Une tribune pour les luttes

L’immigration maghrébine a toujours été choisie

Sarkozy expulse les enfants de ceux qui ont défendu puis construit la France

Article mis en ligne le dimanche 4 juin 2006

"La France n’a pas économiquement besoin de l’Afrique"
Nicolas Sarkozy Bamako 18 mai 2006

L’unanimité de la France, de la Gauche à la droite extrême, envers les Maghrébins et les Noirs.

Par la loi inique du 17 mai, sur l’immigration choisie, Nicolas Sarkozy fait la loi, il surfe sur les peurs de Français en leur donnant un bouc émissaire - l’immigré et par extension le beur - par ces temps en France qui sont au désenchantement. Cela me rappelle une expression d’un historien qui tentait d’expliquer l’invasion de l’Algérie. Il parlait alors de « la morosité du peuple désireux de redorer un blason terni par l’exil de Napoléon, et aussi de la nécessité de trouver un exutoire aux ambitions impatientes de la France ». Nous y voilà, les ambitions impatientes pour être président ne passent pas forcément par la nécessité de brimer des enfants, descendants de ceux qui ont défendu et construit la France à une époque où plusieurs hommes politiques sont issus de pays ennemis de la France.

L’unanimité de la France qui se vérifie dans les heures difficiles telles que, par exemple, la loi sur le foulard, se vérifie aussi d’une façon ou d’une autre s’agissant de la position sur l’immigration. Voici quelques phrases, souvent controversées, prononcées par les responsables politiques français sur la question de l’immigration qui nous permettent de vérifier l’unanimité du message formulé de façon différente.

Pour François Mitterrand : " La France ne compte aujourd’hui pas plus d’immigrés qu’en 1982 et pas plus qu’en 1975 par rapport à la population française qui s’est accrue". "Le seuil de tolérance a été atteint dans les années 1970 et il n’y a pas eu depuis d’aggravation" (10 décembre 1989).

Son premier ministre Michel Rocard est resté célèbre par une petite phrase reprise à qui mieux-mieux par la droite et l’extrême droite : "Le temps de l’accueil de main-d’oeuvre étrangère relevant de solutions plus ou moins temporaires est donc désormais révolu" et "nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde" (7 janvier 1990).

Pour Jacques Chirac : "Le travailleur français qui habite à la Goutte d’or et qui voit sur le palier à côté de son HLM, une famille avec un père, trois ou quatre épouses, une vingtaine de gosses, qui touche 50.000 F de prestations sociales sans travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, le travailleur français sur le palier, il devient fou. Ce n’est pas être raciste que de dire que nous n’avons plus les moyens d’honorer le regroupement familial" (20 juin 1991).

Mr Maigret ex Front National utilisera souvent l’argumentaire de monsieur Chirac.

Pour Edith Cresson c’est plus poétique, elle fait, même, dans l’humour : "Les charters, ce sont des gens qui partent en vacances avec des prix inférieurs. Là, ce sera totalement gratuit et ce ne sera pas pour des vacances. Ce sera pour reconduire des gens dans leur pays lorsque la justice française aura établi qu’ils n’ont pas le droit d’être chez nous" (8 juillet 1991).

Valéry Giscard d’Estaing dont on connaît les postions tranchés sur la civilisation chrétienne et sur l’homme Blanc nous met en garde contre un possible 732 qu’on ne peut conjurer que la pureté du sang (limpeza de sangre dirait le cardinal Cisneros responsable de la mort de milliers d’Andalous et de l’expulsion de dizaines de milliers d’autres) : "Le type de problème auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration vers celui de l’invasion (...) La facilité des déplacements et l’ouverture des frontières recommandent de revenir à la conception traditionnelle de l’acquisition de la nationalité française : celle du droit du sang" (21 septembre 1991).

Pour Charles Pasqua qui assume sa xénophobie maghrébine : "L’objectif que nous nous assignons, compte tenu de la gravité de la situation économique, c’est de tendre vers une immigration zéro" (1er juin 1993).

Le seul qui est constant dans ses positions est Jean-Marie Le Pen : "L’interruption volontaire de nationalité" contribue à "peupler la France d’une masse passive et hétérogène d’individus sans repères" et à la transformer en "satrapie du nouvel ordre mondial" (3 octobre 1998).

Le dernier Nicolas Sarkozy qui veut chasser sur les terres de tout le monde pour arriver en rajoute : "Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter" (22 avril 2006, paraphrasant un slogan utilisé par le Front national de la jeunesse puis par le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers). [1] .

La France vient de voter une deuxième loi Sarkozy encore plus coercitive que la précédente du même Sarkozy. Pourtant la législation européenne, la politique relative à l’immigration se place dans le cadre de l’espace de liberté, de sécurité et de justice institué par le traité d’Amsterdam (titre IV). Le Conseil européen de Tampere, réuni sous présidence finlandaise en octobre 1999, a programmé la réalisation de cet espace pour fin 2004. Un grand nombre d’engagements demandent toutefois encore à être traduits dans la législation européenne et les directives adoptées dans ce cadre ne sont pas toutes transposées intégralement dans les législations nationales. Le droit au regroupement familial : directive 2003/86/CE du Conseil, du 22 septembre 2003 4. le statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée : la directive 2003/109/CE du Conseil, du 25 novembre 2003, harmonise les législations des États membres, qui doivent reconnaître un statut de « résident de longue durée » obtenu après cinq années de résidence légale et ininterrompue. Ce statut est lié à la possession de ressources stables et suffisantes sans avoir recours à l’aide sociale. [2].

La loi votée en France sur l’immigration est en totale contradiction avec les directives europeénnes

En Grande Bretagne : Semblable dans son principe aux systèmes canadien, australien et néo-zélandais, la loi britannique attribue des "points" aux candidats à l’immigration en fonction de leur âge, métier et diplômes. Certaines catégories, comme les entrepreneurs, scientifiques, médecins, ingénieurs, informaticiens et financiers, pourront entrer dans le pays sans offre d’emploi préalable et amener leur famille. Les travailleurs peu qualifiés hors-Union européenne devront pour leur part répondre à une offre précise, pour une durée fixée à l’avance et avec la garantie de leur départ à l’issue du contrat. La loi prévoit également l’enregistrement des empreintes digitales des candidats à l’immigration et des restrictions aux droits d’appel des candidats à l’immigration déboutés.

En Allemagne : la nouvelle loi sur l’immigration a été promulguée le 5 août 2004 et est entrée en vigueur le 1er janvier 2005. La nouvelle loi définit pour la première fois le visa comme un titre de séjour autonome. Ceci ne s’applique qu’aux titres de séjour obtenus après l’entrée en Allemagne. Pour les séjours plus longs, on fait encore la distinction entre le permis de séjour (à durée limitée) et le permis d’établissement (à durée illimitée). Pour entrer la première fois en Allemagne, il reste indispensable de posséder un visa pour le territoire fédéral (visa national), qui sera transformé ensuite en Allemagne en permis de séjour ou d’établissement. Le statut de réfugié est désormais octroyé même en cas de persécution par des acteurs non-étatiques, sur le modèle de la directive européenne établissant des normes minimales pour prétendre au statut de réfugié. Les réglementations relatives au regroupement familial et à l’entrée ultérieure des enfants n’ont pas beaucoup changé par rapport à la législation actuelle sur les étrangers. L’étranger sollicitant le regroupement familial doit posséder un permis d’établissement ou de séjour et mettre à disposition un logement de taille suffisante.

En Espagne : Le gouvernement Zapatero a régularisé environ 700 000 immigrés clandestins entre février et mai 2005. Certains pays membres de l’espace de Schengen, comme l’Allemagne, ont critiqué cette mesure car les immigrés munis de papiers attribués par l’Espagne peuvent ensuite circuler librement dans les autres pays.
www.gisti.org/doc/plein-droit/20/espagne.html

Au Pays-Bas : Les étrangers doivent passer un test d’immigration sur la culture et la langue néerlandaises. Les cours de langue sont obligatoires et gratuits pour les nouveaux arrivants. Un projet de loi prévoit de faire passer ce test à des immigrés présents depuis longtemps sur le sol des Pays-Bas. La municipalité de droite d’Amsterdam a édicté en janvier 2006 un code de bonne conduite aux étrangers qui leur impose d’utiliser le néerlandais dans les lieux publics2. Depuis le changement de majorité, l’application en est suspendue.

En Italie : En 2006, 170 000 immigrés pourront entrer légalement en Italie. Chaque année, un quota est ainsi déterminé en fonction des besoins du marché du travail et des capacités d’intégration économique du pays. 500.000 autres immigrés seront régularisés avec le gouvernement Prodi.

Au Canada : L’entrée sur le territoire se fait après examen d’un dossier dépendant de l’attribution de points suivant la profession, l’âge, les langues maîtrisées, etc. La Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) est devenue loi le 28 juin 2002. Cette loi remplace l’ancienne Loi sur l’immigration. Elle tient compte de l’apport des immigrants et des réfugiés à l’édification du Canada. Elle invite les travailleurs ayant des compétences diverses à choisir le Canada, et elle favorise le regroupement rapide des familles. La LIPR est stricte avec ceux qui menacent la sécurité de la société canadienne. Mais elle maintient les traditions du Canada, en offrant le refuge à ceux qui en ont besoin.

La politique américaine de l’immigration.

Les États-Unis accordent environ 675 000 visas aux immigrants chaque année, mais ceux-ci sont limités à 20 000 par pays. La règle est celle de l’ordre chronologique des demandes ; il existe deux grandes causes principales d’immigration : le regroupement familial et la recherche d’un travail. Depuis 1990, l’organisation passe aussi par l’attribution ou non de carte verte donnée à l’issue d’une loterie due à une forte demande. La carte verte n’est cependant utile que pour devenir salarié aux États-Unis, pas pour y créer une entreprise. En raison d’une tradition de droit du sol, tout enfant né sur le territoire des États-Unis peut être déclaré citoyen américain. Le mariage avec une personne de nationalité américaine ne confère pas en revanche par ce seul fait la nationalité de ce pays.

Plus de 11 millions d’immigrés illégaux vivent aux Etats-Unis - dont plus des trois quarts viennent d’Amérique latine et la moitié du Mexique -, où ils constituent une grande partie de la main-d’oeuvre dans des secteurs comme la construction ou l’agriculture. Le Sénat a adopté, jeudi 25 mai, une réforme mesurée de l’immigration. Dans une atmosphère politique américaine d’ordinaire tendue et divisée, le Sénat est parvenu à un accord rassemblant des républicains et des démocrates. La loi proposée reste dans l’esprit des mesures voulues par le président George Bush, qui souhaite l’accueil des immigrants et le renforcement des lois contre les illégaux. Comme le discours présidentiel, elle manie la carotte et le bâton.

Ceux qui sont présents depuis cinq ans pourront, selon le Sénat, demander la nationalité américaine, à condition de ne pas avoir été condamné et d’apprendre l’anglais. Fin 2005, les Sénateurs avaient proposé une loi se limitant à verrouiller les frontières et à considérer l’entrée illégale sur le territoire américain comme un crime. Des millions de Latinos ont défilé dans plusieurs villes pour protester. Le Parti républicain est fortement divisé entre ceux qui défendent "une nation d’immigrants", comme l’a rappelé George Bush lors de son allocution du 15 mai, et ceux qui redoutent une perte de l’identité américaine [3].

Cependant le président Bush a décidé de mobiliser la garde nationale à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique pour renforcer les contrôles et empêcher l’immigration illégale. Il a annoncé sa décision, lundi 15 mai, dans une adresse télévisée à la nation. A un moment où sa popularité a encore baissé, et notablement parmi l’électorat conservateur, George Bush espère remobiliser sa base, pour qui la protection des frontières est devenue un sujet aussi important que le prix de l’essence et la guerre en Irak. Plusieurs milliers de ses membres devraient être positionnés le long des 3 200 km de frontière. Ils ne seraient pas en première ligne mais viendraient en appui de la police des frontières (Border Patrol), une force qui ne compte que 12 000 hommes mais dont le nombre devrait doubler d’ici cinq ans, selon le projet de loi en discussion au Sénat.

Cette décision intervient à un moment où la cote de popularité de M. Bush est tombée à 31 %, selon deux sondages parus il y a une semaine. La « journée sans immigrés », le 1er mai qui invitait le 1er mai les immigrés, réguliers et sans-papiers, à boycotter le travail, l’école, la consommation, afin de démontrer en force leur présence et leur poids économiques, a connu une mobilisation variant selon les régions.

Les réactions des pays africains à la loi sur l’immigration.

« Sarko, raciste ! Sarko, dehors ! » pouvait-on lire sur les banderoles lors de la visite, la semaine dernière, du ministre de l’Intérieur au Mali et au Bénin. Alors qu’en France Sarkozy insiste sur l’adjectif « choisie », en Afrique il a précisé que, « dans immigration choisie, il y a d’abord immigration ». "Ce n’est pas honnête de vouloir prendre nos diplômés, alors que je dépense beaucoup d’argent pour les former", déclare le président Abdoulaye Wade, qui s’élève à nouveau contre l’immigration "choisie". A bdoulaye Wade, le président du Sénégal, a une fois de plus exprimé ses réticences, lundi 22 mai, face à la loi française sur l’immigration "choisie". "Moi, en tant que président du Sénégal, je suis contre l’émigration et je ne choisirai rien du tout", "Je ne veux pas que les jeunes qualifiés s’en aillent" "La France devrait avoir une autre attitude à notre égard plutôt que de nous prendre les cadres que nous formons", "M. Sarkozy peut avoir la politique qu’il veut. Mais ce n’est pas honnête de vouloir prendre nos diplômés, alors que je dépense beaucoup d’argent pour les former. Je consacre 40% de mon budget à l’éducation et je ne veux pas que les ingénieurs, les jeunes qualifiés s’en aillent". [4].

« Clearstream, écrit Eric Fottorino, pour Sarkozy, rime avec victime, la question de l’immigration choisie montre que le ministre de l’intérieur peut aussi montrer les dents, comme on le sait depuis la crise des banlieues et l’usage verbal du Kärcher. "La France n’a pas économiquement besoin de l’Afrique", a déclaré Sarko la semaine dernière à Bamako, lors d’un débat houleux. Propos bien imprudent pour des raisons au moins pétrolières. Et si la France peut se passer de l’Afrique, l’Afrique, elle, peut se passer du mépris de Sarkozy. » [5].

Proférer de telles insanités au Mali, très ancienne et prestigieuse civilisation, est injurieux envers l’Histoire. Espérons qu’il a compris l’expression du "peuple migrateur" employée par le premier ministre malien à propos de son peuple. Sarkozy méprise, tout un continent, et dévoile au passage sa méconnaissance des enjeux économiques considérables que représentent d’ores et déjà l’Afrique ; Après avoir construit sa puissance et son train de vie en exploitant de lointaines contrées, particulièrement en Afrique, la France n’en reste pas moins liée à l’Afrique à travers les sociétés qui continue d’y exploiter des ressources. La Chine déploie des efforts considérables pour s’y implanter. Pure philantropie sans doute trouverait à redire les conseillers du « Sans peur et sans reproche ».

Les conséquences : les expulsions en masse, même des enfants ... français mais colorés

Par pure et mauvaise coïncidence écrit Pierre Morville, alors que les députés français discutaient du projet de loi sur l’immigration qui concerne principalement l’immigration maghrébine et africaine, les pouvoirs publics autorisaient les ressortissants de huit pays d’Europe de l’Est, membres de l’UE, à accéder avec une procédure très simplifiée à sept secteurs d’activité en tension de recrutement : BTP, propreté, hôtellerie, commerce, etc. Pourvu que cela ne soit pas des immigrés maghrébins ou noirs, même s’ils prendront les emplois des français.

« Certes, écrit à juste titre Pierre Morville, la politique démographique d’un pays ne doit pas être guidée par ses seuls impératifs moraux et le réalisme doit être la règle. Mais les dispositifs de la nouvelle loi sont illusoires, à courte vue et pour partie largement contre-productifs » Il donne pour cela l’argumentaire suivant : La loi est illusoire car « aucun contrôle des frontières, aucun « mur » physique ou réglementaire n’empêchera durablement ces transferts ». Elle est à courte vue car le gouvernement souhaite caler sa politique migratoire sur une politique de l’emploi inexistante. Dans une économie libérale, et c’est largement le cas de la France, c’est le marché qui pour l’essentiel dessine l’offre et la demande d’emplois. La planification dans ce domaine n’a jamais donné de résultats palpables. On ne peut prévoir à l’avance la demande et partant les profils à choisir. Elle est enfin, contre-productive : la stricte sélection des migrants par critère professionnel a de nombreux effets pervers. « Loin de favoriser le « co-développement », l’immigration des seuls salariés qualifiés et le rejet des autres réduisent le transfert de technologies et assèchent les rentrées financières ».

« L’immigration poursuit-il, nourrit la croissance dans les pays d’accueil par la richesse créée mais également par le renfort apporté à la croissance démographique, en panne dans la plupart des pays d’Europe. Elle nourrit la croissance dans les pays d’origine par les transferts de technologies, par les transferts d’épargne, par les relations marchandes qui peuvent se développer entre les deux zones d’émigration et d’immigration. La croissance nourrit à son tour l’immigration : toujours dans les pays traditionnels d’accueil (Allemagne, France), mais également dans des pays nouveaux (Italie, Espagne, pays nordiques...). » [6].

Moins d’une semaine après le vote de la loi sur l’immigration

« Pour gonfler ses statistiques, le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, procède à des expulsions du territoire, honteuses sur le fond, illégales dans la forme, et contraires aux engagements du gouvernement. Mariam Sylla et ses deux enfants Mohamed (5 ans et demi) et Aïssata (3 ans) ont été montés de force dans un avion pour le Mali, le samedi 13 mai 2006. Cette jeune femme vivait en France depuis sept ans. Ses enfants y sont nés. Mariée très jeune, elle avait été victime de violences conjugales qui lui avaient laissé un lourd handicap : elle est pratiquement sourde. Réfugiée à Orléans, elle tentait de se reconstruire. Ses enfants y étaient scolarisés, Mohamed en grande section à l’école maternelle Jolibois à Orléans-La Source, Aïssata en petite section à l’école maternelle. Mariam Sylla a été interpellée le jeudi 11 mai, dans l’Eure où elle visitait une amie. Le soir même elle était placée en rétention à Rouen (Oissel) avec ses enfants Elle a été expulsée en moins de 48 heures, sans que personne ne soit prévenu. Qu’importent les formes, pourvu qu’on ait l’expulsion et les chiffres ! Statuant (en son absence forcée) sur son cas, 15 mai, le Tribunal administratif d’Orléans a annulé l’arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Autrement dit, honteuse sur le fond, l’expulsion de Mariam Sylla et de ses enfants est aussi illégale dans la forme [7].

Du jour au lendemain ces enfants se retrouvent dans un pays qu’ils ne connaissent pas avec aucune attache, il est difficile de comprendre le désarroi de ces enfants qui sont traumatisés à vie, mais qui s’en soucie, ce ne sont pas des petit(e)s français, on pourrait dire qu’ils ne sont pas « comme nous » dirait Giscard à propos des Turcs...

La même histoire est arrivée à un Algérien de 41 ans qui était en France depuis 1995 avec son épouse et ses quatre enfants français scolarisés et âgés de 3 à 9ans. A Saint-Etienne avec son épouse et leurs quatre enfants, il a été expulsé mercredi 25 mai de France vers l’Algérie, sur la base d’un arrêté du ministre de l’Intérieur. Le motif de l’arrêté ministériel d’expulsion, daté du 9 novembre 2000, indique seulement que Maamar Koudji "s’est livré à des activités de nature à compromettre la sûreté de l’Etat et la défense nationale". "Je ne fais pas de politique" Joint par téléphone, ce père de quatre enfants, se déclare "respectueux de la loi" [8].

L’année scolaire s’achevant, les préfectures feront du zèle pour exécuter à la vitesse V les nombreux arrêtés de reconduite à la frontière édictés ces derniers mois contre les familles en situation irrégulière. « Au moins 10.000 jeunes scolarisés et clandestins » sont menacés, affirme le Réseau Education sans frontières (RESF), association française engagée dans la régularisation de ces jeunes et de leurs familles.

Pensons aux enfants Juifs cachés par des familles pour éviter d’être envoyés en Allemagne. Mutatis mutandis c’est le même enfer qui attend les enfants expulsés. Pourrons nous voir malgré Les mesures de rétorsion de Sarkozy des hommes et des femmes braver l’interdit au nom de l’humanité comme ils l’ont si bien fait pour les petits enfants juifs. Dans une pétition lancée fin avril, RESF a appelé à combattre « la chasse à l’enfant », invitant à « parrainer, protéger et même héberger » ces jeunes clandestins scolarisés et les leurs, quitte à enfreindre la loi et être passible de jusqu’à 5 ans de prison et 30.000 euros d’amende. Nous attendons de voir.

Que fait l’Europe pour traquer physiquement les damnés de la terre ?

Alors que les candidats à l’immigration continuent d’arriver en grand nombre sur les côtes espagnoles et italiennes, la Commission européenne vient de prendre une série de mesures de surveillance commune. Des immigrants clandestins arrivent, lundi 22 mai, dans le port de Los Cristianos, à Tenerife, l’une des îles espagnoles des Canaries, sur un bateau de fortune surnommé Titanic... Depuis plusieurs jours, l’Espagne appelait l’Europe à l’aide face à l’afflux d’immigrants clandestins aux Canaries. La vice-présidente du gouvernement espagnol, Maria Teresa Fernandez de la Vega, qui était venue à Bruxelles plaider le dossier espagnol pour protéger cette frontière extérieure de l’Union européenne, a salué ces mesures « efficaces ». « C’est un plan de choc pour faire face à une situation d’urgence », « Pour la première fois, l’Union européenne s’implique véritablement dans la politique migratoire », a-t-elle renchéri mercredi 24 mai devant le Sénat à Madrid.

Sur les 15 mesures annoncées, la principale et la plus rapide à mettre en œuvre, puisqu’elle dépend des États membres, concerne « un système de patrouille navale et aérienne », a expliqué Franco Frattini. « Huit pays ont déjà indiqué qu’ils étaient prêts à apporter leur aide, et mettront à disposition des bateaux rapides pour assurer ces patrouilles en mer », le long des côtes des Canaries mais aussi du Sénégal, de la Mauritanie ou du Cap Vert, a-t-il ajouté. Cet « exercice de patrouille » devrait être étendu à d’autres pays africains « dans quelques mois ». En clair on déploie les grands moyens contre des hommes désarmés, qui ont faim qui ont soif qui ont besoin de dignité, à ces personnes on oppose des avions des radars des patrouilleurs ...

Figurent enfin des initiatives plus lentes à mettre en place, comme la possibilité d’utiliser des fonds européens pour cofinancer la surveillance des frontières, des opérations de rapatriement des clandestins, et la construction de deux centres d’accueil temporaires pour les immigrants refoulés, l’un en Mauritanie et l’autre au Sénégal. La Commission va également demander des fonds pour permettre d’expérimenter un système de « surveillance maritime électronique », qui devrait permettre d’améliorer les capacités de détection des patrouilles.

Les Vingt-Cinq ont toutefois été obligés de s’emparer collectivement du dossier après la « sanglante » crise migratoire de l’automne 2005 dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla (nord du Maroc), prises d’assaut par des milliers de candidats africains à l’émigration. Les questions liées aux migrations sont de plus en plus importantes pour l’UE et suscitent, dit-on, une inquiétude croissante, mais pas de compassion dans les opinions publiques. Les 25 décident d’organiser, à l’initiative de l’Espagne, du Maroc et de la France, une série de sommets UE-Afrique sur le thème de l’immigration dans la zone Méditerranée. Le premier devrait avoir lieu au Maroc à Rabat le 11 juillet [9]. L’Algérie a décider de ne pas y participer du fait que le même type de conférence est prévu à la même période en Libye. Pour sa part, Le commissaire européen à la Justice et la Sécurité Franco Frattini présentera d’ici deux semaines une liste de "pays sûrs" pour l’examen commun des demandes d’asile par l’UE, dont les ressortissants verraient leurs demandes d’asile examinées avec un a priori négatif...

Conclusion

Au niveau planétaire, il faut cependant relativiser ces transferts : selon l’ONU, ces masses en mouvement représentent 200 millions de personnes, soit seulement 3,06 % de la population mondiale. Les riches ne peuvent pas prendre en charge le développement de ces pays car c’est là que réside le problème. L’union européenne a déjà dépensé plus de 145 millions d’euros pour le Sive système ultramoderne installé sur la côte de Gilbraltar et sur les enclaves pour voir les bateaux sur l’autre rive. Cela n’a pas empêché les « pateras » d’arriver avec leur lot de détresse. Ce n’est pas en forçant les pays à faire les gardes chiourme interposés contre leurs propres ressortissants que le problème sera résolu. Il viendra le jour où il faudra bien s’attaquer aux racines du mal. A défaut de restituer leurs richesses aux pays spoliés, à défaut de rendre la mort aux combattants morts pour la France, à défaut de rendre la santé aux bâtisseurs des trente glorieuses rendons leurs dignités d’hommes à ces épaves en leur permettant d’avoir une vie digne chez eux. Les pays industrialisés consacrent plus de 800 milliards à l’armement Plus de 400 milliards à la publicité, il faudrait moins de 100 milliards de dollars pour éradiquer la pauvreté et commencer à sédentariser les immigrés chez eux.

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Notes

[1Déclarations : de Mitterrand à Sarkozy... Nouvel Obs.Com 16.05.06

[2La législation en Europe concernant l’immigration , aux Etats-Unis, au Canada... Nouvel.Obs.Com 10.05.06

[3Alain Salles :« Aux Etats-Unis, la querelle de l’immigration connaît une pause » Le Monde 26.05.06

[4Abdlouaye Wade : « Ce n’est pas honnête de vouloir prendre nos diplômés » Nouvel Obs. 23/05/2006

[5Eric Fottorino : « Sarko blanc, Sarko noir » Le Monde du 23/05/2006

[6Pierre Morville « Immigration : Sarkozy ressort son kärcher » Le quotidien d’Oran 25 mai 2006

[7Réseau éducation sans frontières : Nicolas Sarkozy veut « faire du chiffre » : Réseau Voltaire 24 mai 2006.

[8Associated Press et Nouvel Obs. du 25 mai 2006

[9Marie-Françoise Masson « L’UE face à l’immigration clandestine » La Croix du 25 052006

[10Déclarations : de Mitterrand à Sarkozy... Nouvel Obs.Com 16.05.06

[11La législation en Europe concernant l’immigration , aux Etats-Unis, au Canada... Nouvel.Obs.Com 10.05.06

[12Alain Salles :« Aux Etats-Unis, la querelle de l’immigration connaît une pause » Le Monde 26.05.06

[13Abdlouaye Wade : « Ce n’est pas honnête de vouloir prendre nos diplômés » Nouvel Obs. 23/05/2006

[14Eric Fottorino : « Sarko blanc, Sarko noir » Le Monde du 23/05/2006

[15Pierre Morville « Immigration : Sarkozy ressort son kärcher » Le quotidien d’Oran 25 mai 2006

[16Réseau éducation sans frontières : Nicolas Sarkozy veut « faire du chiffre » : Réseau Voltaire 24 mai 2006.

[17Associated Press et Nouvel Obs. du 25 mai 2006

[18Marie-Françoise Masson « L’UE face à l’immigration clandestine » La Croix du 25 052006

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