Une tribune pour les luttes

Accord de Genève - Le point de vue des réfugiés palestiniens

Article mis en ligne le lundi 10 novembre 2003

Et si on s’intéressait à ce que les réfugiés palestiniens pensent des « hommes courageux et réalistes » qui règlent leur sort à coup de pétitions, publications de sondages et autres projets d’accord de paix ?

Evidemment, pour connaître ces réactions il vaut mieux chercher ailleurs que dans les médias français. Beaucoup d’encre a déjà coulé pour nous vanter le mérite de cette « poigné d’hommes de bonne volonté, résolus à refuser la fatalité de la guerre » ( en moins de deux semaines Le Nouvel Observateur, Marianne, Telerama, Le Monde etc. pour ne parler que des « grands tirages ») mais bizarrement ( ?) rien sur la réaction des Palestiniens ( à part Le Monde qui n’a pas trouvé d’autres opposants qu’un vieux bureaucrate fatigué de l’OLP et les inévitables « factions islamistes radicales » propres à terroriser tout homme sincèrement épris de paix ...).

Probablement ces journalistes n’ont-ils pas pu rencontrer les réfugiés qui s’obstinent à rester dans leurs camps, cernés par les tanks et les miradors israéliens, au lieu de venir se faire interviewer dans les hôtels de Jérusalem ou dans un hôtel peinard au bord de la mer morte comme les artisans du « texte de Genève » par exemple.

Voici donc quelques informations, histoire de réfléchir un peu au sujet du nouveau « miracle annoncé ».

Les informations qui viennent du terrain, c’est-à-dire principalement des camps, mais pas seulement, montrent que ça réagit partout et pas favorablement, c’est le moins qu’on puisse dire, aux initiatives des négociateurs « courageux et réalistes » ! Je n’ai guère trouvé d’expression de ce qui est pourtant omni-présent dans la propagande favorable au nouveau miracle de la paix, à savoir ce « rêve de réconciliation » des vaillants « soldats de la paix ». Peut-être qu’on ne fait pas les mêmes rêves dans les ruines de Rafah que dans les palaces de la mer morte ?

Ci-dessous ce qu’on trouve dans les déclarations de l’Union des centres sociaux de jeunesse des camps de réfugiés de Palestine ( administrés par l’UNRWA et présents dans la quasi-totalité des camps ), du Comité populaire central pour le droit au retour des camps de Bethlehem, de l’Association pour la défense des droits des populations déplacées en Israël, du Comité pour la défense des droits des réfugiés palestiniens ( dont le fondateur est Husam Khader, membre du Conseil législatif, réfugié du camps de Balata, en prison depuis plus de sept mois dans l’indifférence générale ), des comités populaires de réfugiés des camps de Gaza.

- Le rappel de leurs épouvantables conditions réelles d’existence : attaques fréquentes et menaces permanentes, assassinats, maisons détruites, terreur, chomage, misère, etc.

- une dénonciation très violente de « ceux qui concèdent aux Israéliens ce qui ne leur appartient pas, et notamment le droit au retour des réfugiés », « ... petits joueurs qui fréquentent les bons hôtels pendant que les Palestiniens sont écrasés ... »

- une critique virulente des Palestiniens qui sont impliqués dans ces négociations, pétitions et projets d’accord, accusés d’essayer de trouver des compensations au fait qu’ils ne sont pas (ou plus) ministres du gouvernement palestinien.

- Une critique pas plus aimable des « négociateurs »Israéliens et aussi des militants du mouvement de la paix accusés d’avoir fait partie de la Gauche israélienne qui a ouvert la voie à Sharon ou parfois de ne pas avoir su convaincre la population israélienne de s’impliquer sincèrement dans le processus de paix.

- On trouve aussi souvent affirmé que, par ces projets d’accords, la Gauche israélienne bien affaiblie essaye de se refaire une santé...

- Les comités des camps de Bethlehem accusent carrément le texte de Genève d’être un complot contre les droits des Palestiniens. Ils considèrent que venant au moment où la population vit en permanence sous les attaques et l’oppression israélienne, une telle position participe du nettoyage ethnique dont le peuple palestinien est victime.

- Beaucoup rappellent que le droit au retour est un droit individuel de chaque réfugié et que personne ne peut prétendre représenter les réfugiés pour le « négocier ».

- Beaucoup aussi s’adressent à l’Autorité, à Arafat personnellement et à l’OLP pour exiger qu’ils fassent cesser immédiatement toutes ces manœuvres contre les droits des réfugiés.

Pour terminer un extrait d’un message envoyé à Nanterre Palestine par des membres du comité populaire du camp de Al Burej à Gaza :

« A propos du "nouvel accord de paix" Hassan dit que le public palestinien s’oppose totalement à cet accord qui a été fait entre des personnes non-officielles. Le Comite Populaire des Refugiés Palestininens a publié un "article" pour le public dans lequel ils ont insisté sur le refus de l’accord de Geneve, surtout parce qu’il néglige la question des refugiés. Le Comite ne permettra jamais, à personne, de surpasser les résolutions de l’ONU et personne ne peut décider quelque chose pour les refugiés Palestiniens sauf les refugiés eux-mêmes. Les représentants des Comités Populaires des Refugiés Palestiniens se sont adressés au Président Arafat pour confirmer leur refus de l’accord de paix avec tout ce qu’il contient et considérant qu’Arafat est le seul leader du peuple palestinien, les comités lui ont demandé d’annuler les décisions des personnes qui veulent réaliser leur profit personnel, soient-ils des Palestiniens ou des Israeliens ».

Voilà ce qui se dit et s’écrit en Palestine, mais voudra-t-on l’entendre ?

D’ailleurs, puisque c’est le FSE cette semaine et qu’il paraît qu’on y entendra la voie des peuples en lutte, combien de réfugiés palestiniens des camps aux tribunes de la plénière et des séminaires concacrés à la Palestine ?

Pour la réponse, regardez le programme !

Pierre-Yves Salingue.

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