Une tribune pour les luttes

Communiqué du FUIQP

Rue d’Aubagne : Crions notre colère

Article mis en ligne le dimanche 11 novembre 2018

À l’heure où nous rendons public ce communiqué, l’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne à Marseille a déjà fait 8 morts. Le FUIQP tient en premier lieu à exprimer ses condoléances aux familles et aux proches endeuillés par ce drame. A l’émotion qui nous tenaille s’ajoute la colère car nous ne sommes pas en présence d’une catastrophe imprévisible mais du résultat logique du mépris pour les conditions d’hébergements des pauvres, des immigrés et de leurs descendants qui constituent la majorité des habitants du quartier. La situation des deux immeubles effondrés était, en effet, connue de tous, et leurs habitants avaient déjà tiré la sonnette d’alarme à de nombreuses reprises.

Quelques chiffres suffisent à mesurer les responsabilités de l’ensemble des autorités publiques : dès 2015 le rapport Nicol évalue qu’un marseillais sur huit vit dans un logement représentant un danger pour la santé et la sécurité ; le même rapport chiffre à 13 % du parc les logements indignes (42 400 appartements) ; pour les « arrondissements centraux » le taux passe à 35 % pour le parc privé, le seul auquel peuvent accéder de nombreuses familles en raison des carences des politiques de logements ; le quartier de Noailles compte pour sa part 48 % de logements insalubres c’est-à-dire de véritables taudis. Bref les autorités savaient ; les autorités ont laissés faire.

L’inertie meurtrière des autorités municipales cumulée aux effets de la politique nationale du logement (insuffisance de la construction de logements sociaux ; encouragement au parc privé ; etc.) ont réuni les conditions structurelles de la catastrophe. Car bien sûr l’insuffisance de la construction publique et le coût des loyers créent les conditions dans lesquelles fleurissent les « marchands de sommeil ». Plus grave la volonté de faire partir du centre-ville les pauvres, les immigrés et toutes les populations jugées « non rentables » a conduit à une politique délibérée de pourrissement dans l’espoir de les inciter à quitter les quartiers centraux. L’objectif parfois explicite mais généralement implicite est d’opérer une opération de « chirurgie sociale » en remplaçant les classes populaires du centre-ville pour les remplacer par des habitants aux revenus plus conséquents.

Plus largement c’est l’ensemble du logement populaire qui est laissé à l’abandon. Il suffit d’habiter un quartier populaire en centre-ville ou en périphérie, majoritairement d’habitat social ou au contraire du parc privé, pour sentir quotidiennement que nous ne constituons pas une priorité dans l’agenda des décideurs nationaux et locaux. Des logements laissés à l’abandon aux ascenseurs non réparés, du sous-équipement en infrastructures au non entretien des espaces en passant par les réparations dépendant du bailleur non effectués, etc., le droit au logement digne est bafoué chaque seconde.

Bien sûr comme à chaque drame des promesses seront tenues afin de nous faire patienter et diluer notre colère. Nous devons au contraire défendre le droit à la vie décente et au logement digne. Sans notre mobilisation d’autres drames surgiront inévitablement à plus ou moins long terme. Dans l’immédiat mobilisons-nous pour imposer un plan de mise en sécurité dans un délai court de l’ensemble des logements du quartier avec droit au relogement dans le même secteur si nécessaire.

De ce fait notre section à Marseille est partie prenante des mobilisation en cours. Elle mettra à la disposition de ces dernières les modestes moyens dont elle dispose.

Nos vies comptent. défendons-les.

10 novembre 2018

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