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Article mis en ligne le lundi 6 avril 2020

Nouveaux articles


** Salut à Marcel Moreau **
par Raoul Vaneigem - 5 avril 2020

Marcel Moreau, né dans le Borinage. Fut longtemps correcteur dans la
presse parisienne. Chaque jour levé à cinq heures du matin, réveillé
par l’écriture, le soir couché par elle (...)

La vie te salue, Marcel,

Tu n’as jamais cessé de la célébrer et elle te tient quitte de ces
oraisons funèbres que la frénésie du profit multiplie avec une hâte
redoutable. À la tristesse de ton départ forcé se mêle une rage. Elle
aussi se propage et il me tarde qu’elle réduise au silence et balaie de
notre vue la tourbe des assassins dont la sottise et la bouffonnerie ne
masquent plus l’ignominie. Que l’on te fasse entrer dans le bilan
comptable et complaisant des mortalités participe de ce mépris de
l’humain auquel les peuples du monde ont résolu de mettre fin. Car tu
n’es pas la victime d’un virus, tu es tombé sous les coups de ce
terrorisme d’État qui verse des dividendes aux gestionnaires du profit
et envoie à la casse les hôpitaux, les écoles, les services publics.
Rien ne serait plus ridiculement odieux qu’une justice populiste et
vengeresse qui songerait à décapiter des pantins dont les têtes sont
interchangeables. En revanche, c’est au nom des libertés de la vie
pleine et entière qu’il faut anéantir ces impostures que sont la
liberté du commerce, la liberté d’exploiter, d’opprimer, de tuer.
Dors en paix, Marcel, on y arrivera.
En toute amitié,
Raoul
- https://www.lavoiedujaguar.net/Salut-a-Marcel-Moreau

** Le vingt et unième siècle commence maintenant **
par Jérôme Baschet - 4 avril 2020

Les historiens considèrent volontiers que le XXe siècle débute en 1914.
Sans doute expliquera-t-on demain que le XXIe siècle a commencé en 2020,
avec l’entrée en scène du SARS-CoV-2. L’éventail des scénarios à
venir demeure, certes, très ouvert ; mais l’enchaînement des
événements déclenchés par la propagation du coronavirus offre, comme en
accéléré, un avant-goût des catastrophes qui ne manqueront pas de
s’intensifier dans un monde convulsionné, marqué par les effets d’un
réchauffement climatique en route vers 3 ou 4 degrés de hausse moyenne.
Ce qui se profile sous nos yeux, c’est un entrelacement de plus en plus
étroit des multiples facteurs de crise qu’un élément aléatoire, à la
fois imprévu et largement annoncé, suffit à activer. Effondrement et
désorganisation du vivant, dérèglement climatique, décomposition
sociale accélérée, discrédit des gouvernants et des systèmes
politiques, expansion démesurée du crédit et fragilités financières,
incapacité à maintenir un niveau de croissance suffisant, pour ne
mentionner que cela : ces dynamiques se renforcent les unes les autres,
créant une extrême vulnérabilité qui tient au fait que le
système-monde se trouve désormais dans une situation de crise
structurelle permanente. Dès lors, toute stabilité apparente n’est
que le masque d’une instabilité croissante. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Le-vingt-et-unieme-siecle-commence-maintenant

** Notes anthropologiques (L) **
par Georges Lapierre - 2 avril 2020

Traité sur l’apparence (V)
La science comme idéologie : le naturalisme

Je constate qu’il existe deux sortes d’idéologie, une idéologie
tapageuse et qui attire l’attention, et une idéologie bien plus
insidieuse, moins visible et dont le domaine et la sphère d’influence
échappent le plus souvent à la conscience. Je pourrai presque dire
qu’il s’agit d’une idéologie subliminale. Alors que la première
idéologie ou propagande se trouve directement liée au politique et, dans
une large mesure, à l’État, la seconde idéologie suinte du mode de vie
que nous connaissons et de l’importance qu’il est en passe
d’acquérir. La première idéologie ne conduit pas à une cosmovision,
la seconde par contre, qui épouse et travaille l’être en profondeur,
finit par déboucher sur l’évidence d’une cosmovision. L’idéologie
est trompeuse, comme un train peut en cacher un autre, l’idéologie
sous son aspect fracassant et tambourinant en cache une autre plus
insidieuse.

L’idéologie bourgeoise faisant l’éloge de l’activité capitaliste
et marchande cache une idéologie plus sournoise, celle de la nature
opposée à la culture, faisant l’éloge de la pensée dite objective
opposée à l’émotion ou pensée subjective. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-L

** Du SRAS-cov2 au SRAS-polX
Du syndrome respiratoire aigu sévère humain
au syndrome respiratoire aigu sévère politique **
par Louis - 30 mars 2020

Le 14 mars 2020, Édouard Philippe (Premier ministre) annonçait "la
fermeture à compter de ce soir minuit de tous les lieux recevant du
public et non indispensables à la vie du pays". Par "non indispensables"
je voudrais souligner que Philippe, en accord bien entendu avec toutes
les strates du pouvoir, pointait justement tous les lieux qui — malgré
leurs évidentes limites commerciales — donnent justement un sens à notre
existence, tous les lieux qui permettent, malgré leurs limites
évidentes, de donner une épaisseur collective à notre vie en société.
C’est l’autre qui est le premier besoin de l’humain, l’autre en tant
que personne, non en tant que moyen.

Ont donc été qualifiés de "non indispensables" tous les lieux qui
concourent directement à préserver une qualité de vie minimale, tous
les lieux de socialisation, ainsi que tous les lieux sans dimension
économique directe (parcs, promenades, forêts, plages, etc.). Tout
cela permet donc de conclure directement, clairement et sans ambiguïté,
que l’indispensable relève de l’économie — mais qui peut bien
l’ignorer sur le fond ? — et que le vivant — le "non-indispensable"
— n’est qu’à son service. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Du-syndrome-respiratoire-aigu-severe-humain-au-syndrome-respiratoire-aigu

** Günther Anders
Entretien avec Fritz J. Raddatz (1985) **

par Fritz J. Raddatz, Günther Anders - 30 mars 2020

F.J. Raddatz : Je vois dans l’ensemble de votre travail une
contradiction très complexe ; cette contradiction se présente
à moi en trois éléments, à vrai dire difficilement conciliables.
D’une part vous dites : "Quoi que nous fassions, c’est toujours
plus ou moins en vain." D’autre part l’ensemble de vos travaux
ne fait que présenter le contraire, qui est de lutter contre ce
"en vain", changer tout de même quelque chose, créer une conscience,
au moins combattre l’analphabétisme mental, moral aussi. Mais, j’en
viens au troisième point, vous dites quelque part que l’être humain
est, c’est votre expression, "contingent". Comment prétendez-vous
relier ces trois éléments très contradictoires ?

G. Anders : Non, je ne dirais pas qu’il y a là des contradictions ;
ce sont tout au plus des contradictions apparentes. S’il m’arrive
très souvent d’affirmer, de façon exagérée, que rien ne sert à rien
c’est en fait pour des raisons tactiques, à savoir pour m’opposer à
ces hommes politiques et à ces journalistes du "happy end", qui ne
craignent pas de faire dans l’optimisme. Le mot "espérance", à travers
Ernst Bloch, a malheureusement pris un caractère de solennité — pour
tout le monde, même pour le plus réactionnaire des hommes politiques.
Naturellement, de cet épais volume du "Principe Espérance", ils n’ont
lu que le titre. Au demeurant, l’espérance n’est absolument pas un
principe, mais une émotion justifiée. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Gunther-Anders-Entretien-avec-Fritz-J-Raddatz-1985

** L’anarcho-indigénisme
Entrevues avec Gerald Taiaiake Alfred et Gord Hill **

par Benjamin Pillet, Francis Dupuis-Déri,
Gerald Taiaiake Alfred, Gord Hill - 25 mars 2020

Au moins depuis la publication du livre L’Entraide de Pierre Kropotkine,
au début du XXe siècle, les anarchistes s’intéressent aux sociétés
autochtones qui offrent des exemples de sociétés plus égalitaires et
moins autoritaires. En 2005, le Mohawk Gerald Taiaiake Alfred,
originaire de Kahnawá:ke, a proposé le terme "anarcho-indigénisme" pour
désigner cette dynamique de convergence entre les idées et les pratiques
des autochtones traditionalistes et des anarchistes altermondialistes.
Nous avons lancé, voilà quelques mois, un projet de livre sur ce thème,
dont chaque chapitre sera une entrevue avec un ou une autochtone qui
livrera ses réflexions au sujet de la politique, du pouvoir, de
l’égalité et de la liberté, en se référant à ses expériences et à celles
de sa communauté. Nous vous présentons ici des extraits de deux des
entrevues déjà réalisées.

Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet
"Possibles", Montréal, hiver 2016

Le livre "L’Anarcho-Indigénisme", entretiens réunis
et présentés par Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet,
a été publié en 2019 par les éditions Lux dans la collection
"Instinct de liberté".
- https://www.lavoiedujaguar.net/L-anarcho-indigenisme-Entrevues-avec-Gerald-Taiaiake-Alfred-et-Gord-Hill


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