Une tribune pour les luttes

Non au couvre-feu colonial !

La révolte n’est pas un crime !
Les véritables incendiaires sont au pouvoir !

par le Mouvement des Indigènes de la République

Article mis en ligne le jeudi 10 novembre 2005

Brutalité permanente de la police, mépris de la douleur des gens après
la mort de deux adolescents, gazage d’une mosquée, propos irresponsables
des autorités de l’État, les provocations d’un pouvoir exclusivement
préoccupé par les calculs politiciens et les échéances électorales ont
mis le feu aux poudres, et servi de détonateurs à la révolte longuement
rentrée de la jeunesse indigène ou indigénisée des quartiers populaires.
On parle désormais d’envoyer la troupe pour mater cette révolte. On ne
l’envisage, dans une logique de guerre civile, que pour parler de sa
répression.

Victimes de toutes les discriminations, de toutes les humiliations,
objets permanents du mépris social, de la brutalité policière, des
contrôles au faciès, du racisme, privés d’avenir, précarisés, déclassés,
rejetés, orientés par le système scolaire dans les voies de garage,
interdits de se rassembler, toujours soupçonnés de tous les maux, privés
de leur droit au respect et à la dignité, les jeunes des quartiers
expriment leur révolte de manière spectaculaire et disent : « Nous
n’avons pas d’autre moyen de nous faire entendre ! ». Face à une
violence sociale et institutionnelle insupportable, leur révolte est
plus que légitime : elle est salutaire. Elle constitue une réaction
politique. En l’assimilant à la délinquance, en y opposant la répression
brutale, en ajoutant le mépris à la provocation, le pouvoir souffle sur
l’incendie qu’il a lui-même allumé.

Cette révolte confirme l’analyse que le Mouvement des Indigènes de la
République a proposée depuis le lancement de son Appel en janvier 2005.
La riposte des institutions de l’État est l’illustration de la gestion
coloniale des populations issues de l’immigration, quel que soit le
régime en place, de droite comme de gauche. Dominique de Villepin en est
la dernière incarnation. L’actuel Premier Ministre a décrété l’état
d’urgence et la possibilité pour les Préfets d’instaurer un couvre feu
dans les quartiers populaires en s’appuyant sur une loi coloniale
adoptée en 1955 pour réprimer le mouvement national algérien. C’est
cette même loi qui a servi à mater dans le sang les manifestants
algériens du 17 Octobre 1961 et qui a été mise en œuvre en Kanaky en
1984 sous le gouvernement socialiste de Laurent Fabius. La continuité
des pratiques n’est donc plus à prouver. La matrice idéologique ayant
permis ces crimes coloniaux animent toujours les manières
institutionnelles de voir, de penser, de ressentir et de traiter
administrativement les populations issues de la colonisation et
assignées à résidence dans ces nouvelles zones d’indigénat que sont les
quartiers populaires.

Quand à la proposition du " droit à l’apprentissage à 14 ans", ce n’est
ni plus ni moins qu’une remise en cause de l’obligation de scolarisation
jusqu’à 16 ans ; c’est un des acquis que la droite voulait démanteler
depuis longtemps. Elle ose aujourd’hui le présenter comme une mesure "en
faveur des déshérités" : c’est en réalité l’annonce cynique que, ilotes
aujourd’hui, les habitants des quartiers populaires seront ilotes
demain, et dès 14 ans.

Les formes prises par cette révolte conduisent à des violences et à des
dégâts dont sont également victimes les populations déshéritées de ces
quartiers. Nous tenons à affirmer notre plus entière solidarité à ces
populations, et à celles et ceux dont les biens ont été endommagés ou
détruits. L’État, responsable de la situation, doit sans délai les
indemniser de la totalité du préjudice qu’elles subissent.

Ce qu’exige la jeunesse des cités, c’est d’être reconnue dans sa
dignité, c’est de pouvoir vivre dans l’égalité et le respect. Il s’agit
d’une exigence politique et sociale élevée, juste dans son principe, et
à laquelle il est nécessaire de répondre politiquement.

Dès à présent, nous posons un certain nombre d’exigences

Bien évidemment, l’actuel ministre de l’intérieur doit être démis de ses
fonctions s’il ne démissionne pas lui-même ; il en va de même du premier
ministre qui approuve et soutient publiquement la répression de masse
que son collègue organise. Mais nous ne nous faisons pas d’illusion sur
les effets réels de ces démissions : si, symboliquement, le départ de
ces boute-feu s’impose, il ne constitue en aucun cas une solution, ni un
objectif de lutte prioritaire. Nous ne militons pas pour un clan contre
un autre, nous ne nous faisons pas d’illusion sur les objectifs réels
des politiques, de droite ou de gauche, qui lorgnent sur le pouvoir et
dont l’horizon est borné par les élections à venir.

- Des centaines de jeunes ont été interpellés et arrêtés par les forces
de police dans le cadre des évènements en cours. Nous exigeons leur
libération immédiate. Il convient de reconnaître aux faits qui leurs
sont reprochés leur caractère politique, et de leur refuser un
traitement judiciaire, dont la logique est celle de la provocation : les
révoltés ne sont ni des « racailles » ni des « sauvageons ». Ils doivent
être entendus pour ce qu’ils sont, et pour cela *l’amnistie* pour les
révoltés s’impose. Nous refusons qu’une justice plus ou moins expéditive
frappe arbitrairement certains, et que les autres demeurent sous le coup
d’un risque d’arrestation et de poursuites. À révolte politique, réponse
politique.

- Des parties entières de la Seine-Saint Denis et d’autres zones
urbaines font l’objet d’une véritable occupation par des milliers de CRS
ou autres gendarmes, dans une logique de guerre civile. *Nous exigeons
leur évacuation sans délai*. La présence de ces forces de répression -
et à plus forte raison celle de forces militaires - contribue, non pas à
la « sécurité publique », mais à attiser la révolte des populations.
Elle porte atteinte à leur dignité et constitue comme une punition
collective que nous refusons.

- Par centaines, des habitants des cités en révolte ont subi de gros
dommages du fait des émeutes. Ces victimes doivent être indemnisées
immédiatement
 ; l’intervention à cette fin des pouvoirs publics se
justifie parfaitement par la responsabilité entière de l’État dans la
situation actuelle.

- Il est indispensable de faire la lumière complète et de dire la
vérité
sur les évènements qui ont déclenché la révolte : sur la mort de
Zyad Benna et Bouna Traoré et sur le gazage de la Mosquée de
Clichy-sous-bois. Une commission d’enquête indépendante, comportant
des représentants des habitants et des acteurs de terrain doit être
formée et dotée de moyens réels, pour mettre en lumière les agissements
de la police tout au long du déroulement des évènements.

- L’instauration de l’état d’urgence renforce de manière scandaleuse
l’isolement et l’enclavement organisés des quartiers populaires. Il
doit y être mis fin sans délai et la liberté de circulation des
habitants des quartiers doit être restaurée et garantie.

- Les dispositifs « sécuritaires » institués par les lois Perben,
Sarkozy, Chevènement, Vaillant, doivent être supprimés ; les textes qui
les instituent doivent être retirés.

- Nous exigeons la mise en place d’une politique résolue de lutte contre
les discriminations dans tous les domaines et de mesures immédiates
contre la précarité
, le chômage et la ghettoïsation : la création
d’emplois stables et valorisants, tant publics que privés ; la garantie
d’une égalité réelle en matière d’éducation et de formation ; la mise
en place de mesures d’amélioration des conditions de logement et du
cadre de vie dans les quartiers populaires , ce qui passe notamment par
la garantie de transports en commun dignes de ce nom et gratuits ; le
droit de vote et la citoyenneté de résidence pour les non-français et
la régularisation de tous les sans-papiers.

Nous invitons par ailleurs, partout où c’est possible, à l’organisation
de débats et de réunions publiques, à la prise des dispositions
nécessaires à la convergence de l’action en vue de faire plier le
gouvernement.

Fait à Paris le 9 Novembre 2005

Contacts : Mouvement des Indigènes de la République
Tél. : 06-18-92-76-15
E-mail : contact chez indigenes.org
site Internet : www.indigenes.org

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