Une tribune pour les luttes

Gilets jaunes : Commercy était motivant, structurant, porteur de perspectives

Article mis en ligne le mercredi 30 janvier 2019

La première AG des AG du mouvement des gilets jaunes à Sorcy-Saint-Martin (Meuse), les 26 et 27 janvier, a rencontré un vrai succès. Le groupe des gilets jaunes de Commercy avait mis le paquet pour un accueil qui a été largement salué. Bravo donc pour cette construction par le bas d’un cadre de structuration, légitimé par le nombre de mandaté.es, et qui a dégagé des perspectives pour cette lutte inédite.

Ce sont 75 groupes locaux de gilets jaunes, représentés par plusieurs centaines de délégué.es – pour certain.es mandaté.es en tandem homme-femme –, qui se sont réunis dans une ambiance chaleureuse. L’après-midi du 26 janvier a été consacré à la présentation des groupes, reflétant la diversité des situations locales mais aussi les points communs.

Les valeurs communes contre toutes formes de discriminations (racisme, sexisme, homophobie, validisme) est appuyée majoritairement, prenant à contre-pied l’image fascisante du mouvement que tente de faire passer le gouvernement, sans toutefois fermer les yeux sur les difficultés à faire vivre ces valeurs, notamment quand il s’agit de dénoncer clairement les groupuscules d’extrême-droite qui tentent de récupérer le mouvement.

La majorité des groupes se structurent autour des ronds-points ; souvent les cabanes constituent des QG d’organisation de la lutte et de prise des décisions collectives. On peut noter la particularité du groupe de Saint-Nazaire qui occupe un ancien bâtiment Pôle Emploi rebaptisé « Maison du peuple ». Souvent les militantes et militants construisent un lieu collectif, les forces répressives le détruisent, il est reconstruit dès le lendemain, démontrant ainsi le haut degré de détermination.

La féroce répression policière contre le mouvement est une constante, et elle s’accompagne de son cortège de blessé.es, éborgné.es, mutilé.es. Les outils de résistance développés sont divers, allant des cagnottes de soutien aux inculpé.es et mutilé.es à l’auto-organisation d’équipes de street-médics (médecins de rue), en passant des légal-teams pour le soutien juridique.

À noter : la forte représentation des femmes, qui sont les premières touchées par la précarité et subissent les violences patriarcales.

Des liens avec les salarié.es en lutte

Les liens entre gilets jaunes et salarié.es en lutte sont très divers, mais la méfiance justifiée envers « les bureaucraties syndicales qui trahissent » n’empêche pas que des liens se tissent, comme avec les postiers à Poitiers (86), avec les chauffeuses et chauffeurs VTC à Rungis (91), avec les salarié.es de STMicroelectronics à Crolles (38) luttant pour l’obtention d’une « prime Macron » ou encore avec l’appel unitaire Colère 44-FSU-CGT-Solidaires à Nantes (44).

Un groupe de gilets jaunes spécifique aux enseignantes et enseignants en lutte contre les projets de Blanquer (réforme des bacs général et pro, Parcoursup, statuts) s’est présenté. Une démarche intéressante se construit aussi à Paris autour de l’idée de créer des « ZAD des services publics » dans les quartiers populaires.

Les situations à Paris et à Marseille ont le point commun d’être très marquées par la question de l’accès au logement, de leur insalubrité, ainsi qu’au soutien aux migrantes et migrants. On notera qu’une tentative individuelle par un non-mandaté de porter la parole du confusionniste Étienne Chouard a été écartée.

Revendication sociales et fiscales au premier plan

Un questionnaire lancé en amont a permis de recueillir un panel de revendications, et compte tenu d’une collecte encore incomplète, les mandaté.es n’ont pu qu’évoquer les grands thèmes, sans les détailler, ceci pour éviter d’imposer des revendications aux différents groupes qui n’ont pas pu s’exprimer. Les questions sociales et fiscales sont les plus récurrentes, avec la redistribution des richesses : augmentation des salaires, des pensions et des allocations, baisse des taxes etc.

Les revendications démocratiques sont également mises en avant avec la question des prises de décisions collectives, en horizontalité, parfois en assemblées pratiquant démocratie directe. La question du référendum d’initiative citoyenne (RIC) ne semble pas faire consensus, certains groupes jugeant que c’est une simple proposition parmi d’autres.

La volonté est forte de ne pas laisser le pouvoir reprendre la main, notamment avec l’illusoire « grand débat » proposé par Macron. La dynamique est claire : promouvoir l’auto-organisation sous forme d’AG plutôt que sous forme d’animation Facebook, destituant ainsi les petites et petits chefs médiatiques autoproclamés, à l’image d’Éric Drouet ou du confusionniste Fly Rider.

La liste Gilets jaunes aux élections européennes est massivement dénoncée car elle fourvoie le mouvement dans une voie institutionnelle qui n’est pas partagée. Toutefois cela n’apparaîtra pas dans la déclaration finale pour ne pas s’enferrer dans des dénonciations peu utiles à la massification du mouvement.

L’assemblée a appris en pleine après-midi du samedi l’attaque de la manifestation des gilets jaunes de Paris par une cinquantaine de militants d’extrême droite, ce qui devrait engendrer des débats sur la volonté de les expulser de la mobilisation.

La structuration avance

L’AG des AG a été traversée par un questionnement : est-elle légitime pour lancer un appel ? La décision a été longue à prendre. On a pu être frustré par cette lenteur, mais aussi y voir le respect d’un processus démocratique en construction. À la sortie du week-end, les mandaté.es ont finalement pu rédiger un appel à destination de tous les gilets jaunes dans lequel il est mentionné qu’il devra être discuté et voté dans les différentes AG locales.

Cet appel peut servir d’ailleurs à construire un socle d’unification à l’échelon national – voire à l’échelon européen, au niveau duquel cette lutte devrait se porter de notre point de vue.

Plusieurs questions sont restées en débat : l’appel à la grève générale avec ou pas la date du 5 février, dont les gilets jaunes semblent s’emparer ; le boycott ou la perturbation du « grand débat » ; le refus de se présenter aux élections ; l’autodéfense face aux violences policières, en bloquant par exemple les usines fabricants les armes policières, d’autant plus que le gouvernement compte faire passer sa loi liberticide dite « anticasseurs ».

Ce week-end a été riche et apprécié par l’ensemble des mandaté.es, mais également des observatrices et observateurs qui ont pu s’exprimer le dimanche 27 janvier. Il a d’ores et déjà été décidé de poursuivre l’organisation d’autres AG des AG. Une chose est sûre, c’est que la structuration avance et que la détermination est au plus haut ! Il nous semble important que les militantes et militants révolutionnaires s’impliquent dans ce mouvement inédit, notamment en aidant à développer les liens avec les salarié.es pour ancrer la tendance lutte de classe, en faveur d’une révolution sociale !

Des militantes et militants libertaires,
dont des membres d’AL, présent.es à Commercy

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1 Message

  • Le 4 février à 13:49, par Marc ARAKIOUZO

    Hyper important d’aider les Gilets Fluos à critiquer le RIC ! http://bellaciao.org/fr/spip.php?article160915

    NB : En Suisse chaque RIP coûte au minimum 400 000 CHF = 360 000 euros

    Merci de contacter les centres alternatifs libertaires / Espace Noir, Saint Imier / Reithschule, Berne / Rote Fabrik , Zürich et de leur demander leur avis, et surtout pourquoi ils n’utilisent pas ces RIP pour faire de la propagande comme l’extrême droite - Voir aussi la belle et triste histoire du RIP "victorieux" de l’ADC (assoc défense Chômeurs) de la Chaux de Fonds.

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