Une tribune pour les luttes

Édito de la Tribune des Travailleurs

La grande entourloupe

Article mis en ligne le jeudi 28 février 2019

Enfin une bonne nouvelle pour Macron : les sondages placent son parti en tête des élections européennes du 26 mai, devant Marine Le Pen (et loin devant la droite et La France insoumise). Bien sûr, ce n’est qu’un sondage et les sondeurs ne disent rien de l’abstention. Mais tout de même : un tel retournement est-il possible ? Macron n’est-il pas rejeté par tous ?

De toutes parts monte l’exigence de rupture avec la politique des gouvernements successifs (Macron étant le dernier en date) au service des capitalistes et des banquiers. Seulement voilà : cette exigence de rupture ne peut être satisfaite si les problèmes ne sont pas posés en termes de lutte des classes. Depuis trois mois, les gilets jaunes – et ceux qui les soutiennent – s’y refusent obstinément. Tous cultivent le clair-obscur sur les objectifs du mouvement(*) et rejettent la démocratie de représentation et de délégation.

De ce fait, Macron a saisi la balle au bond : organisons un grand débat pour chercher et trouver ensemble des réponses aux problèmes posés. Et de ce débat commencent à sortir les propositions : payer moins d’impôts, donc moins de dépenses publiques, moins de fonctionnaires, etc. Macron retient ce qui lui convient et écarte ce qui ne lui convient pas. Ainsi va la Ve République : tout dépend toujours au bout du compte du président.

Si l’on pose les problèmes en termes de classe – comme nous ne cessons de le faire dans ce journal –, l’urgence est de dissiper l’épais brouillard de la confusion et d’écarter les entourloupes. L’urgence est à l’unité des rangs ouvriers, des travailleurs et des organisations sur les revendications ouvrières, tout particulièrement : le rejet des contre-réformes de la fonction publique, des retraites, du lycée, etc. L’urgence est à la réalisation de l’unité des rangs ouvriers dans la vraie grève, la grève générale pour balayer les contre-réformes.

De toutes les couches de la population, la classe ouvrière est celle qui a le plus grand intérêt à la démocratie politique dans laquelle s’inscrit son droit à l’organisation et à l’indépendance. Quelle démocratie aujourd’hui peut se conjuguer avec le maintien des institutions antidémocratiques de la Ve République ?

Quand le peuple travailleur se dresse contre le régime en place, celui qui redoute d’en appeler à l’Assemblée constituante souveraine est condamné à rester prisonnier des institutions honnies et à préserver les gouvernants rejetés : c’est une leçon de l’histoire universelle.

S’il s’agit d’ouvrir une issue démocratique à la crise du régime, cela ne passera ni par l’élection au prétendu Parlement européen ni par le « débat », grand ou petit : la situation appelle le combat pour l’Assemblée constituante souveraine par laquelle le peuple travailleur décidera des formes et du contenu de la démocratie.

(*) Difficile dans ce cadre de s’accorder sur des revendications, hormis le plus petit commun dénominateur, du type « référendum d’initiative citoyenne » qui, même s’il voyait le jour, ne serait qu’un minuscule amendement aux institutions antidémocratiques de la Ve République.

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