Une tribune pour les luttes

Contre les prisons pour mineur-e-s

Se suicider à 16 ans en prison !

Mineurs en danger : la place des enfants n’est pas en prison !

Article mis en ligne le mercredi 6 février 2008

En 2007, dans des EPM ou des quartiers réservés aux mineurs dans d’autres prisons, "aucun mineur n’a mis fin à ses jours malgré 72 tentatives de suicide relevées et déjouées par l’intervention des personnels pénitentiaires", a souligné la direction de l’administration pénitentiaire.

Ouverts depuis juin 2007, les EPM sont aujourd’hui au nombre de quatre en France : Meyzieu, Lavaur (Tarn), Quiévrechain (Nord) et Marseille. 167 mineurs y sont actuellement incarcérés.

L’annonce de ce suicide intervient après l’évasion dimanche de deux détenus de l’EPM de Marseille.


Paris, le 5 février 2008

COMMUNIQUE DE PRESSE du SNPES-PJJ/FSU

Les premiers Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs viennent d’ouvrir et des premiers faits graves surviennent déjà.

Samedi dernier, un adolescent s’est suicidé à l’EPM de Meyzieu où il était incarcéré.

Le suicide d’un adolescent est toujours un événement douloureux et inacceptable, a fortiori, en prison. Pour tous les professionnels au contact d’adolescents en grande difficulté, ce passage à l’acte renvoie à une forme d’impuissance et à un sentiment d’échec. Cela peut arriver dans n’importe quelle prison.

Mais les EPM ont été présentés, à grand renfort de communication, par le ministère de la Justice et la direction de la PJJ, comme un modèle unique destiné à améliorer les conditions de détention qui, selon eux, n’étaient pas possibles dans les quartiers pour mineurs. Pourtant, en matière de conditions de détention, l’Administration Pénitentiaire n’hésite pas à transférer 6 jeunes des quartiers pour mineurs du continent vers la prison de Borgo en Corse au prétexte du peu de visites probables de leurs familles. Certains quartiers mineurs semblent être appelés à devenir des lieux de relégation supplémentaire des jeunes incarcérés puisque 8 jeunes de l’EPM de Marseille avaient déjà fait l’objet d’un déplacement vers le quartier mineurs de Grasse, parce qu’ils ne s’adaptaient pas à l’EPM. Ainsi, un tri est, aujourd’hui, opéré : les jeunes les plus difficiles sont orientés vers les quartiers mineurs tandis que ceux qui font valoir leur motivation sont orientés vers les EPM.

Nous sommes en droit de nous demander si l’amélioration des conditions de détention était bien le véritable objectif recherché.

Avec un nombre de personnels éducatifs et pénitentiaires conséquent, des activités permanentes et obligatoires, des locaux modernes et une organisation de vie collective calquée sur celle qui se mène dans les foyers éducatifs, les EPM devaient quasiment faire oublier aux jeunes la réalité de leur incarcération. On constate aujourd’hui que trop de temps collectifs tels qu’ils sont imposés aux jeunes dans ces lieux de confinement sont sources pour eux d’insécurité, propice aux phénomènes de groupes violents.

Aujourd’hui, le suicide d’un adolescent à Meyzieu, des phénomènes de violence dans tous les EPM ainsi que des conditions de travail détestables pour les personnels, en raison d’ouvertures à marche forcée, tout cela vient confirmer ce que le SNPES-PJJ/FSU a toujours dénoncé comme un leurre et une imposture.

Leurre pour des éducateurs à qui l’on a fait croire qu’ils pourraient faire un travail éducatif en prison alors que la logique de l’enfermement carcéral s’impose à toute autre logique. Cela trouve son illustration dans les 2 évasions récentes de l’EPM de Marseille.

Imposture destinée à faire croire à l’opinion publique que ces prisons allaient enfin pouvoir réinsérer ces adolescents.

En banalisant à l’extrême les effets destructurants de l’incarcération, en privilégiant les solutions répressives par rapport à la prévention et à l’éducation en milieu ouvert, le gouvernement est en train d’instaurer un véritable gâchis humain et financier.

Le SNPES-PJJ/FSU continue à s’opposer résolument aux EPM qui, avec d’autres mesures récemment votées, comme les peines plancher et la comparution immédiate pour les mineurs, vont véritablement augmenter l’incarcération avec les risques que celle-ci fait encourir aux adolescents.


Communiqué de presse d’Emancipation

Ouverture de l’EPM d’Orvault (44)

Pour réagir à l’ouverture des établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM)
nous
avons pris l’initiative d’un manifeste « Nous ne travaillerons pas en EPM ».

Nous le diffusons aujourd’hui, alors que l’EPM d’Orvault en
Loire-Atlantique, le
5ème du genre sur les 7 prévus, s’apprête à recevoir le 5 février ses
premiers
détenus en provenance du « Grand Ouest ».

Pour exemple, le bilan des 6 premiers mois de fonctionnement de l’EPM de
Meyzieu
(Lyon) est calamiteux et confirme le bien fondé de notre refus de contribuer
à
cette politique d’enfermement de la jeunesse, même parée d’oripeaux « 
éducatifs ».

Les EPM peinent à constituer leurs équipes de personnels éducatifs, sociaux,
soignants, enseignants. qui ne sont pas dupes de cette négation de
l’enfance.

Pour notre part nous sommes contre ce retour aux « Maisons de corrections »
et nous
l’affirmons haut et fort :
« La place des enfants n’est pas en prison nous ne travaillerons pas en EPM
 !
 »

La collecte des signatures se poursuit, en attendant d’autres actions.

Contacts et signatures :

emancipationgd44(a)no-log.org

Groupe départemental de l’Emancipation c/o FSU
8 place de la Gare de l’Etat
44276 Nantes cedex 2

Signature en ligne http://pays-de-la-loire.emancipation.fr

*******

MANIFESTE POUR MINEURS EN DANGER

La place des enfants n’est pas en prison

Nous ne travaillerons pas en E.P.M. !

La lutte contre la construction de 7 établissements pénitentiaires pour
mineurs n’a
pas, à ce jour, permis d’annuler ce programme d’enfermement des enfants
délinquants
et de criminalisation croissante de la jeunesse.

Ici à Nantes, l’ouverture de l’E.P.M. d’Orvault s’accompagne d’appels à
candidature
pour que des personnels éducatifs (enseignants, éducateurs, travailleurs
sociaux,
soignants.) aillent travailler dans ces « nouvelles » prisons pour enfants.

Nous n’irons pas, et nous appelons toutes les personnes concernées à refuser
de
travailler en E.P.M., ici comme ailleurs, car nous refusons de contribuer à
l’illusion démagogique qui consiste à faire croire qu’une action éducative
est
possible en prison.

Nous combattons

La logique de l’enfermement

Jusqu’en 1945, les mineurs délinquants étaient enfermés dans des bagnes pour
enfants, colonies pénitentiaires, maisons de correction. Dans les années 70,
les
derniers centres fermés furent supprimés en raison de leur fonctionnement
archaïque, violent et inadapté à un objectif éducatif.

Depuis quelques années, la tentation d’un retour en arrière dans le
traitement de
la délinquance des mineurs est bien réelle : création de Centres d’Education
Renforcée, Centres Éducatifs Fermés, et aujourd’hui des Établissements
Pénitentiaires pour Mineurs, qui ne sont que l’aboutissement d’une politique
fondée
sur l’exclusion et la répression.

Nous pensons que la création des prisons aura une incidence sur le
traitement
judiciaire de la délinquance des mineurs, et le projet actuel d’abaissement
de la
majorité pénale de 18 à 16 ans confirme nos craintes : toujours plus
d’enfermement
pour créer l’illusion d’une paix sociale.

Nous savons qu’avec l’enfermement, il y a toujours des risques de dérive
vers
l’usage de la force physique ou de la maltraitance psychologique : c’est un
phénomène bien connu, aussi vieux que l’enfermement lui-même. La vie ne
s’apprend
pas en prison, on n’y apprend que la haine de soi et de l’autre !

Une logique répressive et non pas éducative

Traiter la délinquance par les poursuites systématiques, l’incarcération ou
la mise
à l’écart dans des structures spécialisées témoigne d’une réponse à court
terme.

Les causes sociales, économiques de ces passages à l’acte sont éludées. Le
jeune
délinquant n’est plus un mineur en danger, mais un individu dangereux à
enfermer !

Or, les adolescents ne sont pas des adultes ! Chaque année, 15 000 jeunes
âgés de
16 et 17 ans sont interpellés plusieurs fois dans l’année. Ce sont pour
beaucoup,
des adolescents déscolarisés depuis l’âge de 14 ans, sans travail ni
qualification,
qui n’accèdent pas à un premier emploi. Se percevant comme inutiles,
humiliés par
les échecs répétés, ils « traînent », provoquent, commettent ensemble la
plupart de
leurs infractions. 3350 d’entre eux ont été incarcérés en 2006. Cependant
70%
récidiveront malgré ce séjour en prison, alors que, par ailleurs, les
centres
éducatifs ouverts permettent une réinsertion pour plus de 60% des jeunes qui
leur
sont confiés ! Qui nous fera croire aux bienfaits des prisons pour enfants ?

Nous défendons

Une véritable prévention

Le mineur délinquant est d’abord un enfant en souffrance, et il convient de
traiter
les causes de cette souffrance plutôt que ses effets. Cette évidence connue
des
professionnels, doit orienter une véritable politique de prévention, d’aide
et
d’accompagnement, qui inclurait la justice saisie en amont, au civil et non
au
pénal, et une action éducative et non répressive. La société ne passerait
alors
plus autant de temps à tenter de rattraper les dommages causés à des mineurs
dès
leur plus jeune âge, dans l’indifférence ou l’incompétence non moins
coupable de
responsables politiques qui ne voient guère plus loin que la date des
prochaines
élections.

Une prise en compte de la réalité de l’adolescence

D’autres sanctions existent, qui réparent sans exclure, et permettent un
nouveau
départ pour des jeunes en danger que l’école, la famille, la pauvreté, la
justice,
ou la politique répressive ont conduit au ban de la société.
Nous devons ainsi nous engager dans la réussite de programmes ou projets
éducatifs,
de lieux de vie, d’internats qui structurent et aident ces adolescents, de
dispositifs relais, de centres de jour, de maisons des adolescents, qui les
fassent
accéder à la culture, à l’éducation et à la formation.
L’efficacité des alternatives à l’enfermement des enfants est probante.

Elle
serait
encore plus forte si elles étaient appuyées par des moyens conformes aux
enjeux.

Le droit à l’insoumission éducative

Refuser de travailler en EPM n’est pas délaisser les mineurs délinquants, ou
refuser le travail avec des jeunes incarcérés. En refusant d’exercer dans
les
prisons pour mineurs, il s’agit pour nous de bloquer ce système carcéral
pour
enfants, en contraignant justice et administration pénitentiaire à faire
sortir ces
jeunes des EPM comme des quartiers pour mineurs, pour leur permettre de
suivre des
cours, des formations, des entretiens, des soins et ne pas les isoler,
toujours
plus, de la vie en société.

Nous serons solidaires de toute personne inquiétée pour son refus de
travailler en
EPM.

Les droits de l’enfant

La Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par l’Etat
français
en 1990 stipule que « Les États parties reconnaissent à tout enfant
suspecté,
accusé ou convaincu d’infraction à la loi pénale le droit à un traitement
qui soit
de nature à favoriser son sens de la dignité et de la valeur personnelle,
qui
renforce son respect pour les droits de l’homme et les libertés
fondamentales
d’autrui, et qui tienne compte de son âge ainsi que de la nécessité de
faciliter sa
réintégration dans la société et de lui faire assumer un rôle constructif au
sein
de celle-ci (article 40) ».

Or la dignité et le sens de la liberté ne s’acquièrent pas dans la
soumission, ni
le respect de l’autre par le déni de soi, et la réintégration ne se prépare
pas en
prison. Les EPM sont criminogènes. Nous n’irons pas y travailler !

A Nantes le 1er décembre 2007

Ce texte s’inspire et s’inscrit dans la continuité de plusieurs écrits ou
appels :

pétitions contre la construction des EPM (Lavaur, Meyzieu, Orvault.),

pétition « 
Les adolescents ne sont pas des adultes » contre l’abaissement de la
majorité
pénale (Philippe Meirieu),

« l’échec prévisible des centres éducatifs
fermés » et
autres travaux du groupe CLARIS..

Groupe Départemental 44

Revue L’Emancipation Syndicale & Pédagogique

Emancipation Tendance intersyndicale
c/o FSU - 8 place de la Gare de l’Etat
44276 Nantes cédex 2

emancipationgd44(a)no-log.org

http://www.emancipation.fr/emancipa/

http://pays-de-la-loire.emancipation.fr/

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