Une tribune pour les luttes

25 ans après, en Grande-Bretagne on déprivatise une partie du chemin de fer !

Article mis en ligne le lundi 3 février 2020

A la fin du 20ème siècle, le chemin de fer britannique a servi d’exemple à toutes celles et tous ceux qui ne jurent que par le profit, la rentabilité, les coûts moins élevés. Profit, rentabilité, coûts moins élevés, pour une petite minorité d’exploiteurs au détriment de la grande majorité de la population et des besoins sociaux collectifs !

La privatisation du rail britannique a précédé le vaste mouvement qui a touché le chemin de fer (comme les autres services publics) partout dans le monde. L’ordre capitaliste règne. En l’occurrence, leur ordre, c’est la fermeture de lignes et de gares, un entretien des installations ferroviaires très insuffisant, des trains en retard et sales, des tarifs plus élevés, les réductions tarifaires sociales qui disparaissent, une organisation du système ferroviaire totalement déstructurée, des conditions de travail très détériorées, plus de précarité, plus de chômage, …

Face à la situation catastrophique du rail britannique, en avance sur les autres réseaux de ce point de vue puisque privatisé plus tôt, les tenants de la pseudo « libre concurrence » avaient déjà eu recours à des renationalisations partielles ; toujours avec le souci de ne pas péjorer ceux qui s’étaient déjà largement servis sur le dos du service public ferroviaire : « privatisation des profits, collectivisation des pertes » est la règle d’or des capitalistes !

Le 29 janvier, le gouvernement britannique a annoncé que la compagnie Northen Railway allait redevenir publique. Il s’agit de la desserte du nord de l’Angleterre (Liverpool, Manchester, Newcastle, Leeds, etc.) ; des lignes très fréquentées et un service catastrophique… Cette décision du gouvernement conservateur ne signifie nullement que celui-ci renonce au « libéralisme », encore moins au capitalisme. Non, la satisfaction des besoins de la collectivité n’est pas devenue sa priorité ; pas plus qu’il y a un quart de siècle quand il a décidé l’éclatement du service public ferroviaire ! C’est une réponse immédiate à une situation intenable. Au bout d’un certain nombre d’années, la recherche du profit pour les actionnaires – seul but de toute entreprise privée en régime capitaliste – a des conséquences effroyables qui obligent même les plus fervents de ses supporters à prendre des mesures correctives pour calmer les colères.

Cette décision est très largement due à la campagne de longue haleine menée par le syndicat Rail Maritime Transport (RMT). Sans répit, depuis les premières privatisations, les camarades de RMT n’ont cessé, de dénoncer ce processus, d’en montrer les dangers puis les conséquences dramatiques, d’appeler à renationaliser.

La décision prise vis-à-vis de Northen Railway est une étape ; elle prend tout son sens dans une période où les privatisations – renommées « ouverture à la concurrence » - sont d’actualité pour plusieurs réseaux ferroviaires. Elle rappelle aussi l’hypocrisie des Etats, des gouvernements, des directions d’entreprises publiques, et malheureusement de certaines organisations syndicales, qui se félicitent lorsque « leur » entreprise publique historique va privatiser le ferroviaire d’autres pays ! L’opérateur de Northen Railway est Arriva, une filiale de la Deutsche Bahn (mais cela fait des années que tous les grands groupes ferroviaires « publics » européens participent activement à la privatisation dans le monde entier, à l’image de la SNCF, de la RENFE, de la DB, etc.).

Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de lutte, et du Réseau Rail Sans Frontière, réaffirment leur revendication d’un chemin de fer prenant en compte les besoins sociaux, écologiques, économiques, d’aménagement du territoire. A l’opposé de la privatisation, c’est leur socialisation qui doit être débattue, pour une mise en œuvre au plus près des réalités du terrain, basée sur la pratique et l’expérience de celles et ceux qui font fonctionner le chemin de fer, en adéquation avec les besoins de la collectivité définis démocratiquement.

Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes, le 30 janvier 2020

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