Une tribune pour les luttes

« Les jeunes étrangers scolarisés : situation en France, devenir après une expulsion »

Texte de l’intervention des représentants de RESF au FSM du Mali

Article mis en ligne le mercredi 25 janvier 2006

(20 janvier 2006 au Palais des Congrès de Bamako 14h30 Salle F6)

Atelier animé par :
Anna PIZANIA et Gabrielle NAPOLI enseignantes à Saint-Denis (région parisienne - France)
membres du Réseau Education Sans Frontières
et du Forum Social local dionysien

(INTRODUCTION)

Avant tout, nous voulons vous dire que c’est la première fois que nous participons à un forum social et que cela représente pour nous une aventure extraordinaire !!!

Nous sommes venues vous voir pour vous parler de la situation des jeunes lycéens sans papiers en France et présenter l’action du Réseau Education sans frontières (sur l’invitation du Forum social local de Saint-Denis, commune de la région parisienne).

Ce sera, pour nous, l’occasion de montrer « au monde entier » que la France ce ne sont pas uniquement les lois répressives contre les immigrés mais aussi des citoyens qui résistent à cette horreur, qui refusent de voir expulser leurs élèves, camarades de classe, voisins de palier...

Nous allons, au cours de cet exposé vous dire dans un premier temps ...
- 1. Qui nous sommes, quelles sont les motivations et les objectifs du réseau éducation sans frontières.
- 2. Quelles sont nos actions, comment le contexte politique actuel en France justifie parfaitement nos démarches ; et nous présenterons, à ce propos, quelques points de la politique actuelle en relation avec nos mobilisations.
- 3. Nous vous parlerons également du combat que nous menons afin de sensibiliser l’opinion publique en France à la question de l’immigration clandestine.
- 4. Pour finir, nous formulerons quelques demandes (souhaits)

1) Qui sommes nous ?...

Nous allons d’abord nous présenter...

Notre histoire, l’histoire du réseau éducation sans frontières commence en juin 2004. Quelques personnes ont pris l’initiative de lancer l’idée d’un réseau pour lutter contre les expulsions de jeunes scolarisés.

La raison de cette initiative était plutôt de structurer et amplifier des expériences locales qui existaient déjà depuis souvent plusieurs années.

En juin 2004 nous étions des enseignants, des personnels de l’éducation nationale, des parents d’élèves, des syndicats, des organisations de défense des droits de l’homme, des associations anti-racistes... nous nous sommes réuni et nous avons formulé l’appel à la régularisation des sans papiers scolarisés en France ( document diffusé). Le réseau éducation sans frontières est né ce jour et cet appel, communiqué largement lors d’une conférence de presse quelques jours plus tard, a été l’acte fondateur.

a) Nos motivations nos objectifs...
(Citation) En tant qu’adultes citoyens, il nous a été tout simplement inconcevable d’imaginer nos élèves, nos camarades, les copains de nos enfants, menottés, entravés, bâillonnés et scotchés à leurs sièges d’avion, bannis pendant que leurs camarades étudieraient paisiblement dans nos salles de classe.
En tant qu’adultes ayant une mission éducative, agir, était pour nous faire la démonstration aux yeux de nos élèves, de nos enfants que les discours sur l’équité, la justice, la solidarité, l’altruisme, n’étaient pas des discours vides de sens.
Enfin, il nous a semblé évident qu’associer les jeunes eux-mêmes à ces actions leur permettraient de renouer avec des traditions de solidarité afin qu’ils fassent en sorte que le monde dans lequel ils sont appelés à vivre soit ouvert à tous.

b) Quel public ? Pourquoi les sans papiers scolarisés ?

Tout d’abord parce que nous sommes majoritairement des enseignants confrontés à des expulsions d’élèves et à ce titre nous parlons de ce que nous connaissons bien. (C’est la première raison).
En deuxième lieu, nous ne voyions pas l’intérêt de créer un énième collectif de défense de sans papiers. Il en existe déjà un grand nombre.
Enfin, d’un point de vue purement stratégique, nous pensons que l’opinion publique peut vibrer plus facilement pour un enfant ou un jeune scolarisé (cela a d’ailleurs été démontré par les mobilisations qui ont suivi) et que par ce biais, nous arriverons à élargir le débat sur la question de l’immigration en général - parce que bien évidemment, nous militons également pour un traitement humain de l’immigration.

L’objectif du réseau est double :
- d’une part un accompagnement individualisé : il s’agit d’informer et d’accompagner localement chaque élève dans ses démarches de demande d’un titre de séjour ; et d’organiser la mobilisation à chaque fois qu’un jeune est en danger d’expulsion ; (donc : accompagnement, défense, protection au cas par cas)
- le deuxième objectif est d’ordre politique : il consiste à demander sans relâche la régularisation de tous les jeunes scolarisés et avertir l’opinion publique sur la réglementation abusive qui crée des situations humaines tragiques.

c) La structure du réseau éducation sans frontières

Depuis sa création, le RESF n’a pas cessé de croître...
Aujourd’hui il est composé de :
- 120 organisations et associations comme la LDH (Ligue des droits de l’Homme), SOS racisme, la Cimade (service œcuménique d’entraide), le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples)...pour ne citer que quelques-uns unes,
- une quarantaine de collectifs locaux qui sont composés de profs, parents, élèves... et qui agissent au niveau d’un établissement ou d’un groupe d’établissements scolaires, département ;
- et de la quasi-totalité de syndicats enseignants.

Chaque association, organisation syndicat ou collectif local se mobilise, fait des propositions, s’organise (localement ou lors des mobilisations nationales) dans le seul objectif commun qui est celui de la défense des jeunes sans papiers.
Chacun contribue à la lutte selon ses spécificités, ses atouts, son savoir-faire en mettant de côté les divergences idéologiques et politiques.
Ainsi telle association des parents d’élèves interviendra plus facilement auprès des parents en milieu scolaire,
la Cimade se servira de son droit d’intervention en centre de rétention pour soutenir la personne isolée et alerter le réseau le plus tôt possible, le Gisti et la LDH répondront très rapidement à toute situation particulière par des conseils juridiques précieux et indispensables, tel syndicat apportera son aide logistique, sa force de mobilisation...

Il s’agit donc d’un réseau d’organisations qui s’impliquent et qui permettent d’avoir un impact étendu du fait de leur notoriété, et en même temps, d’un ensemble de collectifs locaux qui suscite et développe un courant d’opinions au-delà des organisations (développement d’une conscience politique, pratiques de lutte, de solidarité à travers une mobilisation).
Le mérite -et la force- du RESF est qu’il a permis à des organisations et à des militants de prendre ou reprendre l’habitude de travailler ensemble sans perdre jamais de vue l’intérêt de la cause défendue, malgré la grande diversité qui caractérise ses membres.

2) ... nos actions...

a) Introduction
Nous voulons présenter maintenant un aperçu de nos actions et exposer rapidement le contexte politique actuel en France...
Si les 20 dernières années ce contexte est très défavorable à l’immigration, depuis 2002 on peut parler de paroxysme : nous assistons à une multiplication de :
- tentatives d’expulsion de jeunes étrangers scolarisés
- expulsions des parents d’enfants scolarisés (parfois très jeunes)
- interventions de la police dans les écoles ou devant les établissements scolaires.

Nous avons un gouvernement qui fonde sa légitimité sur la question sécuritaire et identitaire. Il met tout en oeuvre pour transformer l’étranger en bouc émissaire, donner l’étranger en pâture afin de masquer tout problème social.

Le point positif au milieu de ce durcissement généralisé, est que de telles tentatives déclenchent une forte indignation des enseignants, des élèves, des parents d’élèves, des élus locaux...
Tout d’un coup, la question abstraite de l’immigration clandestine, de l’étranger qui n’existe que dans un article de journal, prend un visage : celui de son élève, du copain ou de la copine de classe de son enfant, d’une maman avec qui on sympathisait à la sortie de l’école...
Dans ce cadre, l’existence du réseau a permis d’organiser ces protestations et a incité les acteurs à médiatiser ces événements.

b) quelques cas parmi les plus médiatisés
A titre d’exemple, nous avons choisi de citer ici quelques affaires qui ont donné lieu à des reculs, généralement partiels et temporaires, de la part des pouvoirs publics.

L’histoire de Guy Effeye, Camerounais de 19 ans élève à Epinay-sur-Seine (Seine Saint-Denis) en région parisienne, est un exemple de mobilisation et de médiatisation qui ont permis non seulement d’éviter l’expulsion mais aussi d’aboutir à la régularisation.
Ce jeune a été arrêté sur son lieu de travail mi-août. _ Pendant trois semaines et alors que sa rétention se prolongeait, les élèves et les profs de son établissement (Jacques Feyder) ont fait un long travail d’information, assuré une présence aux côtés de Guy comme aux côtés de sa compagne qui venait d’accoucher, contacté la presse dont le relais a été très important...(Le Parisien, Radio France Caroline Cartier)
La mobilisation est montée par paliers en quatre jours : grève massive au lycée ; présence d’une centaine de personnes devant le centre de rétention le lendemain (lycéens, profs, dirigeants nationaux du MRAP de la LDH, SOS racisme, Télé...) ; présence des mêmes à nouveau le jour suivant devant le centre et mobilisation rapide pour le soir à Roissy (aéroport) dès que la tentative d’embarquement a été confirmée avec arrivée rapide sur place du député d’Epinay, et des journalistes prévenus par téléphone... Les militants informent les passagers et l’équipage et Guy refuse de monter dans l’avion.
Les deux jours qui ont suivi des manifestations massives devant le Tribunal de Grande Instance à Bobigny où Guy devait comparaître pour délit de refus d’embarquement ont fini par le laisser sortir libre et obtenir la décision du un titre de séjour, certes, provisoire « à titre exceptionnel et humanitaire » selon le ministère de l’intérieur.

Les époux Mekhelleche, deux parents « sans papiers », arrêtés et menacés d’expulsion, séparés onze jours de leurs deux enfants de 3 et 7 ans, ont été libérés fin septembre et leur reconduite à la frontière a été « suspendue » après une intense mobilisation des instits des parents d’élèves des élus locaux, alertés par les militants du Réseau. (Le maire, le président du Conseil Général, deux députés, une sénatrice se sont déplacés au rassemblement). Le syndicat des instituteurs (SNUIPP) et la fédération des parents d’élèves (FCPE) ont fortement contribué à la mobilisation qui a fait céder une nouvelle fois le ministère de l’Intérieur quelques jours après l’affaire de Guy.
Dans cette affaire l’absurdité juridique plongeait la famille dans une situation de cauchemar : une décision de justice avait écarté les enfants de la procédure d’éloignement du fait de leur âge. Pour qu’ils fassent donc l’objet d’une mesure de reconduite avec les parents, il était nécessaire que ces derniers donnent leur accord. Or, les parents soutenus par le mouvement de solidarité, ont refusé jusqu’au bout de donner leur accord malgré les chantages de l’administration qui proposait de fortes sommes aux parents, au nom de l’aide au retour.

L’affaire Makombo, à Sens (Yonne), est devenu l’un des emblèmes à la fois des persécutions imposées aux sans papiers et à leurs enfants mais aussi l’un des symboles de la solidarité de larges couches de la société avec les opprimés, contre les oppresseurs.
Cette affaire a commencé le 9 août, lorsque Rachel, 15 ans, et Jonathan, 14 ans, ont appris que leurs deux jeunes sœurs, Naomi, 10 ans, et Grace, 12 ans, avaient été interpellées dans un centre aéré et que leur mère venait d’être assignée à résidence dans l’attente d’une expulsion de toute la famille vers la République démocratique de Congo.
Dans ce pays en proie à la guerre civile, leur père a disparu avec quatre de leurs frères et sœurs et leur mère a été victime de violences. Rachel et Jonathan ont décidé de s’enfuir.
Depuis la police les recherche activement : une vingtaine de perquisitions et de visites domiciliaires ont eu lieu, dont une chez une journaliste de Radio France Auxerre, une autre à l’Eglise Evangéliste de Joigny et chez un militant du RESF
Informés via la CIMADE par le Pasteur de l’Eglise évangéliste que fréquente Madame Makombo, la mobilisation s’organise sur place et parallèlement l’affaire est relayée et médiatisée par le RESF. Une pétition (intitulée "Vous nous prenez pour qui ?") est rédigée signée -au départ par une cinquantaine de personnalités suivies de nombreux autres signataires (plus de 12000)-qui tous revendiquent « la protection » qu’ils accordent en toute illégalité aux deux adolescents. (Actuellement ?)

Le cas de Samuel dont l’interpellation s’est produite sous les yeux de ses professeurs et de ses camarades au collège Jeanne-d’Albret de Pau (Pyrénées-Atlantiques) nous semble important pour dénoncer la pratique des « expertises » d’âge osseux sur les mineurs que la police soupçonne de mentir sur leur âge réel. Il faut noter que la fiabilité de ces examens (requis par l’Etat) est contestée sur le plan scientifique.
L’âge de ce jeune Ghanéen mineur, a été ainsi estimé entre 18 et 19 ans. Sur cette base, le 16 décembre 2004 la police aux frontières l’arrête en plein collège, le transporte menotté jusqu’au centre de rétention (Mesnil-Amelot à Roissy) tente de le placer dans un avion, l’adolescent résiste, il est victime de mauvais traitement à cette occasion, il est placé à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne) et libéré cinq jours après pour vice de procédure. (Militants de Peu ont contacté Richard qui le trouve à la gare de Montparnasse seul, et l’envoie à Pau..)
Le juge des enfants le place dans un foyer pour adolescents en attente de la conclusion de l’enquête sur l’âge, le Parquet fait appel prétendant que les documents produits à l’audience sont faux...
Bref, le 28 septembre 2005 la Cour d’Appel de Pau rend son verdict définitif : Samuel a bien 17 ans. Les services de l’Etat (préfecture, police, justice, Affaires étrangères, Inspection Académique) ont donc persécuté pendant 10 mois un enfant pour prouver qu’il est majeur et l’expulser. (Harcèlement administratif et policier de certains responsables encouragés par une politique qui les transforme en bourreaux...)

Dans ces quelques cas que nous vous avons présentés, il s’agit, nous en sommes conscientes, de mini victoires. Mais il s’agit, dans tous les cas, d’exemples de solidarité et de mobilisations qui ont permis de défendre un jeune sur le point d’être expulsé, de protéger un mineur isolé ou le parent, lui-même menacé. En ce sens ils prennent une forte valeur symbolique.

c) Le travail au quotidien...

Nous avons dit, lorsque nous avons présenté les objectifs du réseau, que la protection de chaque jeune au cas par cas était l’une de nos déterminations...
... Dans ce sens, nous agissons également au quotidien -sans relâche- pour obtenir un titre de séjour là où les démarches individuelles d’un jeune n’auraient pu aboutir....Pourquoi les démarches ne peuvent aboutir ?
Plusieurs raisons à cela :
- cela peut être dû au fait que les démarches ont été interrompues par méconnaissance, découragement ou tout simplement elles n’ont pas été faites en temps voulu,
- ou alors par excès de rigueur de la part des autorités (nombre de jeunes qui ne franchissent même pas le guichet tenu par un agent trop zélé, pièce impossible à obtenir exemple : un acte de naissance de moins de 3 mois d’un pays en guerre...)
- dans d’autres cas, le demandeur ne satisfait pas totalement aux critères de régularisation mais une interprétation bienveillante des textes permettra de régulariser. Seuls alors des adultes qui ont l’habitude du langage administratif et qui savent insister pour obtenir des réponses claires à leurs questions peuvent le faire (le cas du jeune qui est entré en France au cours de sa 13ème année, ou celui qui a encore un parent éloigné au pays, à qui on va dire qu’il n’a aucune raison de ne pas quitte la France...)
- et enfin parce que sa situation est très difficile au regard de la législation (arrivé en France très récemment, résidant chez des amis ou des parents éloignés alors que la famille proche vit au pays...) le jeune ne remplissant donc pas les conditions exigées par les textes, se heurte à des refus obstinés. L’unique espoir de régularisation de ces cas désespérés est de rester persévérant et coriace ; de rester constamment en colère face à ces refus...

d) Le contexte politique en France...

Toutes nos actions se trouvent directement motivées par un contexte politique où la répression acharnée laisse une place très étroite à la générosité et l’ouverture à l’autre...

A propos d’ouverture... le nombre de reconduites à la frontière, expulsions ou interdictions du territoire ne cesse de grimper : 9 400 en 2003, 13 000 en 2004, et un objectif fixé par le ministre de l’intérieur D. de Villepin, à 20 000 en 2005, puis par N. Sarkozi, à 23 000.
A titre d’exemple, dans une lettre adressée aux préfets en septembre 2005, le ministre de l’intérieur pose ses conditions :

(Citation) « La lutte contre l’immigration irrégulière doit constituer le deuxième axe majeur de votre action.
Lors de notre dernière rencontre, je vous ai fixé des objectifs chiffrés, en vous demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements d’étrangers en situation irrégulière cette année. Je constate qu’à la fin du mois d’août, 12 849 étrangers avaient fait l’objet d’une mesure effective d’éloignement : sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il vous reste donc cinq mois pour accentuer l’effort. J’observe d’ailleurs que, d’une préfecture à l’autre, les résultats sont inégaux.
Or, j’attends de tous une entière mobilisation. [...] Plus encore qu’une obligation de moyens, c’est une obligation de résultats qui vous est fixée [...] Vous devez [...] faire usage des pouvoirs que vous donne le code de l’entrée et du séjour des étrangers, quelles que soient les sollicitations locales. Je vous demande de savoir résister aux pressions de tels ou tels « collectifs » ou « coordinations », qui ne représentent qu’eux-mêmes »

L’obligation de résultat en la matière, véritable idée fixe d’un ministre qui demande aux policiers de « faire du chiffre » se traduit en clair par une frénésie de l’Administration à atteindre des scores au mépris d’une évaluation humaine des migrants , au mépris même de la loi souvent. Elle conduit à des situations de plus en plus alarmantes : arrestation des parents afin de mettre la main sur les enfants, expulsion des parents alors que les enfants restent en France ; rétention des enfants pour attirer les parents (rétention même d’enfant très jeunes : Il est intéressant de noter que les centres de rétention sont progressivement équipés de nurserys...)...des situations inimaginables il y a seulement quelques années.
Depuis le 31 octobre 2005 une circulaire émanant du ministère de l’intérieur, annonçait la « suspension » de l’expulsion des sans papiers scolarisés et des parents sans papiers d’enfants scolarisés pendant l’année scolaire.
Malgré cela, il n’est presque pas de jour où le réseau ne soit saisi de faits indignes : interpellation au domicile des pères et parfois d’enfants majeurs, mères menacées de subir le même sort, (Exemples : expulsion brutale de Liangbo Pan ressortissant chinois en septembre dernier forcé de quitter sa femme et ses deux enfants ; tentative d’expulsion de Rachida Driouche, mère de deux enfants nés en France et mari disposant des papiers en règle ; tentative d’expulsion de Ramil Akzamov, issu de la minorité russophone de Kirghizistan, demandeur d’asile débouté, laissant en France une femme et trois enfants de 2 et 4 ans...) placement en rétention de mineurs scolarisés, des familles entières, garde à vue, menottes, mise en cellule, conditions souvent odieuses de transfert et de rétention, embarquement pratiqué avec sparadrap, liens... (Exemples : Samuel, Yusuf Aksoy, Kurde débouté du droit d’asile, arrêté et embarque pour la Turquie scotché de la tête aux pieds et remis à la police turque, femme et 5 enfants restés en France...)

La multiplication de ces usages nous fait craindre qu’ils ne soient devenus « ordinaires » et que le rejet de l’étranger ne soit la seule « revendication » d’une société qui se dit, par ailleurs, de droit... L’embarquement forcé à bord d’un charter devient un acte logique, accepté dans une société terrorisée qui perd sa capacité de se révolter.

Nous sommes persuadées que les problèmes de l’immigration, avec toutes les conséquences humaines qu’ils entraînent, sont malheureusement devant nous -et pas seulement en France.

Le traitement de l’immigration au sein d’une Europe forteresse se dessine de plus en plus répressif. Les étrangers, et plus particulièrement les « sans- papiers », deviennent les boucs émissaires de tous les maux qui touchent les sociétés occidentales malmenées par une politique libérale où la recherche effrénée du profit laisse derrière elle de larges groupes de « laissés pour compte ».

Le nouveau projet de loi sur l’immigration que Monsieur Sarkozy compte présenter au conseil des ministres dès la mi-février en est la preuve. Il s’inscrit par ailleurs, dans les orientations définies en commun au niveau européen.
Ce texte supprimera les principaux dispositifs de régularisation fondés sur une longue ancienneté de présence en France ou sur les attaches personnelles et familiales. Ainsi l’étranger en situation irrégulière ne pourrait plus être régularisé après dix années de résidence en France comme c’était le cas depuis 1984.
Seront également durcis les conditions d’admission des mineurs et des malades. Ces derniers ne bénéficient plus, de plein droit, d’une carte de séjour ; la CdeS délivrée n’autorisera pas à travailler. Ainsi les rares personnes qui obtiendront un titre de séjour pour raisons médicales seront laissées sans aucune ressource et dans une précarité mettant leur vie en danger...
Quant aux mineurs, ne seront légalisés à leur 18ème année que ceux entrés en France avant leur 10ème année (au lieu de leur 13ème actuellement et de leur 16ème il y a un an)
Le texte réévalue à la hausse les critères, déjà très strictes, du regroupement familial en termes de ressources, de logement et de délais requis sur le territoire.
La législation sur la filiation et les mariages mixtes est également durcie. La « condition d’intégration républicaine » est généralisée (avis du maire sur la bonne intégration de la famille, maîtrise de la langue...)
Parallèlement, une carte de séjour, dite « capacités et talents » est créée à l’intention des étrangers appelés à contribuer au développement de l’économie française

Il ne s’agit que d’un projet de loi. Les amendements qui seront très probablement votés par les députés UMP pourraient durcir davantage le dispositif.

3) Alerter l’opinion publique, modifier les représentations actuelles....

a) Introduction
Devant cette situation et parallèlement aux autres actions que nous menons, nous avons aussi jugé nécessaire de dénoncer par tous les moyens l’imposture d’un gouvernement qui prétend recueillir la confiance des électeurs...
- qui impose cyniquement un plan annuel d’expulsions,
- qui menace de peines de prison (5 ans) et d’amendes les personnes ayant hébergé, nourri, réconforté des « clandestins »,
- qui n’hésite pas à procéder à des perquisitions au domicile (comme on l’a vu dans l’affaire Makombo) de personnes « coupables » de solidarité et de protection de jeunes...
- qui annonce les expulsions de milliers d’élèves et de leurs parents à partir la fin de l’année scolaire
- qui demande aux préfets « d’organiser la sortie » des déboutés du droit d’asile des centres d’accueil pour demandeurs d’asile dès le 1er janvier 2006 en réduisant la durée moyenne de séjour de 19 à 10 mois
- qui s’apprête à durcir encore plus cette législation (nouveau projet de loi...)

Nous refusons ces dispositifs qui font la cour aux idées nationalistes. Nous tenons à dénoncer, informer, alerter l’opinion, toucher la conscience de
Cette partie de la société qui s’habitue à l’intolérable, impuissante victime d’un matraquage démagogique et raciste qui criminalise l’étranger, qui déshumanise l’immigration en l’exprimant en chiffres et statistiques...
Cette partie de la société qui approuve, directement ou indirectement, les expulsions des « sans papiers »...ou ferme les yeux par paresse...

Nous nous sommes donc fixé l’ambition d’empêcher cette dérive dangereuse et travailler, avec toute notre énergie, à la modification des représentations actuelles de l’étranger. L’évolution des représentations nous semble être la clé de la mise en place de la solidarité, ingrédient indispensable dans la lutte contre toutes les exclusions.

A ce titre, nous avons naturellement mis en place une collaboration avec des photographes, journalistes, réalisateurs qui nous permettent de « parler » à l’opinion publique ; de faire découvrir ces jeunes que nous connaissons, conter leur histoire personnelle faite (d’épreuves, d’arrachement, de départs, d’envol, d’éloignement, d’arrivée en territoire inconnu, de dépaysement, de rejets, d’illusions perdues et de souhaits réalisés, d’intégration, de nostalgie et d’allégresse, de mal du pays et de soif de nouveautés, de peurs et d’espoirs, de silences et de non-dits, de honte, de pudeurs, de hantise de contrôle de police, de reconduite à la frontière)...
Nous voulons « dessiner » des histoires d’enfants, tout simplement, et sortir ainsi du cadre administratif et juridique dans lequel on enferme les « sans papiers ».
Notre intention est de restituer de l’humanité pour faire prendre conscience aux populations des pays d’accueil que derrière l’émigration se trouvent des individus. Nous espérons ainsi qu’à travers les cas concrets des jeunes, propres à émouvoir plus facilement les esprits occidentaux, nous réussirons à poser le problème, plus général, des politiques répressives contre les étrangers.

b) Qui sont ces clandestins ? De qui parlons-nous ?
Pour mener à bien ce travail nous avons besoin de recueillir le maximum de témoignages permettant de constituer une image assez fidèle sur :

  • (i) les enjeux d’un départ,
  • (ii) les difficultés liées à l’arrivée dans le pays d’accueil, et les moyens de surmonter ces difficultés,
  • (iii) les tourments de la vie au pays, après une expulsion...

Ils sont adolescents, souvent beaucoup plus jeunes ; ils quittent leur pays. Plus tard, on les découvre dans nos écoles : des élèves que rien n’aurait distingués de leurs camarades si leurs vies n’avaient pas été marquées depuis leur majorité par le refus des autorités de leur reconnaître le droit de vivre parmi nous.
Pour les autorités ils sont « des étrangers entrés en France dans un cadre prévu », cadre beaucoup trop restreint pour y entrer de manière aisée ou bien « des ressortissants étrangers en situation irrégulière », situation dont les limites laissent une place largement suffisante pour nourrir l’angoisse d’une expulsion.

De notre point de vue, nous souhaitons considérer l’enfant et son histoire personnelle, histoire qui commence par un départ...

  • (i) Quitter son pays. Pourquoi ?

On ne vous apprend rien en affirmant ici que si l’on quitte son pays afin de migrer dans un autre, c’est en général parce que la vie sur place est devenue très difficile, voire impossible.
Selon la situation spécifique de chaque pays, la nécessité du départ peut être motivée par des raisons politiques, économiques et sociales qui, en général, ont poussé le jeune à fuir seul ou à avoir été confié par sa famille à une autre personne.

Guerre, famine, situations d’extrême précarité du pays d’origine.
Certains jeunes sont directement confrontés à la guerre, comme cela est le cas en Côte d’Ivoire (Angola ?) par exemple.
D’autres encore, sans directement subir un conflit armé, font l’objet de poursuites de groupes extrémistes. Les familles doivent alors faire face à toutes sortes d’intimidations, qui peuvent aller jusqu’à l’enlèvement ou la mort.
Enfin, certains jeunes se retrouvent dans des situations de très grande misère, le plus souvent conséquence directe de régimes politiques autoritaires et corrompus mis en place et soutenus par les pays riches. (La colonisation elle aussi a eu des conséquences économiques désastreuses en favorisant la mise en place de cultures d’exportation aux dépens de cultures vivrières. De plus, la politique d’importation européenne, les quotas et subventions empêchent toute possibilité d’exportation vers l’Europe pour bon nombre de pays d’Afrique.)

Qui prend l’initiative d’un départ ? Que représente le voyage ?
Notre expérience sur le terrain, fondée sur les témoignages de nos élèves, permet de dire que les situations vécues sont tellement épouvantables que se résigner au départ devient le plus souvent une question de survie.
Plusieurs cas de figure se présentent. Le jeune part seul ou avec sa famille. Lorsqu’il part seul, il est le plus souvent envoyé chez un oncle ou un cousin. Le départ est décidé par le chef de famille, bien souvent la mère qui ne peut plus subvenir aux besoins de ses enfants et qui veut à tout prix les savoir en sécurité. Le jeune n’a pas alors forcément son mot à dire ; très souvent d’ailleurs, il découvre après son arrivée qu’il s’agit d’une situation définitive.
Dans d’autres cas, une partie de la famille séjourne déjà en France, de manière régulière. Les membres de la famille veulent retrouver ceux restés au pays. Ils font alors une demande de « regroupement familial ».
Or, cette démarche est longue et difficile. En effet, les conditions d’acceptation du regroupement familial sont de moins en moins susceptibles d’être remplies. Le pire est que, bien souvent, on renvoie comme argument de refus aux familles leur précarité. C’est parce qu’il manque quelques mètres carrés au logement du père, ou quelques centaines d’euros sur sa fiche de paye que le regroupement familial est refusé. En plus de vivre dans la misère, il faut vivre dans la solitude.
Nous pensons ici au cas d’un jeune malien de huit ans, Mamadou. Sa mère qui séjourne régulièrement en France, a un travail en Contrat à Durée Indéterminée, et gagne un salaire qui n’a rien de déshonorant, vit dans un logement trop petit, aux yeux de l’état français, pour faire venir son petit garçon, resté au pays. Après maints refus, elle décide de faire venir Mamadou tout de même. Alors qu’elle est à l’aéroport, Mamadou ne pourra pas la rejoindre et après quelques jours dans la zone d’attente de l’aéroport de Roissy, il sera renvoyé purement et simplement au Mali où une grand-mère a beaucoup de mal à subvenir à ses besoins. Parce que son logement est trop petit, cette femme n’a pas le droit de vivre avec son fils. C’est le sort réservé aux étrangers en France aujourd’hui.
Le voyage coûte très cher et le jeune migrant doit, par sa réussite en France, se montrer digne de cet argent dépensé pour lui. Ainsi, aux difficultés qu’il ne manque pas de rencontrer en arrivant dans un pays que, le plus souvent il ne connaît pas, qui le rejette de surcroît en lui refusant un titre de séjour, s’ajoute la nécessité absolue de réussir, et de ne surtout pas revenir au pays en vaincu.
L’exemple d’un jeune Chinois est à cet égard éloquent : aîné des enfants, ses parents, estimant qu’il n’y avait aucun avenir au village, décident de l’envoyer chez un oncle en France. Le prix du voyage nécessite de la part de la famille une multitude d’emprunts. Endettés, ses parents ne pourront supporter de le voir revenir. Pourtant, ce jeune homme âgé de 19 ans n’a toujours pas obtenu de papiers. Il se trouve pour le moment dans une impasse totale : impossibilité de revenir au pays, impossibilité de vivre dignement en France, parce qu’obligé de se cacher, ne pouvant pas exercer d’activités professionnelles qui lui permettraient de subvenir à ses besoins.
Au déracinement donc s’ajoute le traumatisme de la séparation d’avec ses proches, la difficulté de trouver sa place en France et l’impossibilité de rentrer au pays.
Nous pensons également à la migration économique situation où les garçons, dès qu’ils sont jugés capables, sont incités à partir pour « faire fortune ».
Ainsi des jeunes garçons sont arrachés à leur milieu, à leur famille et à leur culture et se retrouvent, en cas d’échec, devant le dilemme, pour le moins insoluble : rester « clandestin » dans un pays étranger ou tout reconstruire dans un nouveau village habité par un sentiment de honte et d’indignité.

  • (ii) Arriver en France s’adapter à la nouvelle réalité.

Le voyage est un très long périple qui se veut souvent sans retour. Pourtant, l’arrivée en France est loin d’être facile et la vie dans le pays d’accueil est semée d’embûches. L’adaptation à la nouvelle existence doit se faire plus ou moins difficilement selon l’âge, les conditions d’accueil et le niveau de scolarisation dans le pays d’origine.
S’il n’y a généralement pas de différence de traitement entre un jeune enfant français et un jeune enfant étranger, il faut pourtant signaler que les représentations se transforment incontestablement vers l’adolescence. A cette période, des manifestations de racisme peuvent surgir et engendrer, trop souvent, des situations inacceptables. Le jeune est alors confronté au délit de faciès, à la discrimination, dans de nombreuses situations (contrôle d’identité, de titre de transport...).
Plus récemment, l’explosion sociale dans les quartiers populaires de l’automne 2005 a renforcé cette stigmatisation du jeune étranger. Une certaine classe politique a pris argument d’une expression d’une urgence sociale pour montrer du doigt des communautés étrangères.
Cet élément, et sûrement d’autres encore qui nous échappent, représente un écueil réel sur le chemin du jeune étranger.

L’accueil au sein de la famille.
Les jeunes qui viennent avec leur famille sont moins soumis à cette énorme pression sociale. En revanche, le retour paraît d’autant plus impossible que personne ne réside plus au pays.

L’accueil chez un tuteur.
À l’inverse, lorsque le jeune vient seul, un tuteur peut l’accueillir. Désigné par la famille au pays, il n’est pas toujours en mesure d’accueillir le jeune, à cause de difficultés financières, de problèmes de logement, ou tout simplement à cause de vieilles rancunes familiales.

L’accueil par l’ASE : le mineur isolé.
Enfin, nous devons mentionner ici le cas du mineur isolé. Arrivé en France, il est alors normalement pris en charge par l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) qui se charge alors de lui trouver un lieu d’accueil, de faire en sorte qu’il soit scolarisé et qu’il ne manque de rien.
Cependant, cette prise en charge est parfois très précaire, notamment dans les départements très défavorisés (ex : Seine Saint-Denis).
De plus, le problème de l’ASE est la fin de cette prise en charge, qui bien souvent a lieu à peu près en même temps que la demande d’un titre de séjour. Ainsi le jeune qui n’est désormais plus pris en charge risque de se retrouver dans des situations extrêmement précaires parce que sans plus aucun moyen de subvenir à ses besoins, sans titre de séjour qui lui permettrait de travailler.

Scolarisation précédente. Selon les pays et le milieu social.
La scolarisation, facteur important de l’intégration sociale et culturelle, se heurte cependant à certaines difficultés.
Les cas les plus problématiques sont d’une part les élèves qui arrivent en France à un âge relativement avancé et qui n’ont pas fréquenté d’école de manière suivie, d’autre part les élèves qui ont été scolarisés mais qui ne viennent pas d’un pays francophone et qui doivent alors repartir à zéro dans leurs apprentissages, freinés par la méconnaissance de la langue.
Il faut noter ici que la discrimination peut être une contrainte supplémentaire aux simples problèmes scolaires. Ainsi certaines mairies n’hésitent pas à refuser l’inscription des enfants dont les parents n’ont pas de papiers ou sous prétexte qu’ils logent à l’hôtel, alors que c’est une pratique absolument illégale. L’intervention des militants peut s’avérer décisive dans ces cas afin de dispenser à ces enfants l’enseignement auquel ils ont droit.
Le cas de la Guyane, région d’outre mer, est assez révélateur. Des milliers d’enfants d’origine étrangère essentiellement Haïtiens, Brésiliens et Surinamiens ne sont pas scolarisés ; sont concernés un grand nombre d’enfants âgés de moins de 16 ans et pratiquement tous les jeunes de plus 16 ans.

Le choc de 18 ans :
Se découvrir « sans papiers », se percevoir comme « une personne qui n’existe pas ».
Alors que les choses se mettent progressivement en place, une nouvelle étape, celle de la majorité, est un facteur de rupture d’équilibre.
En effet, c’est bien souvent à l’approche de la majorité que le jeune découvre qu’il occupe une position pour le moins difficile à tenir, celle de « sans-papiers ». C’est parfois le cas lors de l’organisation d’une sortie scolaire pour laquelle le jeune doit présenter une pièce d’identité, ou au moment de passer un examen. Il prend alors conscience que les papiers de son pays (quand il en a, ce qui est loin d’être toujours le cas) ne valent rien en France, et qu’il lui faut obtenir, pour être en règle, une carte de séjour.
Il vit dorénavant dans la peur du contrôle d’identité, souvent très isolé, il a honte de parler de sa situation à ses camarades de classe, à ses professeurs. Les démarches en préfecture sont très lourdes, et il est extrêmement difficile d’y faire face seul, surtout lorsqu’on est jeune et timide face à une administration colossale et écrasante, qui de plus, nie son existence.
C’est alors que les associations et les militants du RESF jouent un rôle de soutien au cas par cas, comme nous l’avons déjà évoqué, organisant des mobilisations qui aboutissent souvent à un échec mais aussi à des mini victoires...

  • (iii) Rompre : de retour au pays après expulsion.

La loi française organise la chasse aux étrangers.
C’est à une véritable chasse aux étrangers à laquelle les jeunes doivent faire face, chasse qui se solde malheureusement parfois par une expulsion et un retour au pays natal.
Alors que les conditions pour venir en France ont été des conditions extrêmement difficiles, que ces jeunes ont dû faire face au départ, quitter leurs amis, certains membres de leur famille, ils ont dû également déployer de nombreux efforts pour s’adapter à un pays qui n’est pas le leur, à un mode de vie qui est parfois très différent de leur mode de vie original ; alors qu’un nouveau tissu social se crée, que l’intégration est de plus en plus efficace et visible, ces jeunes sont renvoyés dans un pays dont ils ont tout fait pour se détacher. Ironie du sort, c’est souvent au moment où ils y parviennent qu’ils sont renvoyés, sans autre choix que celui de s’exécuter.
Nous pensons que refuser de donner une identité à un jeune c’est le condamner au bannissement. Le terme « expulsion » est un terme qui renvoie à la violence à l’agressivité. L’humiliation, la honte, engendrent la violence. Ne pas être choisi c’est, en quelque sorte, être « tué »...
Comment peut-on envisager que le jeune puisse surmonter ses difficultés au retour dans son pays ?

Qu’en est-il du libre arbitre de ces jeunes ? Souvent envoyés dans un pays inconnu sur décision d’un membre de la famille, poussé par des conditions de vie désastreuse, ils sont quelques années plus tard soumis à une décision administrative qui ne tient évidemment aucun compte de leur existence et de leurs désirs ni même de leur droit à la protection.
Qu’en est-il du libre choix d’un être, de la liberté de circulation, de la liberté de vivre et de s’installer selon ses aspirations et ses espoirs sans être soumis continuellement à l’une ou l’autre décision arbitraire ?
Qu’en est-il de l’humanité ? Sommes-nous avant tout des êtres humains ou des Français, des Algériens, des Congolais qu’un misérable bout de papier (ou de plastique) autorise ou non à vivre debout ?
Que signifie avoir un pays si le pays où on a vécu ne veut plus de nous, comment devenir un citoyen si on se sent « en sursis » ou tout bonnement rejeté ?
Nous voulons croire que, malgré les frontières qui nous enferment, une autre perspective que celle du bannissement n’est pas une douce utopie, mais une réalité dans l’histoire de l’espèce humaine, qui nous a permis de peupler cette "terre, qui est quelquefois si jolie".
Nous voulons citer ici le commentaire de l’un des fondateurs du réseau et ami cher qui « rêve à une planète où les femmes et les hommes se seront tellement aimés qu’on aura des citoyens du monde multicolores sur tous les continents... »

4) Quelle est la raison de notre participation au FSM à Bamako ?

C’est dans cet état d’esprit que nous avons fait le voyage jusqu’à Bamako.
Notre désir, comme vous l’avez sûrement compris, est de diffuser le plus largement possible cette réalité telle que nous la vivons au quotidien et assembler nos idées, unir nos solidarités, construire des passerelles entre la France et le Mali mais aussi avec d’autres pays d’émigration, particulièrement africains, afin d’imaginer des nouvelles formes de résistances à cette monstrueuse et galopante offensive contre les droits universels de l’Homme.

Nous finirons donc cet exposé en vous invitant à participer avec nous à ce combat (nos désirs ? projets ? objectifs ?) :
- Nous appelons donc avant tout, à développer le réseau de solidarité à l’échelle européenne, voire intercontinentale, pour promouvoir le droit à l’éducation de tous les jeunes sans distinction de nationalité.
- Nous faisons appel aux associations de protection de l’enfance afin que les droits fondamentaux ne soient pas bafoués et que la Convention Internationale des Droits de l’Enfant soit un jour respectée.
- Nous recherchons les témoignages des personnes qui ont subi une expulsion afin de poursuivre notre travail de sensibilisation de l’opinion publique en France (pour commencer, voire plus si possible)
- Nous sommes à l’écoute de toute idée, proposition qui irait dans ce sens...

(Nous vous remercions infiniment de votre écoute)

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