Une tribune pour les luttes

Extrait du BLIS (bulletin de liaison intermitent et sporadique) de RESF

L’immigration n’est pas un thème de campagne

Jean-Jacques Le Masson

Article mis en ligne le mardi 2 mai 2006

Sommaire du BLIS n° 26 daté du 1er Mai 2006

Ci-joint au format PDF

PDF - 502.3 ko
(BLIS-RESF 26.pdf.

- APPEL et pétition p. 2
- Un lycéen sorti de rétention p.4
- DUBLIN 2 ! Artem et Levon p. 5
- Les pères traqués : Cholet, Macon, Bagneux : p. 6
- Marseille : occupation de la Maison des sans papiers p.9
- LUTTES en COURS
Haute-Loire, Puy de Dôme : p. 10
Moselle, Somme : p. 11
- DES MOBILISATIONS QUI PAYENT
Béziers, Saint-Denis p. 12
Oise : p. 13
Paris p. 14
- LE SENS DES PARRAINAGES p. 15
- L’immigration n’est pas un thème de campagne p. 16
- Compte rendu du 1er avril p. 17
- NOUVEAUX COLLECTIFS : Mayotte p. 18
- Manifestations RESF p. 21
- La chasse à l’enfant p. 22
- Atelier d’écriture à Béziers


Les malheureux sont la puissance de la Terre
Saint Just

L’immigration n’est pas un thème de campagne,
c’est le résultat d’une politique inacceptable et dangereuse.

Le 2 mai, l’assemblée nationale ouvre un débat à l’occasion de l’examen du projet de loi sur l’immigration. Ce nouveau
projet sera examiné par les députés alors que la loi du 26 novembre 2003, présentée par la même personne sur
le même sujet n’a pas encore vu paraître tous ses décrets d’application.

Le gouvernement, et plus particulièrement son vice-premier ministre, veulent mettre ce qu’ils appellent le problème
de l’immigration au dessus de tous les autres problèmes : c’est la « priorité essentielle de l’action conduite par le gouvernement ».

Ce faisant, ils pratiquent insidieusement la technique du bouc émissaire en faisant porter la responsabilité
de beaucoup de problèmes : économie, sécurité, sur les étrangers. Ils s’emparent également d’un axe de propagande
de l’extrême droite et tentent de récupérer certains de leurs électeurs.

Si l’immigration pose un problème, c’est surtout à ceux qui émigrent.

Les conséquences des politiques impérialistes des grandes ou moyennes puissances sur l’économie, l’environnement,
la santé des populations, la démocratie et la paix des nombreux pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe d’où s’enfuient,
désespérées, des milliers de personnes et de familles pour espérer trouver des raisons de vivre ou simplement
des moyens de vivre, sont tragiques. Elles expriment dans toute son inhumanité, toute son indécence, l’impitoyable
exploitation subie par les peuples de ces pays, les ressources de ces pays.
Les promoteurs de cette politique sont les dirigeants de nos économies européenne, étatsunienne, japonaise, russe, etc., bref, l’élite de ceux qui donnent à notre société ses critères, ses valeurs, ses exigences : concurrence, individualisme, rentabilité, développement séparé, racisme. _ Exploités, chômeurs, salariés précaires, petits paysans appauvris, petits entrepreneurs broyés par une logique capitaliste qui les enferme et les écrase, salariés, nous sommes les frères et les soeurs moins mal lotis (pas tous, hélas !) de ces milliers de femmes, d’enfants et d’hommes errant vers ce qui devient une illusion : France, terre d’accueil, pays des droits de l’Homme.

Le 12 avril, l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides a publié son rapport annuel.
Le 13 avril, la commission d’enquête sénatoriale mise en place en octobre 2005 a publié son rapport sur l’immigration clandestine.

Comme le dit la commission de l’OFPRA, « la seule solution de fond pour lutter contre les flux migratoires irréguliers
et, en particulier, desserrer la pression qui s’exerce sur les départements ou territoire d’outre-mer » est l’aide au
développement des pays source.
Mais aider au développement peut avoir plusieurs significations. Et dans un monde « libéral » où est prônée, voire imposée, la libre circulation des capitaux et des marchandises, il est difficile de comprendre qu’on s’oppose aussi violemment à la libre circulation des hommes dont seul le travail, rappelons-le, crée les richesses, si inégalement réparties.

Il est utile également de savoir de quoi on parle.

M. le ministre de l’intérieur estime le nombre d’étrangers vivant illégalement en France à 200 000 ou 400 000. Un
rapporteur sénatorial remarque qu’ « on ne bâtit rien sur l’ignorance et que la mesure de l’immigration irrégulière
doit être regardée comme un préalable. » Et pas davantage une politique de l’immigration. Les migrants représentent
7,4% de la population française. C’est une proportion stable depuis 3O ans. L’Europe occidentale accueille à
peine 5% de tous les réfugiés du monde alors qu’elle représente plus du quart de la richesse de la planète.
La commission de l’OFPRA, elle, montre que les demandes d’asile ont baissé de 9,7% en 2005 par rapport à 2004,
année qui avait déjà enregistré un recul de ces demandes. En revanche, le nombre de personnes déboutées du droit
d’asile a progressé de 40,5% en 2005, en passant à 55 678.
La stratégie annoncée par le ministre est « la rupture avec une forme de pensée unique qui porte préjudice à la
France autant qu’aux immigrés. » Il annonce donc qu’il veut abroger le dispositif de régularisation de plein droit
après 10 ans de résidence en France. Ce dispositif existait depuis 1984. Il veut restreindre fortement le dispositif de
1998, tiré directement de la convention européenne des droits de l’Homme et qui permettait des régularisations fondées sur la vie privée et familiale. Il durcit les conditions du regroupement familial et censure fortement les mariages mixtes.

Le collectif « Unis contre une immigration jetable » estime qu’en réduisant l’étranger à l’éventuelle utilité de sa
force de travail, on viole les droits attachés à la personne.

Le ministre souhaite créer une carte « talents et compétences » (qui évoque par ailleurs furieusement les nouveaux critères qui déterminent ce que les projets d’établissement dans les collèges et les lycées doivent enseigner à leurs élèves) qui oppose la situation du marché à tout candidat à une entrée en France. Des objectifs quantitatifs prévisionnels d’accueil seront établis chaque année, en fonction exclusive des besoins exprimés par les entreprises.

Il n’y a eu que 11 500 cartes de séjour délivrées au titre de l’emploi en 2005, soit 7% des personnes souhaitant entrer en France. Le ministre lui-même trouve que c’est insuffisant et que « la France est le seul pays développé qui s’interdit de faire venir sur son territoire des migrants dont il peut avoir besoin pour contribuer à la croissance et à la prospérité. »

Pour un monde de coopération

Il apparaît que la lutte contre l’immigration est surtout un thème de propagande. Les solutions avancées et annoncées
n’en sont pas et ne rien faire dans le sens de l’aide au développement ne fera qu’aggraver un problème de la fuite des gens dont le déplacement est rendu plus facile par le développement des transports et qui est accélérée par l’aggravation de la situation dans leurs pays.

C’est une politique cynique qui ne peut fonctionner que
grâce à des mesures policières et discriminantes sans cesse
aggravées. C’est une politique d’exploitation supplémentaire des pays pauvres, car elle vise à leur dérober les travailleurs formés.

Un caractère particulièrement révoltant de cette politique
est le sort qui est réservé aux mineurs dans cette affaire.
Dans un premier temps, la loi est bafouée puisque la chasse
aux mineurs pour procéder à leur expulsion est ouverte en
contradiction avec la loi qui dit qu’il n’y a pas de mineur
étranger en situation irrégulière. On fabrique alors des lois et on publie des circulaires qui rendent la vie de ces jeunes mineurs invivable et leurs études improbables. Alors que la nation française s’est sans cesse enrichie de l’apport de populations venues d’ailleurs et qui se sont rapidement intégrées.

Comment peut-on imaginer qu’un jeune étranger arrivé
seul ou avec ses parents fuyant je ne sais quel drame dans
je ne sais quel pays, ne sera pas utile à son pays d’accueil qui l’aura éduqué et lui aura appris un métier après l’avoir reçu et lui avoir montré concrètement ce qu’était le génie français de l’accueil et de la solidarité ? Comment refuser ses cotisations sociales, le versement de ses impôts, la création des richesses produites par son travail, voire la défense de sa nouvelle patrie ?

En pratiquant une politique à courte vue, fondée sur un racisme sournois et une discrimination ouverte, sur l’entretien de la division entre les salariés, au bénéfice d’une politique « libérale » qui aggrave sans cesse cette situation.

C’est tout ça qui est contenu dans la loi qui sera présentée le 2 mai. C’est contre ça que se battent Education Sans Frontières, les associations et les personnes qui la composent.

Il est grand temps que l’égalité des droits des Hommes
ne reste pas qu’un beau principe.

Jean-Jacques Le Masson
RESF 64

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