Une tribune pour les luttes

Pour ou contre l’abolition de la prostitution

Ch. WATTIEZ

Article mis en ligne le mercredi 9 janvier 2008

Un peu d’histoire.

La prostitution a toujours existé elle ne date pas d’hier.
De la courtisane, la gourgandine, les prostituées, les escortes-girls ou les call-girls. L’appellation à changé mais pas le but.
L’homme a toujours disposé du corps de la femme ou est-ce la femme qui dispose de son corps ?

POUR OU CONTRE L’ABOLITION DE LA PROSTITUTION

Si nous admettons que depuis quelques années la femme dispose de son corps (car je ne voudrais pas lever un débat judéo-chrétien sur le mariage) donc la femme disposant de son corps à cette liberté d’utiliser son propre corps à des fins lucratives.

Ainsi, le droit de se prostituer est acquis parce que le droit d’avoir des relations sexuelles relève strictement du droit au respect de la vie privée. La prostitution n’est donc pas un délit.

Cependant le droit de se prostituer a des limites notamment depuis la loi du 13 avril 1946 dite loi Marthe Richard. (Fermeture des maisons dites de Tolérance, mais (et là on en parle le moins) abrogation des dispositions réglementaires. (Tolérance des maisons closes), mais aussi inscription des prostituées sur un registre, privation éventuelle de liberté des prostituées.

Conséquences : elle atténue considérablement le contrôle de l’Etat sur la prostitution, et elle autorise l’exercice de la prostitution dans d’autres lieux, notamment sur la voie publique.

Suite à la fermeture des maisons closes de nombreuses filles se retrouvent sur les trottoirs.

Un autre décret du 25 novembre 1960 définit le racolage :

« Attitude affichée sur la voix publique au vue de provoquer la débauche. »
Le fait par tout moyen de procéder publiquement au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles est puni d’une amende de 10 000 F, 20 000 F en cas de récidive. (Nouveau code pénal 1993).

Mais la loi sur la sécurité intérieure du 21 janvier 2003 change radicalement la donne.

Les députés adoptent le texte du Ministre de l’intérieure (M. SARKOZY) créant le délit de racolage passif : deux mois de prison et 3 750 € d’amende pour fait de racolage. Tout en étendant aux personnes qui mettent à disposition des prostituées : des véhicules, les firmes hôtelières. Mais aussi de placer les prostituées dans des centres d’hébergement de droit commun afin de faciliter leur réinsertion.

Loi applicable depuis mars 2003.

Cela signifie que la cohabitation, la location d’un studio ou d’une chambre d’hôtel peut être sanctionné.

Par contre la seule autorisation de la prostitution est le FISC (celui-ci considère que la prostitution est un revenu donc à déclarer). Car le FISC reconnait les personnes prostituées comme Agents Economiques.

Concernant la mise des prostituées dans des centres d’hébergement commun. Je voudrais rappeler que des SRPS (Service de Prévention et de Réinsertion Sociale) avaient été crée par la loi de 25 novembre 1960 et qu’une vingtaine de centre avaient vu le jour. Faute de moyen ces centres ont été fermés. (Pourtant la démarche était intéressante mais l’Etat s’en est désintéressé).

Autre contradiction.

Les personnes prostituées (en FRANCE) sont confrontées à l’interdit et à l’autorisé. En effet l’interdiction totale de se prostituer n’est pas interdite. C’est l’interdiction d’exploiter la personne prostituée qui est interdit.

Donc nous faisons ici référence aux proxénètes. Mais la loi précise que la notion du proxénète se définit ainsi :

Sera considéré comme proxénète, un homme qui contraint par la menace, la violence, la tromperie ou tout autre moyen une femme à avoir des relations sexuelles.

Mais la notion de « tout aide apportée à la prostitution (hébergement provisoire par exemple) peut être condamné pour proxénétisme »
Pour être plus clair si vous voulez dépanner ou héberger une prostituée vous pouvez être condamné pour proxénétisme.

Et le client : La politique de lutte contre la prostitution en FRANCE depuis 1946 ne l’a jamais conduite à prendre la moindre mesure qui s’intéresse aux clients. Sauf la loi du 4 mars 2002 ou des mesures répressives sont prises à l’égard des clients qui vont voir les prostituées de moins de 15 ans.

LA FRANCE UN REGIME ABOLITIONISTE.

En avril 1997, pendant la conférence de la Haye, le gouvernement JUPPE réaffirmait la position du strictement abolitionniste de la FRANCE.

On peut faire aujourd’hui le constat que l’abolition de la prostitution ne fonctionne pas.

Pourquoi ? Les contradictions et confusions sur la prostitution et le proxénétisme. Ensuite l’aire de l’informatique via internet.

Des nouvelles formes de prostitution « moins visibles » que la prostitution ont vu le jour (internet, salon de massage, serveurs télématiques, petites annonces presse) « masquée » bien entendu.

Pourquoi n’interdit-on pas ces pratiques ?

La prostitution rapporte-t-elle de l’argent à l’Etat ?

Grace à elles des personnes s’enrichissent : les sites web, les serveurs télématiques, etc.…

Alors voilà pourquoi, je pense que l’abolition de la prostitution est un leurre.

Par contre l’abolition du proxénétisme oui, mais là c’est un autre sujet.

Voilà quelques lignes qui je l’espère nous permettrons d’ouvrir un débat et d’échanger intelligemment.

Le but ici n’est pas de condamner ou approuver la prostitution, mais d’y réfléchir et pourquoi pas ouvrir un vrai débat (non pas entre professionnels, politiques ou autres, non simplement des citoyens qui s’intéressent à la société et aux problèmes sociétaux).

A vos claviers.

Ch. WATTIEZ

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12 Messages

  • Le 7 janvier 2008 à 12:27, par

    Bonjour je suis Thierry Schaffauser, je suis travailleur du sexe et membre du collectif Droits et Prostitution www.droitsetprostitution.org dont l’association Autres Regards sur Marseille fait partie. Avez vous pensé à les contacter ? Les débats sur la prostitution se font toujours sans nous les prostituées alors que nous sommes les véritables experts sur le sujet. Vous vous doutez donc bien que je ne veux pas m’abolir ni mes collègues. Je reste à votre disposition pour vous faire part de mon expertise et suis prêt à me déplacer sur Marseille.

    • Le 7 janvier 2008 à 14:31, par wattiez chrisitan

      Bonjour,
      Thierry SCHAFFAUSER,
      Merci d’avoir répondu.
      Je suis d’accord avec vous, dans ce cas pourquoi ne pas organiser des réunions régionales et pourquoi pas une réunion nationale.
      Ces réunions pourraient permettre à chacun d’entre vous de s’exprimer, de faire part de ses doléances et de faire un petit livre blanc à remettre au gouvernement.
      Qu’en pensez-vous ?
      Je sui bien entendu prêt à vous aider dans cette démarche.
      Je reste à votre disposition .
      Bien à vous.
      Ch WATTIEZ

      • Le 7 janvier 2008 à 20:54, par élisée le reclus

        Pourquoi ne pas y associer d’autres associations comme l’Amicale du Nid qui défend un point de vue abolitionniste de la réglementation ? Un éducateur qui y bosse a écrit quelques textes à ce sujet.

      • Le 8 janvier 2008 à 11:58, par Thierry Schaffauser

        Nous sommes déjà en train de travailler sur un équivalent de "petit livre blanc" au sein du collectif Droits et Prostitution, et plusieurs textes ont déjà été rédigés sur ces questions depuis 1975 et à l’époque le fameux rapport Pinot resté lettre morte. Il y a par exemple le manifeste et la déclaration des droits des travailleurs du sexe qui ont été rédigés pendant la conférence européenne de Bruxelles.

        http://www.droitsetprostitution.org/declaration.htm

        http://www.droitsetprostitution.org/manifeste_fr.pdf

        Ce serait une bonne chose oui qu’on se rencontre. Je peux transférer cette proposition sur les mailing listes et forums.

        S’agissant de l’amicale du Nid, libres à vous de les rencontrer, personnellement je les déteste mais je pense que nous sommes toujours prêts à débattre avec eux. Or, je doute qu’ils aient le courage de s’opposer à des putes. Officiellement, ils ne nous considèrent pas comme des acteurs politiques légitimes puisque nous sommes censés d’après eux, être des inadaptés sociaux donc inaptes à la parole politique même sur nous mêmes.

      • Le 10 janvier 2008 à 18:37, par Mouvement du Nid

        Bonjour,

        Au sujet de la réalisation d’un ensemble de revendications à l’intention - notamment - des politiques, le Mouvement du Nid a travaillé récemment à dresser un bilan du système prostitutionnel en France et à rassembler les mesures les plus urgentes à prendre dans ce domaine.

        Ce travail veut rendre compte des demandes formulées par les centaines de personnes prostituées rencontrées par l’association des dernières années ; il est également le fruit de l’expérience de ses militants en matière d’aide auprès des personnes qui souhaitent sortir de la prostitution.

        Notre
        bilan et nos propositions.

    • Le 2 janvier 2012 à 12:11, par Pauline Jousnaliste

      Bonjour,

      Je me permets d’intervenir sur ce blog car je suis journaliste et je souhaiterai organiser un débat sur les ondes de la radio LFM (95.5) www.lfm-radio.com.
      Les studios sont basés à Mantes-la-Jolie. Si quelqu’un est intéressé, pourriez-vous me joindre sur pauline.pioche chez lfm-radio.com

      Très bonne année à tous.
      pauline

  • Le 9 janvier 2008 à 19:24, par Lora

    Bonjour

    J’ai beaucoup lu, et pas seulement des témoignages, Freud et cie aussi pour mieux comprendre.

    Et je n’ai aucun doute, séparer sexe et relation,en faisant "du sexe", c’est peu équilibré, mais faire du sexe payant avec quelqu’un qui n’a aucun désir pour vous et aucun plaisir physique, c’est carrément pathologique.
    Et je suis pour l’abolition et la pénalisation.

    D’abord, 95 % des prostituées sont forcées par un proxénète ou la misère. (97 d’après la célèbre Ulla, sortie du milieu depuis longtemps).
    Les rares à s’exprimer sont celles qui sont "libres" et dont les conditions sont moins dures, et qui ont un certain niveau d’études. Elles sont l’arbre qui cache la forêt...

    Mais... Choisir de se prostituer, est un choix du même ordre que choisir de s’alcooliser ou de se droguer, c’est un symptôme, une solution inconsciente pour anesthésier une souffrance.
    Souffrance de petite fille qui a été objectivée, valorisée pour pour sa soumission, son apparence, quand elle n’a pas été sexuellement attouchée ou pire.

    Décider de se prostituer n’est évidemment pas condamnable ! En revanche, le client, même si il avait la possibilité de savoir si la prostituée qu’il paie est "libre", profiterait alors de ce symptôme à son profit, ce qui est vraiment lâche.
    Comme un dealer de drogue profite des toxicomanes pour son business.
    Le fait qu’on ne puisse vérifier si une femme se prostitue de son propre gré est déjà suffisant pour interdire le recours à la prostitution.

    Un précision : le plus vieux métier du monde, c’est proxénète.

    • Le 23 mars 2010 à 16:38, par jaytee

      Salut Lora,

      t’avais besoin de faire intervenir des petites filles victimes de la pedophilie et de l’inceste pour soutenir qu’elles n’ont pas le droit a s’exprimer sur elles-meme ? Les prostituees font pas un metier facile, et toi tu veux en plus leur retirer la parole. Voila ce que tu ecrits :

      "Mais... Choisir de se prostituer, est un choix du même ordre que choisir de s’alcooliser ou de se droguer, c’est un symptôme, une solution inconsciente pour anesthésier une souffrance. Souffrance de petite fille qui a été objectivée, valorisée pour pour sa soumission, son apparence, quand elle n’a pas été sexuellement attouchée ou pire."

  • Le 10 janvier 2008 à 12:40, par Elise

    Bonjour,

    Merci de cet article documenté, sur un sujet souvent seulement survolé.

    Il me semble cependant que la question "pour ou contre l’abolition de la prostitution ?" est mal posée.
    "Abolition de la prostitution" n’est qu’un raccourci : la position abolitionniste vise à abolir toute réglementation de la prostitution.

    C’est une position politique et éthique qui refuse que l’on catégorise les individus en les obligeant à se ficher sous la mention "prostituée" ou qu’on les oblige à subir des examens médicaux vexatoires et impropres à garantir la santé publique (puisque ces tests ne repèrent une IST que quelques mois seulement après la contamination réelle, et que le client, bien entendu, en est dispensé !)

    La réglementation de la prostitution ne protège pas les personnes prostituées de la violence, échoue à repousser les mafias hors de ce secteur si lucratif, limite les possibilités de quitter la prostitution et on observe une augmentation des trafics d’êtres humains dans tous les pays qui ont légalisé.
    Une étude parmi d’autres, qui donne la mesure de ces échecs et de leurs conséquences dramatiques :
    http://sisyphe.org/article.php3?id_article=723

    Il semble qu’une réponse politique efficace passe par la décriminalisation totale des personnes prostituées (abrogation de la loi Sarkozy), une réelle application des textes sanctionant le proxénétisme, et la pénalisation des "clients" qui par leur demande, sont tout autant responsable du système de la prostitution.

    • Le 10 janvier 2008 à 17:47, par élisée le reclus

      Pour accueillir quotidiennement des personnes ayant vécu ou vivant la prostitution, je suis d’accord pour dire que les situations sont extrêmement complexes. Et le débat "pour ou contre" est pour moi galvaudé et lénifiant.
      Quant à ce qui est dit au sujet de l’Amicale du Nid (que je n’idéalise pas mais que je respecte) en terme de détestation, je me demande si ce propos n’est pas à croiser avec la confusion récurrente entre le Mouvement du Nid et l’Amicale du Nid. L’une est abolitionniste de la prostitution (le Mouvement) l’autre de la réglementation (l’Amicale).

      • Le 7 février 2008 à 00:02, par Liloye

        Bonjour,
        Pour avoir travaillé une dizaine d’année avec des personnes concernées par la prostitution, je trouve ces articles riches et intéressants.

        Mais persistent de grandes confusions qui ont été signalées : L’abolitionisme n’est pas l’abolition de la prostitution ; L’amicale du nid n’est pas le mouvement du nid. Il n’y a pas une forme mais des formes de prostitutions et qui ont des répercussions et se déclinent de la grande souffrance, de l’esclavage abominable..au bien être, à l’amusement selon toute une floppée de facteurs ( âge, lieu, durée,conditions..)

        Certaines personnes veulent mettre fin à leur façon de vivre ou survivre en se prostituant, il existe encore (budgets minimes) plusieurs dispositifs d’accompagnement et d hébergement qui sont mis en place par l’ intermédiaire d’ associations très différentes également et avec des valeurs parfois opposées et qui travaillent souvent (pour pas dire toujours) en partenariat ou en complémentarité.

        La fondation Scelles ( voir site)à Paris fait office de Centre de documentation sur le sujet.

        Bien sûr ce qu’il faut éviter dans ces débats c’est que le "pour ou contre la prostitution" ne dérape pas vers le " pour ou contre les prostitués".

        Toutefois ce qui m’interrogerait davantage c’est "Est-ce un travail ? Est-ce un loisir ? " Comment la personne vit -elle sa prostitution ?

        Il ne peut pas y avoir unanimité mais partage de différents points de vue pour tendre à ce que chacun garde sa liberté !!

        • Le 24 juillet 2008 à 14:22, par Lore

          Un plaisir pour certaines de se prostituer ?

          J’ai lu le témoignage d’une prostituée b"libre", elle dit : "je jouis 2 x, quand il paie et quand il part"...
          Voir aussi le travail du Docteur Trinquart
          qui a étudié les conséquences de l’acte prostitutionnel sur la femme prostituée.

          Le plaisir, c’est gratuit !

          http://www.france.attac.org/article.php3?id_article=1232

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