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EDF : Énergie renouvelable et génocide dans l’isthme de Tehuantepec

Lettre de Josefa Sánchez Contreras

Article mis en ligne le dimanche 1er septembre 2019

La crise environnementale, quasi incontrôlable, que nous connaissons non seulement annonce la catastrophe vers laquelle nous allons, mais elle reste aussi accrochée au colonialisme structurel qui domine dans les pays du « premier monde » à l’égard du troisième ou des pays « émergeants ». C’est le cas des inversions de l’entreprise parastatale Électricité de France dans l’isthme de Tehuantepec, Oaxaca, Mexique (note du traducteur), dont les projets de parcs d’éoliennes ont entraîné une violence génocidaire contre le peuple Binnizá (Zapotèque).

Face au changement climatique, l’énergie éolienne est perçue dans le monde comme une mesure écologique et alternative. En d’autres termes, ce qui est supposé une « transition énergétique » selon les Accords de Paris signés en 2015, a, en fait, ouvert tout un marché de crédits de carbone.

La crise environnementale, quasi incontrôlable, que nous connaissons non seulement annonce la catastrophe vers laquelle nous allons, mais elle reste aussi accrochée au colonialisme structurel qui domine dans les pays du « premier monde » à l’égard du troisième ou des pays « émergeants ». C’est le cas des inversions de l’entreprise parastatale Électricité de France dans l’isthme de Tehuantepec, Oaxaca, Mexique (note du traducteur), dont les projets de parcs d’éoliennes ont entraîné une violence génocidaire contre le peuple Binnizá (Zapotèque).

Ce génocide, comme l’a dénommé Alexander Dunlap (Université d’Oslo), s’explique à partir d’un ensemble « structurel » où entrent en jeu les relations politiques, sociales et culturelles sur deux niveaux, au plan international et au plan local. Je me réfère concrètement à la forme dans laquelle le capital français se déploie dans l’isthme de Tehuantepec, intensifiant une économie criminelle qui se reflète dans les assassinats générés par les conflits entre caciques locaux. À ce sujet, j’affirme catégoriquement que le capital français fait partie de la violence structurelle s’exerçant actuellement contre les peuples de l’Isthme.

Vu sous cet angle, ce que l’on suppose être une alternative à la catastrophe écologique apparaît non seulement comme une tartuferie du capitalisme vert, mais se trouve aussi profondément imbriqué dans une économie de guerre. En effet dans la mesure où le capital français exaspère les disputes locales, il donne des arguments à l’État mexicain pour légitimer une intervention militaire et déployer des bases d’opération mixte, qui ne sont pas autre chose que des manœuvres pour l’occupation des routes fédérales, des entrées et des sorties des communautés.

Nous assistons à la tragédie que représente l’énergie renouvelable, elle vient dans la continuité d’un colonialisme qui bouscule de manière drastique la vie des peuples indigènes. Cela se manifeste concrètement par l’appropriation de leurs territoires, la privatisation accélérée des terres communales, la division des communautés, la modification des paysages, l’assassinat des travailleurs, le meurtre systématique des femmes (le féminicide), la criminalisation des comuneros, hommes ou femmes, qui prennent la défense de la vie et du territoire, qu’ils fassent partie de l’Assemblée des peuples indigènes de l’Isthme pour la défense de la terre et du territoire, de l’Assemblée populaire de peuple de Juchitán ou encore de l’Assemblée des comuneros d’Unión Hidalgo, tous faisant partie du Congrès national indigène.

Passer d’un régime de combustible fossile à un autre fondé sur l’énergie renouvelable pour sauver l’humanité ne devrait pas coûter la fin des peuples indiens. Pourtant c’est bien ce qui est en train d’arriver et une fois de plus nous sommes amenés à entrevoir la continuité de la mentalité coloniale qui consiste à maintenir les peuples indiens en marge de la condition humaine ; pour cette raison, il n’est pas facile d’arrêter les violations de droits de l’homme qu’est en train de commettre le capital français, la France se trouvant paradoxalement à l’origine des droits de l’homme.

Alors que trois parcs d’éoliennes d’EDF Énergie Nouvelles (EDF-EN) sont déjà installés, l’Assemblée zapotèque des comuneros d’Unión Hidalgo lutte sur le plan juridique et pacifiquement contre le quatrième parc d’EDF-EN appelé « Gunaa Sicarú » comprenant 96 aérogénérateurs sur 4400 ha de terres communales.

Face à l’opposition des assemblées et aux constantes dénonciations concernant les violations des droits indigènes et agraires, le ministère de l’énergie (SENER) s’est vu dans l’obligation d’avoir recours à une consultation indigène. Cependant celle-ci est pleine d’irrégularités, elle n’a pas respecté le caractère préalable (avant le commencement des travaux – ndt) et objectif (concernant l’information, ndt) qu’elle doit avoir selon la Convention 169 de l’OIT.

En faisant valoir l’histoire et le droit, l’Assemblée des comuneros a réussi en 2018 à obtenir du premier Juge de district de l’État d’Oaxaca la suspension de la procédure de la consultation et, avec elle, celle de la construction du parc d’éoliennes. Cependant à la fin de cette même année, la procédure a été à nouveau déclenchée et on devrait être actuellement à la première phase des accords préalables, dans un climat détestable avec des menaces de mort en direction des comuneros.

Parmi les irrégularités de la consultation, on retiendra le refus de la part de la SENER et de l’Institut national des peuples indigènes (INPI) de reconnaître le représentant des biens communaux comme relevant du Sujet collectif à consulter alors même qu’ils signalent l’Assemblée d’Union Hidalgo comme étant une institution représentative de la communauté indigène. Cette ambiguïté maintenue délibérément révèle la sujétion dans laquelle se trouve l’INPI à l’égard de la politique néolibérale menée par les ministères de l’énergie et de l’économie ; autrement dit cet assujettissement de l’INPI montre bien que le discours tenu par le gouvernement sur la reconnaissance des peuples comme sujet de droit n’est qu’un voile qui cache l’accaparement des terres et des territoires dont souffrent encore les peuples indigènes de ce pays.

La contradiction imminente entre l’économie libérale menée par le nouveau gouvernement de la « quatrième transformation » et la pleine reconnaissance des droits des peuples indiens est une réalité incontournable en ces temps de consultations simulées. À la lumière de cette vérité, les parcs d’éoliennes non seulement sont une pure hypocrisie sur le plan de l’énergie propre, mais ils participent en outre au génocide des peuples auquel nous assistons.

Josefa Sánchez Contreras
Mexico, juillet 2019

P.-S.

Traduction : Georges Lapierre.
Texte d’origine paru dans Ojarasca
Puis sur La voix du jaguar et lundimatin
Version originale de la lettre (en espagnol)

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