Une tribune pour les luttes

A propos de « Quand on n’a plus que son corps » de Gisèle Dambuyant-Wargny

La trajectoire impitoyable ...
Pour mieux comprendre et agir !

par Jean-François CHALOT

Article mis en ligne le jeudi 7 septembre 2006

Qui a dit que la sociologie était rébarbative ? Pas moi et sûrement pas après avoir lu ce livre.

Il me fallait arrêter de lire les essais témoignages qui coûtent cher et sont « liquidés » en quelques heures, c’est pourquoi je me suis procuré cet ouvrage pour m’informer sur un « phénomène » préoccupant : la précarité « extrême »....
L’auteure nous livre là une étude minutieuse, documentée et argumentée sur une réalité sociale. Parfois les thèses de doctorat conduisent à des éditions publiques difficiles d’accès, ce n’est pas le cas ici.

Une sociologue ne part pas de rien. Gisèle Dambuyant-Wargny s’est appuyée sur une étude effectuée en Seine et Marne entre 1988 et 1992 auprès de 630 « bénéficiaires » du RMI pour aller beaucoup plus loin dans l’investigation et la recherche. Elle a rencontré, interrogé de nombreux précaires, des professionnels et des bénévoles. Certaines tranches de vies sont rapportées et expliquées.
Pour beaucoup de ces précaires, sans abri fixe pour beaucoup, il ne leur reste qu’une seule richesse : leur corps que bien souvent ils sur-exposent et sur-exploitent...

La trajectoire impitoyable de beaucoup s’explique par un début dans la vie très difficile, une crise familiale, un rejet ou une rupture.

N’importe qui peut se retrouver demain dans une telle solution : la perte du travail, un accident de parcours ... et c’est l’engrenage.

« Quels que soient les espaces occupés sur l’ensemble des parcours de vie, ces êtres ont souffert et souffrent encore en se détériorant inéluctablement, amoindrissant voire anéantissant toute anticipation. Sur-sollicités souvent dès l’enfance, ils trouvent des solutions de fuite et de mise à l’abri par un surinvestissement de l’espace public. Quant au présent, il est encore plus éloquent pour ce qui concerne le fonctionnement en « sur ». Dans l’espace privé ou dans l’espace économique, le corps est surexposé, surexploité physiquement, psychiquement et symboliquement. »

Le regard que « nous » portons aux autres, à ces personnes rencontrées dans la rue doit changer ainsi que les représentations que certains ont sur des itinéraires souvent mal connus...

L’alcool à très haute dose détruit la personne qui en abuse, certes mais pour beaucoup il s’agit là d’un anesthésiant indispensable à la survie ! Difficile à comprendre notamment pour quelqu’un comme moi qui, je l’avoue n’a pas bu un verre de vin depuis plus de 30 ans... et pourtant c’est une réalité sociale.

Le livre décrit, décortique, explique mais donne quelques pistes de transformation, comme celle-ci :
« Ainsi toute prise en charges devrait s’attacher exclusivement, tout du moins en un premier temps, à des programmes de « récupération corporelle » qui viseraient à un meilleur état corporel, avant d’envisager toute autre forme d’insertion ou de réinsertion ».

Cet accompagnement social qu’il soit institutionnel, ou bénévole, sans confusion des rôles est nécessaire mais cette misère humaine, conséquence directe de la logique du système capitaliste d’exclusion doit aussi et surtout être combattue à la racine....

Il faut à la fois comprendre, exprimer sa solidarité et lutter contre les politiques actuelles conduisant au chômage, à la pauvreté et à la précarité.

Ce livre mérite de passer du rayon sociologie pour « initiés » au rayon « grand public »

Jean-François CHALOT

« Quand on n’a plus que son corps »
de Gisèle Dambuyant-Wargny
Editions Colin
Mai 2006
230 Pages
20 €

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