Une tribune pour les luttes

Collectifs, assos et syndicats du Manifeste pour une Marseille vivante et populaire

Plan pour une protection solidaire en temps de confinement

Article mis en ligne le mardi 24 mars 2020

Depuis maintenant une dizaine de jours, nos associations, collectifs, syndicats, composés de personnes précaires, délogées, discriminées ou les soutenant en quotidien, commençons à vivre les effets du confinement. C’était tristement attendu : ce sont les plus précaires qui paient désormais doublement la crise. Cette crise sanitaire vient en effet redoubler les effets d’autres crises sociales que nous connaissions déjà.
Dans l’esprit qui nous a réuni·es autour du Manifeste pour une Marseille vivante et populaire en janvier 2019 et des Etats généraux de Marseille en juin 2019, nous avons décidé de mettre en commun nos revendications et nos combats. Nous appelons aujourd’hui solennellement l’ensemble des Marseillais·es à signer et à diffuser massivement la pétition ci-jointe et à contribuer aux diverses initiatives organisées pour mettre en place la solidarité populaire. Beaucoup d’entre nous n’ont reçu à ce jour aucune réponse des pouvoirs publics suite à nos interpellations. Nous exigeons aujourd’hui qu’une protection solidaire soit mise en oeuvre par ces derniers, avec les moyens suffisant pour se faire.
Prenez soin de vous, de nos solidarités, de vos proches et moins proches.

• Pour signer, c’est par ici : https://www.mesopinions.com/petition/politique/plan-protection-solidaire-temps-confinement-marseille/83906

• Pour partager sur Facebook : https://www.facebook.com/Marseillepop/photos/a.476597883109749/686451632124372/

• Ou pour retouiter :
https://twitter.com/marseillepop/status/1242377769465655298?s=21

Premières organisations signataires :
Architectes Sans Frontières, L’Art de Vivre, Association de locataire ALCV saint Barthélemy, Association des usagers de la PADA Marseille, Association Leveque Family Projet, Association “Il fait bon vivre dans ma cité” (Air-Bel), Un Centre Ville Pour Tous, CGT Educ’ Action 13, Collectif 59 St Just, Collectif brouettes & compagnie, Collectif citoyen du 3ème, Collectif de la Cabucelle, Collectif des Habitants Organisés du 3e (CHO), Collectif des Écoles de Marseille, Collectif des habitants des Bourrelly, Collectif mémoires en marche, CNT 13, Collectif du 5 novembre - Noailles en colère, Collectif du Bd Dahdah, Comité D.A.L. Marseille, El manba - soutient migrant.e.s 13, Emmaüs Pointe Rouge, FSU 13, Gilets Jaunes du Toursky, Groupe de Veille Busserine, Marseille Féministe, Observatoire Asile Marseille, Osez le féminisme 13, RESF 13, RUSF 13, Salarié·es du McDo St Barthélémy, Le Social brûle, SUD Education 13, Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille ...

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La pétition :

À l’attention : Mairie de Marseille, Aix-Marseille Métropole, Région PACA, CD13, préfecture des Bouches-du-Rhône et Président de la République
Adressée aux collectivités territoriales, à la préfecture des Bouches-du-Rhône et au Président de la République.

Nous, collectifs d’habitants, syndicats, associations et structures de solidarité marseillaises, déjà réunis autour du Manifeste pour une Marseille vivante et populaire et des Etats généraux de Marseille, sommes en alerte comme l’ensemble des pays concernés par la crise sanitaire en cours. D’ores et déjà, nous nous organisons pour venir en aide à ceux et celles qui en ont le plus besoin. Nous ne pouvons pas pour autant pallier les défaillances de la puissance publique.

Cette crise sanitaire vient ainsi redoubler de vigueur les crises que nous connaissions déjà, particulièrement à Marseille : crise sociale et économique, du mal-logement, de l’accueil des personnes migrantes, précarité, etc. Nous le voyons malgré les annonces au compte goutte du gouvernement : en quelques jours à peine de pandémie en France, la crise de l’accès aux soins, aux besoins de première nécessité, au logement, rendu plus difficile par le confinement sanitaire, montre encore une fois que des logiques budgétaires et économiques à l’oeuvre depuis longtemps mettent en péril la survie de toutes et tous. Les premières mesures annoncées sont encore dans cette lignée. Ce sont encore une fois les plus précaires et les personnes discriminées, dont nous faisons partie ou que nous soutenons quotidiennement dans leur dignité et leurs revendications, qui seront les premières touchées par cette crise.

Il est par ailleurs primordial que la situation sanitaire n’ait pas pour conséquence de réduire l’autonomie des plus précaires et faire peser sur elles et eux davantage de contrôle social et policier. Nous resterons ainsi très vigilants et solidaires afin qu’aucune mesure liberticide ne soit prise et que l’information, le dialogue et la prévention soient privilégiés plutôt que la coercition et son lot régulier de discriminations et de violences, en particulier lorsqu’elles viennent des forces de l’ordre comme certaines vidéos en ont témoigné ces derniers jours. La gestion de cette crise nous oblige une nouvelle fois à un véritable choix de société : faire le pari de la solidarité et de la santé publique plutôt que d’un système basé sur la coercition policière et la peur généralisée.

A partir d’un premier diagnostic des besoins et problèmes, nous interpellons ici les collectivités territoriales et l’Etat pour que des mesures d’urgence soient mises en place pour assurer une protection solidaire en ces temps de crise et de confinement. Celles-ci ne sont sûrement pas exhaustives et pourront être alimentées prochainement. Si l’Union Européenne a pu promptement trouver 25 milliards d’euros pour sauver les banques, il doit bien rester quelques milliards pour les plus précaires et les personnes discriminées.

SANTÉ POUR TOUTES ET TOUS
• Mettre en place un programme de dépistage massif des personnes symptomatiques, exposées ou à risques, comme cela est préconisé par l’OMS
• Rendre ce programme accessible aux personnes précaires, notamment les sans-abris, personnes isolées ou en première ligne (hospitaliers, commerçants, personnels de l’éducation etc.) en privilégiant la méthode de “l’aller vers”, ainsi que dans les lieux de détention/rétention
• Débloquer les budgets nécessaires pour la lutte contre l’épidémie et la protection sanitaire, dans et hors les hôpitaux, à hauteur des besoins réclamés par les organisations professionnelles, syndicales et associatives spécialisées, notamment en vue de pouvoir soigner les personnes âgées lorsqu’il est encore temps.
• La distribution urgente de protections sanitaires pour toutes les structures bénévoles ou professionnelles qui en ont besoin pour assurer la continuité de leurs activités sociales et solidaires
• L’organisation de tournées auprès des personnes vulnérables et précaires afin de s’assurer qu’elles disposent de soutiens dans leurs familles et voisinages et d’organiser si nécessaire la solidarité. Une vague de décès de personnes isolées similaire à celles que nous pouvons vivre en périodes caniculaires nous inquiète fortement.

LOGEMENTS, HÉBERGEMENTS, ET DELOGEMENTS
• la mise en place de distributions de repas chauds et de bons alimentaires, d’eau et d’accès à l’hygiène (notamment douches publiques) pour toutes les personnes en situation de précarité, et en particulier les personnes SDF de Marseille ;
• la mise en place de distributions de repas chauds dans les hôtels pour les personnes délogées, mineurs isolés et personnes précaires prises en charge par le 115
• un communiqué public clair assurant le maintien en hébergement provisoire de toutes les personnes délogées, mineurs isolés, prises en charge par le 115 (etc.) jusqu’à minima à la fin de la période de confinement, y compris après main levées d’arrêtés de péril (des dizaines de courriers ont été envoyés par la SOLIHA intimant les personnes délogées à regagner des logements inhabitables)
• la prise en charge a minima jusqu’à la fin du confinement et a priori de toutes les personnes évacuées et dont le statut fait habituellement débat entre les pouvoirs publics et nos collectifs et associations (personnes étrangères ou personnes délogées sans arrêté de péril comme les victimes de l’incendie récent rue Messerer)
• la réquisition de logements vides pour mettre à l’abri toutes les personnes le nécessitant pour cause de crise sanitaire (le cadre légal étant clairement adapté à cela), la réquisition des appart-hotels (en priorité plutôt que les hôtels) qui ne devrait plus poser problème au vue de l’absence de tourisme actuellement et une incitation aux personnes disposant de résidences secondaires inoccupées à les mettre à disposition. Cette mesure devrait bénéficier à toute personne en situation de mal-logement en faisant la demande, dont toutes les personnes vivant dans des logements insalubres, suroccupés ou en demande d’asile non orientées vers le dispositif national d’accueil et ne bénéficiant pas d’un hébergement stable, mais aussi à toute personne vivant à la rue quelque soit son statut (autorisation provisoire de séjour, OQTF, dubliné-es....)
• la garantie de l’accès à l’eau aux habitant.e.s de squats et bidonvilles, via un raccordement par la Société des Eaux de Marseille en priorité ou via des citernes en dernier recours, afin de garantir leur dignité et les conditions sanitaires essentielles à la gestion de la crise
• prévoir des chambres séparées et/ou des espaces non mixtes pour les femmes seules ou accompagnées d’enfants et pour les mineur.e.s isolé.e.s qui le souhaiteraient (recommandations nationales de France Terre d’Asile et Lobby Européen des Femmes)
• Des mesures de surveillance renforcées autour des immeubles en péril qui pourraient particulièrement être victimes de cambriolages.
• La mise en place d’un service de veille et d’assistance des collectivités dans les grands ensembles HLM dans un contexte de gestion de proximité à minima des bailleurs sociaux (gardiens ayant fait jouer leur droit de retrait ou fin de présence des gardiens ou agents de proximité confinés restant joignables uniquement sur portable, maintenance des ascenseurs rendus difficiles faute de pièces disponibles et annonces de non-réparations etc.) avec un risque de dégradation de l’état de la gestion mais aussi un risque sanitaire

EMPLOI / PRÉCARITÉ :
• La mise en place d’un revenu minimum de confinement permettant d’amortir les pertes de revenus de toutes les personnes précaires ou à bas revenus, y compris les personnes sans-papiers et/ou les travailleurs non-déclarés, qui ne doivent pas une nouvelle fois être les invisibles de la crise
• Des mesures de soutien économiques (et pas seulement des garanties de prêts bancaires) pour l’ensemble des travailleurs et petites structures, afin d’amortir leurs pertes de revenus (travailleurs indépendants, auto-entrepreneurs, petits commerces, associations …)
• Qu’aucun RSA ou prestation sociale ne soit suspendu pendant la période de confinement, pour aucune raison et que les chômeurs voient leurs périodes d’indemnisation rallongées d’autant de journées que durera le confinement
• Des habitants ayant fait le constat d’une augmentation des prix dans certains commerces de proximité (et de disparition de l’étiquetage des prix), nous demandons de bloquer les prix à la consommation tels qu’ils étaient début mars
• L’interdiction des licenciements,et la protection de la santé et des conditions de travail de tous les salarié-es encore en activité (hospitaliers mais également commerçants, personnels de l’éducation, services sociaux etc.). Nos acquis sociaux ne sauraient être remis en cause pour payer la crise.
• La cessation de tous les activités productives non indispensables
• Accès à la santé gratuite pour tous et toutes. Suppression des délais de 3 mois pour l’obtention d’une couverture maladie.

DISCRIMINATIONS FAITES AUX FEMMES :
• le confinement augmente l’invisibilisation des femmes, la charge mentale liée au travail domestique et les risques de violence à leur encontre. Aussi une attention particulière doit être portées aux femmes et aux enfants qui vivent des situations conjugales violentes, par exemple :
• en sensibilisant les juges aux risques liés au confinement en vue de prononcer les mesures d’éviction du conjoint violent et délivrer des ordonnances de protection lorsque nécessaire. En Communiquant sur les numéros d’écoute qui sont : sos femmes 13 04 91 24 61 50 (du lundi au vendredi 10h 16h), en cas d’urgence le 17 ou le 112 et le 119 pour l’enfance en danger.
• Et en s’assurant d’une intervention immédiate et systématique au domicile lorsque des violences conjugales ou violences sur enfant sont signalées au 17.
• Ouvrir des places en hébergement pour femmes victimes de violences supplémentaires
• L’ajout d’une case dans le document de sortie dérogatoire permettant de signaler une sortie en cas de violence dans le foyer, avec une prise en charge immédiate des personnes concernées.
• S’assurer du maintien de l’activité des services pratiquant les IVG et de fourniture de contraceptifs ; réouverture et ouverture de centres de planification familiales au sein des hôpitaux
• Allongement du délai légal pour pratiquer l’IVG du nombre de semaines que durera le confinement.

RÉGULATION DU SYSTÈME PÉNAL ET DE LA COERCITION
• La consigne de ne pas délivrer des amendes pour déplacements à des personnes SDF, alors que ça a pu se voir dans d’autres grandes villes et à Marseille
• A minima, des consignes d’apaisement doivent être données aux forces de l’ordre, au vu de nombreuses vidéos qui circulent et montrent des agents agressifs en particulier vis-à-vis de populations précaires et subissant déjà la discrimination raciste
• L’organisation de visio-parloirs en prison, et la possibilité de rencontrer les avocats en s’adaptant aux mesures sanitaires qui doivent nécessairement être prises ainsi que des alternatives à l’incarcération, comme demandé par le Défenseur des Droits.
• la fermeture du Centre de Rétention Administrative et la libération des personnes en détention provisoire,quand elles ne représentent pas un danger comme cela a déjà été réclamé par des associations de défense des droits humains. Pour l’instant, il est clair que les conditions carcérales empirent avec le confinement. Et les conditions de protection de santé n’y sont pas réunies.
• Concernant les personnes sans-papiers et en situation d’exil : Nous exigeons l’abrogation de toutes les OQTF, la suspension des délais de procédure et de recours devant les administrations et les tribunaux.

SCOLARITÉ
• Dans le respect strict des conditions d’hygiène et de la sécurité des travailleurs, des paniers repas doivent être livrés aux familles qui bénéficient des tarifs sociaux de la cantine, ce repas étant fréquemment le seul repas complet auquel certains enfants ont accès dans leurs quotidiens (soit 15 912 familles pour l’année 2018 – source : CCSPL 2019).
• La situation sanitaire due au Covid 19 exige une continuité pédagogique via des plateformes multimédias : les pouvoirs publics doivent s’assurer que les foyers les plus précaires aient accès aux interfaces nécessaires (tablettes et connexion et/ou fourniture de manuels scolaires).
• Limiter à 5 personnes par salle de classe l’accueil des enfants dans les établissements scolaires comme le préconise le ministère de la santé
• nettoyage quotidien des salles de classe accueillant des élèves et des personnels
• fournir le matériel de protection nécessaire aux élèves accueillis et aux personnels travaillant dans les établissement scolaires
• systématiser les tests de dépistages pour tous les élèves accueillis et pour tous les personnels travaillant dans les établissements scolaires pendant la période de confinement

https://www.mesopinions.com/petition/politique/plan-protection-solidaire-temps-confinement-marseille/83906
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voir aussi Manifeste pour une Marseille vivante et populaire
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1 Message

  • Le 31 mars à 15:44, par totoro


    Bonjour, Marseille et la misère est soutenue par des jeunes, qui hélas traînent depuis 1, 2, 3 , 4, 5 ans après le "Bac" des formations de type éducateurs spécialisés pour que des institutions existent : mais ils ne sont pas encore validés avec des réformes : 2020 est le SEUIL pour tous : sans diplôme ils partent et Marseille est fichue : c’est peut être déjà le cas, ou le choix de l’académie aix-en-provence qui va devoir rendre des comptes au-delà des soucis covid-19 qui sont connus de tous ces jeunes depuis vintimille fin 2019 l’Agence Régionale de Santé ( ARS) va être attaquée, condamnée si certains étudiants ne sont pas titularisés cette année 2020(il n’est pas impossible qu’ils décèdent d’ici quelques semaines) ils sont solidaires et vont payer le prix fort

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