Une tribune pour les luttes

De la grève

Édito du Braséro n°13 • Fédération CNT-PTT

Article mis en ligne le mardi 24 octobre 2017

Un silence inhabituel règne dans le bureau. Sur les positions s’entassent les caisses que les FQ [1] et quelques CDD ont triées à grand peine. Aujourd’hui, rien ne sortira ou si peu. C’est la grève, la belle !!! Ce moment réjouissant où dans le bureau ne résonne plus le « tu dois » quotidien mais tonne un retentissant « nous voulons !!! ». Ce moment unique où les salariés se libèrent du lien de subordination qui les lient à leur employeur et inversent le rapport hiérarchique pour se trouver sur un piédestal face à leur exploiteur. Rien, rien de tout ce qui régit nos existences au sein du monde de l’entreprise et plus largement nos existences même n’est plus valable. Les normes et les procédures, pensées pour rationaliser la production et qui dirigent nos gestes et font mouvoir nos corps aux quotidien, volent en éclat. Les petits chefs n’ont plus aucune utilité. Les cadres sont envoyés en tournées ou au tri et on savoure l’idée de les savoir en train de goûter aux joies de la distribution.

Entre les collègues, les rapports changent. Au rassemblement, on retrouve les postiers d’autres bureaux, d’autres services. On échange sur les conditions de travail, sur les problèmes particuliers ou généraux. On revoit une rit. On partage les souvenirs, les bons moments passés, les collègues qui nous ont quitté. On mange un casse-croûte et on boit un verre avec l’argent qu’on a collecté, chacun y a mit de sa poche. Ensemble en assemblée générale, on prend la parole, on s’écoute, on décide collectivement de la suite du mouvement. Des relations égalitaires naissent, relations qui ne peuvent qu’exister suite à une rupture radicale avec le monde de l’entreprise basé sur la division du travail et la hiérarchie. De ces échanges naît un sentiment de fraternité, sentiment issu de la prise d’une volonté commune de changer les choses.

Et lorsque nous reprendrons le travail après un jour, une semaine, un mois de grève les choses ne seront jamais plus les mêmes. À l’issue du conflit, lors de la reprise, là encore quelque chose à changer : le sentiment d’être un groupe, une force qui impose le respect. Que l’on obtienne satisfaction ou pas une grève est toujours une victoire. Les réorganisations régulières sont là pour nous le rappeler.
Quoi qu’on en pense, quel que soit l’intérêt que l’on porte à la tâche, quel que soit le savoir faire, les compétences et la touche personnelle que l’on apporte au travail, un salarié n’est toujours qu’un outil au service d’une machine géante qui le dépasse. Les collègues qui après 25 ans de service et d’investissement sur une tournée se voient balancer sur un autre quartier lettres avec pour seule consolation les commentaires méprisants de la hiérarchie sont là pour en témoigner.

S’extraire de cette condition aliénante le temps d’une grève c’est s’offrir collectivement et individuellement la possibilité d’emprunter d’autres chemins que les voies sombres et étroites que nous offre le monde de l’entreprise dans une économie capitaliste.


Couverture de l’Assiette au Beurre, par Grandjouan, illustrateur libertaire
(début du 20° siècle)

Source : http://www.cnt-f.org/fedeptt/spip.php?article412

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Notes

[1[Facteur Qualité] Ndr

[2[Facteur Qualité] Ndr

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