été – partout à la surface de cette planète – fantasmé ou réel, la violence humaine a priori d’un tel conflit primaire, son influence sur le développement de tout individu revêtent, aux yeux de Roheim (suivant là Freud de manière à la fois fidèle, prudente et critique) une effectivité cosmopolite, dont l’absolue nécessité ne saurait s’embarrasser de différences de forme, jugées inessentielles. L’ethnographe Malinovski ayant ainsi nié, dans son ouvrage La sexualité et sa répression dans les sociétés primitives, au nom de l’étude « concrète » des pratiques de telle tribu trobriandaise, que le célèbre complexe d’Œdipe pût s’appliquer à ses membres tout aussi fortement qu’aux rejetons de la bourgeoisie viennoise, étant donné la disposition matrilinéaire de cette société (l’abence formelle du « père » la caractérisant), on sait comment Géza Roheim, autre grand érudit et « spécialiste de terrain » des mœurs australiennes (et de cette zone trobriandaise, en particulier) rembarra cette initiative : « [Roheim] relève, dans de nombreux récits [trobriandais], la fréquence des thèmes ressortissant à l’analité, découvre l’importance du coït anal, et surtout démontre avec force l’existence du complexe d’Œdipe, dont l’universalité ne faisait à ses yeux aucun doute ; seulement, les relations oedipiennes ont subi dans une société matrilinéaire des déplacements dont la signification avait échappé à Malinovski ; on y trouve tout simplement, ironise Roheim, un homme qui aime sa sœur et qui entretient avec son oncle une relation d’antagonisme chargée d’ambivalence »… (Roger Dadoun, introduction à Psychanalyse et anthropologie, de Géza Roheim, p. 9).

Bref, « la théorie du conditionnement culturel ne peut rendre compte d’un certain nombre de parallélismes entre des cultures largement divergentes (…) » et « bien qu’elles existent sans aucun doute, les différences entre cultures ont été considérablement exagérées pour des raisons psychologiques données » (Roheim, ibid., p. 38). Ce qui vaut pour les cadres oniriques et névrotiques de départ vaut évidemment pour tous les conflits latents et futurs : « si l’interprétation [analytique], explique Roheim, n’a de valeur que dans le cadre d’une seule culture, comment se fait-il que nous trouvions des éléments identiques dans de nombreuses cultures, bien qu’elles puissent être orientées vers des buts différents ? Faut-il invoquer la diffusion ? C’est bien peu probable. Du reste, cela ne prouverait rien car une collectivité n’empruntera ou n’acceptera que des éléments culturels correspondant à quelque chose dans sa propre organisation. Mais il existe une preuve bien plus frappante : c’est que dans toutes les cultures, les rêves ont la même signification latente. » (ibid., p. 49). N’en déplaise à ces sympathiques tiers-mondistes différencialistes, et indigénistes actuels, aux yeux desquel(le)s – on vous le rappelle – l’homosexualité, tout autant que la contraception, la lutte des classes ou le féminisme, constituent des « inventions » purement occidentales, dont « l’homme authentique » maghrébin ou sub-saharien ne se serait trouvé contaminé que fort tard, et par un regrettable accident de l’histoire.

Parlons-en, tiens, des névroses homosexuelles, « racisées » ou « non-racisées ». Étudiant le rêve d’un patient de la jet set new-yorkaise, littéralement torturé par ses penchants gays non assumés, et celui d’un chef de tribu Kebebeku de l’île Normanby, Roheim constate une identité parfaite – jusque dans les moindres détails – des deux constructions oniriques en présence (les deux hommes s’y voyant semblablement attaqués par un « porc sauvage », muni de « terribles défenses », et menaçant de détruire le tronc de l’arbre au sommet duquel tous deux se sont réfugiés). Vérification faite, le père du gay de New York avait une fois, dans un accès de colère dirigé contre les tendances coupables de son fils, effectivement menacé de le castrer : de lui cisailler le tronc. Et quant au chef Kebebeku, avant de raconter son rêve, lui « avait parlé de l’inceste réel et mythique, et de ses nombreux succès féminins avant son mariage. Dans ses rêves, le porc aux défenses est son père : il se sent coupable de désirer sa mère » (ibid., p. 53). Et Roheim de conclure : « Il n’y a aucun lien possible, aucun élément commun, ni dans la personnalité ni dans la culture, entre le malade américain et le rêveur de l’île Normanby – si ce n’est que tous deux sont des êtres humains. » (id., souligné par nous).

Cette vérité factuelle que Omar Mateen, le massacreur de gays de Floride, ait témoigné lui-même de solides penchants homosexuels devrait, à en croire nos bons théoriciens actuels des races et tabous endémiques, être justement mise au compte d’un « métissage » funeste, forcément agressif (« colonial »), auquel notre pauvre sicaire n’était pas préparé et qui aura, de cette façon, emporté finalement son esprit et son corps. Les gens de l’ex-« tribu Ka » ne disent pas autre chose. Et quant au noyau dur (hum…) de « Daesh » lui-même, il ne dispose jamais de mot assez offensif contre les vices ordinairement provoqués par ce type de compromission culturelle avec l’occident et ses innombrables perversions intrinsèques. Le noyau en question fustigeait ainsi, dans une vidéo récente ayant fait le buzz, certaines « petites racailles arabo-francisées » [sic] lui ayant promis, elles – dans d’autres vidéos, concurrentes – rien moins que la guerre totale, des fois que le « Califat » de M. Al Baghdadi se risquerait à attaquer leur bonneuh villeuh de Marseilleuh. Ce fait avéré que, dans la région de Marseille, on aime traditionnellement volontiers à « enculer Paris » n’entre pas ici en ligne de compte. Nous ne le rappelons – c’est le cas de le dire – que pour la bonne bouche. Ce qui importe, en l’occurrence, c’est cette homosexualité, à tout point de vue très problématique, de notre tueur d’homosexuels de Floride, un trait qu’il partageait, semble-t-il, avec son étonnant suiveur culturiste (et conducteur de poids lourds) niçois.

Car, en parlant de culture, là où l’explication « culturaliste » (djihado-indigéniste) de la névrose par le métissage (au choix, donc : « arabo-francisé » ou « racisé-non-racisé ») se révèlerait peut-être vaguement défaillante, ce serait au moment d’examiner les pratiques homosexuelles ordinaires notoirement massives au sein du noyau dur (hum…) des combattants islamistes dits « authentiques » opérant sur le front syrien. Qu’il nous suffise de rappeler les stratégies répressives adoptées là-contre, là-bas, par lesdits combattants. Ce surmoi-là vaut le détour, si l’on nous passe l’expression cruelle. S’ils se voient, d’aventure, convaincus, par leur hiérarchie, de « viol » homosexuel, les djihadistes exécutent immédiatement (à fin de conjurer de tels penchants insupportablement criminels)…les seules malheureuses victimes de leur propre désir coupable. Celles-ci se voient précipitées vivantes depuis le haut de quelque toit d’immeuble (c’est là le « tarif » macabre de la punition appliquée au violé), comme un écho, terrible, à ce vertige pulsionnel assaillant sans aucun doute, chaque seconde que leur Dieu fait, l’âme impeccable de leurs bourreaux à gros sabres, à grosses kalach, ou à gros camion…
En sorte que la rigueur de l’opposition spectaculaire installée entre « authenticité » djihadiste et « inauthenticité djihadiste du simple péteur de plombs individuel » s’amenuiserait singulièrement, à cette aune d’homosexualité partagée (pour ainsi dire à priori) dont parlait Roheim, pourvoyeuse de névroses et psychoses potentielles communes (ou comparables), et de passages à l’acte éventuellement inscrits au cœur de la destinée native de toute l’humanité.

Il y a beaucoup de souffrance liée au désir physique, en ce monde, ma bonne dame. Certes. Par qui au juste (ou plutôt : par quel « gauchiste » de nos jours ?) une définition précise de ce lien entre souffrance et désir, dépassant le simple constat bistrotier, se voit encore prioritairement, structurellement, unitairement établie comme problème suprême à régler ?
La composante majoritairement pulsionnelle, pourtant, d’une telle souffrance, semble incontestable, tout comme l’agressivité homicide et suicidaire à laquelle elle donne parfois libre cours (de plus en plus, visiblement) au sein d’une société définitivement tolérante, où le « fait religieux » se trouve invinciblement absous de la moindre responsabilité.
Semblable contexte général d’œcuménisme culturaliste – accepté, quant au fond, par les identitaires « anti-métissage » de tout bord – impose immanquablement qu’au surgissement de crises spectaculaires de ce genre (explosif), le lieu réel de leur origine soit occulté, et leur compréhension rationnelle échappe autant au spectateur terrorisé que la compréhension de toutes les autres crises « économiques » sur la figure desquelles elles devraient au contraire pouvoir se superposer admirablement. La totalité de cohérence reliant organiquement, en effet, telle énième crise des « subprimes », tel autre ravage ordinaire du libéralisme mental, pulsionnel, économique, et puis ces gigantesques poussées de massacres auxquelles on assiste, impuissants, ces jours-ci, n’est tout simplement plus disponible, à supposer même qu’elle fût voulue (elle ne l’est pas). Le théoricien spontané des années 2016 échoue ainsi désespérément à lire de telles crises, à proportion de son « respect » culturel de l’idéologie religieuse, comme de sa « spécialisation » ponctuelle et anti-dialectique d’expert en : radicalisation, déradicalisation, anti-terrorisme, droit immobilier, deleuzisme, médiologie, trotskisme infra-structurel, sociologie matérialiste, et – bien sûr, last but not least– psychanalyse…

Les théories racialistes actuellement en vogue parmi l’extrême-gauche soi-disant « matérialiste » ne représentent, insistons-y encore et encore, que l’aboutissement monstrueux d’un travail de sape dirigé tout entier, contre la dialectique et l’universalisme révolutionnaire concret, par la « pensée » dominante depuis plus de quarante ans (pour ne parler ici que de la France, phare intellectuel du monde libre). Cette pensée de la « Différance » obsessionnelle ne trouve rien d’autre que son sous-corollaire immédiatiste minable dans l’affolement journalistique actuel « au contact » de ce « réel » rendu aussi illisible qu’anxiogène et débilitant. Et quant aux solutions profondes de cette pensée (contestation encore accrue du dernier « commun » logique concevable, morcellement renforcé et atomisation hystériquement encore poursuivie d’intérêts humains pourtant évidemment commensurables, à l’aune des besoins pulsionnels-économiques contemporains « mondialisés »), elles rejoignent simplement (en plus verbeux) les errements pathétiques de ces politiciens-journalistes analphabètes, entièrement affairés à fixer tel mode de discrimination – positive – enfin propre à laisser distinguer « tueurs de masse individuels » et « djihadistes authentiques »…
Qui nie ce fait élémentaire que tout djihadiste est par-là même un taré rongé de culpabilité et de répression – notamment sur-homosexuelle – ceci qu’il passe ou non à l’acte, celui-là pense, pour nous, tout aussi vite, et peu, que tel.l.e autre insistant matin, midi et soir sur les « différences » essentielles séparant les besoins et pulsions des « Blancs », des « Juifs » et de quelque « race » annexe que ce soit..

Revenons à la psychanalyse.
Elle aussi, on l’a dit, constitue à l’occasion une spécialité, bien aussi débile que les autres, mais qui ne laisse pas, néanmoins, de présenter deux avantages de fond : celui, d’abord, de présenter spontanément l’homme comme ce tout économique (pulsionnel) qui nous intéresse. Elle possède, en outre, cette qualité de toujours développer, en son sein, sa propre limite, sa propre insuffisance énergétique, donc sa propre hérésie : sa propre auto-critique immanente, à l’unisson d’un monde matériel lui-même toujours changeant, toujours fluctuant et nouveau, autant que les instruments permettant de le connaître. Le métissage épistémologique proposé par Géza Roheim fournit, du phénomène, une merveilleuse illustration. La raison de cette tendance spécifiquement psychanalytique à « l’insatisfaction » productive et auto-sublimante, à l’auto-mouvement perpétuel nécessaire ne serait-elle pas, une fois de plus, à chercher du côté de l’indécision originaire, liée au pessimisme, de Freud en matière politique ?
À refuser, en effet, le pur basculement dans la pratique révolutionnaire, autour des années 1920 (réserve faite, bien sûr, du comportement de moult disciples freudiens, à commencer, rappelons-le, précisément par Ferenczi ou Roheim, sans oublier Gross, Fenichel, Reich, etc), à choisir malgré tout d’en rester ainsi à la théorie, il fallait bien, du moins, que ce grand refoulement primordial fît bouillonner sans fin la théorie, fût-ce dans des directions parfois inconciliables (Rank, Jung).
Il fallait bien qu’un tel procédé et une trouvaille de fond par essence aussi critiques fussent amenés à se dévorer, ensuite, eux-mêmes en tant que simple conception scientifique unilatérale, dans le sens d’un développement incessant, tous azimuts, de nouvelles intuitions épistémologiques, restituant chaque fois – au gré de ce « métissage » idéal (opéré avec la sociologie, le marxisme, l’ethnologie, l’esthétique) – à la même souffrance universelle sa dignité tragique d’objet anthropologique total.

Tragique, la psychanalyse l’est assurément en ce qu’elle réunit – dans la droite ligne de l’idéalisme allemand classique (de Kant, en particulier) – en l’homme une Nature et une Liberté foncièrement inconciliables : maîtrise culturelle, d’un côté, besoin et servitude organique de l’autre. À quel autre moment historique qu’aujourd’hui la conscience douloureuse d’un tel dualisme pourrait-elle se montrer davantage impérieuse ? Sous le fascisme comme phénomène à la fois industriel et archaïque, nous direz-vous ? Certes. Sous la civilisation de « mobilisation totale » issue de la Première guerre mondiale, et révélant, chez le Freud des Réflexions sur la guerre et la mort, la puissance simplement continuée d’effets mythiques primitifs ? Certes, encore. Au moment, ajouterez-vous, de l’émergence de la « société de consommation » ou des crimes coloniaux « sauvages » pourtant commis au nom de la raison universelle ?
Cela commence à faire beaucoup, et même à relativiser, pourquoi pas ! cette « guerre de civilisation » dont les neo-cons nord-américains ne font qu’un stupide affrontement de blocs étatiques, ou proto-étatiques. Tout le long du siècle, en somme, la psychanalyse aura ainsi accompagné le processus historique de manière critique : tout le long de ces crises sanglantes répétant, chaque fois, le tissu contradictoire « progressiste-régressif » du capitalisme contemporain. De là, l’explication de sa richesse métisse inépuisable, de sa grandeur polymorphe. Mais néanmoins fidèle, tragiquement fidèle, à son universel projet anthropologique-critique de départ, vis-à-vis duquel nous ne lâcherons rien.

La notion de « spécialisation professionnelle » psychanalytique constitue donc l’une seulement de ces hérésies automatiques (épistémologique et réactionnaire, en l’occurrence) auxquelles l’attitude psychanalytique est susceptible de donner lieu. D’autres, situées au pôle opposé, à la pointe extrême du travail visionnaire de ses chercheurs maudits (voire consciemment orthodoxes : c’est le cas de Freud lui-même, en ses prises de risque théoriques ponctuelles les plus marquantes), renverront sans problèmes à la seule critique qui vaille (totale) du monde bourgeois, entendu et défendu, depuis sa naissance, par ses sectateurs comme gigantesque et durable « harmonie démocratique ». Le principe même de la psychanalyse, par-delà ses défauts, ses lâchetés et ses impuissances particulières, est un principe critique faisant justement voler en éclats, révélant comme absolument fausse ladite harmonie, et indiquant donc par là – plus ou moins négativement, il est vrai – le chemin d’une sortie, d’une évasion possible, à tout le moins concevable. Sa critique intrinsèque, indéfectible, du phénomène religieux, en particulier, nous offre une arme irremplaçable par les temps qui courent, marqués sur ce sujet précis par la défection, pour ne pas dire autre chose, de moult camarades « communistes » ou « libertaires ».

Quant à l’ensemble aperçu de ces phénomènes congruents : soit la misère totale impliquée par le libéralisme existentiel, permissif et tolérant, associée à une domination désormais socialement réelle de la pulsion de mort, dont le libéralisme préparait, depuis des décennies de « libération sexuelle », la capacité « militaire » décuplée d’agressivité (contre soi, contre la nature culturelle de l’homme – sa « raison sensible » – autant que la nature extérieure), un libéralisme « de gauche » prolongé et dépassé, en cela, aujourd’hui, par une religiosité mortifère posant (évidemment à l’encontre de ses suppôts prolétaires même) les bases futures d’une réussite capitaliste intégrale (Qatar, Turquie, etc) ; quant à tout cela, donc, relativement aux compréhension et critique pertinentes possibles d’une semblable évolution catastrophique programmée, ce n’est pas, en vérité, que la psychanalyse ait encore quelque chose à dire, mais plutôt que son « oubli » récent – organisé par ses ennemis et maîtres – se trouve lui-même, sous peu, voué à l’oubli nécessaire.

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