Une tribune pour les luttes

Quel avenir pour l’humanité ? Le communisme est une nécessité

Article mis en ligne le mardi 10 avril 2018

En 2017 ont eu lieu la première greffe d’un visage, la découverte d’un squelette d’homo sapiens au Maroc vieux d’environ 315 000 ans, l’observation d’une exo-planète (Ross 128 b) susceptible d’abriter la vie et bien d’autres prouesses scientifiques et techniques. Ces nouvelles connaissances témoignent des extraordinaires capacités de notre espèce. Chacun de ces progrès est le fruit de la curiosité et de la recherche de la vérité mais surtout de l’association toujours plus grande du travail manuel et intellectuel de toute l’humanité. Si un chirurgien, un paléontologue ou un astronome peuvent aboutir à de telles trouvailles merveilleuses, c’est qu’ils s’appuient sur des siècles de connaissances accumulées. Plus encore, ils se nourrissent des débats qui ont lieu aux quatre coins du monde et ils usent d’outils résultant de la collaboration de centaines de disciplines et de millions de personnes. Matières premières, usines, laboratoires, robots, routes, avions... la liste des moyens mobilisés sur terre pour construire un seul télescope est infinie. Voilà quelle humanité révèle une nouvelle fois toutes les découvertes de 2017  : une humanité reliée mondialement, un intérêt commun et international, un seul tissu socio-économique aux liens chaque année plus complexes et resserrés.

Mais 2017 c’est aussi, dès le 1er janvier, 39 personnes qui meurent dans une discothèque à Istanbul en Turquie, victimes d’un attentat. 57 à Bagdad en Irak le lendemain, 48 à Azaz en Syrie le 7 janvier. Puis  : Gao, Parachinar, Québec, Kaboul, Londres, Saint-Pétersbourg, Barcelone... Le terrorisme a frappé presque chaque jour. La guerre a continué elle-aussi à ravager des pans entiers de la planète. Le Moyen-Orient, tout particulièrement, est devenu une zone de désastres et de souffrances. La population y subit l’impact sanglant de toutes les tensions impérialistes mondiales  : seigneurs locaux, puissances régionales, grandes puissances, tous y défendent leurs sordides intérêts à coups de balles et de bombes. Peut-être, le plus frappant dans cette dynamique morbide est le comportement de plus en plus irrationnel de ses protagonistes. L’obscurantisme de l’État islamique et la dimension suicidaire de son projet n’est qu’une caricature extrême de ce qui, au fond, alimente depuis plusieurs décennies la guerre, comme l’est le terrifiant gonflage de torse de Trump et Kim jong-un qui, s’ils ne se menaçaient pas d’apocalypse nucléaire réciproque, serait purement grotesque.

Cette folle barbarie pousse des millions d’êtres sur les routes et les mers. Et si l’Union européenne a vu les arrivées de migrants divisée par deux en 2017, c’est le seul résultat d’une politique anti-immigrés de plus en plus féroce et meurtrière. Barbelés aux frontières, camps de réfugiés, bateaux traquant les migrants d’un côté, militaires armés dans les rues, vidéosurveillance omniprésente, extension continuelle du pouvoir des flics de l’autre, partout l’État policier se renforce, puisant sa légitimité dans la peur.

Peur, repli sur soi, irrationalité... le terreau est fertile pour des mouvements politiques nauséabonds. Le populisme et les indépendantismes sont de ceux-là. Alors qu’en 2011, le mouvement des Indignados en Espagne était porté par un certain sentiment internationaliste (“De la place Tahrir du Caire à la Puerta del Sol de Madrid” était l’un des premiers slogans des Indignés faisant du “Printemps arabe” une source d’inspiration  ; et aucun drapeau ni nationaux ni régionaux n’étaient brandis dans les manifestations), 2017 a été marquée par une flambée de l’indépendantisme catalan, révélateur d’une dynamique de repli régionaliste et nationaliste qui s’exprime à travers le monde. Quant au populisme, il engrange les plus bas instincts humains en dirigeant la colère et les frustrations non pas contre un système, le capitalisme, mais contre une poignée d’hommes, “les élites” ou “l’esablishment” (pour reprendre le mot préféré du président américain actuel). D’ailleurs, qu’un tel individu, Trump, soit parvenu à la tête de la première puissance mondiale en dit long sur l’état de déliquescence de ce monde. Même du point de vue de l’intérêt de la bourgeoisie américaine, ses bouffonneries, son inconséquence et sa nature incontrôlable sont un véritable handicap.

Fondamentalement, ce qui explique cette décomposition du tissu social, cette atomisation des individus comme la progression continuelle de l’irrationalité, est l’absence de perspectives. Le capitalisme décadent ne peut offrir à l’humanité que toujours plus de misère et de guerre. Mais même sur ce terrain impérialiste, il ne parvient plus à structurer la société en nations fortes et regroupées en blocs, disciplinées, qui marchent ensemble vers un projet commun  : la Guerre mondiale, comme ce fut le cas de 1914 à 1968. De l’autre côté, depuis la fin des années 1980, le rêve qu’un autre monde est possible... la classe ouvrière n’y croit plus. Elle n’a pas vraiment conscience qu’elle existe et semble même avoir oublié son histoire et n’a pas conscience de sa force. Elle ne parvient pas à être la conscience qui guide l’ensemble de l’humanité vers un monde fait de solidarité, de réflexion, de débats comme expressions du combat de classe. Un monde qui tourne non pour le profit mais pour la satisfaction des besoins humains. Sans cette perspective, le no future ne peut que s’imposer et avec lui tous les replis et toutes les haines.

Pourtant, salariés, chômeurs, étudiants précaires, retraités, du public ou du privé, sur un robot d’une usine ou derrière un écran d’ordinateur, toutes ces composantes de la classe ouvrière existent bel et bien encore. Elle n’a même jamais été aussi nombreuse, reliée internationalement et éduquée. C’est elle qui détient les clefs de l’avenir. La classe dominante le sait, elle qui a passé l’année 2017 à dénaturer la signification de la révolution prolétarienne en Russie à l’occasion de son centenaire avec un tombereau de mensonges et falsifications afin de dissimuler que se cache là une source d’expériences précieuses, d’inspiration, de courage et de confiance pour le prolétariat mondial. Qui a, par exemple, arrêté la boucherie de la Première Guerre mondiale  ? La vague révolutionnaire internationale  !

Non, la classe ouvrière n’a pas disparu  ! L’avenir appartient à ses luttes et à son combat historique. D’ailleurs, tel un symbole, la fin de l’année 2017 a été marquée par des manifestations massives en Iran (comme d’ailleurs en Tunisie en ce début d’année 2018) contre la hausse de prix des denrées de première nécessité, dans un pays en guerre et habitué à des répressions sanglantes, rappelant ainsi le courage des opprimés. Cela met aussi face à ses responsabilités le prolétariat des pays centraux, particulièrement en Europe, qui est constitué de travailleurs venant du monde entier, continuellement depuis deux siècles. Ce prolétariat, hautement éduqué et très dense, porte surtout en lui une très longue expérience politique des pièges les plus sophistiqués tendus par la bourgeoisie, ses syndicats, ses organisations de gauche, sa démocratie, etc... C’est lui qui peut et donc qui doit développer le plus largement et profondément sa conscience et son auto-organisation. Pour cela, il doit renouer avec son histoire, retrouver son identité de classe, reprendre conscience de son existence et prendre confiance en sa force collective.

L’humanité est devant cette seule alternative  : haine de l’autre ou solidarité, nation ou classe, militarisme ou révolution, barbarie ou socialisme. “Les prolétaires n’ont pas de patrie. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous  !”

Horam, janvier 2018

P.-S.

internationalism.org

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