Une tribune pour les luttes

Mémoire des enfants de France exterminés par le nazisme : une insoutenable identité nationale

Article mis en ligne le dimanche 17 février 2008

Lors du dîner annuel du CRIF le Président de la République a annoncé que
chaque élève de CM2 « se voit confier la mémoire de 11000 enfants
français victimes de la Shoah. »

Mouvement issu de la résistance au nazisme, le MRAP est favorable à
toute initiative permettant de pérenniser le souvenir des crimes
racistes et de veiller à leur disparition définitive. Si l’intention
d’entretenir la mémoire est en la circonstance louable, voire
nécessaire, le MRAP s’interroge fortement sur l’opportunité et la forme
de la démarche annoncée.

Cependant le MRAP s’interroge, comme la plupart des éducateurs, et des
pédopsychiatres sur les « parrainages individuels d’enfants juifs
assassinés
. »Des enfants de dix ans auront-ils les connaissances
historiques et la maturité nécessaires pour comprendre que la
déportation de 11 000 enfants par la police de l’État français de
Pétain, puis leur assassinat dans les chambres à gaz, s’inscrit dans un
système industriel de la mort planifiée ? Rien n’est moins sûr !
L’enseignement du génocide ne peut se concevoir sans un travail
pédagogique qui permette de comprendre ce que fut la barbarie nazie afin
d’éviter une démarche culpabilisante et mortifère Après la décision de
faire lire la lettre du Guy Môquet dans les écoles ou les vestiaires de
rugby, cette nouvelle mesure peut apparaître une fois encore comme une
instrumentalisation de l’histoire et non comme le signe d’une volonté
sérieuse, intégrant dans une réflexion collective, les différents
partenaires de la communauté scolaire.

Le MRAP ressent en outre un profond malaise face à ce qui constitue un
inacceptable « tri sélectif » des mémoires dans la mesure où les
victimes Tsiganes de l’extermination nazie (Samudaripen) restent une
fois encore ignorées du discours des plus hautes autorités de l’Etat. Si
11 000 noms d’enfants juifs sont inscrits sur le mémorial de la Shoah,
d’autres enfants non-juifs, les ont accompagnés dans l’horreur. Toutes
ces victimes et leurs parents étaient françaises, étrangères, apatrides,
réfugiées, clandestines. Ni Vichy ni Hitler n’avaient cure de passeports
ou de papiers.

Comment expliquer à des écoliers, que parmi les enfants terrorisés que
l’on regroupait sur le même pallier d’un immeuble pour les envoyer vers
la mort, il leur faudra se souvenir des seuls « enfants français
victimes de la Shoah » ?

Comment accepter cette préférence nationale présidentielle, jusque dans
le souvenir de l’indicible douleur des personnes assassinées par la
barbarie ?

Le MRAP tient à rappeler l’existence d’outils essentiels pour la
valorisation de lieux de mémoire tels Ysieux Il existe également sur les
murs de chaque école où des enfants juifs furent raflés pour être
exterminés une plaque le rappelant aux passants et, à l’intérieur de
l’école, une liste de chacun des petits assassinés avec leur nom et leur
âge. Ainsi, la mémoire de ce crime contre l’humanité auquel la France a
participé se perpétue dignement.

Le MRAP rappelle que c’est la négation de la pleine humanité de l’autre
qui est à l’origine de tous les crimes racistes, d’hier et d’aujourd’hui.

Il condamne toutes opérations de récupération politicienne, quelqu’en
soient les auteurs, qui encourageraient la concurrence des mémoires.

http://www.mrap.fr
.

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