Une tribune pour les luttes

Les Etats-Unis : le nouvel empire

Article mis en ligne le lundi 14 mai 2007

« L’empire n’a pas d’alliés , il n’a que des vassaux »
Ignacio Ramonet Directeur du Monde Diplomatique

Introduction

Beaucoup d’évènements qui nous paraissent a priori impensables, erratiques voire être le fruit du hasard ont, en fait, une logique qui ne peut s’expliquer que si on les relace dans une problématique mondiale seule capable de décrypter l’incohérence de certaines situations. N’est ce pas le président Franklin Delanoe Roosevelt, le père du « New Deal » dans les années trente du sic-le dernier qui exprimait une conviction qui a toute sa pertinence par les temps qui courent : « En politique, un événement n’arrive jamais par hasard, s’il se déroule par “hasard”, c’est qu’il a été programmé pour se dérouler ainsi ».

Le contrôle apparent et actuel des activités humaines, économiques, sociales et politiques mondiales est assuré de plus en plus par les États-Unis d’Amérique (USA) dont la volonté de domination s’exprime dans une stratégie d’interventions directes et indirectes continues pour orienter la conduite des affaires mondiales en fonction de leurs propres intérêts. Le Rapport Global 2000 publié en 1980 présentait l’état du monde en faisant état des menaces qui pourraient peser sur ces intérêts. 20 ans plus tard, les États Unis, pour justifier, dans le contexte de leur propre sécurité, leurs interventions sous toutes les latitudes, montent la plus grande supercherie que l’on puisse imaginer, « une guerre mondiale contre le terrorisme » ou, en d’autres mots, une guerre contre ceux ou celles qui osent ne pas vouloir être ou devenir leurs esclaves.

Les quatre éléments majeurs de la stratégie de conquête et de domination du monde par les États Unis sont le contrôle de l’économie mondiale et des marchés financiers, la main mise sur toutes les ressources naturelles (matières premières et ressources énergétiques) névralgiques pour la croissance de leurs avoirs et de leur pouvoir par le biais des activités des corporations multinationales, la mise en tutelle des 191 gouvernements membres de l’Organisation des Nations Unies et, enfin, la conquête, l’occupation et la surveillance de ces éléments grâce à un réseau de bases ou d’installations militaires qui couvrent l’ensemble de la Planète (continents, océans et espace extra-atmosphérique). Il s’agit d’un Empire dont il est bien difficile d’en déterminer la juste ampleur.

Les bases militaires sont les lieux d’entraînement, de préparation et de stockage des équipements de guerre des armées nationales dans le monde. Elles peuvent être classées en quatre grandes catégories : Les bases aériennes (Air Force), les bases terrestres (Army), les bases navales (Navy) et les bases de communications et de surveillance (Spy). Les cartes publiées en 2002, par Bob Wing « U.S. Military Troops and Bases around the World », « The Costs of « Permanent War », permettent de constater la présence de militaires américains dans 156 pays, de leur présence sur des bases américaines dans 63 pays, des bases récemment construites (depuis le 11 septembre 2001) dans sept pays et un total de 255 065 effectifs militaires. Cette présence qui se traduit par un total de 845 441 installations diverses couvre, dans les faits, des terrains d’une superficie de 30 millions d’acres. En se basant sur les données officielles du Pentagone de 2005, les USA possèderaient 737 bases à l’étranger. Avec celles du territoire métropolitain et de leurs propres territoires les bases couvriraient une superficie totale de 2 202 735 hectares, ce qui ferait du Pentagone l’un des plus grands propriétaires terriens de la planète. Selon C. Johnson, l’Empire américain en possèderait ou louerait plus de 1 000 au total à l’étranger. (1).

Les territoires sous commandement sont le Northern Command (Peterson Air Force Base, Colorado), le Pacific Command (Honolulu, Hawaii), le Southern Command (Miami, Floride), le Central Command (MacDill Air Force Base, Floride), le European Command (Stuttgart-Vaihingen, Allemagne), le Joint Forces Command (Norfolk, Virginie), le Special Operations Command (MacDill Air Force Base, Floride), le Transportation Command (Scott Air Force Base, Illinois) et le Strategic Command (Offutt Air Force Base, Nebraska).

L’OTAN, l’autre bras armé des Etats Unis en tant qu’alliance militaire et désormais aussi politique, possède son réseau de bases, soit 30 au total qui sont principalement situées en Europe de l’Ouest : Whiteman aux U.S.A., Fairford, Lakenheath et Mildenhall au Royaume Uni, Eindhoven en Hollande, Brüggen, Geilenkirchen, Landsberg, Ramstein, Spangdahlem, Rhein-Main en Allemagne, Istres et Avord en France. Morón de la Frontera et Rota en Espagne, Brescia, Vicenza, Piacenza, Aviano, Istrana, Trapani, Ancora, Pratica di Mare, Amendola, Sigonella, Gioia dell Colle, Grazzanise et Brindisi en Italie, Tirana en Albanie, Incirlik en Turquie, Eskan Village en Arabie saoudite et Ali al Salem au Koweit.

Selon les données de l’encyclopédie libre Wikipedia, le système de défense américain métropolitain (on estime à 6000 le total des installations militaires aux USA eux-mêmes) et mondial fait appel à un personnel de 1.4 million de personnes dont 1 168 195 aux États-Unis et dans leurs territoires d’outre-mer. Selon la même source ils en déploient 325 000 à l’étranger dont 800 en Afrique, 97 000 en Asie (en excluant le Moyen-Orient et l’Asie centrale), 40 258 en Corée du Sud, 40 045 au Japon, 491 sur la base de Diego Garcia dans l’océan Indien, 100 aux Philippines, 196 à Singapour, 113 en Thaïlande, 200 en Australie et 16 601 sur des navires de guerre. (2)

En Europe, on compte encore la présence de 116 000 militaires américains dont 75 603 en Allemagne. En Asie centrale, environ 1 000 militaires sont stationnés sur la base aérienne de Ganci (Manas) au Kirghizistan et 38 se trouvent à Kritasanisi, en Géorgie, dont la mission est d’assurer l’entraînement des soldats géorgiens. Au Moyen Orient, on dénombre 6000 militaires dont 3 432 au Qatar et 1 496 à Barhein. En Occident, en dehors des USA et de leurs territoires, on en retrouve 700 à Guantanamo, 413 au Honduras et 147 au Canada.

Les dépenses militaires des USA sont passées de 404 à 626 milliards de dollars - valeur équivalente du dollar de 2007 (données du « Center for Arms Control and Non-Proliferation » de Washington) entre 2001 et 2007 et devraient dépasser les 640 milliards en 2008 (3). Elles correspondaient en 2006 à 3,7% du PIB et à $935.64 per capita. Depuis 2003 ces dépenses viennent s’ajouter à celles de la guerre d’occupation de l’Irak qui atteignent aujourd’hui (fin mars 2007) un total cumulé de 413 milliards de dollars selon le National Priorities Project.

Le but de cette occupation mondiale

Officiellement les États-Unis ont entrepris, après les événements du 11 septembre 2001, une guerre globale contre le terrorisme, d’abord en Afghanistan et ensuite en Irak . Dans les faits, il s’agit d’une emprise globale et sans condition sur les ressources de la Terre, du fait que celles des États-unis sont épuisées (pétrole : le peak oil, c’est-à-dire le commencement du déclin de la production a trente ans) ou en voie de l’être (gaz naturel). Peu importe la méthode, l’empire ne s’embarrasse pas de nuances. On le voit à la guerre économique sourde entre les États-unis et l’Europe, entre les États-unis et la Chine. Pour le moment cette guerre est soft, elle deviendra réelle quand les ressources viendront à manquer aux États-unis après avoir écumé celles des pays faibles.

C’est un constat amer, il n’y a, cependant pas de sentiment à avoir. Les États Unis s’acharneront contre les pays qui n’obéiront pas fidèlement à l’ordre qu’ils veulent imposer à l’ensemble de l’humanité et, notamment, l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie le Venezuela, et prochainement le Maghreb voire l’Algérie qui fait l’objet d’une « sollicitude particulière ». Ils surveillent de près les gouvernements qui ne sont pas nécessairement favorables à l’expansion de leur emprise sur les ressources de leurs territoires. La tournée éclair de Georges Bush dans plusieurs pays tels que le Brésil, l’Uruguay, la Colombie, le Guatemala et le Mexique « pour promouvoir la démocratie et le commerce », a surtout pour but d’essayer de neutraliser L’influence grandissante de la « contagion chaveziste ».

On sait que l’Amérique latine a toujours été considérée par les États-Unis comme leur chasse gardée. En témoigne la fameuse Doctrine Monroe de 1823. Cette conception est associée dans les faits à une surveillance du continent et à une présence militaire sous la forme de bases. L’amiral James Stavridis, nouveau chef du Commandement Sud, chargé au sein du Pentagone de la région Amérique latine, a réaffirmé ce que ses prédécesseurs et son propre gouvernement répètent depuis des années : son inquiétude au sujet des « nouvelles » menaces pesant sur l’Amérique latine.

« Nous resterons vigilants, comme nous l’avons toujours été, sur l’évolution de la situation à Cuba, mais actuellement notre principale inquiétude porte sur le fait qu’un pays de la région, en l’occurrence le Venezuela, s’engage dans une vaste opération d’achat d’armes. Cela ne peut être interprété autrement que comme une véritable menace », a déclaré l’amiral à des agences de presse de plusieurs pays.(3)

« Cela n’est pas surprenant, s’est inquiété le sénateur uruguayen Eduardo Lorier, les gouvernements états-uniens successifs n’ont jamais semblé vouloir changer leurs rapports avec l’Amérique latine. Les États-unis nous considèrent comme leur arrière-cour et ne s’en sont jamais cachés. En outre, ces dernières années, et particulièrement lors des deux mandats de [George W.] Bush, le Commandement Sud est devenu le dangereux coordinateur de la politique extérieure des États-Unis sur le continent » (4)

Les « nouvelles menaces » auxquelles fait référence James Stravidis sont le « populisme radical », le « terrorisme international », le « narcoterrorisme » et les « espaces vides ». Il définit ces derniers comme des lieux où l’absence de contrôle des forces militaires ou policières ouvre la voie aux terroristes et aux trafiquants de drogue. Les zones de Tabatinga/Leticia, entre le Brésil et la Colombie, du lac Agrio, entre l’Équateur et la Colombie, mais également la frontière colombo-vénézuélienne ou le Surinam sont considérés comme des « espaces vides ». Enfin, les États-Unis voient la triple frontière entre Argentine, Brésil et Paraguay comme une « zone de non droit » où opéreraient des groupes islamistes radicaux. Le domaine de compétence du Commandement Sud s’étend sur près de 41 millions de kilomètres carrés et sur les 32 pays du continent. Il dirige également 16 programmes de formation de militaires latino-américains dans différentes spécialités.(4).

« Il en est ainsi en Asie centrale, la présence des bases militaires des U.S.A. ne doit pas être perçue comme servant un objectif purement militaire. Les bases sont là pour promouvoir les intérêts économiques et politiques du capitalisme des États-Unis. Par exemple, les entreprises et le gouvernement américain ont déjà manifesté un vif intérêt pour construire un corridor sécuritaire pour le pétrole et le gaz naturel du bassin de la mer Caspienne en Asie centrale en passant par l’Afghanistan, le Pakistan et la mer d’Arabie. Cette région ne contiendrait que 6% des réserves de pétrole connues et 40% des réserves de gaz. La guerre d’occupation de l’Afghanistan et la construction de bases militaires des U.S.A. en Asie centrale sont considérées comme une occasion propice pour faire de ce pipeline une réalité ».(2)

Dans leur stratégie d’occupation du monde utile pour leurs intérêts, l’Afrique est devenue depuis une dizaine d’années un objet d’études non pas de la misère morale et matérielle qui y sévit mais par les richesses potentielles qu’elle recèle... Après les tentatives de conversion marxistes par Cuba interposé notamment en Angola, et qui ont fait long feu avec l’effondrement du bloc communiste, l’Afrique redevient intéressante et fait l’objet d’attentions, non pas par l’idéologie ou par une quelconque philanthropie (l’OCDE n’a jamais été aussi chiche qu’en 2006, l’APD fut inférieure à 0,3 % au lieu des 0,7 % promis). Les Chinois s’y intéressent (sommet de Pékin où 50 chefs d’Etats ont été invités) et ont bouté la France et sa politique paternaliste et stérile. Les Américains eux n’y vont pas de main morte. La seule façon de faire main basse durablement sur ces richesses est d’installer un commandement à l’instar de ceux qui sont installées dans les régions névralgiques. La fondation imminente de l’AFRICOM, le commandement militaire US élaboré tout exprès pour l’Afrique, auquel les USA travaillent depuis 2002, est aussi une illustration de la mainmise américaine sur le continent noir. Quand on sait que les USA importent déjà d’Afrique 16% de leur pétrole et qu’ils visent 25% en 2015, il est clair qu’il s’agit d’une sécurisation globale des sources d’approvisionnement. Et bien sûr cela provoque des rivalités avec l’Europe.

En conclusion, on peut donc constater avec le professeur canadien Jules Dufour combien l’emprise de la puissance militaire des États-Unis dans le monde est considérable et ne cesse d’augmenter. Les États-Unis considèrent la surface terrestre comme un terrain à conquérir, à occuper et à exploiter. La division du monde en unités de combat et de commandement illustre fort bien cette réalité. Dans ce contexte, il nous semble que l’humanité se trouve ainsi contrôlée voire attachée à des chaînes dont les maillons constituent les bases militaires. Le processus de redéploiement des installations militaires en cours doit être analysé de façon minutieuse si l’on veut comprendre les stratégies d’intervention de Washington dans toutes les régions du monde. Ce processus est conduit sous la gouverne de la force, de la violence armée, de l’intervention à travers des accords de « coopération » dont les velléités de conquête sont sans cesse réaffirmées dans le design des pratiques du commerce et des échanges. Le développement économique est assuré par la militarisation ou le contrôle des gouvernements et des sociétés, et des ressources immenses sont sacrifiées pour permettre ce contrôle dans la plupart des régions dotées de richesses stratégiques pour consolider les bases de l’Empire. ». (1).

1. Jules Dufour : Le réseau mondial des bases militaires US : Les fondements de la terreur des peuples ou les maillons d’un filet qui emprisonne l’humanité www.alterinfo.net Mercredi 11 Avril 2007.

2. Encyclopédie libre Wikipedia . en.wikipédia.org/deployments of US... (données de février 2007)

3. www.armscontrolcenter.org/archives/...

4. Alejo Álvez : Noticias Aliadas www.noticiasaliadas.org/, 28 décembre 2006. Jeudi 19 Avril 2007 www.alterinfo.net

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