Une tribune pour les luttes

La révolte dans les quartiers populaires impose d’autres réponses que le mensonge, le mépris et la répression

Article mis en ligne le jeudi 10 novembre 2005

La mort de deux jeunes, électrocutés en rapport avec un contrôle
d’identité, les mensonges sur cette dramatique affaire, de la part de
la police, du Procureur de la république, du ministre de l’intérieur
ont entraîné une révolte de la jeunesse à Clichy Sous Bois et dans les
villes alentour. Cette révolte est en train de s’étendre du 93 à la
région parisienne, puis à l’ensemble du pays ce qui achève de
discréditer ce pouvoir qui au mépris des avis des chercheurs et des
responsables locaux, y compris de son bord voudrait nous faire croire
qu’il s’agit de l’action isolée de quelques caïds de banlieue et qui ne
veut pas reconnaître qu’il récolte aujourd’hui les fruits de sa
politique sociale, économique et sécuritaire au service du libéralisme
qui conjugue désengagement de l’Etat et répression tous azimuts. On ne
peut que désapprouver des viol ences faites à l’encontre des services
publics et des populations défavorisées des quartiers populaires. Pour
autant ces évènements révèlent la profondeur de la crise sociale.

Le ministre de l’intérieur multiplie les provocations et les propos
injurieux à l’égard de toute une population (" nettoyer les cités au
Karcher " à la Courneuve, " on va vous débarrasser de cette racaille "
aux parents d’Argenteuil, " les vrais jeunes " à Clichy, en opposition
aux jeunes qui exigent la vérité sur une bavure de trop...). Ses "
incivilités " lui permettent d’envoyer de plus en plus de troupes
quadriller les quartiers populaires. Ses demandes de faire du chiffre
dans les interpellations (comme il le fait pour l’expulsion des sans
papiers) débouche sur de la prison ferme en comparution immédiate pour
des jeunes le plus souvent attrapés au hasard, ce qu i n’est pas sans
rappeler la répression contre la jeunesse lycéenne... Cette escalade est
une dangereuse fuite en avant pour masquer l’impasse évidente où mène
sa politique sécuritaire, et celle de ses collègues et de ses
prédécesseurs qui depuis des années bafouent les droits fondamentaux :

- à la santé en privant de CMU des dizaines de milliers de pauvres,

- à l’éducation en traquant les jeunes sans papiers à l’école, ou,
comme le 6 janvier dernier, De Villepin, alors ministre de l’Intérieur,
" sécurisant " / stigmatisant les jeunes de centaines de lycées et
collèges de banlieues à grand renfort d’escadron de CRS... et de caméras.

- au logement en mettant à la rue les mal logés, comme Sarkozy qui, en
tant que maire de Neuilly, refuse d’appliquer la loi relative à la
construction de logements sociaux sur sa commune et participe ainsi au
développement de la ségrégation sociale.

Depuis des années, ce gouvernement a réduit et pratiquement supprimé
les crédits alloués aux associations dans les quartiers. Il cherche à
transformer les éducateurs-éducatrices en auxiliaires de police. Il
réduit sans cesse les moyens de l’Education Nationale. Il multiplie les
contrats précaires et les stages bidons dont les jeunes sont les
premières victimes. Il laisse se développer les discriminations à
l’embauche et au logement et la banalisation du racisme.

Nous, personnels de l’Education, appelons aujourd’hui ceux qui, par
leurs discours leurs mensonges et leur politique sont responsables de
cette situation, à en tirer personnellement les conséquences. Nous
exigeons leur démission et que toute la clarté soit faite sur le drame
de Clichy.

Nous dénonçons la démagogie sécuritaire qui, en prétendant régler les
problèmes sociaux par la force et la répression, montre, une fois de
plus, qu’elle ne conduit qu’à mettre le feu aux poudres.

Nous rappelons notre opposition déterminée à la réforme Fillon de
l’Education et exigeons les moyens et l’organisation nécessaires aux
pédagogies alternatives fondées sur la coopération, la socialisation,
la reconnaissance et l’exercice des droits des jeunes dans les
établissements scolaires.

Nous réclamons, des moyens substantiels pour les ZEP et le
rétablissement des 800 postes mis à disposition des associations
d’éducation populaire, qui œuvrent dans les quartiers ; postes qui ont
été supprimés du budget 2006.

Nous exigeons un changement radical de politique à l’égard de la
réduction des inégalités, de l’emploi, et des services publics qui
donne enfin aux travailleurEs et aux éducateurs- éducatrices les moyens
dont ils ont besoin pour travailler, et qui ouvre des perspectives vers
une société solidaire, juste, en rupture avec le système capitaliste.

Emancipation Tendance Intersyndicale, 6 novembre 2005.

Contact : emancipation.17 chez wanadoo.fr

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